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Full text of "Voyage en France"

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PARIS 



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Voyage en France 



OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



L'Europe centrale et ses réseaux d'Etat. — Un volume ia-12. 3 fr. so 

(Berger-Levrault et C'«.) 
L'Armée et la Flotte en 1895. — Grandes manœuvres des Vosges. — L'expé- 

ditioa de Madagascar. — Manœuvres navales. — Un volume in>12, avec nombreuses 

cartes. 5 fr. rBerger-Levrault et C'«.1 
L'Armée et la Flotte en 1894. — Manœuvres navales. — Manœuvres de 

Beawce. — Manœuvres de forteresse. — Un volume in-12, illustrations de Paul 

LÉONNEC, nombreux croquis et cartes. 5 fr. (Berger-Levrault et C'".) 

L'Armée navale en 1893. — L'Escadre russe en Provence. — La Défense 

de la Corse. — Un volume in-12, avec 27 croquis ou vues et une carte de la 
Corée. 5 fr. (Berger-Levrault et C''.) 
Au Régiment — En Escadre. — Préface de M. Mézières, de l'Académie fran- 
çaise. 1894. Un volume grand in-S, avec 350 photographies instantanées de M. Paul 
Gers. 16 fr. (Bfrger-Levrault et Cl».) 

Le Colonel Bourras. Suivi du Rapport sur les Opérations du 

corps franc des Vosges du colonel bourrai. I892. Brochure ia-l'i, avec un 

portrait et couverture illustrée. 60 c. (Berger-Levrault et €'•.) 
Le Nord de la France en 1789. — Flandre. — Artois. — Hainaut. — Un 

volume in-12. (Maurice Dreyfous.) 
La Frontière du Nord et les défenses belges de la Meuse. — Un volume in-8. 

(Baudoin.) 
Une Armée dans les neiges, journal d'un volontaire du corps franc des 

Vosges. — Un volume in-S illustré. (Kouam.) 
Études algériennes. — Un volume in-8. (GuiUaumin et €'•.) 

Les Grandes Manœuvres de 1882 à 1892. — Un volume in-is par année . 

(Baudoin et Rouam.) 

Voyage en France. Ouvrage couronné par l'Académie française (prix Montyon 
et prix Narcisse Michaut en 1901, décerné à l'auteur du meilleur ouvrage de littéra- 
ture française), per la Société des gens de lettres, par la Société de géographie de 
Paris et par la Société de géographie commerciale, le Touring-Club de France et la 
Société nationale d'agriculture de France. Série d'élégants volumes in-12, avec cartes 
et croquis dans le texte, brochés à 3 fr.50 et reliés en percaline à 4 fr. 



1" SéRiE : Le Morvan, le Val de Loire 

et le Perche, 
2" SÉRIE : Des Alpes mancelles à la Loire 

maritime. 
3* SÉRIE : Les Iles de l'Atlantique : 

I. D'Arcachon (île aux Oiseaux) à 
Belle-Isle. 

4« SÉRIE : Les lies de l'Atlantique : 

II. D'iioëdic à Ouessant. 

5» SÉRIE : Les Iles françaises de la 

Manche; Bretagne péninsulaire. 
6* SÉRIE : Normandie (sauf le pays de 

Bray et Dieppe). 
?• SÉRIE : Région lyonnaise, Lyon, monts 

du Lyonnais et du Forez. 
8* SÉRIE : Le Rhône, du Léman à la mer, 

Dombcs, Valromey et Bugey, Bas- 

Dauphiné, Savoie rhodanienne, La 

Camargue. 
9' SÉRIE : Bas-Dauphiné : Viennois, Grai- 

sivaudau, Oisans, Diois et Valenti- 



Hé,,ion 
42» SÉRIE ; 

43» SÉRIE I 
44« SÉRIE 



10* SÉRIE : Les Alpes, du Léman k la Du- 

rauce. Nos chasseurs alpins. 
Il» Série: Forez, llaut-Vivarais,Tricastin 

et Comtat-Veuaissin. 
lï» SÉRIE : Alpes de Provence et Alpes 

Maritimes. 
13» SÉRIE : l4k Provence maritime. 
M* SÉRIE : La Corse. 
15* SÉRIE : Les Charentes et la Plaine 

poitevine. 
16* SÉRIE : De Vendée en Beauce. 
17* SÉRIE : Littoral du pays de Caui, 

Vexin, Basse-Picardie. 
18* SÉRIE : Région du Nord : I. Flandre 

et littoral du Nord. 
19* SÉRIE : Région du Nord : II. Artoia, 

Caïubrésis et Hainaut. 
SO* SÉRIE : Haute -Picardie, Champagne 

réiuoisc- cl .\rdcnnes. 

Kn prc'paratlon : si*, .'.2* et 53* Séries : Paris. — 54* et 55* SÉRIES : Banlieue 
de Paris. 

Le pi'ospsctus détallli de la collection est envoyé sur demanda. 



21* SÉRIE ; Haute-Champagne, Basse-Lor- 
raine. • 

22* SÉRIE : Plateau lorrain et Vosges. 

23* SÉRIE : Plaine comtoise et Jura. 

24* SÉRIE : Haute-Bourgogne, 

25* SÉRIE : Basse-Bourgogne et Séuonais. 

26" SÉRIE : Berry et Poitou oriental. 

27" SÉRIE : Bourbonnais, Uaute-Mnrche. 

28" SÉRIE : Limousin. 

29" SÉRIE : Bordelais et Périgord. 

30" SÉRIE : Gascogne. 

31* SÉRIE ; Agenais, Lomagne et Bus- 
Quercy. 

32" SÉRIE : Uaut-Quercy, Haute-Auvergne. 

33" SÉRIE : Basie-Auvergne. 

34* SÉRIE : Velay , Vivarais méridional 
Gévaudan. ^ 

35* SÉRIE : Rouergue et Albigeois. 

36* SÉRIE : Cévennes méridionales. 

37* SÉRIE : Le golfe du Lion. 

38" SÉRIE : Haut-Languedoc. 

39" SÉRIE : Pyrénées, partie orientale. 

40* SÉRIE : Pyrénées centrales. 

41" SÉRIE : Pyrénées, partie occidentale. 



I. Nord-Est : Le Valois. 
II. Est : La Brie. 
111. Sud : Gàtiuais français 
et Haute-Beauce. 
45* SÉRIE : IV. Sud-Ouest : Versailles et 

le Hurepoix. 
46" SÉRIE : V. Nord-Ouest : La Seine, de 
Paris à la mer. Parisis et Vexin 
français. 
47" SÉRiK : VI. Ouest : L'Yvelii 
Mantois. 
Les I*rovince9 perdues: 
48" SÉRIE : I. Haute-Alsace. 
49" SÉRIE : II. Basse-Alsace. 
50" SÉRIE : III. Lorraine. 



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LORRAINE ANNEXÉE 



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LORRAINE / 






ARDOUIN - DUM AZET 



Voyage en France 



LES PROVINCES PERDUES 

III 

LORRAINE 

(50^ série du VOYAGE EN FRANCE) 



LE PAYS DE DABO VALLEES DE LA SARRE 

LE PAYS DE BITCHE LE SAULNOIS 

METZ ET LE PAYS MESSIN LES CHAMPS DE BATAILLE 

BORNV, SAINT-PRIVAT, GRAVELOTTE 
LA RÉGION DU FER LE SARGAU ET SARRELOUIS 

(Ancien dépai'tement de la Moselle, 
pairties de l'ancien département de la ileiwtlie) 



Avec 29 cartes ou croquis 




BERGER-LEVRAULT & 0% ÉDITEURS 



PARIS 

5, RUE DES BEAUX-ARTS, 5 



NANCY 



10, RUE DES GLACIS, IC 



1907 

Tous droits réservés 



CARTE D'ENSEMBLE DE LA 50' SERIE 







Tous les croquis sans indications spéciales compris dans ce volume 
sont extraits de la carte d'Èlat-major au ijSoooo'. 



LES PROVINCES PERDUES 



III — LORRAINE 



LE PAYS DE DABO 

La Zora à Lutzelbourg. — En remontant la vallée. — La cha- 
pelle de Sainte-Odile. — Hazelbourg et ses vestiges gallo-ro- 
mains. Schœferhof. — Apparition du rocher de Dabo. — Dabo 
et son comté autonome. — La ville disparue. — Ascension de 
la roche. — La chapelle et le panorama. — Personnalité des 
Vosges moyennes. — La grande forêt du Dabo. — De la Zorn 
à la Bièvre. — La vallée d'Enlenthal. — Les gorges de la 
Zorn. — Les rochers de Sîiint-Léoa. 

Walscheid. Août. 

Un train rapide débouche en grondant du tun- 
nel percé sous le roc que surmontent les ruines 
fîères de Lutzelbounj. Ce bruit éveille les échos 
dans la vallée resserrée entre déliantes murailles 
de grès rouges couvertes d'une puissante ver- 
dure. Il est l'heure de se préparer au départ 
pour la course dans les petites Vosges de Dabo. 
Nous sommes bientôt équipés. En route ! sans 

LORRALNE 1 



2 LORRAINE 

faire plus ample connaissance avec Lutzelbourg 
où nous sommes arrivés de Paris la veille ('), mon 
fils Maurice et moi. 

La chaussée blanche, la Zorn rapide, le canal 
de la Marne au Rhin étalant les eaux mates de 
ses biefs, le chemin de fer emplissent le fond de 
la gorge étroite. Une buée légère s'élève, flot- 
tant en écharpe au flanc des petits monts dont le 
manteau sombre des hêtres fait ressortir la ful- 
gurante ossature. Le travail humain, qui a choisi 
cette fissure dans la chaîne pour un des grands 
lieux de passage de l'Europe, n'en a pas détruit 
la beauté; parfois même il l'a accrue. Un de ces 
viaducs de pierre aux arches d'une sobre élé- 
gance que les premiers ingénieurs des voies fer- 
rées se plaisaient à élever, franchit route, rivière 
et canal. Les piles robustes, les arcades de grès 
rouge sont d'un admirable effet dans le paysage. 

Rubans de rails et canal abandonnent la Zorn 
qui débouche du sud, presque à angle droit. Ils 
poursuivent vers l'ouest, dans un pli plus étroit 
encore, pour aller trouer la ligne de faîte par 
leurs tunnels jumeaux et entrecroisés (^). La 
route continue à remonter la rivière coulant dans 



1. Sur Lutzelbourg et Phalsbourg, voir le chapitre V. 

2. Voir page 87. 



LE PAYS DE DABO 3 

un val moins resserré, sous les aulnes au feuil- 
lage sombre. 

Le site a grande allure. Le chemin de fer, pour 
pénétrer dans l'espèce de strie profonde par- 
courue par le Teigelbach, a entaillé les rochers 
de teinte ardente, formidablement entassés. Ces 
masses instables ont dû être assujetties par des 
piliers ou des murs de maçonnerie. Sous les 
hautes parois, le val très vert est animé par une 
petite usine fabriquant de la quincaillerie pour 
le Zornhof ('). 

Au long de la Zorn, les détails heureux se 
suivent; à des prairies vertes, bien irriguées, 
succède un étranglement ; les roches se sont dé- 
sagrégées, des blocs éboulés font îlots dans Les 
herbes, et de nouveau la vallée s'épanouit. Des 
ravins et des vallons s'ouvrent au sein des petits 
monts arrondis et couverts de hêtres. Dans ce 
cadre gracieux, séparés par la Zorn, se grou- 
pent le petit hameau de Sparsbrod. Un joli val 
s'entr'ouvre sur la rive droite ; un de ses flancs 
est gravi par le chemin de Hazelbourg. Les 
altitudes sont modestes, les pentes modérées, 
cependant, grâce à ses proportions heureuses, 
ce diminutif de montagne a de l'allure. 



I. Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XXIII. 



4 LORRAINE 

A mesure que Ton remonte laZorn, le paysage 
s'agrandit et prend la physionomie des Vosges 
moyennes. LaZorn, abondante, claire, sinueuse, 
roulant sur les graviers et les herbes, reflète des 
hauteurs nobles de forme. La transition de la 
colline à la montagne s'affirme quand on a con- 
tourné la raide paroi qui porte Hazelbourg, au 
delà du moulin de Neumûhle. Sur un rocher, 
la chapelle de Sainte-Odile semble marquer le 
changement de contrée. L'humble temple dédié 
à la patronne de l'Alsace domine la vallée de la 
Zorn et un vallon court, profond, creusé au pied 
d'Hazelbourg et ayant son origine dans une sorte 
de cirque formé par les sommets des petites 
Vosges de Saverne, fort accidentées. 

Sur une croupe, pointe le clocher de Schae- 
ferhof. Un sentier coupant les interminables 
lacets de la route conduit à ce village, en ofi'rant 
sans cesse une jolie vue sur l'hémicycle des 
monts et Hazelbourg, village de féodale allure 
couvrant le sommet de sa colline circulaire, an- 
cien oppidum celtique. Aspect rendu plus sai- 
sissant grâce aux grands escarpements ron- 
geât res de la partie supérieure reliée par de 
belles pentes de prairies à une autre colline 
semblable de forme, plus escarpée encore, revê- 
tue de pins. 



6 LORRAINE 

Hazelbourg fut en effet un point militaire im- 
portant à une époque fort reculée. Un dolmen 
s'y dressait encore pendant les premières années 
du dix-neuvième siècle ; des vestiges d'enceinte 
analogues au mur païen de Sainte-Odile se mon- 
trent sur divers points et les restes d'une voie 
romaine révèlent que les conquérants de la 
Gaule s'installèrent à leur tour sur cette mon- 
tagne presque isolée, dressée comme une senti- 
nelle au débouché de vallons offrant de faciles 
voies d'accès dans l'intérieur du pays. Sous l'es- 
carpement dominant la Zorn se séparent aujour- 
d'hui les chemins qui pénètrent dans le massif 
du Donon et les forêts du plateau de Nieder- 
willer. 

En quelques minutes le sentier a permis d'at- 
teindre Schiïferhof, égrenant au long de la route 
ses maisons propres et rustiques. Chaque habi- 
tation est flanquée d'une grange où l'on bat le 
blé; le bruit iTthmique des fléaux se fait partout 
entendre. Devant les portes, les femmes assises 
à leur métier se livrent au travail de la broderie 
que l'on rencontre dans toute la partie vosgienne 
de la Lorraine. 

La route de Dabo s'élève par des pentes dou- 
ces, en lacets de courbes régulières, au liane 
d'une montagne que surmonta jadis le Heiden- 



LE PAYS DE DABO 7 

schloss, forteresse dont les débris subsistent 
entre les bois ; au-dessous du chemin un val très 
profond et Sylvain se creuse. 

A l'un des contours on voit brusquement sur- 
gir la silhouette singulière de la montagne de 
Dabo, haut piton conique revêtu de gazon et cou- 
ronné par un rocher qui, vu d'ici, semble une 
puissante ruine. La chapelle se confond avec 
la roche, la statue de la Vierge surmontant la 
flèche paraît couvrir un pan de donjon. 

Voici la région des sapins; des jeunes arbres 
hauts et droits forment forêt où la chaussée pé- 
nètre avant d'entrer dans le bassin de cultures 
au milieu duquel Dabo éparpille ses hameaux. 
L'étrange silhouette de la montagne se précise, 
le roc fauve qui la termine semble délicatement 
posé sur le cône verdoyant. En cette région des 
petites Vosges, où les amoncellements de grès 
constituent des tableaux si fantastiques, il n'en 
est guère de plus étonnant que celui-ci. Les 
assises de roches sont superposées comme se 
présentent les feuilles de pâte dans un gâteau 
brisé; elles avancent, font des retraits, des lè- 
vres, des bavures, mais cela en gigantesque. 

Le bourg, bâti au pied du cône, est un centre 
assez considérable, il doit son aspect moderne 
à l'efTroyable incendie de 1887, qui consuma 



8 LORRAINE 

quatre-vingt sept maisons. On a reconstruit sur 
un plan régulier les habitations détruites. 

Le goût des excursions en montagne a fait 
connaître à la foule le curieux pays forestier qui 
entoure Dabo et amené la création d'excellents 
hôtels. Pendant la saison d'été les visiteurs sont 
nombreux ; les étudiants de Strasbourg ont une 
de ces maisons comme rendez-vous attitré. 
Grâce au tourisme, le village jadis perdu à l'en- 
trée des grands bois a acquis de la vie, plus qu'il 
n'en possédait lorsqu'il était la capitale d'un Etat 
presque souverain. 

Il y a de cela un peu plus d'un siècle. En 1 80 1 , 
le traité de Lunéville conlîrma la confiscation 
sur les comtes de Dabo-Linange de leur der- 
nière part d'autorité sur cette terre d'Empire, 
étendue jusqu'à la Sarre, à Abreschwiller ; déjà 
la Convention l'avait saisie et englobée dans le 
Bas-Rhin. Le pays de Dabo fut alors attribué 
au département de la Meurthe; c'est ce qui lui 
vaut aujourd'hui d'appartenir à la Lorraine, bien 
que celte contrée, dont les eaux vont à Saverne 
et au Rhin, soit plutôt alsacienne. Le plus illustre 
enfant de la maison de Dabo, celui qui devait 
devenir le pape Léon IX, naquit dans le comté, 
peut-être au château primitif, en 1002 ; l'Alsace 
en est fière encore ; elle lui a élevé une statue dans 



LE PAYS DE DABO Q 

la vieille petite ville d'Eguisheim('), qui prétend 
aussi avoir donné naissance à saint Léon, et où 
sa jeunesse s'écoula. 

Alors Dabo, ou Dagsburg, était cité forte; la 
ville occupait un ressaut de la montagne et se 
composait de plusieurs groupes d'habitations 
ou de défense. Au sommet du rocher, dans une 
situation en apparence inexpugnable, se dressait 
le château des comtes, berceau de Léon IX; à mi- 
côte, un bourg renfermait la garnison. L'église, 
plus bas, entourée d'une enceinte, dominait la 
ville proprement dite dont le Dabo moderne 
occupe l'emplacement. Pendant tout le Moyen 
Age, puis à l'époque de la Renaissance, le lieu 
resta fort et considérable ; une vue cavalière de 
1643, reproduite en carte postale, en donne la 
physionomie saisissante et pittoresque. En 167g, 
le château fut démantelé; onze ans plus tard, les 
restes furent rasés ; la ville militaire et les rem- 
parts subirent le même sort; cette destruction 
avait été décidée par le traité de Nimègue, qui 
enleva l'indépendance territoriale aux comtes en 
leur laissant les droits seigneuriaux des vassaux 
de l'Empire. 

Rien ne subsiste de la triple forteresse de 



I. Voir le volume Haute-Alsace, chapitre XIV, 



10 LORRAINE 

Dabo, on n'en trouve même pas vestiçje. Sur le 
roc suprême, la dernière pierre a été enlevée, 
peut-être utilisée pour la construction de la cha- 
pelle dédiée au pape saint Léon. Le rocher n'est 
plus qu'un lieu de pèlerinage et, surtout, un 
belvédère d'où la vue est immense. Comme en 
Suisse pour les curiosités naturelles, l'accès en 
est tarifé; la commune a installé un gardien qui 
délivre des tickets d'entrée. 

L'ascension est courte. Pendant un kilomètre 
le visiteur suit la route d'Alsace, tracée dans un 
paysage verdoyant. Un sentier s'en détache à 
l'entrée de la forêt et, par des lacets, atteint les 
pentes gazonnées que surmonte le roc en sur- 
plomb. Sous un encorbellement, une petite au- 
berge a été construite; à l'abri d'une autre roche 
se blottit l'habitation du gardien qui perçoit la 
rétribulion et ouvre le passage. On accède à la 
plate-forme par une série de larges marches en- 
taillées dans le grès ; cette voie débouche devant 
l'entrée de la chapelle. 

Le petit plateau gazonné aux bords déchi- 
quetés n'a pas plus de 3oo mètres de tour, mais 
la forteresse qui le couvrit jadis devait être sin- 
gulièrement forte, si elle était exiguë. Tout l'es- 
pace était d'ailleurs minutieusement occupé ; de 
vieilles estampes montrent les constructions 



LE PAYS DE DABO I I 

étroitement serrées au bord même de l'escar- 
pement. Au pied de la roche, une ceinture de 
murailles crénelées et percées de meurtrières 
empêchait l'accès à tout assaillant assez hardi 
pour tenter l'escalade. 

On ne saurait reconstituer par la pensée ce nid 
de faucon, 'tel que l'aménagea le régime féodal ; 
aujourd'hui la surface est absolument nue. D'ail- 
leurs on ne songe guère à une restauration mé- 
diévale, tant on est saisi par la beauté singulière 
du paysage. L'œil contemple tout le versant 
septentrional du massif du Donon, région plis- 
sée de nombreuses vallées, très ondulée, cou- 
verte d'un manteau ininterrompu de forets. Jus- 
qu'à la ligne de faîte, derrière laquelle s'étendent 
les Vosges alsaciennes, des bois,, toujours des 
bois, partout des bois. 

Les sommets se détachent nettement sur le 
fond bleu du ciel : dômes, croupes ou trapèzes. 
A l'arrière-plan trône le Donon, surmonté de son 
temple. Aucun signe de vie dans ces énormes 
étendues sylvaines, sinon la fumée blanche s'éle- 
vant des campements de charbonniers. Sous le 
Donon, trois vallées se creusent très distinctes : 
le Blanc-Rupt, Saint-Ouirin et la Sarre Rouge. 

Malgré leur uniforme manteau de forêts, les 
sommets se reconnaissent distinctement, en sui- 



I 2 LORRAINE 

vant sur la carte la ligne ondulée qui nous 
sépare de la vallée de la Bruche. Tous ces petits 
monts ont aux yeux des Alsaciens et des Lor- 
rains une individualité propre. Dans ces régions, 
comme en Allemagne, les accidents du sol : 
montagnes, rochers, cours d'eau, prennent r.n 
caractère personnel que l'on n'imagine pas en 
France. Sauf les grandes cimes des Alpes, des 
Pyrénées, des monts d'Auvergne, auxquelles la 
littérature ou l'imagination populaire ont donné 
en quelque sorte une âme, nous n'avons pas 
pour nos cimes l'affection fdiale qui nous sur- 
prend sur le versant oriental des Vosges. 

En Alsace, tout le monde connaît les monta- 
gnes vosgiennes, les idéalise, les regarde avec 
des yeux un peu prévenus, car on parle de hau- 
teurs modestes comme un Dauphinois parlerait 
de la Meije ou les Pyrénéens du Mont-Perdu ! 
Cette personnalité de cimes qui, chez nous, passe- 
raient inaperçues, est un des grands charmes des 
courses dans les Vosges. De ce côté du Donon, 
elle prend un caractère familier ; un dessinateur 
a rendu ce sentiment d'une façon pittoresque 
par une carte postale représentant l^horizon de 
montagnes de Dabo sous les traits silhouettés 
triiommes ou d'animaux. Le Donon doiniualeiir 
est figuré par mm IiOm ])ortant son leTMple iximt 



1 4 LORRAINE 

diadème au-dessus de sa chevelure de forêts ; le 
Grossmann est une tête de montagnard robuste; 
le Schneeberg un meunier endormi sous son bon- 
net de coton; le Geisfels, qui domine Lutzel- 
bourg , un bouc couché . Quant au rocher de Dabo . 
il surmonte la coiffure d'une femme habillée de 
façon très moderne, le buste pris dans un man- 
teau de fourrure. Une sorte de nécromant coiffé 
d'un feutre pointu, c'est le Spitzberg. La plupart 
des noms appliqués à ces images sont d'ailleurs 
des calembours. 

Cette région forestière de Dabo est presque 
un pays inconnu, autant que solitaire. Aucun 
village, pas même un hameau, dans ses vallées; 
à peine des scieries utilisant la force motrice des 
torrents. L'exploitation des bois, seule indus- 
trie, est aussi la principale source de fortune 
pour la population. La foret continue s'étend 
sur plus de i5ooo hectares, peuplée, selon l'ex- 
position et l'altitude, de sapins, de pins, de hê- 
tres, de bouleaux et de chênes. 

Des bois encore s'étendent vers le nord et 
l'ouest, mais troués par des clairières de cultu- 
res ; ils vont se perdre dans l'infini de la plaine 
lorraine. Dans cette direction, le pays s'abaisse 
rapidement. Des villages, des bourgs, des petites 
villes se montrent dans les vallées et sur les pla- 



LE PAYS DE DABO l5 

teaux. Les forêts sombres diaprent les étendues 
de moissons; de grandes nappes miroitantes bril- 
lent sous le soleil : ce sont les étangs sans nombre 
entre lesquels se traînent la Seille, la Sarre et 
leurs affluents. 

Au nord-est moutonnent les cimes sombres 
des petites Vosges de la Petite-Pierre et de 
Bitche, allant se confondre avec les Vosges — 
la Hardt — du Palatinat, dont les masses con- 
fuses se perdent à l'extrême horizon. . 

Le pays de Dabo ne s'étendait pas jusque-là; 
il ne comprenait que la zone forestière au nord 
de la crête du Donon, dans laquelle les Sarre et 
la Zorn roulent de claires eaux. Plus que ses 
voisines, la commune de Dabo est essentielle- 
ment sylvaine, elle possède plus de 12 000 hec- 
tares de bois, la forêt qui porte son nom en 
comprend 10079 ^ ^^^^ seule. Les droits des 
habitants sur ce vaste domaine compensent la 
rareté et la pauvreté des terres arables et des 
prairies. L'industrie de la broderie de perles 
répand un peu de bien-être, toutes les femmes 
y travaillent. En dehors de cette branche d'ac- 
tivité et de l'exploitation des bois, il n'y a 
qu'une petite fabrique de verres de montre et 
de brillants, dans laquelle dix ouvriers sont 
occupés. 



l6 LORRAINB 

Toute la région voisine est curieuse à plus d'un 
titre. Sur nombre de points, on rencontre des 
vestiges celtiques, dolmens ou menhirs, pierres 
auxquelles des cavités rondes, creusées sans 
doute par la main de l'homme, ont fait donner 
le nom de roches à cuvettes. Mais le grand attrait 
de la forêt serait sa solitude même, si elle n'était 
absolue au point que l'on peut marcher pendant 
des heures sans rencontrer àme qui vive. L'ab- 
sence de gîte a empêché la grande sylve d'être 
fréquentée par les touristes; bien peu de visiteurs 
s'aventurent dans le fond des vallées. 

Peut-être aussi l'uniformité des sites expli- 
que-t-elle l'abandon de ce curieux pays ; les val- 
lées de la Sarre se ressemblent trop et n'offrent 
pas suffisamment d'imprévu, malgré la longueur 
du parcours. La durée du trajet vers le Donon 
a fait préférer l'accès de la noble montagne par 
Schirmeck du côté de l'Alsace, par Raon-sur- 
Plaine du côté de la France. 

Plus variée, plus favorisée aussi par les sou- 
venirs légendaires, est la zone moyenne du pays 
de Dabo comprise entre la Zorn et la Bièvre, 
industrieux affluent de la Sarre. Les petits 
monts très découpés par les vallons, les restes 
de civilisation celtique, les souvenirs religieux 



LE PAYS DE DABO I7 

se rattachant à saint Léon font de la vallée de la 
Bièwe une région curieuse à parcourir ; la sau- 
vagerie de quelques plis contraste étrangement 
avec la grande industrie implantée à Vallérys- 
tal. De ce côté les guides de Dabo dirigent plus 
volontiers les promeneurs. 

Nous avons traversé ce massif pour atteindre 
Vallérystal et Abreschwiller. Le chemin, rude 
pour les chars, quittant Dabo, dont les maisons 
sont gaîment fleuries de bégonias et de géra- 
niums, va passer au hameau de Hopstein. De 
ce point, dominé par les escarpements rouges 
du Ballerstein, on a une vue nouvelle de Dabo ; 
le bourg s'étale en croix; la butte, surmontée 
du rocher et de la chapelle, semble plus élancée 
encore, A mesure que Ton avance, ce paysage 
s'agrandit; la descente est délicieuse. Le roc de 
Dabo paraît de plus en plus grandir. Hopstein 
s'éparpille sur un rocher. Le spectacle change 
quand le chemin atteint le ravin très vert d'En- 
tenthal — la vallée des Canards — où le ruis- 
seau d'Altmûhl gazouille au milieu de prairies 
encadrées de sapins et de hêtres. 

Au fond de cette combe étroite, on retrouve 
la Zorn ; la vallée est une gorge rocheuse, le 
torrent clair, peuplé de truites, y bondit et 
écume. A la jonction est la scierie-auberge de 



LORRAINE 



1 8 LORRAINE 

Kleinmûhl, fréquentée par les rouliers descen- 
dus de la vallée solitaire où la Zorn actionne 
des scieries. Une route bien entretenue remonte 
cette gorge longue et sévère jusqu'au moulin de 
Petersmiihle : là aboutit une autre route venue 
de Walscheid. De Petcrsmûhle un bon sentier 
conduit au sommet du Grossmann, la belle cime 
aux rochers bizarres d'où l'on jouit de si grands 
horizons. 

La Zorn coule rapidement dans un lit resserré 
et va entourer une sorte de presqu'île au fond d'un 
cirque aux parois raides, jadis revêtues de grands 
arbres. Un ouragan tournoyant dans cette sorte 
d'abîme" a renver>sé sapins et hêtres. Les troncs 
ont été débités, mais les souches sont en l'air, 
montrant des moignons de racines. Le sentier 
monte entre ces ruines végétales, contournant 
le cirque et offrant sur Dabo une vue vraiment 
fantastique. 

Le cyclone n'a sévi que sur un étroit espace. 
Voici l'ombrage d'une hêtraie superbe, les arbres 
au tronc lisse s'élancent, hauts et droits, sur la 
pente très déclive. Le sentier s'élève ainsi dans 
le silence profond de la forêt ; les hêtres pren- 
nent des proportions de plus en plus majes- 
tueuses, ils forment au sommet de la côte un 
massif sous lequel on devine des restes de rem- 



LE PAYS DE DABO I9 

parts. C'est un de ces murs païens dont l'origine 
demeure mystérieuse. 

L'arête que couvre cette œuvre de nos loin- 
tains aïeux des Gaules est fort curieuse par ses 
entablements de grès rouge, dont la verdure des 
hêtres fait ressortir la teinte puissante. Ces ro- 
chers sont splendides, surtout vers le sud, où les 
amas gréseux du Hohvalsch sont un but d'ex- 
cursion pour les hôtes de Dabo et d'Abresch- 
willer. 

Des sentiers bien tracés descendent à la Biè- 
\Te en longeant un vallon secondaire où l'on 
retrouve quelques cultures. Le point de réunion 
des deux vallées est dominé par une petite mon- 
tagne rocheuse portant les ruines à peine appa- 
rentes d'un château et une chapelle dédiée à 
saint Léon. C'est un des lieux où la légende fait 
naître le pape Léon IX. Un évideraent dans la 
paroi du rocher passe pour la retraite favorite du 
futur pontife, le jeune comte Brunon de Dabo. 
La grotte, profonde de 35 mètres, est visitée 
par de nombreux touristes. Une source y suinte 
du rocher. 

Toute la contrée est curieuse par les rochers 
aux formes singulières et de teinte ardente. Les 
surplombs ont offert un asile aux peuples pri- 
mitifs ; aussi trouve-t-on partout des vestiges de 



20 LORRAINE 

la vie antique, murs et travaux de défense. Les 
tombes sont en tel nombre que l'on peut con- 
clure à l'existence de populations pressées en 
ce pays si médiocrement habité de nos jours. 

En aval sur la Bièvre, dont les eaux limpides, 
dérivées par un canal, servent aux usages do- 
mestiques d'une rue d'habitations mi-rurales, 
mi-ouvrières, se groupe le gros village de Wal- 
scheid ; les maisons ont toutes leurs fenêtres 
ornées de fleurs de teinte vive. Une grande 
partie des habitants sont employés à la verrerie 
de Vallérystal, décelée à distance par le nuage 
de fumée planant sur les collines. 



11 

VALLÉRYSTAL, ABRESCHWILLER et LORQUIN 



La vallée de la Biëvre. — De Walscheid à Vallérystal. — La 
verrerie. — Trois-Fonlaines. — Dans les bois de Voyer. — 
Abresch\viller. — Les scieries. — Les chemins de fer fores- 
tiers du Donon. — L'exploitation des forêts de l'Etat. — La 
langue française dans le pays d'Abreschwilier. — Petits mé- 
tiers de la forêt. — Descente de la Sarre Rouge. — Les viviers 
de Basse-Barville. — Lorquin. — La broderie sur blanc. — 
Sur la route d'Héming — Hesse. 



Hesse. Août. 

Après Walscheid, la vallée de la Bièvre se 
rétrécit et devient gracieuse, la roche qui surgit 
de chaque côté a des formes pittoresques et im- 
prévues ; au-dessus d'une scierie elle se tapisse 
d'une nappe de bruyères roses formant un décor 
splendide par le contraste avec les pins qui l'en- 
cadrent et le vert doux des petits prés arrosés 
par la rivière. Plus loin, d'autres masses de grès 
rouges, aux assises émoussées, aux ressauts cou- 
verts du même manteau de bruyère semblent un 
rempart placé en travers de la vallée. Sur la rive 



2 2 LORRAINE 

gauche, moins exposée au soleil, le roc tapissé 
de lichen est entouré de hêtres. Des grottes 
creusent ces parois, accroissant le caractère du 
paysage. Jadis celui-ci devait être plus curieux 
encore; un étang couvrait de ses eaux le petit 
bassin aujourd'hui prairie ; il en reste la chaus- 
sée, près du moulin de la Croix (Kreuzmiihle). 

Soudain le paysage devient industriel par 
Tallure des constructions assises à l'entrée d'un 
vallon vert s'ouvrant dans le massif que recou- 
vrent les villages de Haarberg et Hommert. Les 
deux vaux sont occupés par les maisons du 
hameau de Sitifort, conçues sur le type des 
cités ouvrières des environs de Mulhouse et 
habitées par des verriers de Valléryslal comme 
la plupart des hameaux et des villages voisins. 

L'usine apparaît; ses hautes cheminées, ses 
vastes toitures, étalées entre les sapins de la rive 
gauche et les hêtres de la rive droite, troublent 
le calme agreste de ce pli jadis solitaire. Les 
constructions couvrent un long espace au bord 
de la rivière ; quinze cents ouvriers sont employés 
dans l'énorme ruche. Cependant la manufacture 
n'a pas fait naître de ville autour d'elle; les tra- 
vailleurs ont pris gîte dans les villages de la 
vallée, au-dessous des ateliers : Trois-Fontaines, 
Bieberskirch et Harzwiller forjuent une longue 



COIÎPTOIR lATIOML D'ESCOK 

DE PARIS 

Société Anonyme 
Capital 150 millions de francs entièrement versés 



Siège social : RUE BERGERE 

strccuESAUB : 2, place de l'Opéra 



OPÉRATIONS DU COMPTOIR NATIONAL 

Escompte 

Le Comptoir National escompte le papier de commerce sur 
Paris, la Province et l'Etranger. 

Le CojrpTOiB Nrtional est le seul Etablissement français qui 
ait des Agences aux Indes Anglaises, en Australie, à Madagascar, 
et qui puisse délivrer, pour ces contrées, des lettres de crédit 
ou de recommandation auprès de ses propres Agences. Il a aussi 
des Succursales dans les principales villes de France, ainsi qu'à 
Bruxelles, Londres, Liverpool, Manchester (Voir page 4). 

Recouvrements 
Le Comptoir National se charge de l'encaissement des effets 
sur Paris, la France, les Colonies et l'Etranger, à des conditions 
qui sont déterminées dans un tarif adressé à toute pei sonne qui 
en fait la demande. 

Dépôts a Vue 
Le Comptoir National d'Escompte de Paius reçoit en compte 
de dépôt productif d'intérêt des fonds qui sont constamment à 
la disposition des déposants. Un carnet de chèques est délivré 
sur sa demande à chaque titulaire de compte. 



Dépôts à échéance fixe 

Le Comptoir National reçoit des fonds à échéance fixe. L'in- 
térêt de ces dépôts est actuellement fixé: 
De 6 mois à 11 mois. . . 2 | De 1 an à 3 ans 3 

Les bons sont à oidre ou au porteur, au choix du Déposant. 
Les intérêts sont représentés par des Bons d'intérêts également à 
ordre ou au porteur, payables semestriellement ou annuellement, 
suivant les convenances du Déposant. 



Avances sur Titres 
Le Comptoir National consent des avances sur les Rentes 
Françaises et Etrangères, sur les Obligations de Chemins de fer, 
les valeurs émises par l'Etat, les villes, les départements, etc. 



— 2 — 

Penseignemeuta sur les Valeurs 
Le CoMPTOTK National possède un service d'Etudes financière» 
chargé spécialement d'étudier toutes les affaires industrielles, 
commerciales et financières, françaises et étrangères, cotées ou non 
cotées, qui peuvent attirer l'attention des clients du Comptoir 
National qui sont ainsi constamment renseignés sur l'origine et 
la marche des alTaires qui les intéressent 

Délivrance de Chèques, Envois de Fonds 
Le CoMPTom Nationai. délivre, contre provision préalable, 
des chèques et des mandats sur la France ou l'Etranger. 

Il se charge de transmettre des ordres de paiement par corres- 
pondance et par télégraphe 

Prêts Hypothécaires Maritimes 
Le CoMPTOiB National a organisé un service spécial pour les 
prêts hypothécaires sur naviies français ou francisés. Les de- 
mandes de prêts peuvent être adiessées indifféremment, au Siège 
social, ou à l'une quelconque des Agences du Comftoip. National 
en France ou à l'Etranger. 

Ordres de Bourse 
Le Comptoir National d'Escompte de Paris se charge d'exé- 
cuter à la Bourse de Paris et :. ..• toutes les autres places en 
France et à l'Etranger, les ordres d'achat et de vente qui lui 
sont transmis par les clients. 



valeurs de Placement 

Le Comptoir National délivre sur une simple demande sans 
aucuns frais des Obligations des Chemins de fer du Nord, de 
Paris-Lyon-Méditerranée, de l'Est, de l'Ouest, d'Orléans, du Midi, 
etc., aux mêmes cours que ceux auxquels les délivrent les 
Compagnies elles-mêmes. 

Il délivre immédiatement à ses guichets des Obligations de la 
Ville de Paris, du Ciédit Foncier, etc. 

Location de C offres-forts 

Le Comptoir National met à la dis- 
position du public, poux la garde des 
valeurs, papiers, bijoux, etc., des cof- 
fres-forts entiers ou des compartiments 
de coffres- forts, au Siège social, 14, rue 
Bergère, à la Succursale, 2, place de 
l'Opéra, à l'Agence A, 147, boulevard 
Saint-Germain, à l'Agence U, 49, ave- 
nue des Champs-Elysées et dans les 
principales Agences. 

Une clef spéciale unique est remise 
à chaque locataire. — La combinaison 
est faite et changée à son gré par le 
locataire. — Le locataire peut seul 
ouvrir son coffre. 




— 3 — 

Une serre spéciale est affectée aux caisses, malles, etc., pouvant 
contenir de l'argenterie, des objets précieux, dentelles, etc. 



TARIF DE LOCATION 


MODÈLES 


DIMENSIONS 


PRIX 1 


Haalear 


largeur 


ProfoDd. 


h Mois 


Trois Mois 


Six Mois 


Un Ad 


N* 1 

N» 2 

N» 3 

N° 4 

Coirre-fortCDlier 


0"-23 
0-63 
2-25 


0"25 
0">65 
0-65 

1"30 


o-so 

0-50 
0"50 


5 « 
10 > 
15 » 


100 » 


25 „ 
ào » 
50 >. 


40 .. 

60 .. 

100 » 

400 » 



Dépôts df Titres 

Le CoMPTom National reçoit en dépôt les titres de toute 
nature, français ou étrangers, nominatifs ou au porteur, contre un 
très modique droit de garde. Les Actions et Parts de Fondateur 
du CosiPTOiE National sont exemptées du droit de garde. 

Les titres déposés au Comptoir National peuvent être retirés 
de 2 heures à 4 heures, le jour même de la demande du retrc't. 
Dépôts <"e Titres dans les Agences 

Le Comptoir National reçoit également en dépôt dans ses 
Agences Etrangères, à Londres notamment, les titres et valeurs 
qu'on peut avoir hors de France. — Les Agences, organisées pour 
recevoir les dépôts de titres, encaissent les coupons, dont le montant 
est payé, sur la demande des déposants, dans l'un des sièges du 
CoMPToœ National, en France ou à l'Etranger. 

Garantie contre les Risques de Remboursement des Titres au na'r 
Le CoMPTom National se charge de garantir contre les risques 
de remboursement, les titres cotés au-dessus du pair. Une Notice 
contenant les différentes natures de valeurs auxquelles le Comptoir 
National peut donner cette garantie, est envoyée sur demande. 

Lettres de Crédit pour Voyages 

Le Comptoir National délivre des lettres de crédit sur tous pays, 
ainsi que des lettres de crédit circulaires payables dans le monde 
entier. 

Le Comptoir National a organisé à sa Succursale, 2, place de 
l'Opéra (rez-de-chaussée), un service spécial pour les Voyageurs 
et le payement des lettres de crédit émises sur ses Caisses (salons 
de lecture et de correspondance, service de réception des lettres 
des accrédités, cabine téléphonique, bureau de poste, etc.). 
Villes d'Eaux, Stations Balnéaires 

Le Comptoir National a des Agences dans les principales Villes 
d'Eaux : Nice, Capnes, Vichy, Dieppe, Trouville-Deauville, Dax, 
Royat, le Havre, )a Bourboule, le Mont-Dore, Bagnères-de-Luchon, 
Biarritz, Pau, Ostende, Monte-Carlo, Saint-Sébastien, Chatel- 
Guyon.etc. ; de sorte que les Etiangers, les Touristes, les Baigneurs 
peuvent continuer à s'occuper d'affaires pendant leur villégiature. 

Un service d'informations télégraphiques les tient continuelle- 
ment au courant des nouvelles politiques et financières. 



— 4 



SUCCURSALE. B UREAU X & AGENCES 

SUCCURSALE : 2, place de l'Opéra, Paris. 

SALON DES ACCR ÉDITÉS , (BRANCH OFFICE 

Bureaux de Quartier dans Paris 



A-Boulevard ?t-Gfrmain, 147 
B-Rue de Rivoli, 108. 
C-Boulevard Diderot, 23(gar((leljoii) 
D-Rue Rambuteau, 2. 
E-Rue Turbigo, 16. 
F-Place de la République, 21. 
G-Rue de Flandre, 2. 
H-Rue du 4-Septembre, 2. 
l-Boulev>ifd Magenta. 80-82. 
J- Boulevard de Strasbourg, 7. 
K-Boulevard Richard Lenoir, 92. 
L-Rue de Clichy, 86. 
Wl-Avenue Kléber, 87 (Passy). 
N-Avenue Man-Mahon, 35. 



P-Faubourg St-Antoine, 27 
R-Boulevard Saint-Michel, 53. 
S-Av nue des G ibelins, 2 bis. 
T-Avenue de Villiers, 1. 
U-Avenue des Champs-Elysées, 49 
V-Aveiiue d'Orléans, 85. 
X-Ruedu Commerce, 69 (Grenelle). 
Y-Faubourg Saint-IIonoré, 124. 
Z, Boulevard llaussmann, 89. 
AB-Rue Ménilmontant, 39. 
AO-Boulevard Barbes, 25. 
AE-Rue Lafayelte, 44. 
AF-Boulevarà Voltaire, 199. 
AS-Chaussée de la Muette, 2. 



O-Boulevard Montparnasse, 71. 

Bureaux de Banlieue 

ASNiÊRES, 6. rue Saint-Denis. — Charento.n, 50, rue de Paris. — Clichy, 
106, boulevard National. — Enghien, 47, Grande-Rue. — Ivry-sdr- 
Sêine, 54, rue Naiionale. — Levallois-Pkrret, 3, place de la Répu- 
blique.— Mo.vTREiiiL-soDS-Bois, 43, rue du Pré. — NsniLLY-sUR-SKiNK 
92, avenue de Neuilly. — Saint-Denis, 88, rue de Paris. ' 

France 

Reims 

Rennes 

Riom 

Rive-Hle-Oier 

Roanne 

Roubaix 

Rouen 

Royal 

Saint-Brieuc 

Salnt-Chamond 

Saint-Dié 

Saint-Etienne 

Saint-Junien 

Salon 

Soissons 

Toulouse 

Tourcoing 

Tours 

Trouville - Deau - 

Tille 
Troyes 
Valenciennes 
Versailles 
Vichy 
Villefranche-s.- 

Saône 
Villeneuve-s.-Lot 
Vire 
Agences dans les Colonies et Pays de protectorat 
Tunis, Sfiix, Sousse, Gabès, Majunga, Tamatave, Tananarive, Diégo- 

Suarez, Mananjary, Tuléar. 
Agences à l'Étranger. — Bruxelles, Ostende, Londres, Liverpool, 
Maocbester, Monte-Carlo, Saint-Sébastien, Alexandrie (Egypte), Bombay, 
Uelboume, Sydney, Tanger, Mogador, Casablanca. 

Imp. de Vaugirard. — U -L. MOTTI. direeteur. 





Agences en France 


Abbeville 


Cavaillon 


Hazebrouck 


Agen 


Cette 


Issoire 


Aix-en-Provence 


Chagny 


Jarnac 


Alais 


Chalon-s.-Saône 


l.ézignan 


Albi 


Châteaurenard 


Liboume 


Amiens 


Chatel-Guyon 


Lille 


Angoulême 


Châtillon-s.-Seine 


Limoges 


Aries 


Clermont Oise) 


Lyon 


Avignon 


Clermont-Ferrand 


M anosque 


Bagnères-de-litliOD 


Clermont-l'Héranlt 


Mans (le) 


Bagnols-s.-Cèze 


Cognac 


Marseille 


Bar-sur-Seine 


Condé-s.-Noireau 


Mazamet 


Beaucaire 


Dax 


Melun 


Beaune 


Deauville - Trou- 


M ont-de- Marsan 


Beauvais 


ville 


Mont-Dore (le) 


Bédarieux 


Dieppe 


Montpellier 


Belfort 


Di]on 


Mouy 


Bergerac 


Douai 


Nancy 


Béziers 


Dunkerque 


Nantes 


Biarritz 


Blbeuf 


Narbonne 


Bordeaux 


Epernay 


Nice 


Bourboule (la) 


Epinat 


Nîmes 


Caen 


Ferté-Macé (la) 


Nogent-s.-Seine 


Calais 


Firminy 


Orange 


Cannes 


Flèche (la) 


Orléans 


Carcassonne 


Fiers 


Pau 


Carpenlras 


Gray 


Périgueux 


Castres 


Havre (le) 


Perpignan 



VALLÉRYSTAL 2 3 

rue de petites maisons peuplées de verriers. Tout 
autour, les centres des plateaux et des collines 
renferment d'autres employés de la verrerie. 

Mais Vallérystal, comme bourg, n'existe pas; 
il ne comprend que la manufacture elle-même. 
Celle-ci, fondée ou plutôt développée en i856, 
car il y avait là une verrerie créée en 1 707 par 
un comte de Lutzelbourg, était une des plus 
considérables de France, lorsque le traité de 
Francfort vint nous Tarracher. Pour conserver 
le marché français, la compagnie a fort développé 
la succursale qu'elle possédait à Portieux ('), 
dans le département des Vosges. 

Vallérystal ne s'en est pas moins accru ; le 
marché allemand s'est ouvert pour elle. Bien 
que la substitution de la houille au bois ait fait 
perdre l'avantage offert par les immenses forêts 
du Dabo qui avaient fait choisir ce val solitaire, 
la verrerie a pu se développer. Un embranche- 
ment de chemin de fer qui la relie à Sarrebourg 
et aux houillères de la Sarre compense en partie 
l'éloignement du bassin charbonnier. Le mou- 
vement d'affaires est évalué à deux millions et 
demi de francs, dont un tiers pour le commerce 
en Allemagne, le reste étant exporté. 



I. 22^ série du Voyage en France. 



24 • LORRAINE 

La production comprend la verrerie commune 
et surtout le verre décoré mécaniquement, demi- 
cristal reproduisant Tornementation et la taille 
des articles de Baccarat et de Saint-Louis. On 
applique les procédés de Galle qui ont si profon- 
dément rénové l'art du verrier. 

L'entrée de l'usine est rigoureusement refusée ; 
j'ai pu faire fléchir la consigne, mais uniquement 
j)Our les parties n'offrant pas un intérêt parti- 
culier : la fusion du verre et le moulage ; encore 
sommes-nous arrivés à l'heure où les fours ne 
fonctionnaient plus. Nous avons donc vu surtout 
de Vallérystal les murs derrière lesquels il se 
passe quelque chose. 

Les ateliers se prolongent jusque dans le village 
de Trois-Fontaines, où Tune des constructions 
abrite une fabrique de verres de montres. En dépit 
du voisinage de la puissante manufacture, Trois- 
Fontaines garde un caractère presque rural ; la 
plupart des maisons ont une grange dans laquelle 
bat le fléau. Presque tous les ouvriers possèdent 
un petit domaine qu'ils exploitent tout en travail- 
lant à la verrerie. Ils peuvent ainsi se contenter 
de salaires moins élevés que dans les grands cen- 
tres industriels. Le bon marché de la main-d'œu- 
vre est une autre cause du maintien de Vallérystal 
loin des matières premières, le charbon surtout. 



^ -,' A > 




26 LORRAINE 

Un vallon creusé dans le massif recouvert par 
la forêt de Walscheid sépare Trois-Foniaines de 
Bieberskirch et ouvre accès au sentier condui- 
sant d'un côté à Voyer, de l'autre à Abresch- 
willer. Ce creux au fond de prairies est encadré 
de bois ; le chemin monte, fort rude, sous les 
hêtres, entre les rocs moussus et les racines 
noueuses. L'ascension semble pénible, car nous 
avons fait bien des lieues aujourd'hui. Enfin 
voici le plateau; nous marchons avec moins de 
peine sous les beaux arbres de la forêt de Voyer, 
jusqu'à la ferme de Valette, où apparaissent les 
cultures. Partout des champs bien tenus, des 
récoltes variées; on entre dans un monde nou- 
veau pour l'habitant de la région sylvestre du 
Dabo. 

Une bonne route décrivant un grand lacet 
descend au sud vers la vallée de la Sarre Rouge 
que l'on voit se creuser profondément; le sen- 
tier coupe ce contour, amène en vue d'Abrcsch- 
willer, passe près de la chapelle du cimetière 
et débouche au cœur de ce gros village, très 
propre et simple, devenu un rendez-vous fré- 
quenté de touristes. 

La situation est heureuse ; la vallée de la 
Sarre Rouge échappe ici à la région des monta- 
gnes pour entrer dans celle des collines où elle 



ABRESCHWILLER 2 7 

recevra les eaux de la vallée de Saint-Quirin et 
de la Sarre Blanche. De nombreux vallons secon- 
daires pénètrent dans le massif, où l'on trouve 
à chaque pas des sites curieux dus aux formes 
singulières et à la couleur de la roche, aux con- 
trastes de végétation. Ce ne sont pas de grands 
paysages, mais cela est aimable ; d'ailleurs le 
sommet du Donon est proche, offrant son relief 
accentué et ses larges horizons de montagne. 

L'excellent hôtel Cayet, dont l'hôte connaît à 
merveille le pays, a fait du bourg le centre vital 
de ce versant du Donon pour le séjour d'été et 
les excursions. Abreschwiller lui doit son aspect 
de vie et de gaîté autant qu'à l'industrie, fort 
active, alimentée par les immenses forêts dans 
lesquelles se creusent les vallées des Sarres. 

Cette industrie se borne aujourd'hui à l'exploi- 
tation et au débitage des bois, mais Abresch- 
willer eut jadis des branches d'activité plus va- 
riées . La verrerie de Vallérystal y possédait 
des ateliers occupant une centaine d'ouvriers ; 
ils sont abandonnés depuis 1899. Les gisements 
de minerai de fer des environs alimentèrent 
longtemps deux hauts fourneaux aujourd'hui 
éteints. La métallurgie reste représentée par un 
atelier assez considérable pour la fabrication 
des machines agricoles. 



28 LORRAINE 

On pouvait encore considérer comme appar- 
tenant à Abreschwiller, au moins par la proxi- 
mité, la verrerie de Saint-Quirin, située, sur le 
territoire de cette dernière commune, à Lettem- 
bach, mais bien plus près d' Abreschwiller ; la 
belle usine a été fermée en 1888 et tous les 
ateliers furent alors transférés à Girey en Meur- 
the-et-Moselle, siège de la société. 

Les scieries sont donc aujourd'hui les princi- 
pales manufactures ; la commune en compte plu- 
sieurs, le bourg même en possède deux fort 
considérables ; l'une d'elles est la plus impor- 
tante de toute la Lorraine. Aussi le commerce des 
bois a-t-il une im|)ortance sans cesse croissante; 
un embranchement de chemin de fer, aboutissant 
à Sarrebourg par un tronçon commun à la ligne 
de Vallérystal, le favorise. A la gare vient aboutir 
un petit réseau de chemins de fer forestiers fort 
intéressants, remontant dans les vallées et re- 
cueillant le produit des coupes et les bois débités 
dans les scieries échelonnées au long des cours 
d'eau. Ces lignes sont toutes en amont d'Abresch- 
willer, sur la Sarre Rouge et ses affluents. La 
Sarre Blanche et le ruisseau de Saint-Quirin res- 
tent jusqu'ici en dehors du système, mais les 
forêts de la rive gauche et la moitié de celles de 
la rive droite de la Sarre Blanche appartiennent 



ABRESCHWILLER 20 

presque toutes à des particuliers, à la Compa- 
gnie de Saint-Gobain, Chauny et Girey notam- 
ment. 

Le réseau forestier a été entrepris en 1892 
par le service des forêts du royaume de Prusse 
qui gère les anciennes forêts domaniales d'Al- 
sace-Lorraine et les bois communaux. La ligne 
principale, longue de 19 kilomètres, quitte la 
Sarre Rouge pour pénétrer dans le vallon de 
Soldatenthal, remonter jusqu'au fond de ce pli 
solitaire, franchir la ligne de faîte et accéder dans 
la vallée de la Zorn ; elle se prolonge jusqu'à la 
source de cette rivière, au pied du sommet d'Ur- 
stein ; un embranchement descend la Zorn nais- 
sante sur une courte étendue ; il semble destiné 
à se prolonger vers Lutzelbourg poury conduire 
les bois du pays de Dabo. 

Une autre ligne achève de desservir la vallée 
de la Sarre Rouge, en remontant le torrent jus- 
qu'à sa source; sous la cime de la Tête de mort, 
voisine du Donon, deux embranchements vont 
chercher les bois au pied du massif de Malcôte. 
La région se nomme vallée de Saint-Ouirin, bien 
que le bourg de ce nom se trouve dans un autre 
bassin, mais la forêt de Saint-Quirin que par- 
court la Sarre Rouge a fait désigner ainsi les 
bords de la rivière. 



3o LORRAINE 

A cette Sarre Rouge aboutit un gros et clair 
ruisseau, dit, pour les mêmes raisons, d'Abresch- 
willer ; il anime une vallée solitaire prenant nais- 
sance à la base du Grossmann. Un chemin de fer 
forestier remonte cette vallée d'Abreschwiller et 
envoie des embranchements dans trois vallons 
latéraux. 

Tout le massif Sylvain, jusqu'au pied de la 
puissante chaîne qui sépare les bassins de la 
Sarre et de la Zorn de celui de la Bruche est 
ainsi desservi par ces lignes à voie étroite où le 
remorquage des trains s'effectue par des loco- 
motives. Grâce à ce moyen de transport, l'ex- 
ploitation des forêts a pris une activité, une 
intensité inconnues jadis. Même on est en voie 
de ruiner le pays; les forestiers allemands pro- 
cèdent avec une hâte fébrile. « Ils font argent de 
tout », entendais-je dire l'autre jour en chemin 
de fer par des industriels discutant des questions 
économiques. 

Je me suis mêlé à la conversation ; j'ai appris 
ainsi qu'à la suite de coupes répétées dans les 
forêts de l'État, représentant les trois quarts de 
la surface boisée, le chêne d'oeuvre est devenu 
introuvable ; il faut aller en France pour se pro- 
curer celte essence. Dans le bas pays surtout, la 
disette se fait sentir; dans les vallées il n'y a 



ABRESCHWILLER 3 1 

guère que du sapin, pour les dix-neuf ^^ngtièmes, 
le reste étant en hêtres. Mais les arbres sont 
abattus avant leur complet développement. Les 
chemins de fer permettent de faire face à cette 
exploitation intensive. 

Les prix de transport sont bien inférieurs aux 
charrois par collier. L'administration des forêts 
demande i5 pfennigs (i8' 76) par kilomètre et 
par mètre cube, plus 1^26 pour chaigement et 
déchargement. 

Grâce à ces facilités, les pays où naissent les 
Sarres fournissent 10 wagons par jour à la gare 
d'Abreschwiller, 3 000 à 3 5oo par an, et la 
valeur des produits expédiés atteint environ 
2 000 000 francs . Jadis la France offrait des débou- 
chés importants ; mais la guerre douanière a 
amené un tel accroissement des droits d'entrée, 
que toute exportation est impossible depuis 
dix ans. 

Cette région forestière, presque déserte, car 
on n'y trouve guère que des scieries, des mai- 
sons de garde et de très rares fermes, conserve 
l'usage de la langue française. En dépit des 
noms à consonance germanique, la contrée était 
entièrement acquise à l'idiome latin ; elle l'est 
encore aujourd'hui ; partout, de la Bièvre à la 
frontière nouvelle, on se fait comprendre en par- 



32 LORRAINE 

lant français, tandis que l'on a bien des chances 
de ne pas être entendu avec l'allemand ; même 
beaucoup de noms sont restés dans leur forme 
très française comme Hattigny, Ibigny, Gon- 
drexange, Laneuveville, alors que l'on a méta- 
morphosé Lorquin en Lôrchingen. 

C'est en français que répondent les bûcherons 
et les ouvriers des scieries, en français aussi 
s'expriment les enfants et les femmes qui par- 
courent les bois pour la cueillette des fraises, des 
airelles, des framboises, des mûres et des baies 
de sureau. Cette occupation, idyllique en appa- 
rence, revêt un caractère redoutable : les fruits 
forestiers, étant destinés à la distillation, contri- 
buent à accroître le fléau de l'alcoolisme qui 
détruit la vigueur d'une race superbe. Il est vrai 
que l'alcool de choix n'est pas à la portée de tout 
le monde; les amateurs qui veulent de l'eau-de- 
vie de framboise achètent les baies 20 centimes 
le kilogramme ; or i hectolitre de framboise 
donne à peine 3 litres d'alcool à 5o°, subissant 
double distillation pour être buvable ; cela amène 
le prix de revient à i5 francs par litre. 

La vie de la forêt serait courte, si les scieries 
ne travaillaient même en hiver, sauf quand les 
froids trop vifs couvrent les torrents de gla- 
çons. Les scieries à vapeur d'Abreschwiller, de 



LORQUIN 33 

Vasperviller, de Saint-Quirin, etc., ne connais- 
sent pas ces chômages et maintiennent l'activité 
du pays. 

Une autre branche importante de travail est 
la broderie sur blanc, qui emploie presque toute 
la main-d'œuvre féminine dans les hameaux et 
les villages et dont le foyer principal est à- 
Lorquin, chef-lieu du canton, groupé dans un 
vallon non loin du confluent des deux Sarres. 
Ce bourg doit aux nombreux fabricants ou cour- 
tiers d'être un centre assez animé, dont l'in- 
fluence s'étend sur de vastes campagnes. 

Lorquin est complètement en dehors des mon- 
tagnes, séparé par un bourrelet de collines du 
plateau ondulé où les grands étangs sommeillent 
entre les cultures et les bois. On s'y rend d'A- 
breschwiller en descendant la Sarre Rouge que 
le ruisseau de Saint-Quirin vient atteindre au- 
dessous de Vasperviller. La vallée est devenue 
un large plan de prairies^ encadré de bois ; la 
rivière, abondante et claire, se tord en inces- 
santes sinuosités sous les aulnes à la ramure 
luisante, d'un vert sombre. Peu à peu les hau- 
teurs s'abaissent, se dépouillent de leur man- 
teau de verdure, puis s'efl'acent; c'est la plaine 
ample où les deux Sarres^ déroulant de multiples 

LORRAINE 3 



34 LORRAINE 

replis comme pour retarder leur rencontre, finis- 
sent cependant par se rejoindre. 

Avant le confluent, débouche d'un vallon boisé 
le ruisseau de Valette, qui vient d'arroser le 
frais vallon de Voyer; ce petit cours d'eau et la 
Sarre alimentent de vastes réservoirs artificiels : 
quatre bassins maçonnés recevant les truites 
■élevées dans l'établissement de Yasperviller, que 
je dois visiter demain. Les beaux poissons four- 
, millent dans l'eau vive. La gare de Basse-Barville 
avoisine ces viviers, et reçoit chaque jour les 
paniers de poissons destinés à Strasbourg, à 
Metz et surtout aux villes d'eaux françaises. 

Plus loin, un canal dérivé de la Sarre Blanche 
franchit la Sarre Bouge pour porter les eaux au 
canal de la Marne au Rhin ; ce chenal frôle les 
villages de Nitting et d'Hermelange avant d'at- 
teindre la voie navigable en face de Hesse. 

La jonction de la Sarre Blanche et de la Sarre 
Rouge a lieu dans la plaine de prairies, se rele- 
vant de chaque côté en amj)Ies ondulations cou- 
vertes de cultures. Près du confluent est établie 
la gare de Lorquiu, d'où la vue s'étend sur la 
belle ligne des Vosges moyennes dont les som- 
mets bien détachés, comme isolés, capricieux 
de forme, sont dominés par la masse caractéris- 
tique du Donon. 



LORQUI.N 35 

Le bourg de Lorquin, à un quart de lieue, au 
fond d'un bassin évasé, se compose surtout d'une 
large voie aux maisons de bonne apparence, sur 
laquelle aboutissent de courtes rues déclives ; 
l'une d'elles assez pittoresque par ses larges 
degrés et les arbustes en caisse ornant l'entrée 
des maisons. Rien d'allemand ni même d'alsa- 
cien; c'est un de ces centres ruraux comme il en 
est tant de l'autre côté de la frontière ; on pour- 
rait se croire à Cirey ou à Blàmont, sans les en- 
seignes obligatoires en allemand, à coté des- 
quelles les conquérants tolèrent d'ailleurs le texte 
français. Il en est de même jusqu'à la frontière, 
dans tous les villages du canton, demeurés pro- 
fondément français par la langue et les coutumes. 

L'aspect de bien-être qui frappe à Lorquin 
est dû à l'industrie familiale de la broderie sur 
blanc ; le bourg est pour la Lorraine annexée 
ce que sont Epinal et Mirecourt pour la Lor- 
raine française ('), mais on y fait des articles 
plus fins. 

Depuis l'annexion, les entrepreneurs de bro- 
derie ayant perdu le marché français, ont dû 
chercher des débouchés en deçà de la nouvelle 
démarcation territoriale ; ils travaillent surtout 



1. 22* série du Voyage en France, chapitre X. 



36 LORR^lI.NE 

pour Strasbourg devenu un grand centre com- 
mercial ; pour l'Allemagne ils produisent des 
articles de luxe destinés aux grandes villes. 

Le rayon de fabrication est peu considérable, 
en somme; il s'étend depuis Dianne-Capelle, vil- 
lage situé entre les étangs du Stock et de Gon- 
drexange, jusqu'à Abreschwiller par Xouaxange, 
Hermelange, Nitting et Voyer et, de cette ligne, 
à la frontière. Les ouvrières, au nombre de dix- 
huit cents à deux mille, travaillent un peu sur 
des modèles fournis par des dessinateurs du 
pays, et davantage à l'aide de dessins envoyés 
par les grandes maisons de broderie. En ce mo- 
ment on fait principalement les empiècements 
de chemises, article à bon marché, produisant 
beaucoup d'effet aux yeux des Allemands. 

Les salaires varient suivant l'habileté de l'ou- 
vrière et le temps qu'elle peut consacrer au 
travail. La moyenne est de 80 centimes ou i franc 
par jour, mais certaines brodeuses parviennent 
à 3 francs ou 3*^5o. On en vit gagner jusqu'à 
4 francs. 

Ce travail est la poésie des coteaux ou plutôt 
des larges ondulations allant jusqu'à la limite 
de Meurthe-et-Moselle. Les petits villages, éten- 
dus au bord de ruisseaux lents, animent un 
j)aysage assez monotone. 



LORQUIN 37 

Pour rencontrer plus d'activité, il faut aller 
retrouver le pli où le ruisseau de l'étang de 
Gondrexange est côtoyé par le canal et la grande 
ligne de Paris à Strasbourg. Une route y conduit 
de Lorquin, montant sur de grandes croupes 
sans arbres, couvertes de moissons. Du point 
culminant on découvre les moyennes Vosges 
dans toute leur majesté, du seuil de Saverne 
aux dernières pentes de la région de Saint-Dié. 

Du côté opposé apparaît le vaste étang de 
Gondrexange, nappe profondément indentée au 
creux d'un pays très ondulé. Sauf Héming aux 
fumantes usines et Gondrexange, on n'aperçoit 
aucun village. Lorsqu'on descend dans le pli où 
se traînent les eaux rares du ruisseau de Neuf- 
Moulin, on aperçoit cependant quelques habita- 
tions; c'est le minuscule hameaude Xeuf-Mou- 
lin, chef-lieu d'une commune de 36 habitants, la 
moins populeuse de toute l' Alsace-Lorraine. 

Le val est une sorte de grand cirque ver- 
doyant; un des flancs tout entier a été acquis 
par les fabriques de ciment d'Héming qui se 
développent chaque jour; l'une d'elles produit 
35o 000 sacs de 1 70 kilos par an et l'autre presque 
autant. Il s'est créé là un centre manufacturier 
considérable, n'occupant pas moins de cinq cents 
ouvriers. 



38 LORRAINE 

Dans toute cette contrée, la forme ange, qui 
termine tant de noms de lieux, a été modifiée 
par la conquête; les Allemands ont transformé 
cela en ingen, mais d'une façon assez capri- 
cieuse. Ils ont gardé Gondrexange tandis que 
Xouaxange est devenu Schweixingen. Les indi- 
gènes ne se sont pas soumis à ces fantaisies ; ils 
continuent à faire sonner Vange lorrain. Ils ne 
se sont pas plies davantage à dire ingen au lieu 
de ing, qu'ils prononcent in d'une intonation 
très française. Nous avons eu le tort de main- 
tenir le g autrefois, car c'était une lettre morte. 
Sur la carte française, les noms écrits comme 
ils l'étaient avant l'annexion ont encore une 
saveur étrangère que l'on ne trouve pas dans la 
prononciation locale ; on dit Nittin et non Nit- 
tingue, Hémin et non Hémingue. A Sarrebourg, 
les vieux Lorrains disent Abrècheville pour 
Abreschw^iller, que les Allemands ont changé 
en Alberschweiler. 

Le débouché de la Sarre dans la plaine a été 
particulièrement maltraité par la germanisation. 
Ainsi Hesse, l'ancien bourg abbatial, est officiel- 
lement Hessen, bien que les noms des habitants 
sonnent fort le parler de chez nous : Jacques, 
Mangin, Lapoule, Machet, Gérard et tant d'au- 
tres n'ont rien de tudesque. 



LORQUIN 89 

Hesse, port important du canal — il dessert 
Vallérystal et Sarrebourg, — a gardé des débris 
d'une antique abbaye de bénédictins, notam- 
ment l'église, où de belles parties romanes ont 
été respectées par les restaurateurs ; l'enceinte 
du domaine abbatial est fort reconnaissable 
encore. 



m 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 



Vasperviller. — Un établissement de pisciculture. — Saint-Oui- 
rin. ■ — La Sarre Blanche. — Le vicas Saravus. — Le castel 
de Turqueslein. — Les basses du Blanc-Rupt. — Le hameau 
du Petit-Mont. — Les scieries. — Passage en Alsace. — La 
route du Donon. — Vues sur la vallée française et la plaine, 
la vallée alsacienne de la Bruche. — Descente à la Sarre Rouge. 
- — Le Haut du Narion. — La voie romaine de la Malcôte. — La 
Marcaircrie. — Le labyrinthe de la Sarre Rouge. — Le ruisseau 
d'Abreschwiller. — Soldatenthal et Emile Chatrian. — La 
verrerie de Saint-Ouirin. 



Abreschwiller. Août 

Notre course sera longue; nous voulions l'en- 
treprendre à pied, allant coucher au Donon pour 
redescendre le lendemain par la Sarre Rouge; 
mais les deux vallées, nous dit-on, sont solitaires 
et, malgré leur grâce, manquent de variété. 
Cédant aux indications qui me sont données, 
nous nous résignons à parcourir en voiture la 
partie la moins variée, la vallée du Blanc-Rupt. 

Au point du jour nous quittions Abreschwiller 
pour Saint-Quirin. Une route plus pittoresque 



i 



42 LORRAINE 

monte par Lettembach et les verreries, mais elle 
est rude et les voituriers préfèrent suivre les 
vallées; c'est par celles-ci que notre cocher pé- 
nètre en montagne. Jusqu'au confluent du ruis- 
seau de Saint-Ouirin, on longe la Sarre entre de 
belles campagnes couvertes de cultures sur la 
rive droite, forestières sur le versant opposé. En 
arrière le paysage est très beau ; les Vosges se 
dressent en lignes successives, à demi voilées 
par la brume matinale montant des ravins. 
Abresch\\iller, mollement étalé entre les prairies, 
semble garder l'entrée du val étroit ouvert entre 
les croupes noires de forêts. ' 

Peu d'habitations sur le chemin ; une chapelle 
qui le borde, dédiée au bienheureux Pierre 
Fourier, est abandonnée; par les vitraux brisés, 
on aperçoit la petite nef, navrante de délabre- 
ment. Un peu plus bas débouche le ruisseau 
de Saint-Ouirin, dont les eaux ont contribué à 
actionner une vaste scierie où viennent se faire 
débiter les bois d'une grande partie de la région 
forestière. Avant de tomber sur les roues de 
l'usine, le ruisseau a rempli les réservoirs su- 
périeurs de l'établissement de pisciculture de 
M. Gérard, de Sarrebourg, qui alimentent en 
poissons adultes les viviers de la Basse-Barville. 

C'est une des plus intéressantes entreprises 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE Z|3 

piscicoles des Vosges. Son créateur ne s'attendait 
guère à lui voir prendre les développements qui 
en font une industrie considérable ; il avait essayé, 
par distraction, l'élevage des truites à l'aide de 
la fécondation artificielle. Le succès a été com- 
plet ; les truites élevées dans les bassins ont 
trouvé acquéreurs d'abord aux environs, dans 
les hôtels d'Abreschwiller et de Sarrebourg; les 
demandes dépassant la production, M. Gérard a 
été amené à augmenter le nombre des réservoirs; 
une dérivation du ruisseau de Saint-Ouirin a 
fourni des eaux pures en abondance ; le fond de 
la vallée est maintenant divisé en petits étangs 
de forme régulière, dans lesquels fourmillent les 
poissons, depuis les alevins jusqu'aux belles 
pièces, honneur des tables bourgeoises et des 
banquets. Un grand bâtiment a été élevé pour 
servir à la fécondation artificielle et à l'incuba- 
tion. Des machines ont dû être installées pour 
préparer la nourriture des truites : sang prove- 
nant des abattoirs et poissons séchés. Gela est 
comparable à la Pisciculture de Huningue au 
temps de sa prospérité ('). 

Gonduite commercialement, l'entreprise donne 
d'admirables résultats qui font comprendre ce 



Voir le volume Haute-Alsace, chapitre III. 



44 LORRAINE 

que pourrait être la mise en valeur des eaux 
partout où celles-ci sont suffisamment pures et 
vives. Les truites, qui remplissent en multitude 
les bassins, offrent un curieux spectacle lorsque 
le contremaître ou l'un des employés passe au 
bord du vivier : elles arrivent près de lui avec 
une rapidité inconcevable, dans l'espoir de rece- 
voir quelque nourriture. 

Ces bassins entourés d'arbres, saules ou sa- 
pins, constituent un curieux paysage sous le joli 
hameau de Vasperviller entouré de vergers et 
de prairies, devenu rustique depuis que l'aban- 
don des verreries de Saint-Ouirin a fait fermer 
l^'atelier de polissage de glaces que possédait 
le village. Il reste comme souvenir de ce ij)assé 
industriel une fontaine construite par la direction 
des verreries et dont l'inscription en français est 
une heureuse surprise. Le « polissoir de Sainte- 
Claire » était au fond du vallon, au milieu de la 
bande étroite de prairies étendue jusqu'à Saint- 
Ouirin. 

Ce gros bourg apparaît bientôt, groupe de 
grands toits fauves dominés par l'église, reste 
d'un prieuré dont la façade est flanquée de deux 
tours surmontées de clochers à triple dôme bul- 
beux. Un campanile semblable couronne l'abside. 
Sur le coteau une chapelle romane accentue l'as- 



LA SARRE BL.VXCHE ET LA SARRE ROUGE 4^ 

pect pittoresque du lieu. Saint-Ouirin, qui con- 
serve quelques maisons à pignons, encorbelle- 
ments et tourelles du quinzième et du seizième 
siècle, demeure très français d'aspect, les ensei- 
gnes ont été maintenues dans notre langue. Une 
école maternelle porte le nom d'asile Chevandier, 
souvenir de la grande famille industrielle qui 
fonda les verreries et fabriques de glaces dites 
de Saint-Ouirin, Cirey et Monthermé. Cependant 
la manufacture n'était point ici , mais près 
d'Abreschwiller, au hameau de Lettembach. 

Aujourd'hui Saint-Ouirin vit par la foret sur 
laquelle les habitants doivent avoir des droits 
d'affouage, car chaque maison a son tas de bois 
débité pour le chauffage et soigneusement dis- 
posé. Les habitations occupent le fond et les 
pentes de la vallée, très solitaire en amont, mais 
parcourue par une route desservant les scieries 
et les coupes de bois. Les hommes sont bûche- 
rons, les femmes se livrent à la broderie sur 
blanc. 

Par un long détour au-dessus du bourg, la 
route s'élève sur la ligne de faîte derrière laquelle 
coule la Sarre Blanche; elle emprunte un vallon 
latéral rempli de cultures et d'arbres fruitiers et. 
parvenue à un petit col, descend aussitôt à tra- 
vers une splendide foret. D'abord des chênes, 



46 LORRAINE 

des hêtres, des pins, puis de grandes sapinières. 
Ce passage sous bois est merveilleux. Les arbres 
serrés, hauts et droits, laissent à peine deviner 
la bande de prairies que parcourt la Sarre 
Blanche. 

Une baraque de douaniers révèle le voisinage 
de la frontière ; là aboutit un sentier conduisant 
à Lafrimbolle, village assis dans un vallon, et 
dont les Allemands ont travesti le nom en Las- 
cemborn, et aux Harcholins, village protestant 
fondé sur un essart par une petite colonie venue 
du Ban-de-la-Roche ('). Un autre chemin, car- 
rossable, descend la Sarre Blanche et conduit 
à Lorquin par Niederhof et La Neuveville-lès- 
Lorquin. Malgré son nom, La Neuveville est un 
lieu fort ancien que l'on a identifié avec le vicus 
Saravus, station romaine dont le nom se re- 
trouve au sommet du Donon, sur une pierre 
recueillie dans le temple pseudo-antique élevé 
par le service forestier quand la noble montagne 
était encore française. 

Au long du Blanc-Rupt ou Sarre Blanche 
monte une route bien entretenue créée pour 
l'exploitation des forets et poursuivie dans un 



I. Sur le Ban-ile-la-Roche, voir le chapitre VIII du volume 
Basse-Alsace. 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 47 

but militaire jusqu'au Donon, où elle se relie au 
beau réseau de voies forestières entourant le dôme 
suprême. Nous suivons cette chaussée établie 
entre le fond du val, plat comme un thalweg 
d'ancien lac, et les bois épais de la rive droite. 
Sur l'autre versant, la forêt n'est pas moins pro- 
fonde; les sapins masquent au sommet d'une col- 
line les restes de la forteresse de Turquestein, 
détruite pendant la guerre de Trente ans. Pres- 
que rien ne décèle les pans de murailles du vieux 
burg ; de même on ne peut apercevoir trace 
d'habitation ; cependant Turquestein est une 
commune, peu peuplée il est vrai, 1 13 habitants 
répartis au sein des bois, dans les basses ou val- 
lons qui échancrent la montagne sur la rive gau- 
che de la Sarre Blanche, pour la plupart descen- 
dants d'anabaptistes installés après la guerre de 
Trente ans. Non loin du château, la Roche des 
Feux domine vers l'est, au-dessus de la vallée 
du Blanc-Rupt, un immense désert forestier, 
dont le panorama grandiose et sauvage s'étend 
des cimes du pays de Dabo jusqu'au Donon. 
Bien curieuse est la Grotte des Fées, avec ses 
trois colonnes sculptées dans le flanc de la mon- 
tagne et qui, d'après les silex taillés et la hache 
de bronze qu'on y a découverts, était certaine- 
ment un abri préhistorique. Une jolie route 



48 LORR-UNE 

forestière établie par M. Chevandier de Valdrôme, 
fondateur de la cristallerie qui utilisait les bois, 
parcourt le territoire et se poursuit en Meurthe- 
et-Moselle jusque dans la vallée de Cirey. 

La vallée du Blanc-Rupt se continue, sévère, 
régulière, encadrée de petits monls revêtus d'un 
manteau continu de bois, pins, hêtres ou sapins. 
Au bord de la rivière rapide, un double ourlet 
d'aulnes; sur le chemin, en bordure, des pom- 
miers dont la présence surprend un peu au long 
de ce pli solitaire. 

Un instant la vie humaine reparaît en un lia- 
meau exigu : une maison forestière, la scierie 
des compagnies, un champ de pommes de terre; 
mais aussitôt recommencent les bois dans la 
vallée rétrécie. Le rocher se montre parfois, 
en beaux blocs surplombants, en entassements 
bizarres, en strates singulières. Et le paysage 
est plus varié ; de courts défilés relient des épa- 
nouissements où s'étalent des prairies, des bar- 
rages laissent échapper des eaux étincelantes 
au-dessus de scieries dont le bruit strident et 
monotone rompt le grand silence. 

Maintenant les montagnes se haussent, fran- 
gées de vallons, de basses comme l'on dit en lan- 
gage local de chaque côté de la frontière pour 
désigner les torrents profondément encaissés. 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE ^9 

Ces basses se prolongent jusqu'à Faréte servant 
de limite aux deux pays. Le Rupt des Dames, 
très ramifié, la scierie Févrel, la basse de Saint- 
Léonard, dans laquelle se montre une jolie maison 
rose, détruisent l'impression d'uniformité et de 
solitude. Puis la route s'anime, les chars remplis 
de bois et de planches, partis au matin du fond 
du val, descendent vers les gares : Vasperviller 
ou Lorquin. 

Voici même un hameau véritable, le Petit- 
Mont, voisin de la maison forestière du Bour- 
guignon ou Rheinskopf, dominé par le sommet 
du Haut du Bon-Dieu : quelques maisons, une 
scierie, une école pour les enfants, des fermes 
éparpillées dans les basses et peuplées par des 
religionnaires anabaptistes d'origine allemande. 
Sur les bords de la route, des troncs de sapins 
sont empilés ou disposés contre les talus, prêts 
à être chargés. La vallée a plus de grandeur, les 
Vosges, au fond, sont hautes et lîères, ce sont 
le Donon et ses satellites. 

Mieux exposés maintenant, les flancs du Blanc- 
Rupt et les bords du torrent ont appelé la vie; il 
y a de jolies maisons; l'une d'elles, Ricarville, 
chalet bâti sur une terrasse dominant une scie- 
rie, est orgueilleusement dénommée château par 
notre cocher. Le flanc de montagne contre le- 



LORKAINE 



50 LORRAINE 

quel elle se détache se couvre de prairies d'un 
vert doux, bordées par la forêt. 

Les scieries sont de plus en plus nombreuses : 
Scierie du Marquis au débouché de la basse 
d'Enfer, scierie de Bailly au pied du Petit Nid 
d'Oiseaux, scierie du Pêcheur en face d'un ver- 
sant de la rive droite où la grande ferme de 
Malcôte s'encadre de prés. Le beau cône boisé 
du Chaume de Requival commande le paysage; 
au fond du val apparaît encore le Donon. 

Cette partie de la vallée, mieux ouverte au 
soleil, possède des arbres fruitiers, malgré l'alti- 
tude plus grande ; voici des pruniers, des pom- 
miers, même des noyers. Bientôt le val du 
Blanc-Rupt devient gorge ; la Sarre Blanche se 
fraie un passage dans les rochers; trois scieries 
s'étagent, fort pittoresques sous la haute ramure 
des sapinières, très belles. Petit- Blanc -Rupl, 
Chaude-Poêle sont de jolis sites où les eaux fré- 
missantes tombent en cascatelles sur les roches 
moussues. 

La gorge devient superbe. De grands rochers 
se dressent en aiguilles; le passage est si res- 
serré, que la route doit sans cesse franchir l'étroit 
torrent sur des arches de grès aux parapets de 
fer. A Petit-Blanc-Rupt c'était une large conque 
ensoleillée où une ferme et une auberge se sont 



i 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 5l 

installées comme pourjouir des rayons vivifiants, 
et c'est aussitôt l'ombre sylvaine, puis un nouvel 
épanouissement, jusqu'à la scierie du Pàquis. 
Là, passe la limite entre la Lorraine et l'Alsace; 
la scierie est sur le territoire de cette dernière 
province. 

La route, en voie de restauration, est impra- 
ticable à la voiture ; nous l'abandonnons pour 
prendre sous bois une raide traverse montant 
au Donon et tracée dans une gorge humide 
ombragée de sapins. Bientôt nous atteignons la 
route maîtresse du Donon, le tronçon commun 
aux chaussées venues d'Abreschwiller d'un côté, 
de Wisches dans la vallée de la Bruche, de l'au- 
tre. La tentation est grande de monter une fois 
encore au Donon ('), mais nous y résistons pour 
achever le parcours de la vallée de la Sarre 
Bouge. 

La roule d'Abreschwiller s'élève un moment 
jusqu'à un col ouvert entre le petit Donon et le 
chaînon de Malcôte. De là on domine la nais- 
sance des deux bras de la Sarre, Sarre Blanche 
et Sarre Bouge; à l'ouest on voit s'ouvrir la jolie 
vallée de la Plaine, restée française, parsemée de 



1. Sur le Donon, voir le volume Basse-Alsace, chapitre VII. 



52 LORRAINE 

chalets entre les moissons et les prairies; de ce 
côté la brume masque la vallée de la Meurthe 
et la plaine lorraine, mais celle-ci apparaît par 
l'ouverture de la vallée de Blanc-Rupt. 

Plus loin, au point d'intersection de l'antique 
sentier de la Malcôte avec la route, non loin de 
la voie abandonnée à cause de sa raideur et 
conduisant à la Sarre Rouge près de la maison 
forestière de la Marcairie , on a soudain une 
vue étonnante. Dans l'étroite arête que la route 
occupe en entier s'ouvre le gigantesque abîme, 
tapissé de forêts constituant la vallée de Wisches, 
allant s'épanouir sur la Bruche. Cette énorme 
conque, toute plissée, d'une beauté saisissante, 
est creusée sous les masses puissantes du Noll, 
du Grossmann et du Prancey. Au delà s'étage 
le massif du Champ-du-Feu, dont les lignes suc- 
cessives se dégradent, passant du bleu sombre 
au gris vaporeux. Ce tableau est un des plus 
admirables des Vosges, peut-être en est-il peu 
d'aussi beaux. 

On resterait longtemps à contempler ce site 
meneilleusement tourmenté où les sapins et les 
pins semblent revêtir des vagues prodigieuses 
soudain solidifiées. Mais aussitôt que l'on s'est 
engagé sur le chemin de la Marcairerie le tableau 
disparaît, remplacé par celui, moins ample, du 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 53 

large cirque dans lequel naît la Sarre Rouge 
par quatre branches dont l'éventail constitue 
cette conque, dite du Haut du Narion. 

La route des voitures décrit de grands lacets 
d'un tracé capricieux en apparence pour attein- 
dre au fond du splendide bassin. L'ancienne 
voie descend directement au flanc de l'arête 
semée d'éboulis qui lui valurent sans doute le 
nom de Malcôte. Le chemin n'est pas celui que 
suivaient les pèlerins du paganisme allant véné- 
rer Mercure au sommet du Donon ; cette voie 
romaine, encore marquée par des colonnes mil- 
liaires dont une, le sac de pierre, a place dans 
la légende, courait sur la crête. 

Rapidement on dévale vers la Sarre Rouge; 
sur l'autre versant la montagne se dresse, très 
raide, allant se rattacher au Noll et au Gross- 
mann sous lesquels naît le ruisseau d'Abresch- 
willer. A mesure que l'on descend, le massif 
semble grandir, le relief paraît bien plus puissant 
qu'il ne l'est en réalité, puisque les deux géants 
du système n'atteignent pas i ooo mètres : 980 au 
Noll, 983 au Grossmann et au Prancey d'après 
les cotes d'altitude de la carte française. 

Le chemin est long entre les éboulis dont les 
plantations nouvelles masqueront la hideur. Mais 
enfin voici la Sarre Rouge, franchie par un pon- 



54 LORRAINE 

ceau et, sur l'autre rive, la maison forestière de 
la Marcairerie servant en même temps d'auberge 
où l'on trouve excellent gîte avant de reprendre 
la marche vers Abreschwiller. 

La descente nous parut fastidieuse au long 
de la chaussée dont l'accotement porte un des 
chemins de fer forestiers. Les détails sont char- 
mants : rivière rapide et pure où se jouent les 
truites, végétation luxuriante, de beaux groupes 
de rochers, mais tableau toujours le même, 
aux multiples détours du val. Dix-neuf fois la 
Sarre Rouge, la route, le raihvay forestiers se 
replient. On s'attend à voir s'ouvrir le rideau et 
sans cesse on retrouve l'identique promontoire, 
formé de roches semblables, couvert de pins 
dominant le torrent bruissant sous les aulnes 
et les saules. L'orientation permet au soleil de 
pénétrer partout, la chaleur est extrême, l'ombre 
rare. Pas d'habitation sur le chemin, sinon les 
scieries, peu nombreuses, si modestes qu'on les 
devine à peine. 

Les petits mimts au milieu desquels la Sarre 
Houge s'est creusé son lit sinueux se dressent si 
abruptes que l'on distingue à peine les arêtes de 
la Malcôte et des Bornes. Aucun détail ne retient 
l'attention ; sans la carte nous ne saurions pas 
que voici, à droite, le Cancelay ou Kanslay cou- 



LA. SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 00 

vert par une de ces fortifications antiques, pré- 
historiques peut-être, appelées murs des païens ; 
à gauche'c'esl la Tête du Calice, rociier de forme 
singulière rappelant un vase sacré; le Gros Sapin, 
ainsi nommé d'un arbre énorme sauvé de la 
coupe par M. Chevandier de Valdrôme. Au pied 
de la montagne, la scierie du Gros Sapin débite 
les bois que lui apporte le chemin de fer fores- 
tier, dont wagons et trucks sont conduits par des 
locomotives, petites mais puissantes. Les instal- 
lations de la voie ferrée sont sommaires d'ailleurs, 
un ruisseau descendu des pentes remplit une 
cuve de fer où les chauffeurs puiseront à l'aide 
d'un tuyau pour remplir leur caisse à eau. 

Les détours de la Sarre Rouge deviennent 
moins brusques, le fond de la vallée s'élargit un 
peu, les pentes se hérissent de roches fulgurantes 
se détachant avec vigueur sur la verdure. Une val- 
lée s'ouvre sur la rive droite, un torrent limpide 
roulant sur le sable fauve en parcourt le fond; 
c'est le ruisseau d'Abreschwiller, dont la source 
est au pied du Grossmann et qui coulerait dans 
une solitude presque complète, si quelques scie- 
ries ne s'égrenaient au long de son cours et si 
un chemin de fer forestier ne le suivait, proje- 
tant des embranchements dans quatre vallons 
latéraux. 



56 LORR.A.INE 

Une montagne de belle forme, presque isolée, 
le Romelstein, domine le confluent; derrière elle 
se creuse l'étroite vallée de Soldatenthal où re- 
monte la voie ferrée forestière conduisant à la 
vallée supérieure de la Zorn. A 2 kilomètres 
de l'embouchure du ruisseau d'Abreschwiller 
on atteint cet autre cours d'eau et l'on voit sou- 
dain s'ouvrir la vallée de la Sarre Rouge en un 
beau bassin large, vert et lumineux. 

Soldatenthal, la vallée des soldats, un riant 
hameau, avec une demeure assez vaste pour 
porter dans le pays le nom de château, doit son 
origine à la verrerie du Grand Soldat installée 
sur ce point en 1722 et maintenant abandonnée. 
Le petit centre, invisible des bords de la Sarre, 
a vu naître Chatrian, dont le nom associé à celui 
d'Erckmann obtint une notoriété littéraire si 
éclatante aux environs de 1870. 

A ce débouché du vallon de Soldatenthal, la 
maison forestière de l'Ermitage sourit entre la 
verdure; une grande scierie, dont la force motrice 
est fournie par un étang que forme la Sarre 
Rouge, anime la vallée. Des bois qui flottent sur 
cette retenue laissent croire que la rivière sert 
au transport à bûches perdues. Les montagnes 
ne sont plus soudées en arêtes régulières; de 
petits monts isolés se dressent sur chaque rive : 



LA SARRE BLANCHE ET LA SARRE ROUGE 67 

Nonnenberg et Linenberg à droite, que sépare le 
riant vallon d'Eigenthal ; à gauche les hauteurs 
entre lesquelles se creuse le pli de Lettembach. 
Les rochers se hérissent au-dessus de ces colli- 
nes, buts d'excursions pour les hôtes d'Abresch- 
willer : ainsi la Roche du Diable aménagée en 
belvédère. Près de là, un énorme menhir ren- 
versé doit à sa forme le nom de Quenouille. 

Une auberge, un parc exigu enveloppant le 
moulin des Français, transformé en sanato- 
rium pour les phtisiques, et voici l'entrée du val 
étroit et court de Lettembach qui fut le siège 
d'une industrie active. Là se dressaient les fours 
et s'étendaient les ateliers de la verrerie de Saint- 
Ouirin où l'on coulait et polissait les glaces. 
L'usine, devenue célèbre, était de très ancienne 
origine, puisqu'elle fut fondée au quinzième 
siècle par le prieur du couvent de bénédic- 
tins de Saint-Ouirin. Détruite par la guerre de 
Trente ans, qui sema le pays de tant de ruines, 
elle dut son relèvement à un abbé de Mar- 
moutiers, et l'établissement devint manufacture 
royale. Le feu le détruisit en 1800; trente ans 
plus tard, M. Chevandier de Valdrôme fit l'ac- 
quisition des forêts voisines et éleva une manu- 
facture de glaces, longtemps florissante. Après 
la guerre de 1870 l'usine continua à fonctionner, 



58 LORRAINE 

mais en 1888 la compagnie de Saint- Gobain 
abandonna définitivement l'exploitation pour la 
transférer à Cirey, où existait déjà un centre 
considérable. 

La solitude se serait faite dans ce pli de colli- 
nes, si l'autorité militaire allemande n'avait acquis 
les constructions : château, c'est-à-dire demeure 
du directeur, habitations d'employés et ouvriers, 
bâtiments de l'usine, pour en faire le sanatorium 
du XV^ corps d'armée, analogue à celui que le 
XX^ corps possède dans la vallée de la Bruche. 
C'est là qu'on envoie les soldats convalescents. 

Une telle institution est précieuse ; c'est un 
des exemples que nous devions suivre, car, en 
France, où la tuberculose fait de tels ravages 
dans l'armée, où le relief du sol permettrait de 
créer de merveilleuses stations climatériques, on 
ne fait rien pour les militaires atteints du terri- 
ble mal ; ceux qui sont de famille aisée peuvent 
aller se soigner, les autres sont condamnés à 
traîner une courte et déplorable existence. De 
même les convalescents appartenant à des fa- 
milles pauvres envoyés en congé, c'est-à-dire 
sans la certitude d'avoir les soins et la nourri- 
ture appropriés à leur état. A ce point de vue 
les Allemands sont autrement humains et mieux 
inspirés que nous. 



IV 



SARREBOURG ET FENETRANGE 



La frontière franco-allemande. — Avricourt. — Réchicourl-le- 
Chàteau. — La Sarre. — Sarrebourg. — Niederwiller et sa 
faïencerie. — Les pays de la Sarre. — Les chemins de fer 
autour de Sarrebourg. — En descendant la Sarre. — De Ber- 
Ihelming à Fénétrange. — Fénéirange. — Une ville déchue. — 
Le vieux château. 



Fénétrange. Juillet. 

La frontière qui nous a été imposée par le 
traité de Francfort est presque partout établie 
en négation des limites de bassins, — en dehors 
de la crête vosgienne au sud du Donon. Ainsi la 
principale entrée de France dans les pays an- 
nexés, à Avricourt, est dans une zone dont toutes 
les eaux s'écoulent à la Meurthe par le Sanon ou 
la Vezouse; Réchicourt et une grande partie de 
son canton sont tournés vers la France. Il sem- 
blait donc que la frontière eût dû emprunter la 
ligne de partage entre la Meurthe et la Sarre ; la 
raison du plus fort a prévalu. Même M. de Bis- 
marck voulait davantage : il exigeait Igney, ce qui 



6o LORRAINE 

eût enlevé à notre pays la tête du chemin de 
fer de Cirey. La raison donnée pour le tracé de 
la frontière annexant Avricourt à l'Allemagne est 
que ce village est point de départ du chemin de 
fer de Dieuze, ville du bassin de la Seille. 

A\Ticourt resta donc au pays d'Empire, séparé 
seulement des terres demeurées françaises par 
la voie ferrée et confinant à la gare frontière, 
que nous dûmes établir en lui donnant le nom 
d'Igney, village situé à i ooo mètres au sud. 
C'est Igney- Avricourt. La gare allemande, à 
un kilomètre plus loin, se nomme Deutsch-Avri- 
court. Les formalités de douane y entretiennent 
un personnel commercial assez nombreux. 

Ce point de suture du réseau de l'Est et des 
chemins de fer d'Alsace-Lorraine est dans une 
vaste plaine en cuvette aux pentes douces, jaune 
de moissons, tachetée de grands bois qui la font 
ressembler à une peau de léopard. Au cœur de 
l'immense bassin s'étend le bourg de Réchicourt- 
le-Château, dont on a changé le nom si français 
en celui de Rixingen. Ce fut une ville assez 
considérable, ruinée par la guerre de Trente ans 
et que l'annexion a encore fait déchoir; près de 
200 habitants l'ont abandonnée. L'industrie fé- 
minine y maintient un peu de vie en accroissant 
les ressources fournies par la culture; c'est un 



SARREBOURG ET FÉ.\ÉTRA.\GE 6l 

des foyers de la broderie de perles ; des com- 
missionnaires répartissent le travail dans ces 
campagnes où les villages sont rares, séparés 
par de grandes étendues de forêts parsemées 
d'étangs. 

C'est un pays bien à part, cette contrée la- 
custre et sylvaine où je pénétrerai bientôt. En 
ce moment, mon itinéraire me conduit à Sarre- 
bourg et aux confins de la Lorraine et de l'Alsace 
par la voie ferrée. Celle-ci traverse la forêt de 
Récliicourt et débouche en terrain découvert 
autour de Gondrexange, qui a donné son nom à 
l'une des plus vastes nappes d'eau artificielles de 
la Lorraine. Le village, assis sur un mamelon, 
domine les eaux mates du grand étang, enca- 
drées de bois; deux ruisseaux s'y confondent : 
l'un d'eux, venu du sud, sert d'émissaire à d'au- 
tres étangs moins étendus. Le canal de la Marne 
au Rhin, qui vient de franchir un seuil à travers 
la forêt et dont le lit décrit une immense courbe 
au milieu même de l'étang, croise ici le chemin 
de fer. 

Le ruisseau sorti des étangs descend à la Sarre 
par un cours sinueux, à travers une vallée nue. 
Au bord du canal, de grandes carrières fournis- 
sent la pierre nécessaire aux importantes fabri- 
ques de ciment d'Héming. Ces usines embrument 



62 LORRAINE 

un site tranquille auquel les toits rouges et plats 
du village donnent un certain caractère méri- 
dional. Le pays n'a pas d'habitations isolées ; 
jusqu'à la Sarre on rencontre un seul village, 
Xouaxange. Plus haut, sur les collines de la rive 
gauche, la route de Strasbourg traverse l'humble 
centre de Bébing. 

Voici la Sarre, coulant à travers le grand pla- 
teau ondulé que dominent au sud les croupes 
bleues des petites Vosges allant se relier à l'in- 
visible Donon. Le canal, qui semblait devoir 
suivre la rivière, la franchit avant de traverser les 
calmes campagnes de Hesse et de Schnecken- 
busch, laissant à l'écart Sarrebourg, capitale du 
pays. 

Un petit bourg, Imling, pittoresquement étage 
sous les grands arbres d'un parc, borde la rivière; 
de là, se détache le tronc commun des chemins 
de fer de Vallérystal et d'Abreschwiller. C'est un 
centre enrichi par le commerce du bétail, aux 
mains des Israélites, et celui des fromages. La 
rivière aux eaux rares et louches coule ensuite 
dans les prairies pour aller séparer Sarrebourg 
de son faubourg de la gare. 

L'ancienne sous-préfecture française, devenue 
chef-lieu de cercle du pays d'Empire, a vu beau- 
coup accroître sa population, mais uniquement 



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Réduction au ijiOOOOO' de la carte d'État-trapr au i 180000' 



64 LORRAINE 

par l'installation d'une garnison considérable : 
deux régiments de cavalerie, un régiment d'infan- 
terie et six batteries d'artillerie. Aussi le nombre 
des habitants est-il passé de 3ooo à près de 
loooo; en réalité, l'élément indigène a diminué; 
comme partout en Lorraine, l'émigration a for- 
tement sévi. L'humble ville ne s'est donc guère 
transformée; ses anciens habitants la retrouve- 
raient telle qu'ils la connurent, car les casernes 
nouvelles sont loin du noyau citadin. Propre 
et tranquille, elle sommeille entre de vastes 
et fraîches prairies. Pas de monuments intéres- 
sants, sinon quelques vestiges des murailles dont 
autrefois Sarrebourg fut enclose. La construction 
des casernes nouvelles, sur les hauteurs, a fait 
découvrir des restes de temples, dont un dédié 
au dieu Mithra. Le lieu est donc d'ancienne ori- 
gine. Là une voie romaine franchissait la Sarre. 
C'est encore un centre de commerce pour les 
produits du sol; les juifs y centralisent le bétail 
de la région pour l'expédier par voie ferrée; l'in- 
dustrie n'est représentée que par la fabrication 
du ciment et des ateliers produisant des cas- 
quettes. La main-d'œuvre domestique est uti- 
lisée par les fabriques de chapeaux de paille et 
d'articles de perles, dont Saar-Union et Sarralbe 
sont le centre. Des manufactures seraient nées 



SARREBOURG ET FÉNÉTRANGE 65 

sans doute, si le canal avait desservi Sarrebourg, 
mais il est tracé bien plus au sud, et c'est le vil- 
lage de Niederwiller qui à été doté de fabriques : 
une manufacture de faïence fine et une vaste 
briqueterie. Le premier de ces ateliers de céra- 
mique est un legs du passé; Niederwiller fut 
choisi en 1 764 pour site de la faïencerie que fonda 
le seigneur du village, M. de Beyerlé, qui la 
céda au comte de Custine. Dès le début, l'établis- 
sement produisit des oeuvres d'art ; avec M. de 
Custine, elle inaugura le décor dit trompe-l'œil : 
l'objet, une assiette, est peint de façon à simuler 
un bois verni; au milieu, le dessin représente une 
feuille de papier blanc, parfois cornée aux angles, 
sur laquelle se détache un dessin en camaïeu 
rose. La manufacture ne prospéra pas, malgré ce 
cai'actère artistique; elle descendit à son rang 
actuel. Si le château des Custines a disparu, les 
bâtiments industriels ont gardé leur noble aspect 
du dix-huitième siècle. 

Le canal sert aussi au transport du sable 
extrait dans les carrières de Buhl. 

La Sarre descend au nord par une vallée si- 
nueuse, dans laquelle elle s'accroît de nombreux 
cours d'eau écoulés du plateau de Phalsbourg 
ou des étangs de la région d'Albestroif. Celte 
longue mais assez indigente rivière, dont le cours 



LORRAINE 



66 



LORRAINE 



atteint 287 kilomètres en Lorraine et dans l'an- 
cien électorat de Trêves devenu province prus- 
sienne, constitue par son bassin une sorte de 
région naturelle fort diCférente d'aspect du pays 
messin. Inconsciemment, les populations ont re- 
connu le rôle de la Sarre, en donnant son nom 
à de nombreux villages, bourgs ou villes. Il y a 
un Sarrebourg en Lorraine et un autre en Prusse ; 
deux villes considérables : Sarrcguemines et Sar- 
rebruck, les petites villes de Sarralbe et de Saar- 
Union, la cité forte de Sarrelouis où naquit Ney, 
sont parmi les plus connus de ces centres qui 
doivent leur baptême à la rivière. 

Ces pays de la Sarre — le Saarland — ont 
donc pour leurs habitants une existence person- 
nelle, bien que non administrative ; ils ont donné 
lieu à des monographies ('). 

Sarrebourg est un des centres vitaux de la 
région, par sa situation à l'entrée des vallées 
vosgicnnes où se forme la rivière, et des lignes 
de chemins de fer qui se soudent dans sa gare. 
Deux de ces voies pénètrent dans les Vosges, ou 
plutôt atteignent la base du massif principal à 
Vallérvstal et Abreschvviller; elles se rattachent à 



I. Notamment, Notice sur les pays de la Sarre, par M. Box. 
Deux volumes, chez Berger-Levrault et C*. 



SARREBOURG ET FÉXÉTRANGE 67 

l'artère maîtresse près d'Imling. De Sarrebourg 
même part une ligne stratégique à deux voies, 
se dirigeant sur Metz et se reliant directement 
à la ligne de Strasbourg par un raccordement 
permettant aux trains d'aller de la capitale de 
l'Alsace à la capitale lorraine. Construite sur- 
tout dans un but militaire, elle sert cependant 
au passage des trains internationaux conduisant 
de Belgique et du Luxembourg à Bâle. La plu- 
part des convois viennent d'ailleurs à Sarre- 
bourg et rebroussent pour se diriger vers Bens- 
dorf et Metz. Jusqu'à Berthelming, la ligne sert 
également au passage des trains se dirigeant sur 
Sarralbe et Sarreguemines. 

Les rails s'étoilent donc dans six directions, 
autour de Sarrebourg. Cela explique pourquoi les 
Allemands ont installé une garnison si considé- 
rable dans cette petite ville, et créé à l'écart, 
sur les collines, une cité militaire composée de 
gigantesques et lourdes casernes. Pour le voya- 
geur se rendant en Alsace, ces énormes cons- 
tructions sont le caractère saillant du paysage 
urbain. 

Les casernes dominent un riant bassin de 
prairies où la Bièvre lorraine, descendue des 
Vosges, se grossit de l'Olterbach et de l'Eich- 
mattbach avant d'atteindre la Sarre. Ces eaux 



68 LORRAINE 

errantes donnent beaucoup de fraîcheur au site. 
Le channant village de Hoff borde la Sarre, assis 
au pied de pentes douces couvertes de cultures; 
vers l'est le clocher de Réding pointe au-dessus 
d'une vaste gare. 

La rivière décrit d'incessants et brusques la- 
cets sous les aulnes, les peupliers et des touffes 
de saules nains rappelant étonnamment les lau- 
riers roses d'Algérie; de beaux prés bordent les 
rives, çà et là défrichés pour des plantations de 
pommes de terre et de haricots ; ces cultures 
enveloppent Sarraltroff très agreste, pittoresque 
par sa gare de style chalet, son église à clocher 
bulbeux et sa rue principale, si lorraine d'aspect 
avec l'encombrement des voitures, des bûchers 
et des fumiers. La grande route qui traverse ce 
petit centre se borde de pommiers et atteint 
Oberslinzel, assis à un coude de la Sarre, au- 
dessus de prés infiniment doux. Plus loin c'est 
Bettborn, dont les grands toits sont dominés par 
le dôme renflé de l'église, surmonté d'un cam- 
panile à jour. 

La Sarre s'accroît ici des eaux du vaste étang 
de Stock amenées par le ruisseau du Landbach, 
coulant dans une vallée profonde où les villages 
se suivent à courts intervalles : Langatte, Haut- 
Clocher, Dolving, Gosselming. D'autres ruis- 



SARREBOURG ET FÉNÉTRANGE 69 

seaux débouchent des bois, émissaires de divers 
étangs. La plupart de ces filets d'eau débou- 
chent autour de Berthelming, où la bifurcation 
des lignes de Metz et de Sarrebruck a fait naître 
une grande gare de caractère militaire. Le quai 
de débarquement, très développé, borde une des 
voies. 

Berthelming est relié à la station par une 
avenue bordée de tilleuls. Partout dans cette 
contrée, le service vicinal a complanté les routes 
d'arbres fruitiers ; aux abords des centres on 
remplace ces arbres tentateurs par des essences 
d'alignement. L'avenue traverse des prés et fran- 
chit la Sarre, abondante mais louche, sur un 
pont d'où l'on jouit d'une vue aimable. Un 
barrage où l'eau écume est couvert d'une mul- 
titude de canards ; des vaches s'abreuvent sur 
le bord. Tableau très rustique, complété par 
les larges rues où le paysan dispose ses chars 
et ses engrais contenus entre des murets de 
pierre. 

Une jolie route, dont les pommiers de bor- 
dure sont couverts de fruits, court au versant 
des collines jusqu'à Fénétrange, laissant au fond 
d'une riante conque le village de Romelfing, 
groupant ses toits bruns autour d'un clocher à 
flèche d'ardoise, surmonté du coq. Autour des 



70 LORRAINE 

villages, les champs sont plantés de vieux poi- 
riers, de pruniers et de noyers formant bocage. 

Le paysage grandit, les collines se haussent; 
au pied de l'une d'elles, Fénétrange est décelé 
par le clocher de son église, seul indice d'habi- 
tations humaines dans ce plantureux terrain de 
prairies, de céréales et d'arbres fruitiers. Enfin, 
du sommet d'une côte on aperçoit la mignonne 
ville à demi masquée par la lourde masse du 
vieux château coiffé de hauts toits de tuiles rouges 
noircis par les ans. A l'angle de l'édifice, deux 
tours engagées gardent encore un peu d'allure 
guerrière ; de grands combles entourent l'église, 
bâtie au point culminant du mamelon. 

Des prés-vergers tapissent les pentes. Au nord, 
des coteaux bien exposés sont revêtus de vignes. 
Ce décor s'efface quand les arbres fruitiers de 
la route font place à une ombreuse avenue de 
marronniers. Près de l'entrée de la ville, un 
superbe tilleul abrite un de ces calvaires si nom- 
breux en cette partie de la Lorraine. 

La ville s'annonce gaiement, par un embryon 
de faubourg aux maisons claires aboutissant à 
un carrefour au fond duquel une antique porte 
féodale donne accès dans ce qui fut la cité pri- 
mitive, toute menue, offrant encore de curieux 
détails du passé. Ici un vieux porche, là une 



SARREBOURG ET FENETRANGE 7I 

tourelle d'angle, au centre l'église entourée 
d'étroites ruelles. Le château, situé à l'extérieur 
de ce noyau citadin, qu'il flanquait lorsque Féné- 
trange était enserré de remparts, perd, vu d'ici, 
toute la grandeur que l'éloignement lui donnait. 
Ce n'est pas une ruine, mais quelque chose de 
plus lamentable. La noble demeure a ses loge- 
ments inférieurs transformés en écuries, des tas 
de fumier encombrent et empuantissent la cour, 
toute une aile est occupée par une tannerie, des 
peaux sèchent dans les galeries seigneuriales, les 
immenses pièces divisées en hauteur et en lar- 
geur par des cloisons et des planchers abritent 
des ménages de pauvres gens dont la malpro- 
preté égale la misère. La chapelle castrale, où 
reposèrent les seigneurs de la maison de Crov, 
n'a pas échappé à ce sort ; divisée par un mur 
de refend, elle fut un moment porcherie. 

Fénétrange a inspiré une belle page à Maurice 
Barrés dans : Au service de l'Allemagne. Les 
premières scènes de ce livre se déroulent au sein 
de ces pays de la Sarre et des étangs lorrains. 
Barrés a bien rendu la grâce archaïque de cette 
petite vieille « qui garde trop longtemps une 
robe de dentelles souillées et déchirées ». 

L'église a échappé à l'absolu délabrement du 
château voisin; œuvre gothique de la Renais- 



72 LORRAINE 

sance, elle conserve d'admirables débris de hautes 
verrières. La triple nef, étroite et courte, est re- 
couverte d'une voûte à caissons. Des boiseries 
du dix-huitième siècle et des stalles sculptées 
ornent le choeur. 

Nous errons à travers la cité minuscule, dont 
les habitants ont occupé le rempart en se ser- 
vant de ces pauvres murailles pour appuyer leurs 
logis. On revient toujours au château. Extérieu- 
rement, vu de près, il perd toute grandeur; les 
fenêtres, qui furent d'un galbe pur, ont été obs- 
truées par des briques, les pierres s'en vont, la 
toiture s'affaisse. Avec un peu de recul, cela 
reprend de l'allure. Du pont où la route de 
Phalsbourg traverse la Sarre, l'ensemble du 
château et de la ville forme un heureux tableau. 
Des constructions parallèles, aux toits de tuiles 
brunes, couvrent le rempart envahi par les giro- 
flées et les pariétaires. D'exigus jardinets des- 
cendent au canal dérivé de la rivière ; sur un 
long barrage étincellent les eaux. 

Ce canal est uniquement pour le charme des 
yeux, car l'humble cité n'est pas manufactu- 
rière; le millier d'habitants qui la peuplent sont 
des commerçants et des artisans qui vivent par 
le trafic avec les nombreux villages du canton. 
Les femmes travaillent au tressage du latanier et 



SARREBOURG ET FÉNÉTRA>'GE 78 

du panama pour les fabriques de Saar-Union ('). 
La population a décru depuis l'annexion, mais 
est restée bien lorraine ; les vainqueurs ne s'y 
sont point implantés, sinon quelques fonction- 
naires qui doivent s'y croire en exil. 

Fénétrange est à la marche de la Lorraine ; 
un seul village, Niederstinzel, la sépare de l'Al- 
sace. 

Les toits d'un rouge fauve du petit centre 
se détachent vigoureusement dans le velours 
des prairies. La Sarre erre lentement à travers 
ce large plan de verdure où sont enchâssées les 
ruines grises de Geroldseck. Ce fut un château 
très fort dont il ne reste que l'enceinte régulière 
flanquée de tours; les fossés à demi comblés, 
envahis par les ronces, reçoivent les eaux infil- 
trées de la prairie. 

Geroldseck paraît singulièrement assis pour 
une forteresse ; alors que les collines riveraines, 
couvertes de vignes et de petits bois, semblent 
se prêter si bien à recevoir un donjon, c'est 
dans les prés unis et dominés que le château fut 
établi. Mais son origine est ancienne, bien anté- 
rieure à l'apparition du canon; on a pu trouver 
la date de la construction remontant à 1216 et 



I. Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XXIV. 



74 LORRAINE 

celle d'une première destruction en i38i. Relevé 
de ses ruines, il échappa à la guerre de Trente 
ans pour être de nouveau ravagé pendant les 
luttes dont la Lorraine fut encore le champ clos 
au temps de Louis XIV. Depuis lors, chaque 
année a abattu quelques pierres et la ruine s'en 
va peu à peu. 

Geroldseck, solitaire et morose, produit une 
impression de mélancolie et d'angoisse. Banale 
sous le grand soleil, elle devient lugubre aux 
heures sombres et sous les nuées grises. Et pour- 
tant on ne l'oublie pas, quand une fois on l'a vu, 
le vieux château surgissant de la nappe verte 
des prairies où se traîne la Sarre. 



PHALSBOURG 



Le défilé de la Zorn. — Lutzelbourg. — Le chemin de fer de 
Phaisbourg. — Phalsbourg, le maréchal de Lobau et Erckmann- 
Chatriam. — Remparts en ruine. — Les carrières. — Aux 
sources de la Zinsel. — Sur le plateau. — Lixheim la protes- 
tante. — Retour à la Zorn. — Le chemin de fer et le canal 
de la Marne au Rhin. — Villes avortées. — Les deux tunnels. 



Sarrebourg. Juillet. 

L'entrée de la Lorraine, pour le voyageur 
venant des plaines d'Alsace par Saverne, est 
dans un beau décor, depuis que les relations se 
font surtout par voie ferrée. Jadis, à l'époque 
oîi la célèbre route du col de Saverne était la 
principale voie d'accès, on débouchait sur le pla- 
teau de Phalsbourg, assez morne ; aujourd'hui 
le chemin de fer, en empruntant la vallée de la 
Zorn, déjà suivie par le canal, conduit le voya- 
geur dans une des parties les plus pittoresques 
des petites Vosges. Les pins et les hêtres revê- 
lent les pentes, le grès rouge se dresse en escar- 



76 LORRAINE 

pement. Sur un rocher, des ruines empanachées 
de verdure dominent un verdoyant mais étroit 
bassin, où des ruisseaux descendent à la Zorn 
par de courtes et étroites entailles. Les bois, les 
grands fronts de rochers, le peu de largeur de 
la fissure, le ruban tranquille du canal, le vil- 
lage de Lutzelbourg, assis sur les bords du tor- 
rent et de la voie navigable, font de cette porte 
de la Lorraine sur l'Alsace un des coins les plus 
remarquables des Vosges. 

Aussi le tourisme, si florissant dans ces monts, 
a-t-il fait de Lutzelbourg un lieu de séjour; des 
hôtels de villégiature avoisinent la gare, où le 
petit chemin de fer de Phalsbourg à Drulingen 
vient rejoindre la grande ligne. 

Le village est au fond, en contre-bas du canal, 
qui coule sur un remblai élevé et forme un port 
très animé par l'embarquement des pierres de 
taille rouges, des moellons et des meules à aigui- 
ser extraits sur les bords mêmes dé la Zorn et 
surtout sur le plateau de Phalsbourg et dans la 
vallée de la Zinsel('). Le chemin de fer à voie 
étroite amène ces produits au bord du bassin. 

Cette ligne eut pour origine un chemin de fer 



I. Orthographiée Zintzel sur la carte d'État-major, comme «ne 
autre Zinsel qui arrose la vallée du Bœrenthal près de Nieder- 
bronn. 







{Le chemin de fer de Phalsboiirg qui se termine sur cette carte ù Vitsberg 
se prolonge Jusqu'à DriUingen par Dùst.) 



78 LORRAINE 

établi à même la route par les Allemands pour 
transporter les matériaux de démolition des 
remparts de Phalsbourg. Les pierres de taille 
préparées sur les indications de Vauban, durcies 
par un long séjour à l'air, étaient de premier 
choix; aussi les Allemands les ont utilisées pour 
les nouveaux forts de Strasbourg ! 

La voie ferrée provisoire est devenue défini- 
tive et sert maintenant au transport des voya- 
geurs et de toutes les marchandises. Le tracé 
reste raide ; c'est une véritable ascension qu'ef- 
fectue la locomotive en traînant un convoi parfois 
long. La route sur laquelle les rails sont posés 
s'élève dans un val très étroit où se brise un 
ruisseau. De beaux rochers s'escarpent sur les 
pentes, offrant souvent des fronts de falaise. Les 
bois de pins, les prés qui enveloppent les masses 
rougeàtres, les éboulis dans les gazons, les mai- 
sons éparpillées, une aiguille de grès sur la- 
quelle un bouleau a crû, les assises revêtues 
de bruyères roses constituent un paysage bien 
particulier et fort pittoresque aussi. La roche 
est un conglomérat où des cailloux blancs sont 
noyés dans le grès. 

Ce passage perd bientôt de sa beauté. La 
roule aborde le plateau par une pente très dure, 
entre des vallons revêtus de genêts, de bruyères 



PHALSBOURG 79 

et de ronces du côté de l'est, couverts, à l'ouest, 
de fourrés de chênes et de hêtres. Au sommet 
de la côte s'ouvre une vaste carrière de grès 
blanc, légèrement rosé, dans laquelle pénètrent 
des rails. La roche est taillée à pic; des belles 
parois de teinte délicate rappellent, par leur 
développement, les grandes exploitations de la 
Meuse vers Lérouville. 

Voici le plateau, couvert de pâturages plantés 
d'arbres fruitiers. La ville en occupe le point 
culminant. Le petit chemin de fer, dans son 
tracé vers Drulingen, ne la dessert pas, mais un 
embranchement de moins d'un kilomètre la relie 
à la gare inférieure établie près du hameau des 
Maisons-Rouges. 

Phalsbourg a été démantelé, comme je l'ai 
dit, mais le nivellement des antiques murailles 
n'est pas achevé. Si les Allemands ont enlevé les 
belles pierres ils ont abandonné les infimes moel- 
lons et les matériaux du terrassement. Les portes 
sont encore debout ; c'est par l'ancienne porte de 
France, aujourd'hui de Metz, que nous sommes 
entrés. Dans cette enceinte de vagues ruines, la 
ville toute petite, comme autrefois, a réparé les 
dégâts causés par le bombardement ; des maisons 
neuves sans caractère s'alignent sur les courtes 
rues. Au milieu de la vaste place centrale, dont 



8o LORRAINE 

l'église, reconstruite elle aussi, occupe un des 
côtés, se dresse la statue du général Mouton, 
comte de Lobau, qui devint maréchal de France 
sous Louis-Philippe. La place porte son nom. 

La statue du glorieux soldat a été respectée 
par les conquérants. Sur l'une des faces du pié- 
destal sont gravés les mots de Napoléon : « Mon 
Mouton est un lion. » La maison natale du ma- 
réchal, dans une rue voisine, est occupée par 
l'hôtellerie du Mouton Blanc. 

L'aspect de la glorieuse cité est assez morose. 
Rien n'y retient l'attention. C'est d'ailleurs une 
ville moderne, construite par Vauban pour gar- 
der la route d'Alsace et qui ne déborde point 
par des faubourgs son enceinte exiguë. Il y 
avait là un village érigé en principauté par un 
duc de Lorraine pour une de ses parentes de la 
branche de Guise. De ce Phalsbourg primitif, 
il reste un débris du château princier, tour d'es- 
calier et pavillon qui porte encore une grande 
figure héraldique gravée dans la pierre. 

La porte d'Allemagne, aujourd'hui porte de 
Saverne, ouverte près de l'ancien logis seigneu- 
rial, conserve les sculptures en haut-relief du 
temps de Vauban : tympan en plein cintre, pi- 
lastres ouvragés, trophées. Les dévots de Goethe 
y ont incrusté une plaque rappelant un pass&ge 



PHALSBOURG 8l 

du poète en 1770. Des abords de celte porte où, 
longtemps, passèrent la plupart des voyageurs 
de France en Alsace, on découvre un mélancoli- 
que horizon vers le col de Saverne. Tout autour, 
les fossés de la place restent presque intacts, si 
la muraille a disparu. 

On ne peut juger de la force de l'ancienne 
forteresse; celle-ci était considérée comme inex- 
pugnable. De fait, en dépit de la supériorité 
énorme de l'artillerie allemande, Phalsbourg, 
bombardée avec furie, ne céda qu'à la famine, 
malgré un armement insuffisant et le manque 
d'homogénéité de sa garnison. 

En détruisant les fortifications, les Allemands 
ont cependant conservé les casernes ; le nombre 
d'hommes est à peu près celui que nous y pos- 
sédions avant la guerre, mais officiers et soldats 
sont loin de se mêler à la population comme 
jadis. Ils sont des étrangers pour la ville, restée 
très française en dépit de l'émigration, et qui vit 
naître la plupart des œuvres populaires d'Erck- 
mann-Chatrian. Erckinann lui-même était fils de 
Phalsbourg, Chatrian appartenait aussi à la ré- 
gion, puisqu'il naquit au hameau de Soldatenthal 
près d'Abreschwiller ('). Un autre enfant de la 



I. Voir page 56. 

LORRAENE 



82 LORRAINE 

petite ville fut le général Uhrich, défenseur de 
Strasbourg. 

Malgré son éloignement du chemin de fer, 
Phalsbourg possède un certain rôle économique, 
même en dehors de ses carrières et de ses tuile- 
ries, principales sources d'activité. Une fabrique 
de bonneterie offre une spécialité inattendue : 
elle tisse le poil de chameau. La distillerie traite 
les cerises à kirsch, abondantes sur ce vaste pla- 
teau où les cerisiers peuplent des herbages qui 
nourrissent un nombreux bétail. 

Bien que l'altitude soit modeste et n'atteigne 
pas même 4oo mètres au point culminant, le 
plateau de Phalsbourg, avec ses vastes prairies, 
offre l'aspect caractéristique des hautes plaines 
de montagne. Mais tout autour le pays se creuse 
de vallées profondes dans lesquelles le rocher 
apparaît, activement entaillé par les carriers. 
Ces exploitations sont parfois considérables; le 
petit chemin de fer les facilite en permettant aux 
wagons de venir au pied même des bancs où 
l'on peut découper des meules de 2 mètres de 
diamètre. Les carrières entourent le joli village 
de Vilsberg, assis au plus creux d'un vallon 
jadis vert et frais, mais souillé aujourd'hui par 
les grands talus et les monticules de déblai. Les 
maisons, humbles, peintes en jaune, se suivent 



PhALSBOURG 83 

au bord de ruisselets entre des prairies d'où 
monte la forte senteur des regains récemment 
fauchés. 

Le ruisseau est bientôt assez abondant pour 
actionner un moulin, son val se creuse de plus 
en plus. Chose étrange pour le promeneur, c'est 
en descendant qu'il trouve la montagne ! Le ravin 
dans lequel on s'enfonce rapidement est une 
gorge vosgienne tapissée de hêtres. Au-dessus, 
au contraire, s'étend une campagne plate, prés 
semés d'arbres, animés par les faucheurs et les 
faneuses, pâturages plus secs que parcourent 
des troupeaux d'oies, de porcs, de chèvres. Il y 
a là autour de Berlingen et de Pfalzweyer une 
étendue d'une beauté agreste, à travers laquelle 
passe la limite entre l'Alsace et la Lorraine. 

Ici naît ou plutôt se forme la Zinsel. La 
rivière qui anime le beau site du Graufthal (') 
a sa source au cœur du plateau, près de Winters- 
bourg. Rapidement elle descend dans un pli dont 
les bords sont frangés de vallons où coulent 
d'autres filets d'eau vive. L'ensemble constitue 
un large bassin entouré de villages. Weschheim 
domine ce paysage grandiose et vert. Un des 
plis renferme Hangvviller étage, sur une pente 



I. Voir volume Basse-Alsace, chapitre XXIII. 



S[\ LORRAINE 

douce, à l'extrémité d'une colline plantée d'ar- 
bres fruitiers et bien cultivée. 

Sur l'autre versant du plateau, à l'ouest, les 
ruisseaux ne sont pas moins nombreux, mais les 
vallons n'ont plus l'aspect de plis des montagnes ; 
ce sont des vaux calmes et étroits, parcourus par 
des filets lents et sinueux qui vont former la 
Briich, sous-affluent assez considérable de la 
Sarre, par l'Iche. 

Les villages, très rapprochés sur ce plateau, 
constituent dans la catholique Lorraine un noyau 
de protestants dont l'origine est due à l'an- 
cienne constitution seigneuriale. Le pays avait 
été cédé au comte palatin Frédéric V, qui lit de 
l'ancienne abbaye de Lixheim le lieu de refuge 
pour les réformés chassés de chez eux. Lixheim 
occupait les pentes d'une colline au-dessus de 
la Brûch ; le prince Frédéric, au lieu de s'éta- 
blir sur ces hauteurs, fit choix, près d'un étang, 
d'une étroite plaine, si marécageuse que les 
habitations durent être fondées sur pilotis. La 
cité n'a pas prospéré ; ses rues régulières cou- 
vrent un espace supérieur à celui de Phalsbourg 
et cependant 700 habitants au plus y résident, 
cinq fois moins que dans cette dernière ville. 
A peine née, elle avait été vendue à la prin- 
cesse de Phalsbourg, qui s'efforça d'extirper 



PHALSBOURG 85 

l'iiérésie ; les conversions ne parvinrent pas à 
transformer le caractère particulier de la nou- 
velle ville. Aujourd'hui Lixheim, devenu simple 
village sur un plan régulier, possède un temple 
protestant. Les fortifications durèrent peu, la 
guerre de Trente ans en amena la ruine. Cepen- 
dant les édifices civils ont échappé à la des- 
truction ; d'intéressantes maisons dans le style 
de la Renaissance , une charmante fontaine 
retiennent un instant l'attention dans cette cité 
déchue. 

Au sud de Lixheim s'étend un vaste plateau 
jadis animé, quand la circulation entre Paris, 
l'Alsace et l'Allemagne du Sud se faisait par la 
grande route tracée à l'écart des villages, car on 
ne saurait guère donner ce nom à la poignée de 
maisons qui constituent Saint-Jean-Kourtzerode. 
Tout ce pays — « sans intérêt », notait Arthur 
Young — a perdu la vie quand le chemin de fer fît 
abandonner les diligences. Il reste de l'époque 
de prospérité l'ancienne maison de poste d'Hom- 
marting. 

Kourtzerode, écart de Saint-Jean, est un petit 
hameau assis au rebord d'un profond ravin dont 
la lèvre opposée est couverte par un bois que 
les cartes françaises nomment bois du comte de 
Lobau ; ce fut donc un domaine du maréchal 



86 LORRAINE 

Mouton. La ravine bifurque en un pli latéral 
entourée par les maisons de Valtembourg, 

Toute cette contrée est très accidentée. Des 
vallons qui sont presque des abîmes s'ouvrent 
vers la Zorn, en déchiquetant à l'infini le plateau. 
Entre le ravin de Valtembourg et le vallon étroit 
de laTeigel, où le chemin de fer de Strasbourg à 
Paris s'insinue avant de trouer par un tunnel le 
faîte entre la Zorn et la Sarre, une sorte de table 
est occupée à son centre par Henridorff, village 
dont le vaste plan ne fut jamais rempli. Une 
seule rue a été construite, mais le fondateur, 
Henri de Lorraine, rêvait pour lui d'autres des- 
tinées. Ce devait être une ville, à laquelle une 
charte fut concédée en 1622. 

De l'autre côté de la Teigel et du chemin de 
fer, un village plus considérable est également 
construit sur le type des bastides ; lui aussi n'a 
qu'une rue de bâtie. C'est Saint-Louis, appelé 
encore Heyersberg, créé en 1629 par le duc 
Louis de Lorraine qui lui donna son nom. Dé- 
truit en i634, le village fut rétabli en 1706. 

Dans cette zone, Lutzelbourg, où se réunissent 
plusieurs vallons, est le centre de rendez-vous, 
surtout pour les touristes qui vont au Donon par 



PHALSBOURG 87 

les belles vallées dont la Zorn est l'aboutissant. 
Depuis que le canal ^e la Marne au Rhin et le 
chemin de fer sont construits, il y a un des 
grands mouvements de circulation européenne 
dans cette gorge de la Zorn à laquelle fait suite 
le couloir de la Teigel. Ce passage est une fort 
belle chose, moins encore par le paysage lui- 
même que par le superbe travail de l'homme. 
Les ingénieurs français qui ont amené bateaux 
et wagons dans ce creux des Vosges ont fait un 
chef-d'œuvre. 

Sur les pentes très raides, revêtues de hêtres et 
de pins, le grès rouge apparaît; des coins de prai- 
ries avec un hameau, de grands rochers se mirant 
dans le ruban du canal, des carrières composent 
une suite de paysages atteignant à la grandeur. 
Brusquement, à la gare d'Arschwiller, le couloir 
tourne au sud ; canal et voie ferrée ont en face 
d'eux une côte abrupte. C'est l'obstacle qu'il a 
fallu forcer; on a résolu le problème par deux 
tunnels, tantôt parallèles, tantôt superposés ou 
se croisant. La voie navigable, au-dessus du 
chemin de fer à l'issue vers Arschwiller, est au 
même niveau quand elle débouche. Le tunnel de 
la voie ferrée a 2 678 mètres. 

Cet ouvrage resta intact après nos désastres 
deWissembourg et de Frœschwiller ; aucun des 



88 LORRAINE 

chefs de l'armée impériale n'eut l'idée de le faire 
détruire. Une telle décision aurait cependant fort 
gêné les Allemands, bien que le chemin de fer 
de Strasbourg ne fût pas une ligne d'invasion 
comparable à celle de Sarrebruck. Mais jusqu'à 
la chute de Metz et de Toul, qui donnait libre 
circulation aux trains venant de l'Allemagne 
centrale, c'est par cette voie que l'ennemi put 
conduire une partie de ses convois. 

Le tunnel débouche dans les bois d'Hommar- 
ting et le chemin de fer atteint la vaste gare de 
Réding, où la ligne de Metz se sépare de celle 
de Nancy. Au loin se montrent les énormes 
casernes de Sarrebourg. 



VI 



LES VERRERIES DES PETITES VOSGES 



Dans les petites Vosges. — Soucht. — Meisenthal et sa verrerie. 
— La cristallerie de Saint-Louis. — Les origines, les phases 
d'existence, situation actuelle. — Aspect du hameau. — Visite 
de l'usine. — Les artistes et les ouvriers. — Gœtzenbruck, 
fabrique de verres de montres. — Le Breitenstein. 



Mûnsthal-Saint-Louis. Août. 

Notre ancien arrondissement de Saverne, qui 
jadis séparait les départements de la Meurthe et 
de la Moselle en pénétrant comme un coin dans la 
Lorraine orientale, est aujourd'hui à demi enclavé 
dans la Lorraine conquise par les Allemands. 
Ceux-ci ont conservé les limites anciennes. Pour 
aller du pays de Phalsbourg à celui de Bitche, 
il faut traverser le canton alsacien de Drulin- 
gen, dont le chef-lieu est relié à Lutzelbourg 
par le chemin de fer à voie étroite. Par cette 
contrée que j'ai visitée jadis (') , nous avons 



I. Voir volume Basse-Alsace, chapitre XXIII. 



go LORRAINE 

gagné à Adamswiiler le chemin de fer de Stras- 
bourg-Sarreguemines pour prendre à Wingen, 
jusqu'à Souchl, la ligne de Mûnsthal-Saint- 
Louis, voie dont le rôle est surtout industriel. 

Soucht, où nous avons abandonné le train 
afin de visiter ces plis profonds des petites 
Vosges dont la solitude est détruite par les 
usines, est un humble village de maisons épar- 
pillées dans les champs, en face de l'église. 
Le clocher s'encadre de volutes rococo. La popu- 
lation se compose surtout de sabotiers, utili- 
sant les hêtres des grands bois qui couvrent la 
chaîne creusée de vallées profondes ; les eaux 
vont d'un côté au Rhin par les affluents de la 
Moder, de l'autre à l'Eichel, c'est-à-dire à la 
Sarre. Région tourmentée, où la roche de grès 
se présente en accidents singuliers ; ainsi le 
Rocher de la Chambre, qui doit ce nom aux 
anfractuosités ouvertes dans ses flancs. Une des 
branches du Spiegelbach qui naît dans le bassin 
de Soucht se trace un couloir tortueux, étroit et 
sombre au milieu de forets épaisses, appelées 
Scheidwald. 

Ces bois ont été l'origine de Soucht; de 1629 
à 1700 des verriers y avaient créé un établisse- 
ment qui resta prospère tant que le combustible 
se trouva à portée. La disparition progressive 







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92 LORRAINE 

des futaies et des taillis permit à l'agriculture de 
prendre possession du sol. Ce villafje, aujourd'hui 
rural , fut le premier centre né par l'industrie 
dans les solitudes forestières du pays de Bitche. 

Des hauteurs qui entourent Soucht, on voit un 
nuage de fumée noire s'élever au-dessus d'une 
colline ; il est formé par les loyers de la verrerie 
de Meisenthal, village auquel conduit un chemin 
montueux, tandis que le chemin de fer troue 
l'obstacle par un tunnel. 

Meisenthal forme un coin aimable ; des prairies 
en pente, couvertes de vergers, encadrent le 
creux dans lequel se groupent les maisons. La 
verrerie est au cœur de ragglomération, reliée 
au chemin de fer par un embranchement. C'est 
une fort ancienne usine, son origine remonte au 
seizième siècle ; après un moment d'éclipsé elle 
reparut au dix-huitième, réédifiée par les ver- 
riers abandonnant Soucht ; on peut donc la consi- 
dérer comme l'ancêtre des nombreuses fabriques 
de verre qui peuplèrent ces vallées, où elles trou- 
vaient en abondance les matières premières et 
le bois, longtemps seul combustible utilisé. 
L'établissement, à ses origines, conservait des 
fours à Soucht, mais aujourd'hui tout est groupé 
à ]\bMS(Mithal. où près de cinq cents ouvriers 
produisent hi gobelelerie line. 



LES VERRERIES DES PETITES VOSGES qS 

Le village est au pied de l'arête de faîte des 
petites Vosges, dont le point culminant atteint ici 
427 mètres. Un ruisseau naît sur les pentes, tra- 
verse le village et va rejoindre le bras du Spiegel 
descendu de Saint-Louis. Il se creuse un val 
resserré, entre des bois sombres, très sauvages, 
le Scheidwald — la forêt de démarcation — aux- 
quels font suite des petits bassins de prairies 
irriguées à l'aide de réservoirs qui réunissent 
les eaux de ruisselets et les distribuent ensuite. 
Ces forêts, les étroites prairies, les vasques 
transparentes, d'humbles moulins constituent un 
paysage d'un caractère bien particulier, que l'on 
retrouve au long du Seymuhlerbach, bras du 
Spiegel. 

Plusieurs ruisseaux descendus aux flancs d'un 
large cirque se réunissent dans un vaste étang. 
Les eaux glauques, assombries par les nuages 
de fumée élevés de la cristallerie de Saint-Louis, 
reflètent une église de style byzantin assise sur 
un ressaut. Quelques maisons, les amples et 
noires constructions de l'usine, tel est Mûns- 
Ihal-Saint-Louis, commune singulière, car elle 
ne comprend que le domaine de la manufac- 
ture. Bois, prés, étangs, tout appartient à la 
société. 

A l'entrée du groupe, une maison très humble 



94 LORRAINE 

porte une inscription donnant en quelc[ues lignes 
l'histoire de cette cristallerie, la plus considé- 
rable du monde, sans doute : 

« La censé de Mûnsthal, autrefois située sur 
la commune de Souche, au comté de Bitche, a 
été érigée en verreries royales de Saint-Louis 
par ordonnances de 1767 et de 1768. 

« La Compagnie des cristalleries de Saint- 
Louis rappelle par ce souvenir historique que 
cette habitation est regardée ajuste titre comme 
le berceau de cet établissement. » 

L'usine occupe un grand espace ; mais, accrue 
au fur et à mesure des besoins, elle n'a pas l'unité 
majestueuse que nous sommes habitués à voir 
dans les établissements modernes. Les agran- 
dissements ont greffé des bâtiments construits 
pour des besoins immédiats. On a respecté reli- 
gieusement ces bâtisses ; ainsi la halle primitive 
de soufflage reste debout ; avec ses charpentes 
compliquées et enfumées, elle est une saisissante 
évocation de l'industrie d'autrefois. Dans ce 
hangar sombre on a fait le premier échantillon 
de cristal français. Ce grand progrès fut réalisé 
en 1783. Depuis cette époque, la cristallerie n'a 
fait que se développer, elle a supplanté complè- 
tement la verrerie. 

Longtemps Saint-Louis a vécu sur sa réputa- 



LES VERRERIES DES PETITES VOSGES 96 

tion, dédaignant les procédés commerciaux mo- 
dernes. Mais en ce moment, sous l'impulsion 
d'une direction nouvelle, ayant conservé son 
foyer en France, une transformation profonde se 
produit. Saint-Louis, éloigné jusqu'alors de la 
lutte et de la publicité, entre hardiment dans la 
mêlée. 

Ce qui surprend le plus à Saint-Louis, c'est le 
contraste de cette solitude, de l'usine perdue au 
fond de gorges qui semblent sans issue, loin de 
tout, et des merveilles écloses sous les doigts 
habiles d'une population ouvrière qui ne peut se 
retremper à aucun foyer d'art. Jusqu'à la néfaste 
guerre de 1870, Saint-Louis tenait par des liens 
solides à Paris, d'où venaient les modèles et le 
goût. Après l'annexion, l'usine a d'abord suivi 
l'impulsion ancienne, mais peu à peu il y eut 
moins de contact avec Paris, l'usine languissait. 
Enfin on a entrepris la rénovation. Le personnel 
d'ouvriers d'élite qui peuple encore Saint-Louis 
est guidé, pour les œuvres nouvelles, par des 
décorateurs parisiens dont on n'a plus qu'à appli- 
quer les inventions sur la matière précieuse qu'est 
le cristal. D'après les données de ces artistes 
français, les ouvriers de Saint-Louis dessinent, 
décalquent et gravent. 

Il y a aussi dans cette gorge écartée des 



96 LORRAINE 

artistes de premier ordre, rappelant l'artiste 
parisien par l'habileté et le goût. Un d'entre eux, 
originaire du Creusot, livré à son génie naturel, 
fait des choses charmantes, sans modèle. Sous 
ses doigts habiles, la molette décore les vases 
de guirlandes de feuillage, de fleurs, d'arabes- 
ques d'une originalité merveilleuse. Il produit 
ainsi des œuvres dignes des grands verriers d'au- 
trefois. 

A côté de cette partie d'un art supérieur, la 
fabrique est parvenue à rendre industrielle' la 
production des cristaux gravés. Les objets sont 
recouverts d'un vernis inattaquable par l'acide 
fluorhydrique, des machines enlèvent les parties 
de cet enduit destinées à être rongées par l'acide 
et l'on obtient ainsi les articles courants, ofirant 
d'ailleurs l'aspect des cristaux entaillés par les 
anciens procédés. 

La cristallerie possède depuis 1896 le plus 
grand four construit en Europe. Mais cela frappe 
moins le visiteur que les immenses magasins et 
surtout la salle d'exposition, où sont réunis les 
échantillons d'objets fabriqués donnant une si 
j)rofonde sensation d'art. Le mouvement total 
des affaires atteint près de 4 millions et demi 
de francs J les trois cinquièmes des articles sont 
Nciuhis hors de l'empire allemand. 



LES VERRERIES DES PETITES VUtJGES 97 

Deux mille ouvriers animent l'immense manu- 
facture. Comme il n'y a pas de village de Saint- 
Louis, ils sont obligés de résider dans les centres 
voisins : Montbronn, Soucht, Meisenthal, Lem- 
berg et Gœtzenbruck. Ils apportent leur déjeuner 
ou leur dîner à l'usine où des réfectoires ont été 
aménagés. Une cuisine livre au-dessous du prix 
de revient des repas à quatre cents d'entre eux. 

La population ouvrière échappe donc à la pro- 
miscuité des centres de fabrique, chacun choisit 
son séjour dans une de ces vallées riantes, vertes, 
encadrées de bois ou sur les plateaux de Mont- 
bronn ou de Lemberg. Aussi ce groupe indus- 
triel est-il fort calme, heureux en somme, car 
le travail est sans cesse assuré par la grande 
entreprise. 

Une autre usine exerçant une industrie simi- 
laire occupe le bassin entouré de forets où naît 
le ruisseau de Saint-Louis. Là s'étend le village 
de Gœtzenbruck, sur la ligne de partage des 
eaux, un moment occupée par la route de Sa- 
verne à Bitche. Cette situation valut pendant la 
Révolution le nom de Sarreinberg, c'est-à-dire 
montagne de la Sarre et du Rhin {Saar-Rheîn- 
berg) à l'ancien hameau de Mont-Royal. Les 
habitants disent encore Kœnigsberg, forme alle- 
mande de mont royal. 

LORRAIKE 7 



98 LORRAINE 

La verrerie de Gœtzenbruck est fort considé- 
rable, elle aussi, car elle n'occupe pas moins de 
mille ouvriers, dont trois cents travaillent à do- 
micile. Le chiffre frappe bien davantage lorsque 
l'on apprend que cette population de travailleurs 
ne fait guère que des verres de montres et de 
lunettes. Il n'est pas d'établissement plus consi- 
dérable que celui-ci pour ces produits. D'après 
la statistique d'Alsace-Lorraine, quatre-vingt 
mille grosses de verres de montres, c'est-à-dire 
quatre-vingt mille douzaines de douzaines, et 
quatre-vingt mille douzaines de verres de lunettes 
sortent annuellement de cette manufacture. 

Celle-ci, créée en 1721 pour les fils du fonda- 
teur de Meisenthal, prit de suite une importance 
considérable qui n'a cessé de se développer. 
Gœtzenbruck alimente en partie les fabriques 
d'horlogerie de la Chaux-de-Fonds, du Locle et de 
Genève. Ses agents de Londres et de New-York 
répartissent de grandes quantités de verres de 
montres dans le Royaume-Uni et en Amérique. 

Le contraste est grand entre ce pays sauvage 
et les merveilles de science et de goût produites 
dans les usines qui occupent les vallées solitaires. 
Malgré le prodigieux développement de l'indus- 
trie, on pourrait se croire — à deux pas des ma- 



LES VERRERIES DES PETITES VOSGES 99 

nufactures — aux temps lointains où la verrerie 
avait une forme ambulante et ne créait aucun 
établissement stable. Ce régime ancien du travail 
a été décrit à la fin du dix-huitième siècle ou au 
commencement du dix-neuvième par un des créa- 
teurs de Gœtzenbruck, Georges Walter, qui a 
laissé une curieuse chronique. 

Georges Walter avait vu les vestiges de ces 
humbles usines créées à proximité du bois, et 
durant aussi longtemps que l'on pouvait y ame- 
ner économiquement le combustible. Quatre 
troncs d'arbres formaient les angles ; les parois, 
le toit étaient également de bois. Autour s'épar- 
pillaient les cabanes ou les huttes des ouvriers. 
Cette industrie mobile s'exerçait surtout aux 
quinzième et seizième siècles. Plus tard il y eut 
plus de fixité, les établissements devinrent assez 
considérables, sans pouvoir cependant se com- 
parer aux plus humbles des verreries modernes. 
11 faut connaître ce caractère primitif de la 
fabrication du verre pour s'expliquer le grand 
nombre de lieux appelés Glashïitte, c'est-à-dire 
verrerie, dans les Vosges. M. Marcus(') dit avoir 
rencontré encore en i844 6n Bohême des spéci- 
mens de ces fabriques nomades. 



I. Les Verreries du comté de Bitc/ie, librairie Bcrger-Levrault 
et Gie. 



1 00 LORRAINE 

« 

Moyennant une redevance au souverain, duc 
de Lorraine ou princes relevant de l'empire 
d'Allemagne, les verriers pouvaient ainsi aller 
édifier leur four de canton en canton. Quand les 
premiers établissements fixes se créèrent, ce fut 
le même régime: le fonds restait propriété souve- 
raine; sur le terrain concédé, les industriels éle- 
vaient leur usine et leur habitation. Ils payaient 
un cens leur donnant le droit de résidence et 
celui de prendre dans la foret le bois nécessaire 
à leur profession, et d'y faire vaguer leurs porcs 
pendant l'époque de la glandée. Le livre de 
M. Marcus donne de curieux exemples de ces 
« acensements » consentis par le duc de Lor- 
raine — et par le roi après la réunion du duché 
à la France. 

C'est par arrêt royal que fut concédé le ter- 
rain nécessaire à l'installation de la verrerie 
de Saint-Louis : 8 ooo arpents de bois devant 
fournir une coupe annuelle de 200 arpents pour 
le chauffage des fours ; le souverain se réser- 
vait seulement vingt-quatre arbres par arpent 
pour le repeuplement et les sujets suscepti- 
bles de fournir le « bois de Hollande », c'est-à- 
dire les matériaux propres à la marine et vendus 
surtout dans les Pays-Bas. Le concessionnaire 
avait le droit de faire façonner chaque année 



LES VERRERIES DES PETITES VOSGES ICI 

trois cents merrains, de tirer la pierre et le salile 
dans les forêts du pays de Bitche, de faire — lui 
et ses ouvriers — pâturer dans les « contrées et 
forêts affectées ». Moyennant un cens annuel de 
7 livres, l'établissement était exempté de la 
gabelle sur les boissons. Les diverses taxes s'éle- 
vaient à 645 livres, plus i 000 livres pour la dîme 
sur les cultures. 

La Révolution apporta une modification pro- 
fonde à cet état de choses. Ainsi Saint-Louis, 
vendu comme bien d'émigrés, devint réellement 
propriété particulière et l'affectation de 8 000 ar- 
pents fut consolidée. 

Telle est l'origine de la verrerie dans ces Vos- 
ges où, certes, elle n'eût jamais pris de tels 
développements si l'on avait pu supposer que le 
bois, cause de ces créations, devait un jour ne 
jouer aucun rôle dans le chauffage des fours. 

Au delà de Sarreinberg, la route des crêtes, 
parvenue au-dessus de Meisenthal, tourne brus- 
quement à l'est. Le sommet de l'angle formé 
par ce coude est marqué par un monument mé- 
galithique, une pierre levée indiquant la fron- 
tière entre l'Alsace et la Lorraine. Ce menhir, 
dont on trouve trace dans des chroniques vieilles 
de douze siècles, a subi une transformation sin- 



102 LORRAINE 



çjulière : peu de temps avant la Révolution, un 
individu qui avait obtenu une faveur divine à 
la suite d'un vœu, fit sculpter sur les parois de 
la pierre druidique, appelée le Breitenstein, 
l'effigie des douze apôtres et accompagner ces 
sculptures d'une inscription. Tout cela est au- 
jourd'hui très fruste ; on pourrait croire que les 
images sont contemporaines de l'énorme borne 
sur laquelle elles ont été gravées. 



VII 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE 



Entrée en Lorraine par le Falkensteinerbach. — Le type des 
petites Vosges gréseuses. — Philippsbourg. — Les forêts du 
pays de Bitche. — Leur rôle sur le développement du pays. 

— Les forges et les verreries d'autrefois. — Ruines féodales 
et ruines industrielles. — Bannstein. — Le chenain de fer de 
Mouterhouse. — La vallée de la ZinseL — Les étangs et 
l'usine de Mouterhouse. — La chapelle. — Les bois des maî- 
tres de forge. — Les Dietrich. — Les usines en 1870. — Les 
bandages de roues. — La population ouvrière. — La piscicul- 
ture. — Baerenthal, ses usines et ses forêts. — Les châteaux 
de Falkenstein et de Waldeck. — Stùrzelbronn et son abbaye. 

— La Main du Prince. 

Bitche. Août. 

L'entrée d'Alsace en Lorraine par la vallée du 
Falkensteinerbach. que suit le chemin de fer de 
Bitche, n'est signalée par aucun accident topo- 
ijraphique. La gorge se continue, étroite, boisée 
et pittoresque, et ne s'élargit un peu qu'aux 
approches de Philippsbourg, où l'on retrouve les 
cultures et les prairies. Le val devient cirque, 
festonné de ravins et de courts vallons. Partout 
le grès rouge apparaît, en escarpements, en ai- 



1 o4 LORRAINE 

rjuilles, en masses isolées dont un manteau ou 
des panaches de pins sombres font ressortir la 
teinte ardente. Ce coin de pays peut être consi- 
déré comme le type des paysages dans les petites 
Vosges gréseuses. 

Le cadre donne un beau caractère à l'humble 
hameau de Philippsbourg, dépendance de la 
commune de Bœrenthal, dont le chef-lieu est au 
sud dans la belle vallée de la Zinsel bitchoise('). 
Toute cette région, qui se prolonge dans le Pala- 
tinat, constitue un pays solitaire, où les villages 
et les hameaux sont rares. Landes, grands bois, 
rochers sont parfois d'une poignante mélancolie. 
Ces bois firent jadis la fortune et la vie des pa- 
roisses qui se partagent l'immense territoire. Les 
seigneurs et les abbayes facilitèrent la création 
de forges et de verreries dont on ne trouve plus 
que de pauvres restes. Verreries et cristalleries 
de la région de Saint-Louis, forges et fonderies 
de la vallée de la Zinsel ou de Bœrenthal ont 
cependant sunécu. Ces usines avaient remplacé 
dans l'influence sur le pays les anciens châ- 
teaux féodaux. Ceux-ci, également en ruines, ont 
laissé des débris plus puissants et pittoresques 



I. Il ne faut pas confondre cette Zinsel ou Zintzel avec celle 
de Plialsbourg et du pays de Saverne. 








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-^'^3^^ 



I o6 LORRAINE 

que l'on aperçoit au sommet des coteaux en par- 
courant les solitudes de ce qui fut les comtés de 
Bitche et de Hanau, tandis que les anciennes 
forges sont méconnaissables, amas de vagues 
débris avoisinant des étangs limpides établis 
pour alimenter les chutes qui donnaient la vie 
aux roues d'usines. Souvent les tours de for- 
teresses se mirent dans une de ces nappes; ainsi 
les débris du château de Philippsbourg; vers 
le nord, le fier donjon de Falkenstein est à l'écart 
des nappes lacustres. 

La vallée de Philippsbourg n'a que des ha- 
m aux minuscules au long de la route et du che- 
min de fer de Bitche. Elle est charmante avec 
ses plans étroits de cultures et de prairies ceints 
de bois sombres et séparés par de courts défilés. 
Les vaux adjacents ouvrent de pittoresques 
perspectives dans l'intérieur du massif, entre les 
collines de formes variées terminées par des 
musoirs de rochers. Des carrières, une scierie 
mettent un moment la rumeur du travail au sein 
de cette solitude. 

Dans un des épanouissements de la vallée, 
quelques maisons, une gare assez considérable 
constituent le hameau de Bannslein, dont le nom : 
Bann (enclave), stein (pierre), est dû aux bornes 
qui jadis marquaient la séparation entre le duché 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE IO7 

de Lorraine et les terres du comté de Hanau, un 
des petits Etats féodaux allemands qui avaient 
des possessions sur la marche de l'Alsace et de 
la Lorraine. Une de ces bornes se voit encore 
près d'ici. Le paysage de Bannstein est dominé 
par un piton surmonté d'une aiguille de maçon- 
nerie. Tout autour, un cercle de collines boisées 
semble avoir été disposé par un caprice de 
Titans. 

A la gare il y a quelque animation, due à 
l'embranchement industriel conduisant aux for- 
ges de Mouterhouse ('), construit par la compa- 
gnie de l'Est et ouvert à la circulation huit jours 
seulement avant la déclaration de guerre. La 
création de cette petite ligne de 5 kilomètres 
a permis de maintenir des usines que leur éloi- 
gnement des minerais de la Moselle et des char- 
bons de Sarrebruck condamnait à disparaître. 
Houille, minerais et fontes peuvent parvenir 
au cœur des petites Vosges; la main-d'œuvre 
à bas prix compense le taux élevé des trans- 
ports. 

MM. de Dietrich, propriétaires des forges, qui 
m'ont déjà facilité la visite de leurs établisse- 



I. Mouterhouse est l'orthographe française employée dans les 
publications de la maison Dietrich. En allemand, on écrit MiU- 
terhuusen, nos caries disent Mouterhausen. 



I08 LORRAINE 

ments de Niederbronii el de Reichslioffeii('), nous 
ont fait donner place dans le train qui relie la 
gare de Bannstein aux ateliers. La voie ferrée, 
bien tracée, pénètre dans un pli des monts, au 
sein de la vallée de Bœrenthal. Cette sorte de 
défilé s'élargit en zone de cultures autour de la 
ferme de Lindel. Les champs, entourés par la 
forêt, encadrent un petit étang d'où sort un ruis- 
seau que le chemin de fer longe jusqu'à la val- 
lée lumineuse de la Zinsel. Des cultures, de longs 
étangs sinueux, à l'eau sombre, des collines revê- 
tues de forêts composent un paysage vivant au- 
près de la gorge solitaire que l'on a parcourue. 
La petite ligne de fer bifurque ; un court 
tronçon se dirige vers la chaussée du principal 
étang, où les forges ont des annexes nommées 
le Fourneau neuf; la voie principale remonte le 
vallon de la Zinsel dont les eaux, retenues par des 
barrages, forment une série de biefs alimentant 
des fdioles d'irrigation qui vont rafraîchir des 
|)rés disposés en ados. Une retenue plus consi- 
dérable fait de la Zinsel un étang allongé fleuri 
de nénuphars et de nymphéas, se déroulant en 
courbe harmonieuse jusqu'à l'usine principale 
de Mouterhouse. 



I. Voir le volume Basse-Alsace. 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE 1 09 

Malgré les fumées sombres qui planent sur le 
tableau, l'usine et le village font un décor inté- 
ressant. L'église, des maisons bien construites 
couvrent une pente et se mirent dans un bel 
étang aux rives sinueuses, bordées d'aulnes, 
finissant près d'une ruine que l'on me dit avoir 
fourni le nom au site : Militer haiisen, le mou- 
tier de la mère. Mais d'autres étymologistes 
font dériver cela du ruisseau Mothra('). Près de 
ces débris de construction, une chapelle du 
commencement du seizième siècle renferme une 
belle sculpture sur bois : la Vierge abritant 
Vhamanité, représentée par des êtres de toute 
l'échelle sociale. 

Cette chapelle, seul reste de l'ancien domaine 
seigneurial de Mouterhouse, dépendait d'un châ- 
teau détruit pendant la guerre de Trente ans 
avec d'importantes forges qui exploitaient les 
mines de fer de la contrée ; une batterie de cuivre 
complétait un petit noyau industriel qui semble 
avoir été très vivant. Quand la Lorraine com- 
mença à se relever des désastres subis pendant 
l'invasion des diverses armées qui ravagèrent les 
Vosges, un des premiers soucis des ducs fut de 



I. Une taque de cheminée récemment découverte dit Moder- 
hausen. 



r I O LORRAINE 

reconstituer la richesse manufacturière du pays. 
A la fin du dix-septième siècle, on s'efforça de 
ramener la vie à Mouterhouse en aidant à la 
reconstruction des forges. Des concessions de 
forets furent données et se poursuivirent jusque 
sous le régime français. Lorsque la Lorraine per- 
dit son autonomie politique, les maîtres de forges 
de Mouterhouse avaient obtenu peu à peu le 
droit d'exploiter 24320 arpents ('). 

L'usine, devenue considérable, faillit changer 
d'objet. En pleine Révolution, en 1792, des 
hommes audacieux eurent l'idée de créer une 
cristallerie concurrente de celle de Saint-Louis, 
en la dotant d'un outillage plus récent et de pro- 
cédés plus artistiques. Ils acquirent les forges 
et tout le domaine ou censé de Mouterhouse et 
dressèrent le plan d'une galerie à établir en 
amont de l'étang. Ce projet, qui a été conservé, 
reçut un commencement d'exécution, mais la 
Terreur et les guerres arrêtèrent les travaux. 
Aujourd'hui, aucun vestige ne subsiste de ces 
constructions qui devaient amener une popu- 
lation nombreuse dans le val. 

Les forges continuèrent à fonctionner. En 



I. Les Verreries du comté de Bitche, par Ad. Marcus, chez 
Berger-LevrauU et G'». 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE I I I 

1844? elles entrèrent dans le groupement d'usi- 
nes réunies sous la direction de la famille de 
Dietrich ; elles en font encore partie aujour- 
d'hui. Quand la guerre éclata, elles avaient une 
valeur exceptionnelle pour l'industrie française : 
Mouterhouse était le seul fournisseur de ban- 
dages de roues pour nos chemins de fer. L'éta- 
blissement donnait l'exemple d'un grand esprit 
de progrès : avant toutes nos autres usines mé- 
tallurgiques, dès 1862, il avait installé le conver- 
tisseur Bessemer pour la production de l'acier. 
Il n'en existait pas d'autre sur le continent euro- 
péen. Deux convertisseurs de 3 000 kilogrammes 
étaient en activité. 

Même après la guerre, la France continua à 
s'approvisionner de bandages à Mouterhouse. 
II y a dix ans encore, nos chemins de fer en de- 
mandaient de 20000 à 25 000 par an. Les droits 
de douane ont arrêté les transactions ; cette bar- 
rière seule a entravé les rapports de l'industrie 
lorraine avec l'ancienne mère patrie ; les efforts 
sur le terrain technique n'avaient même pu 
aboutir, malgré les tentatives des usines de Pa- 
miers pour s'emparer du marché ('). 



I. Sur Pamiers (Ariège) et ses établissements, voir la 38^ série 
du Voyage en France, chapitre XV. 



I I 2 LORRAINE 



Aujourd'hui, les débouchés se sont déplacés, 
Moulerhouse travaille surtout pour l'Allema- 
gne. On V produit 85o bandages par semaine, on 
pourrait en laminer i 200. Mais cette limite n'est 
pas atteinte, l'usine ayant dû accéder au cartel 
des fabricants allemands de bandages qui fixe la 
part de chacun dans la production. Le syndicat 
comprend douze usines. 

Les forges et leurs annexes ne donnent guère 
l'impression de la grande industrie moderne. Ce 
sont de très vieux établissements; un des bâti- 
ments remonte à iG83 ; aussi pourrait-on se croire 
ramené bien loin dans le passé en pénétrant 
sous les halles enfumées où tant de générations 
ont accompli leur labeur. Les parties les plus 
récentes sont les aciéries Martin, composées de 
deux fours, l'un produisant 6 000 kilogrammes, 
l'autre 4 000. 

Comme je l'ai dit, le bon marché de la main- 
d'œuvre permet seul le maintien de Mouter- 
house. Le salaire ne dépasse guère 2*5o par 
jour. La plupart des ouvriers sont cultivateurs ; 
on autorise ceux qui ne sont pas propriétaires 
à défricher des terres du domaine moyennant 
un minime loyer. L'usine en emploie l^io, dont 
200 viennent de la commune de Bœrenthal ; 
ceux qui habitent au long de la voie ferrée ou à 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE Il3 

Bannstein sont transportés gratuitement par les 
trains de l'usine ; ils reconnaissent cette faveur 
en remplissant l'emploi de surveillants bénévoles 
sur la ligne. 

L'usine a dû établir un certain nombre de 
logements ouvriers pour lesquels une famille 
paie de 2^5o à 3^ 75 par mois. Gomme chacun a 
un peu de terrain, un porc, une vache, l'exis- 
tence est possible, malgré la médiocrité des 
gains. Les moins fortunés peuvent tous attein- 
dre au lopin de terre et à la possession d'ani- 
maux d'étable, l'usine leur faisant les avances 
nécessaires. Pour permettre à ces forgerons 
laboureurs de s'occuper de leurs champs, on a 
organisé le travail de façon à ce que chacun ait 
une semaine de midi à minuit et la suivante de 
minuit à midi. 

Ces méthodes de travail ont permis à Mou- 
terhouse de résister à l'écrasante concurrence 
de centres mieux situés. 

Le village, comme tous ceux de cette région, 
est nettement divisé en deux partis par la reli- 
gion. L'église catholique est voisine du temple 
protestant. Les deux clans vivent en assez 
bonne harmonie, quand les prêtres de chaque 
culte font preuve de tact et de charité chré- 
tienne. En somme, la paix règne dans ce coin 



I I 4 LORR.\IXE 

reculé des petites Vosges, que domine une vieille 
cheminée, carrée, lourde, trapue, assise sur un 
rocher et conservée comme un type d'autrefois. 
Depuis cent cinquante ans elle se dresse là. 

Le domaine de Mouterhouse est immense, car 
il fallait jadis bien du bois pour alimenter une 
forge même d'importance secondaire ; il s'étend 
dans la vallée sur une longueur de 12 kilomè- 
tres. Forêts, terres, prés, ruisseaux, étangs se 
suivent, formant un véritable petit monde fort 
pittoresque dans certaines parties. Les bois sont 
exploités maintenant dans un tout autre but que 
l'alimentation des forges ; les eaux elles-mêmes 
ne donnent pas aussi exclusivement la force 
motrice. D'ailleurs, la plupart des annexes de 
l'usine: martinets, platinerie, etc., sont arrêtés. 

MM. de Dietricli ont profité de l'abondance 
des eaux, sources, ruisseaux, étangs, pour créer 
un établissement de pisciculture, moins considé- 
rable que celui de Iluningue ('), mais qui, indus- 
triellement conduit, donne des résultats autre- 
ment remarquables. 

Mouterhouse n'est pas un laboiatoire d'essai, 
on n'y tente pas la production d'espèces variées; 



I. Voir le volume Haule-Alsiice, chajiilre 111. 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE I I i) 

l'expérience a montré que les eaux convenaient 
surtout à la truite saumonée de rivière, qui 
prospère à merveille dans les cours d'eau des 
petites Vosges. Et ce poisson de choix est celui 
qui trouve plus facilement son habitat chez les 
propriétaires terriens jouissant d'un petit cours 
d'eau et peu disposés à faire des dépenses sans 
profit pour eux en repeuplant de grandes rivières 
appartenant au domaine public. 

D'ailleurs, les eaux vives et froides des sources 
de Mouterhouse, qui ne dépassent pas 9°, se 
prêtent mal à d'autres espèces ; c'est pourquoi 
MM. de Dietrich, ne disposant pas des ressources 
variées offertes par l'établissement de Huningue, 
se bornent à obtenir les œufs et les alevins de 
truite de rivière. Mais dans cet élevage ils sont 
passés maîtres. La mortalité, si considérable 
ailleurs, est ici presque nulle; il faut l'altribuer 
au soin avec lequel on ne peuple les bassins de 
reproduction que du nombre de sujets qu'ils 
peuvent nourrir, et à l'abondance de la nourri- 
ture naturelle, qui permet d'éviter l'alimentation 
artificielle. 

La fécondation a lieu à la fin de novembre; 
elle atteint un rare degré de rapidité et de pré- 
cision ; en une seule séance, on a pu recueillir 
jusqu'à 60 000 œufs qui, immédiatement fécon- 



Il6 LORRAINE 

dés, sont transportés au laboratoire où l'éclo- 
sion a lieu et disposé de telle sorte, dans une 
ancienne cave, que les basses températures, 
précoces dans cette partie des Vosges, ne peu- 
vent éprouver les œufs et les alevins. 

L'incubation dure environ quatre-vingt-dix 
jours. Grâce aux soins constants dont les œufs 
sont l'objet, au nettoyage de ces germes et des 
appareils, à la suppression des œufs non fécon- 
dés que permet de reconnaître un dernier la- 
vage, il n'y a pas d'échec, et l'on peut avec cer- 
titude de succès envoyer dès février et mars les 
œufs embryonnés qui iront éclore dans les cours 
d'eau. 

Ces œufs sont expédiés chaque année au nom- 
bre de six cent mille environ. La France est le 
principal acheteur, et Mouterhouse fournit plu- 
sieurs stations piscicoles officielles. Bouzey, 
notamment, fut un client important jusqu'à la 
catastrophe qui détruisit la station et causa 
d'effroyables désastres dans la vallée de la Mo- 
selle. On a envoyé des alevins à Bordeaux et 
jusque dans l'île de Cuba. 

Ce ([ul frap[)c à Mouterhouse, c'est la sim- 
plicité des moyens permettant d'arriver à des ré- 
sultats si considérables. La baratjue en planches 
où se fait la fécondation et la cave d'incubation 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE I I 7 

rappellent peu les belles installations de Hunin- 
gue, et pourtant les résultats sont bien supé- 
rieurs. Il y a là pour nos propriétaires français 
un exemple précieux à étudier. Dans la plupart 
de nos pays de montagnes moyennes, on re- 
trouve les conditions qui ont fait le succès de 
l'établissement de MM, de Dietrich. L'heure est 
propice pour tenter partout la pisciculture; le 
développement du tourisme assure un débouché 
certain à la truite. Or, ce poisson devient rare. 
Dans certaines vallées où, jadis, on le servait à 
tous les repas sur la table des moindres auber- 
ges, il est difficile maintenant de s'en procurer. 
Le succès de telles entreprises est certain ; 
nous avons d'ailleurs quelques exemples dans la 
France centrale, où plusieurs lacs d'Auvergne 
ont permis d'établir des établissements pisci- 
coles prospères ('). 

Les poissons arrivés à leur complet dévelop- 
pement sont retirés de l'étang et mis dans des 
réservoirs alimentés par des sources superbes; 
les espèces autres que la truite y perdent le goût 
de vase qu'elles auraient pu contracter dans les 
eaux stagnantes. Car Mouterhouse, en dehors 



I. Voir la 33« série du Voyage en France. 



Il8 LORRAINE 

de l'incubation artificielle dans les eaux de 
source, produit encore une grande quantité de 
carpes et de brochets. Les vingt-deux étangs du 
domaine se prêtent merveilleusement à la pisci- 
culture ; on en pèche un ou deux chaque année, 
leurs produits sont envoyés à Strasbourg pour 
y jouer le rôle de poissons du Rhin. 

Les plus vastes de ces nappes sont formées 
par la Zinsel ; l'une a sa chaussée au Fourneau 
neuf, l'autre en amont de Baerenthal, dans un 
large bassin bien encadré qui constitue un des 
plus aimables paysages des petites Vosges. La 
forêt de Philippsbourg, au nord, revêt les collines 
de ses i684 hectares de futaie, celle de Bœren- 
thal, au sud, a une étendue égale. Pauvres sylves 
par les essences qui les peuplent : pins, aulnes, 
tilleuls ou acacias. La Zinsel, grâce à ses rete- 
nues, est encore soumise à l'industrie ; elle fait 
mouvoir les machines des aciéries qui produisent 
le métal nécessaire aux fabriques de coutellerie 
de Molsheim ('). 

Une ruine féodale, le Ramstein, domine le vil- 
lage^et accroît le grand caractère de ce beau site, 
où les vastes étangs enchâssés entre les prés et 
les bois mettent de grandes nappes de lumière. 



1. Voir le volume Baeee-Alsace, chapitre VI. 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE I 1 9 

Le chemin qui monte à ces débris de forteresse 
se poursuit entre les rochers de la forêt de Phi- 
lippsbourg et ramène dans la vallée du Falken- 
steinerbach et au chemin de fer de Niederbronn 
à Bitche. 

Le nom de la petite rivière est dû à l'impo- 
sant château de Falkenstein qui domina la con- 
trée jusqu'à la guerre de Trente ans. Il n'en 
reste que des ruines isolées dans la forêt de 
Waldeck prolongée par d'autres bois sur l'Al- 
sace et le Palatinat. La forteresse couvre un 
rocher isolé surgissant à 870 mètres d'altitude 
au-dessus d'une mer moutonnante de forêts. 
C'est un formidable entassement de murailles 
s'élevant de la base au sommet du roc. On y ac- 
cède par des degrés creusés dans la pierre ; des 
ponts réunissent les rochers. Dans cette masse 
assez tendre, le ciseau a pu tailler sans peine ; 
des salles entières furent ainsi évidées en pleine 
colline. Du sommet des ruines on découvre un 
vaste pays, d'une mélancolie profonde. Sans 
cesse des bois revêtent les massifs confus des 
collines, jusqu'aux limites de l'horizon. Aucune 
ville, aucun village en vue, c'est l'absolue soli- 
tude. 

Une autre ruine avoisine Falkenstein, moins 
fièrement campée et moins solitaire, car un ha- 



120 LORRAINE 

meau est bâti au pied de ce qui fut le château 
de Waldeck. Le monticule que recouvrent les 
restes de cette résidence, commande un site 
d'une grâce inattendue ; l'étang de Waldeck 
d'un côté, l'étang de Hanau de l'autre, conques 
fort vastes pour les Vosges, dorment entre des 
bois profonds qui font ressortir leurs nappes 
élincelantes. De hautes collines encadrent le 
paysage. 

Au nord, c'est un système confus de hauteurs 
boisées, de formes plus molles que celles entre 
lesquelles le Falkensteinerbach s'est frayé pas- 
sage. De nombreux vallons les plissent, solitai- 
res ; à peine, à de grandes distances, une ferme 
isolée ou quelque maison forestière. 

Toute cette contrée, jusqu'à la frontière, dé- 
pendait jadis de l'abbaye de Stiirzelbronn, fon- 
dée au douzième siècle par un duc de Lorraine 
et qui subsiste jusqu'à la Révolution. Les moines 
ont attiré l'industrie dans le pays afin de tirer 
parti de leurs forêts. Cette maison, de l'ordre 
de Cîteaux, fît construire les forges de Graf- 
fenweiher ou de Jœgerthal près de Dambach, 
éteintes depuis peu d'années, après avoir long- 
temps appartenu à la maison de Dietrich ('). Mais 



I, Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XX. 



LES FORGES DE MOUTERHOUSE 121 

les abbés ne favorisèrent pas le peuplement, 
puisque, dans un rayon de lo kilomètres, on 
ne trouve pas de villages, mais seulement des 
« censés » très éparses, assises au fond des val- 
lons. Même, près de l'abbaye, il ne s'est créé 
qu'un hameau infime, devenu chef-lieu d'une 
vaste commune. Les bâtiments monastiques, 
reconstruits en 1740 selon le goût du jour, 
comme tant d'autres séjours religieux, ont été 
ruinés par la Révolution ; il en reste de beaux 
débris, notamment des portes et des caves en- 
taillées dans la pierre. Le site est austère; de 
hautes collines enserrent le vallon où coule le 
ruisseau du Schwarzbach qui descend à Reichs- 
hoffen. 

Jadis il y eut un peu plus de vie dans cette 
gorge ignorée. La route de Metz, c'est-à-dire de 
Paris, à Wissembourg, la remonte ; la chaussée 
existe depuis longtemps, car une bataille fut 
livrée sur son parcours par le duc de Lorraine 
Ferri III à l'évêque de Metz. Le prince perdit la 
main dans le combat. Quelques maisons bâties 
sur le lieu de la rencontre ont pris le nom de 
Main du prince. De là, on a des vues immenses 
sur le pays de Bitche, ses forêts et ses landes. 

Un autre chemin conduit à Pirmasens, dans 
le Palatinat ; c'est un de ceux que suivirent les 



122 LORRAINE 

éclaireurs allemands cherchant à reconnaître la 
concentration de l'armée française. Le Guide des 
Vosges de Curt Mûndel y place la première ren- 
contre de cette funeste guerre, le i" août ; mais 
aucun des historiens de cette douloureuse épo- 
que ne signale d'escarmouche dans les environs 
de Stûrzelbronn, où le général de Failly avait 
une partie de ses forces. D'ailleurs, dès le 
20 juillet avait lieu le petit combat de Schirlen- 
hof dans lequel le maréchal des logis Pagnier, 
français, et le lieutenant allemand de Winsloë 
furent tués. Et au lendemain même de la décla- 
ration de guerre (19 juillet) une patrouille prus- 
sienne était entrée en Lorraine non loin de Bou- 
zonville, à Schrecklingen, en se heurtant à nos 
douaniers dont un fut tué ; le lieutenant ennemi 
von Alten avait été blessé. 



VIII 



LE PAYS DE BITCHE 



Egueisberg. — Le comté de Bitche, partie couverte. — Partie 
découverte. — Bitche. — La ville et la forteresse. — Le siège 
de 1870-187 1. — Dans le Wasgau. — Haspelscheidt et le 
Schlossberg. — Vallée de la Horn. — Walschbronn et sa 
source de pétrole. — Le canton de Volmunster. — En route 
pour Sarreguemines. — Lemberg et Rohrbach. — La Blies. 



Sarreguemines. Août. 

La vallée du Falkensleinerbach, élargie autour 
de Bannstein, devient de nouveau défilé, puis 
aussitôt s'épanouit en un beau bassin dans lequel 
sourit le village d'Egelshardt — l'Eguelsberg de 
la carte d'état-major, — petit centre dont la 
population vit de l'exploitation des bois et du 
travail des scieries. Une papeterie encore indi- 
quée sur les cartes utilisait autrefois les eaux du 
ruisseau naissant. Le village, très menu, est le 
chef-lieu d'une vaste commune, dont dépendent 
les ruines du château de Waldeck, l'étang et la 
majeure partie de la forêt de ce nom; ses mai- 



124 LORRAINE 

sons s'éparpillent sur des pentes exposées au 
soleil (lu Midi. Tout autour de l'étroite zone de 
cultures, se dressent des hauteurs recouvertes 
d'un sombre manteau de bois. La région entière 
jusqu'à Bitche, des confins du Palatinat à ceux 
de l'Alsace, même au delà de ces limites, n'est 
qu'une immense forêt. Avant la Révolution, 
quand les trois cantons de Bitche, Rohrbach et 
Yolmunster étaient une province de la Lorraine 
sous le titre de comté de Bitche , cette zone 
boisée se désignait par le nom de partie cou- 
verte, par opposition à \a partie découverte sise 
à l'ouest du chef-lieu. C'est une portion de cette 
contrée, dite Wasgau, qui s'étendait jusqu'à la 
plaine d'Alsace. A l'ouest, la Partie Découverte 
relevait de l'Imgau dont les grandes cultures 
parsemées de bosquets de bois contrastent si 
fort avec le reste de l'ancien comté. Avant la 
Révolution, la forêt était appelée du nom de la 
ville, forêt de Bitche ; on évaluait sa surface à 
90000 arpents de 20^44? soit plus de 18000 hec- 
tares. Quand Abel Hugo décrivait le départe- 
ment de la Moselle, vers i84o, il donnait comme 
surface de la conservation forestière de Bitche 
26620 hectares. Et ces bois se continuent bien 
au delà des limites du canton actuel. Les coupes 
alimentent aujourd'hui des scieries; jadis leur 



"V^'s-X 






tP.n 







126 LORRAINE 

produit était utilisé pour chauffer les fours de 
verrerie et pour la fusion du minerai; les plus 
beaux sujets, les « bois de Hollande », étaient 
envoyés aux Pays-Bas à l'aide de la Sarre. 

Au delà d'Efjelshardt, la forêt perd de sa 
beauté; ce ne sont plus que de maigres taillis 
et des landes qui prennent le nom de Hardt, 
comme la grande forêt broussailleuse de la plaine 
d'Alsace et les Vosges du pays de Landau ('). 

Ces espaces, de faible valeur, ont été acquis 
par l'autorité militaire allemande pour établir 
le camp d'instruction de Bitche. 2 5oî hectares 
dépendant des communes de Haspelscheidt, 
Roppwiller, Schorbach et Bitche ont fourni l'as- 
siette d'un de ces camps dont nos voisins ont 
doté chacun de leurs corps d'armée, avantage 
précieux compaiativement à la France, où Ton a 
cependant des terrains de manœuvres plus consi- 
dérables dans les camps de Mailly etdeChâlons. 

Le chemin de fer parcourt le camp ou jdutnl 
longe sa lisière sud. Cette ligne, pour atteindre 
Bitche et éviter la traversée du puissant contre- 
fort des petites Vosges dans lequel se forment 
la Zinsel et ses premiers affluents, décrit une 
vaste boucle irrégulière qui accroît considéra- 



1. Voir le volume Haute-Alsace, chapitre IV, 



LE PAYS DE BITCHE 11"] 

blemeiit le trajet. La forteresse de Bitche était 
ainsi sur la ligne la plus septentrionale de notre 
réseau du Nord-Est, voie importante ouverte 
à la circulation au moment même où commen- 
çaient les hostilités de 1870. 

Lorsque le train, qui a péniblement gravi les 
hauteurs sylvaines, débouche sur le plateau, on 
aperçoit les baraquements du camp, les grandes 
surfaces rases où évoluent les troupes, encadrées 
de monticules couverts de pins. Des plis recèlent 
un peu de fraîcheur, parcourus par de lents 
ruisselets dont les eaux vont former la Horn qui, 
à travers le Palatinat, rejoint la Blies, une des 
deux rivières de Sarreguemines. 

Du sein du plateau, surgit un haut monticule 
allongé, très escarpé, rendu plus abrupt par les 
ingénieurs militaires, couronné de remparts et 
de grandes constructions. Les parties ap})arentes 
du rocher sont reliées par des murs massifs rap- 
pelant le mur païen de Sainte-Odile ('). C'est la 
forteresse désormais fameuse de Bitche, dont la 
résistance prolongée jeta un rayon de gloire au 
milieu de tant de faiblesses pendant la guerre 
qui nous coûta de si belles et patriotiques pro- 
vinces. 



1. Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XI. 



1 28 LORRAINE 

La ville entoure à demi ce site d'oppidum ; ce 
n'est guère qu'une rue large, propre, avec de 
nombreuses boutiques où les objets à l'usage 
des soldats et des ménages de sous-officiers do- 
minent dans les étalages. Peu de monuments ; 
la ville, d'ailleurs, a subi de tels dégâts pendant 
les bombardements de 1870-187 1, que la plupart 
des constructions sont neuves. L'église, appuyée 
contre la colline, à l'entrée de la ville, au croise- 
ment des deux routes de Strasbourg, n'a aucun 
intérêt ; devant l'entrée un monument en l'hon- 
neur de Guillaume I" rappelle cruellement à la 
population les jours noirs et l'annexion qui suivit. 

De la rue qui entoure le rocher descendent de 
courtes voies aboutissant au vallon profond où 
sourdent les premières eaux de la Horn, ali- 
mentant de nombreux lavoirs. Les pentes, par- 
semées de petites maisons, laissent voir un sol 
sablonneux où perce le grès. Sur la rive gauche 
du vallon, des bouquets de pins masquent les 
murailles éventrées des ouvrages extérieurs aban- 
donnés j>ar les Allemands. Une annexe considé- 
rable, aux profonds fossés, aux murs énormes, 
le fort Saint-Sébastien, a été démantelée puis 
transformée en pittoresque promenade; la partie 
su]>érieure est devenue un restaurant d'où la vue 
est curieuse sur le rocher de Bilche, la ville 



LE PAYS DE BITGHE I29 

étalée à ses pieds et le vaste cirque de petites 
montagnes boisées qui forment le cadre de l'im- 
mense tableau. 

On erre avec mélancolie à travers les ruines 
que la verdure enveloppe peu à peu, donnant à 
ces débris récents la majesté des très vieilles 
choses. 

La pauvre cité somnole depuis que l'annexion 
l'a faite allemande. Lorsque le camp n'est pas 
occupé, les militaires sont peu nombreux dans 
cette garnison ; un seul bataillon, des chasseurs 
à pied, occupe le fort. Ces soldats portent une 
singulière inscription : Gibraltar, sur la manche 
droite de la tunique. Le nom de la cité fameuse 
a été donné par l'empereur, dans le but de 
maintenir l'esprit de corps, au i4^ bataillon de 
chasseurs, aux 78^ et 79^ régiments de ligne, 
recrutés dans le Hanovre, afin de rappeler la 
part prise par ces corps de troupe à la défense 
de Gibraltar sous le règne du roi Georges III 
d'Angleterre, électeur de Hanovre. 

Cet uniforme allemand, associé à un fait d'ar- 
mes anglais, est pour le Français venu dans la 
glorieuse et douloureuse cité une cause de tris- 
tesse nouvelle. Bitche fut si profondément fran- 
çaise par le cœur ! Elle a si bien payé sa dette à 
la patrie pendant ce siège qui dura du 8 août 1870 

LORRAIWE 9 



1 3o LORRAINE 

à février 1871 ! Sa garnison, composée d'éléments 
disparates, échappés aux débâcles de Wissem- 
bourg et de Frœschwiller, au nombre de i 200 
soldats, 2" bataillon du 86" d'infanterie, fort de 
800 hommes, 200 douaniers, 3o gendarmes, à 
peine une poignée d'artilleurs médiocrement ins- 
truits que vinrent renforcer 25o artilleurs montés 
du 5* corps, cette garnison, superbe de résistance 
et d'audace, fut appuyée par les habitants que 
les obus ennemis et l'incendie de leurs demeures 
ne purent amener à la capitulation. Ces forces, 
assez nombreuses si elles étaient hétéroclites et 
peu préparées à leur rôle, étaient aux ordres 
du commandant Teyssier, assisté d'officiers ins- 
truits, pleins de zèle. Teyssier était presque un 
invalide, ayant été admis dans l'élat-major des 
places pour blessures graves en Grimée et en 
Italie où, deux fois, on le crut mort. Sous ce 
chef froid et prudent Bitche fit une admirable 
résistance dont le récit nous a été laissé, notam- 
ment par le capitaine Mondelli, adjoint au com- 
mandant. Par trois fois, cet officier réussit à 
sortir de la place pour aller trouver Gambetta, 
rapporter de l'argent dont on était privé et U's 
nominations que Teyssier, fort timoré en sem- 
blable matière, n'osait accomplir. 

Bitche ne put être pris ; il contiiuia à tenir 



LE PAYS DE BITCHE l3l 

après l'armistice, même après la signature du 
traité de paix et la cession de la Lorraine. Le 
commandant Teyssier ne consentit à évacuer la 
ville que le 27 mars. Il n'avait pas encore reçu 
notification officielle de la paix, que tout le 
monde connaissait cependant. Le capitaine Mon- 
delli efTectuait alors une quatrième mission. 

L'ancien pays de Bitche est une des parties 
les moins connues et les moins fréquentées de 
la Lorraine, malgré les eflforts du Club vosgien. 
Dans le Wasgau, ou partie couverte, villages et 
auberges sont rares ; dans l'Imgau les campagnes 
sont fraîches, mais n'ofîrent aucun site capable 
d'attirer les visiteurs. 

Le Wasgau, grâce à ses vallons solitaires et 
à ses bois profonds, mérite cependant d'être 
parcouru. La sauvagerie n'est pas absolue ; de 
nombreux cours d'eau, en actionnant moulins 
et scieries, donnent de la vie à ces plis déserts. 
Il est à remarquer que tous les ruisseaux, sauf 
dans la partie sud du canton de Rohrbach, pé- 
nètrent en Palatinat ; ils constituent la rivière de 
Horn qui se dirige vers Deux-Ponts ; l'ouverture 
des vallées est donc franchement orientée au 
nord; aussi le climat est-il plus rude que l'al- 
titude et la latitude ne le feraient supposer. 



l32 LORRAINE 

Après avoir traversé le camp de Bitche el 
ses maigres bruyères, on atteint Haspelscheidt, 
un des points les plus intéressants du Wasgau, 
assis à l'issue d'un long étang aux rives sinueuses 
dans lequel se reflètent les pentes du Schloss- 
berg, point culminant du pavs de Bitche ; cette 
croupe, à 45 1 mètres d'altitude, fut une place 
forte celtique. Les murs d'un oppidum sont très 
apparents encore : l'ouvrage, appelé Hiinnen- 
lager (camp des Huns), long de 3oo mètres, 
large de i6o, est formé de murailles de grès, en 
gros blocs, hautes de 5 mètres, ayant de 12 à 
i5 mètres d'épaisseur à la base. Cette forteresse 
antique domine de très haut le miroir de l'étang 
et offre des vues superbes sur la frontière, bor- 
dée par les villages de Roppwiller et de Licder- 
scheidt, et le Palatinat, divisé naturellement, lui 
aussi, en partie couverte et partie découverte ; 
la première, gigantesque foret; la seconde, zone 
de culture et de pâturage. Elles ont pour lieu 
d'échanges la ville active de Pirmasens. 

Le ruisseau sorti de l'étang, alimenté par une 
multitude de sources, coule en un vallon désert 
jusqu'à la Horn dont la vallée commence au 
pied de Bitche, vallée maigrement jDCuplée elle 
aussi; ses humbles villages sont séparés par de 
grands intervalles au fond du couktir étroit. Non 



LE PAYS DE BITCHE I 33 

loin de la ville, un vallon très profond, creusé 
dans le plateau, abrite Scliorbach, village bien 
connu des archéologues, alsaciens ou lorrains. 
La tour romane de son église porte une ins- 
cription de II 42; un ossuaire de la même épo- 
que serait, dans ces contrées, le seul édifice de 
ce genre remontant à une date si lointaine. 

Dans la partie de Lorraine où la Horn quitte 
la province pour le Palatinat, les mêmes archéo- 
logues ont à explorer les débris d'une station 
balnéaire romaine à Walschbronn. Il y avait là 
une source amenant avec elle du pétrole et dont 
les vertus médicales furent longtemps vantées. 
Pendant la néfaste guerre de Trente ans, la fon- 
taine fut comblée par les débris d'un château 
que détruisirent les envahisseurs. Depuis lors 
on n'a pu rendre à la source son débit et surtout 
sa richesse en pétrole. Peut-être y a-t-il dans 
ce bassin du ruisseau de la Trualbe une richesse 
comparable à celle des environs de Morsbronn 
et de Soultz-sous-Forêts, où l'exploitation du 
pétrole est si active ('). 

Walschbronn, comme son voisin Waldhausen, 
est déjà dans l'Imgau ou partie découverte, 
région où l'élevage domine; le bétail est nom- 



I. Voir le volume Basse-Alsace, 



l34 LORRAINE 

breiix et bien soigné. La population féminine 
se livre à des travaux qui ont répandu un peu 
d'aisance et bien atténué le misérable tableau 
que les auteurs traçaient du pays il y a une 
centaine d'années. Les fabriques de chapeaux 
de paille de Sarralbe et de Saar-Union, une 
fabrique de gants de fils ayant une agence à 
Bitche, font travailler femmes et jeunes filles 
dans la plupart des logis. A Rolbing, extrême 
frontière du Palatinat, ce sont des maisons pa- 
latines dePirmasens qui font distribuer la paille 
pour les tresses de chapeaux et des éléments 
de chaussures que les habitants mettent en 
œuvre. 

Une autre des vallées de l'Imgau, celle de la 
Schwolb, qui constitue avec les vallons de ses 
affluents le canton de Volmunster, est purement 
agricole. L'élevage et la production des céréales 
et des pommes de terre sont la seule source 
d'activité. Avant la concentration de l'industrie 
verrière dans les grandes usines de Saint-Louis 
et des environs, les bords de la Schwolb avaient 
plusieurs fours, mais tous édifiés près des ori- 
gines de la rivière, c'est-à-dire en Wasgau, où 
les bois abondaient. Volmunster et les villages 
dont il est le centre administratif ne partici- 



LE PAYS DE BITCHE l35 

pèrent point au mouvement manufacturier qui 
a peuplé ce Wasgau, auparavant véritablement 
désert. 

Volmunster est un centre de médiocre popu- 
lation, sers'ant de marché à un territoire peu 
étendu, car Bitche d'un côté, Neu-Hornbach en 
Palatinat, ont plus d'attraction. Rien ne retient 
donc longtemps dans l'Imgau. Peu tentés d'en 
poursuivre la visite pédestre, nous achevons 
notre course par la voie ferrée tracée à travers le 
vaste plateau. 

Pendant que la grande route de Sarregue- 
mines, en quittant Bitche, se dirige franche- 
ment à l'ouest, le chemin de fer décrit en sens 
inverse une boucle semblable à celle qu'il des- 
sina pour venir de Niederbronn. Montant par les 
pâturages mamelonnés qui enveloppent la ville, 
il pénètre de nouveau en foret, dans une région 
très accidentée, coupée de vallées profondes. A 
gauche, la voie court en vue d'abîmes sylvains, 
étendus au loin. Chacun de ces plis recèle un 
ruisseau qui va grossir la Zinsel naissante ou 
alimenter un des étangs de Mouterhouse. Cette 
forêt, accidentée et épaisse, se compose surtout 
de hêtres. 

Les forêts s'écartent au point culminant du 



l36 LORRAINE 

plateau, d'où rivières et ruisseaux s'écoulent 
vers tous les points de l'horizon. Sur cette 
étroite surface s'étend la bourgade de Lemberg. 
D'un côté, les eaux du village vont à la Zinsel, 
c'est-à-dire au Rhin, de l'autre elles descendent 
au Schwalbach qui va arroser le Palatinat, jus- 
qu'à Deux-Ponts, pour rejoindre en sous-affluent 
la Blies, principal tributaire de la Sarre. Un 
autre ruisseau naît aux abords de Lemberg pour 
aller grossir l'Eichel. Le bourg est donc un 
« toit des eaux », comme disent les Arabes; le 
point le plus élevé est à 428 mètres. Lemberg 
renferme une population de plus de i 600 âmes, 
chiffre considérable pour cette froide région 
battue des vents, mais il est dû aux ouvriers des 
usines des basses vallées : Saint-Louis, Gœtzen- 
bruck, Meisenthal, qui habitent en grand nombre 
sur le plateau. Aucune industrie ne s'est installée 
dans le haut pays. 

Chemin de fer et route de Sarrcguemines con- 
tinuent à courir sur la partie supérieure de 
l'arêle, dominant de chaque Cf'jté des vallées 
profondes creusées entre de grandes cultures. 
Cette sorte d'épine dorsale, d'où descendent 
tant de plis semblables à des abîmes, est un des 
caractères les plus remarquables des petites 
Vos()es. Un gros vilhige peuplé de verriers des 



LE PAYS DE BITCHE iSy 

usines voisines, Enchenberg, est à la naissance 
de plusieurs vallons. 

Les bois disparaissent peu à peu et bientôt 
on entre dans la Partie Découverte de l'ancien 
pays de Bitche, région de grandes ondulations, 
revêtues de cultures, qui se prolongent au loin 
jusque dans le Palatinat. Les céréales dominent, 
donnant lieu à un commerce important ; la 
caisse Rai^eîsenÇ') possède dans une des gares 
un vaste entrepôt où les cultivateurs consignent 
leurs produits en échange de warrants. 

Les vues deviennent de plus en plus éten- 
dues, vers le nord surtout. Campagnes molle- 
ment ondulées, parsemées de bouquets d'arbres, 
à travers lesquelles est tracée la ligne conven- 
tionnelle séparant la Lorraine du Palatinat. Les 
horizons sont particulièrement vastes aux abords 
de Rohrbach, bourg chef-lieu d'un canton rural 
dont les femmes travaillent pendant Thiver à la 
confection des couronnes funéraires. Rohrbach 
est le centre de celte industrie que Ion retrouve 
encore à Saar-Union et à Insming. Le^ tressage 
des chapeaux de paille pour Saar-Union et Sar- 
ralbe occupe également beaucoup de mains 
féminines. 



I. Voir le volume Haute-Alsace, page i53. 



1 38 LORRAINE 

L'inclinaison du plateau, jusqu'alors peu sen- 
sible, s'accentue et la nudité du pays devient 
complète. Ce pays nie rappelle étonnamment le 
Cambrésis('). Mais il est en voie de transforma- 
tion par la plantation d'arbres fruitiers qui enlè- 
veront à ces champs sans fin un peu de leur 
aspect morne. Autour de Gros-Rederching, ce- 
pendant, quelques grosses fermes se montrent ; 
le bétail est nombreux et bien soigné. 

Après la traversée d'un bois, on atteint des 
pentes qui dominent la vallée de la Blies; celle-ci 
ouvre vers le nord d'immenses perspectives et 
d'amples horizons; une rangée d'usines fumantes 
signale Sarreguemines, Sarrebruck et tout le bas- 
sin houiller de la Sarre. On devine l'approche 
de contrées actives; les villages sont nombreux, 
des lignes de chemins de fer apparaissent, se 
soudent en un tronc commun qui se dirige vers 
une cité aux grandes constructions : Sarregue- 
mines, capitale lorraine des pays de la Sarre, 
comme Sarrebruck — avec Saint-Jean — en est 
la capitale prussienne. 



I. Voir la ig*^ série du Voyage en France. 



IX 



SARREGUEMINES 



Sarreguemines. — La ville. — Visite à la faiencerie. — Impor- 
tance de l'industrie. — L'art et le métier. — Les ateliers. — 
Les salles d'exposition. — Œuvres patronales. — Les carre- 
lages céramiques. — La peluche pour chapeaux de soie. — 
Les coffres-forts Haffner. — Dans les campagnes. — La San-e 
et la Blies. 



Sarreguemines. Août. 

Sarreguemines est, après Metz, la cité la plus 
populeuse de la Lorraine annexée, bien qu'elle 
possède seulement iBooo âmes ('). Ce fut, de 
tout temps, une étape très fré({uentée. C'était un 
des relais des routes de Paris à Francfort, Berlin 
et Vienne au temps des diligences. Les lignes 
ferrées de grande communication la laissaient 
à l'écart jusqu'à ces dernières années; la nou- 
velle voie qui la relie à Strasbourg par Win- 
gen et Obermodern, conçue sur un large plan, 



I. Exactement i4 932 au recensement de igo5. 



1 40 LORRAINE 

dans un but militaire surtout, constitue une des 
communications de Bruxelles et Luxembourg 
vers la Suisse, et Sarreguemines redevient un 
grand lieu de passage. 

La gare était déjà une des plus considérables 
du réseau d'Alsace-Lorraine, car elle sert de 
centre de distribution à une grande partie des 
houilles du bassin de la Sarre ; tous les charbons 
dirigés vers l'Alsace, le pays de Bade, le Wur- 
temberg, la Suisse et l'Italie doivent circuler ou 
manœuvrer sur les innombrables voies établies 
à ce confinent de la Blies et de la Sarre. Aux 
chemins de fer d'Alsace-Lorraine qui s'irradient 
dans cinq directions, viennent se souder la ligne 
palatine de Deux-Ponts et de Kaiserslautern et la 
ligne prussienne de Sarrebruck et Trêves. C'est 
donc un des points vitanx du réseau de l'Europe 
centrale, plus encore pour le mouvement des 
marchandises que pour la circulation des voya- 
geurs, bien qu'elle vienne en tête des gares du 
réseau alsacien-lorrain par l'intensité du service. 

En outre la Sarre, rendue navigable jusqu'à 
Sarrebruck où se fait le chargement des houilles, 
possède un mouvement énorme, dépassant ac- 
tuellement un million de tonnes. 

Malgré ces avantages économiques, Sarregue- 
mines ne s'est pas développée au même degré 



ll\2 LORRAINE 

que ses voisines prussiennes, Sarrebruck et 
Saint-Jean, qui forment avec Malstatt-Burbach 
une seule agglomération de près de 70 000 âmes, 
de 100 000 peut-être si l'on comprend leur énorme 
banlieue industrielle . C'est que de nouvelles 
fabriques ne sont pas nées à Sarreguemines ; 
l'accroissement est dû au développement des 
manufactures de céramique, si florissantes déjà 
à l'époque française, et surtout au rôle réparti- 
teur dé la gare, les chemins de fer nécessitant 
une multitude d'employés. 

La ville grandit cependant; le noyau citadin 
où 6 oûo habitants se groupaient sous le régime 
français s'est fort étendu , les villages voisins 
s'accroissent. Neunkirch, grosse commune de 
2 000 âmes, Welferding, qui en a i 700, sont re- 
liés à la ville par des rangées continues de mai- 
sons et, sur la rive droite de la Sarre, de gros 
faubourgs prussiens : Hanwiller (Hanweiler) et 
Rilching (Roelchingen) peuvent être considérés 
comme des prolongements de Sarreguemines. 

La ville, en effet, est à l'extrême frontière; la 
Blies et la Sarre, rivières étroites, à pauvre 
débit, séparent le territoire lorrain de l'ancien 
comté de Nassau-Sarrebruck, qui devint partie 
du département français de la Sarre jusqu'à la 
chute de Napoléon et dont la Prusse s'empara 



SARREGUEMINES 1 43 

par le traité de Vienne. Aujourd'hui la frontière 
est plutôt morale qu'effective, l'hégémonie prus- 
sienne pesant plus lourdement sur l'Alsace-Lor- 
raine que sur les autres pays confédérés. 

En dépit des années, en dépit des noms de 
rues et des enseignes en langue allemande, rien 
n'est moins prussien d'aspect que Sarreguemi- 
nes. On se retrouve dans le cadre classique des 
petites villes françaises du Centre ou de l'Ouest, 
de semblable importance. Choses et gens sont 
des connaissances ; les devantures de magasins 
et les étalages ont en immense partie échappé 
au luxe criard venu d'outre-Rliin. Toute la vie 
se porte dans deux rues qui se coupent à angle 
droit, l'une parallèle à la Sarre, l'autre franchis- 
sant la rivière pour se prolonger vers Xeunkirch. 
L'animation n'est grande qu'à l'heure de la sor- 
tie des ateliers, mais alors elle est extrême. 

Peu de monuments; l'église, de la fm du dix- 
huitième siècle, a toute la banalité des temples 
de cette époque ; le dix-neuvième siècle l'a dotée 
de beaux vitraux en grisaille, œuvre du grand 
verrier barrois Ghampigneulle; le gouvernement 
français avait installé la sous-préfecture et le tri- 
bunal dans un ancien couvent où les Allemands 
ont maintenu des administrations similaires ; 
le tribunal actuel a un rcMe plus considérable ; 



l44 LORRAINE 

son action s'étend même sur la région alsa- 
cienne de Saar-Union. Le château ducal de Lor- 
raine, forteresse encore debout, mais mutilée, 
sert de caserne à la gendarmerie. Un autre châ- 
teau construit par le marquis de Chamboran, 
chef des fameux hussards de ce nom, est en par- 
tie occupé par le collège; le reste a été détruit. 

Les grands édifices de Sarreguemines sont 
donc ses usines et surtout la faïencerie L^tz- 
schneider, depuis si longtemps célèbre. Bien des 
ménages français possèdent encore des assiettes 
de faïence portant ce nom de Sarreguemines; 
ces ustensiles ont popularisé dans le moindre 
village la petite ville lorraine qu'on ne recon- 
naîtrait guère sous la forme actuelle de Saar- 
gemûnd. D'ailleurs le marché français est fermé 
à cette manufacture qui fut une de nos gloires ; 
pour conserver leur clientèle, les faïenciers ont 
dû transporter partiellement leur industrie en 
France, dans les belles usines de Digoin et de 
Vitrj-le-François ('). 

L'établissement de Sarreguemines, qui compte 
aujourd'hui 2 600 ouvriers, est plus que cente- 
naire, ayant été fondé en 1781 par Fabrik et 



I. La faïencerie de Digoin est décrite dans la 24* série du 
Voyage en France, chapitre XXII ; celle de Vitry-le-François 
dans la deuxième édition de la ai* série, à l'appendice. 



SARREGUEMINES l45 

Jacobi. Les constructions, sans cesse accrues, 
n'ont pas l'aspect monumental qu'on leur eût 
donné de nos jours si l'on avait édifié l'usine 
d'un seul jet. Plus vaste que celle de Digoin, elle 
paraît cependant moins grandiose. Toutefois il 
n'y a pas d'irrégularité dans cet ensemble ; cha- 
que accroissement a été conçu comme une usine 
complète ; c'est, en somme, une série de manu- 
factures accolées entre la Sarre et la ville. Des 
halls vastes et clairs sont peuplés par une mul- 
titude d'ouvriers respirant une santé robuste ; 
les femmes et les jeunes filles sont de mine fraî- 
che et éveillée. 

Les portes, ouvertes difficilement aux visi- 
teurs, l'ont été largement pour mon fils Maurice 
et moi. Sauf quelques procédés spéciaux dont 
le secret nécessaire explique le désir de ne pas 
laisser visiter les ateliers, il n'y a rien qui frappe 
particulièrement. C'est le tableau commun à 
toutes les grandes faïenceries, mais étonnam- 
ment grandi. Aucune autre usine céramique ne 
donne une telle impression de puissance. 

Sarreguemines, à l'époque où l'établissement se 
développait sous l'impulsion de M. Ulzschneider, 
dégageait la France du tribut payé à l'indus- 
trie britannique en appliquant les procédés de 
fabrication dont l'Angleterre avait presque le 

LORRAINE 10 



1 46 LORRAINE 

monopole. Creil et Montereau entraient dans la 
même voie ('). Grâce à ces trois grandes fabri- 
ques, nous pouvions livrer \^ faïence fine, ap- 
pelée aussi terre de pipe, composition presque 
vitrifiée, dont la pâte est mélangée de kaolin et 
de ces silex — broyés très fin — que l'on ramasse 
en abondance sur le littoral normand et picard, 
entre la Seine et la Somme, où ils constituent les 
immenses bancs de galets qui bordent le pied 
des falaises (f). Mais là ne se borne pas l'intérêt 
de ce produit ; il résulte surtout du décor infini- 
ment varié obtenu par le décalque à l'aide de 
papier mince portant imprimés des dessins gra- 
vés sur cuivre ou acier. La couleur est vitrifiable 
et peut être fixée au feu comme celle obtenue 
par le pinceau. 

Ce procédé, aujourd'hui si répandu, valut à 
Sarreguemines sa grande réputation. Plusieurs 
générations d'artistes l'ont rendu populaire. Sar- 
reguemines est une manufacture d'art en même 
temps qu'un gigantesque producteur d'articles 
usuels. Les Utzschneider ont déployé une science, 
un goût et une ingéniosité extrêmes ; ils ont 



1. Sur les établissements de Montereau qui ont absorbé Crcil, 
consulter la 25« série du Voyage en France, chapitre XVIII. 

2. Sur le ramassage des ijalets de silex, voir la 17" série du 
Voyage en France, chapitres II et III. 



SARREGUEMINES l47 

retrouvé la composition ou tout au moins l'as- 
pect des belles poteries rouges, gloire des 
Etrusques. Les pièces décoratives simulant le 
jaspe, le marbre et le porphyre ont leur place 
dans les collections à côté des types anciens. 
Deux des belles tables de malachite du palais de 
Trianon sont en réalité de la faïence de Sarre- 
guemines. 

Sans visiter l'usine, on peut juger de ces qua- 
lités propres à Sarreguemines en parcourant les 
salles d'exposition gracieusement ouvertes aux 
touristes ; il y a là de fort belles choses, et la 
multitude d'objets d'usage courant montre que 
la manufacture est restée fidèle au goût français; 
on y rencontre fort peu de ces sujets allemands, 
criards ou baroques, auxquels nos yeux ont tant 
de peine à s'accoutumer. 

Ce vaste établissement, relié aux chemins de 
1er par des embranchements particuliers, pos- 
sède un port sur la Sarre le mettant en relation, 
par le canal des Houillères et le canal de la 
Marne au Rhin, avec tout le pays d'Empire, par 
la Moselle avec la région rhénane. 

La faïencerie n'a pas eu à constituer d'œuvres 
patronales très vastes, la ville offrant d'impor- 
tantes ressources en logements et la plus grande 



1 48 LORRAINE 

partie des ouvriers préférant habiter la campa- 
gne. Cependant une cité a été construite sur la 
rive droite de la Sarre ; on y loge surtout les ou- 
vriers d'état afin d'avoir promptement du secours 
en cas de sinistre. De jolies rues la divisent, bor- 
dées de buissons d'aubépine bien taillés sur les- 
quels se penchent des arbres fruitiers vigoureux. 

Un parc ombreux, un square avec kiosque de 
musique et jeu de quilles sont mis à la disposition 
du personnel, ainsi qu'une salle de gymnastique 
et un cercle. Ces lieux de promenade et de réu- 
nion dominent la Sarre, animée par une naviga- 
tion active, et le groupe immense des ateliers 
d'où s'élèvent les cheminées des foyers et des 
fours. 

Cette grande entreprise, qui livre chaque année 
quatre ou cinq millions de pièces au commerce, 
n'est pas le seul établissement céramique de la 
ville. Depuis 1860 fonctionne une fabri(jue de 
carrelages fondée par MM. Utzschneider et Jau- 
nez, manufacture considérable encore, car elle 
emploie plus de deux cents ouvriers, mais bien 
moins considérable que la faïencerie. 

D'autres fabriques animent la ville, toutes 
existaient déjà avant la guerre. Ainsi les ateliers 
où l'on fait les coffres-forts Ilaffner, si connus 



SARR1CGUE3IINE S I 4 9 

encore en France, d'ailleurs dotés d'une filiale de 
l'usine de Sarreguemines. Nous avons été reçus 
avec empressement par le directeur qui nous a 
fait assister à la fabrication. Sous nos yeux une 
puissante machine emboutit une plaque d'acier 
qui constitue un coffre d'une seule pièce sans 
joints ni soudure; une autre machine fait des 
vis, une troisième entaille des clés. Des ouvriers 
habiles forgent et liment les serrures et les portes. 
Certes, cela ne produit pas la sensation superbe 
de l'énorme faïencerie, mais on est vivement in- 
téressé par la puissance de l'outillage et la pré- 
cision avec laquelle les forgerons lorrains tra- 
vaillent l'acier, pour donner à des pièces parfois 
très grandes la précision de mouvements d'hor- 
logerie. 

Une autre branche d'activité florissante est 
la fabrication de la peluche de soie qui sert 
notamment à la confection des chapeaux hauts 
de forme. Avant 1870 déjà, Sarreguemines pos- 
sédait ces ateliers qui ont dû chercher de nou- 
veaux débouchés. Près de 3oo à 4oo ouvriers 
y sont employés ; il y en eut i 100. 

Industrie fort ancienne, qui naquit à Crefeld 
en 1820; elle ne put réussir dans cette ville de 
la province prussienne du Rhin et vint s'implan- 
ter à Sarreguemines en 1828. M. Hubert, le pre- 



1 5o LORRAINE 

mier fabricant, développa rapidement ses affaires 
et vit des concurrents l'imiter. Une maison se 
créa près de Sarreguemines même, à Puttelange ; 
d'autres se fondèrent à Lyon , Berlin , Deux- 
Ponts et Vienne. Chose singulière, l'Angleterre, 
pays qui sacrifie le plus au chapeau de soie, n'a 
pas créé de fabriques de peluche. Cependant, dès 
1824, ce chapeau, venu d'Italie, triomphait dans 
la Grande-Bretagne. Celle-ci est demeurée un 
grand producteur de chapeaux, mais pour la ma- 
tière première elle reste tributaire de la Lorraine. 

Sarreguemines produit la moitié de la peluche 
employée en Europe, Puttelange en fournit un 
quart. Les trois quarts des chapeaux de soie pro- 
viennent donc, pour le revêtement à huit reflets, 
de cette région de la Sarre. 

Avant l'adoption du tissage mécanique, de 
nombreux métiers à peluche battaient à Sarre- 
guemines et dans les environs. Maintenant le 
travail est complètement effectué en usine sur 
des métiers mus par la vapeur. L'établissement 
de M. Hubert, où nous avons été courtoisement 
reçus, occupe un site riant au bord de la Sarre 
en amont de la ville ; la rivière coule entre des 
berges très vertes. Manufacture ancienne, trop 
vaste maintenant pour les métiers modernes. 
Alors que l'antique engin à battant permettait 



SARREGUEMINES 1 5 1 

à peine de faire 60 centimètres par jour, on a 
obtenu d'abord 25 mètres, on atteint 5o aujour- 
d'hui. Les conducteurs de métiers tissèrent à 
bras autrefois; ils ont conservé leurs habitudes 
à demi rustiques ; presque tous habitent la cam- 
pagne, ont un coin de champ et abandonnent 
l'atelier pendant les gros travaux agricoles pour 
faire la fenaison ou la moisson. Si le travail à 
l'usine était constant , l'ouvrier gagnerait de 
6^26 à 7^5o par jour. 

Il y a encore quelques métiers à bras à la 
campagne; à l'usine, le dernier a cessé de battre 
vers 1900; on m'a montré cet outil vénérable qui 
contribua pendant près d'un siècle à la prospé- 
rité de l'active cité. 

La matière première de la peluche, la schappe 
ou déchet de soie, est mise en œuvre à Sarre- 
guemines et suit les opérations ordinaires de la 
filature et du tissage; ce dernier est effectué sur 
douze métiers mécaniques. Le produit final est 
de grande valeur : un rayon que l'on me dési- 
gnait supportait à lui seul pour 100 000 francs 
de marchandises. 

En ce moment le chapeau de soie perd de sa 
vogue, on le sait; la fabrication de la peluche 
s'en ressent ; mais l'usine de la Sarre produit 
aussi du velours qui lui permet de continuer sa 



1 52 LORRAINE 

marche. Elle fait surtout les velours employés 
pour les écrins. Un ouvrier qui avait entrepris, 
avec un capital de 700 marks (876 francs), la 
fabrication de ces boîtes à argenterie et à bijoux, 
fait maintenant 5oo 000 francs d'affaires; c'est 
un gros client pour Sarreguemines. 

Malgré la fermeture de la frontière française 
pour tant de produits d'Alsace -Lorraine, la 
France reste un acheteur considérable ; les mai- 
sons de Sarreguemines et de Puttelange comp- 
tent parmi les grands commerçants de Paris. 
Cependant, la production du chapeau de soie a 
bien décru en France, à cause des grèves et des 
restrictions apportées aux prérogatives des pa- 
trons par les syndicats. J'ai écrit jadis, à propos 
d'Essonnes, cette page significative de l'histoire 
du travail ('). 

Une fabrique d'engrais, une importante manu- 
facture d'allumettes, de grands ateliers d'ébénis- 
terie pour meubles complètent ce centre indus- 
triel de Sarreguemines, qui demeure, en somme, 
le plus intéressant et le plus considérable de la 
Lorraine annexée, malgré le développement de 
la métallurgie dans la région de Thionville. Les 
usines ont dans la banlieue des annexes utilisant 



I. Voir la 44* série du Voyage en France, chapitre XVII. 



SARREGUEMINES 1 53 

les eaux de la Sarre et de la Blies. C'est même 
en ces campagnes, à Frauenberg, que naquit 
la faïencerie. La fabrique qui y fut installée se 
transporta à la ville et y prit l'impulsion que 
nous admirons aujourd'hui. 

La vie manufacturière est d'ailleurs faible dans 
les environs. En remontant la Sarre puis l'Ei- 
cliel par la grande voie du nouveau chemin de 
fer de Strasbourg, on n'a guère sous les yeux que 
des scènes rustiques. La vallée est charmante, 
il y a une succession de sites heureux. Ainsi 
Sarreinsming, gros bourg étage entre des vignes 
et se reflétant dans la rivière que fait refluer un 
barrage. 

Au delà s'escarpent les collines ; celles de la 
rive droite , raides , aux flancs maigres , sont 
excavées de carrières dont les produits vont 
s'embarquer sur le canal longeant fidèlement la 
rivière. Celle-ci descend par de grandes courbes. 
Les pentes bien exposées, comme à Wittringen, 
sont couvertes de vignes. Le paysage grandit, la 
rivière, calme et verte, reflète de grands arbres. 
Sous Weidesheim elle reçoit l'Eichel ; le con- 
fluent est dominé par des hauteurs portant de 
grandes constructions aux allures de château. 
Au delà, des bois enferment la vallée jusqu'aux 



1 54 LORRAINE 

grandes prairies dans lesquelles Sarralbe appa- 
raît, derrière le rideau de fumée élevée de ses 
salines. 

Les bords de la Blies, qui forment un moment 
la frontière de la Lorraine avec la Prusse puis 
avec le Palatinat, sont les paysages les plus 
riants des environs de Sarreguemines, sans mé- 
riter cependant les louanges hyperboliques dont 
je les entendis accabler. La petite rivière décrit 
un cours fort tourmenté pour aboutir à la ville. 
Elle enserre entre ses replis et la Sarre une 
presqu'île massive dont Neunkirch — devenu 
prolongement de Sarreguemines — occupe le 
centre. La campagne y est riche, des cultures, 
des prés, beaucoup de bois lui donnent de la 
variété. Dans la boucle la plus capricieuse, 
une colline, le Buchwald, domine les deux villa- 
ges de Bliesschweyen et de Bliesguerschwiller. 
Comme la Sarre, la Blies donne son nom à 
nombre de lieux. En Lorraine, en Prusse, dans 
le Palatinat le touriste rencontre sans cesse des 
centres dont le nom est précédé du mot Blies. 
En remontant la rivière jusqu'à Frauenberg 
on trouve d'aimables sites; ils deviennent pres- 
que grandioses à partir de ce point, voisin du 
riant village « intérieur » de Folperswiller. La 



SARREGUEMINES l55 

vallée se creuse entre des pentes escarpées. Sur 
l'une d'elles, entre Frauenberg et Bliesebersin- 
gen, de belles ruines féodales accroissent la 
grandeur du paysage. La Blies, étroite mais 
abondante, descend entre un épais rideau d'ar- 
bres. Un moment elle abandonne la frontière, 
laissant dans vm de ses coudes tout le terrain à 
la Lorraine. Le village lorrain de Bliesbrucken, 
le dernier de la province en remontant le cours 
d'eau, occupe les deux rives. L'endroit est char- 
mant, très vert, les toits à forte pente émergent 
de beaux vergers. 

La Blies cesse de confiner a la Lorraine; plus 
haut nous serions dans l'ancien duché de Deux- 
Ponts, cet Etat si souvent mêlé à notre histoire 
et devenu partie du Palatinat. Un village lorrain 
voisin de Bliesbrucken, Obergailbach, regarde 
encore vers la Blies et lui envoie ses eaux par 
un court ruisseau. 

Après avoir reçu la Blies, la Sarre n'est plus 
lorraine que par sa rive gauche, jusqu'aux abords 
du champ de bataille de Spicheren. Les bords 
prussiens, mieux exposés au soleil, ont de nom- 
breux villages. En Lorraine il n'y a que Grosblie- 
derstroff. Jusqu'à ce point la rivière descend, 
très lente, retenue par des barrages, animée par 



1 56 LORRAINE 

la navigation, reflétant les raides collines boisées 
du territoire lorrain, moins varié que celui de 
Prusse. Ici des prés, des pans de petits bois, des 
pruniers, des noyers et des vignes ; de l'autre 
côté des prairies et des bois. Grosbliederstroff 
et son voisin prussien, auquel le relie un pont 
de pierre, constituent un charmant paysage ; les 
maisons s'étalent en amphithéâtre à l'entrée du 
val de Lixing, dont les pentes douces sont cou- 
vertes de cultures. Plus bas les collines devien- 
nent moins raides, pour se relever encore jus- 
qu'au Winterberg de Saint-Arnual. Ce petit mont 
n'est pas lorrain; la Sarre, désormais, coule sous 
le pavillon du roi de Prusse. Elle traversera en- 
core une vieille terre lorraine, ce Sargau dont 
Sarrelouis était la forteresse et qui nous fut 
enlevé avec elle en i8i5('). 



I. Sur Sarrelouis et le Sargau voir le chapitre XXIII. 



FORBACH ET STIRING-WEXDEL 



Le plateau de Cadeabronn. — Puttelange. — Le val de Fare- 
berswiller. — La gare de Bening-lès-Saint-Avold. — Entrée 
dans le pays houiller. — Forbach. — La ville et ses usines. 

— La fabrique de carton laqué. — Découverte de la houille. 

— Stiring-Wendel : grandeur et décadence d'une cité manu- 
facturière. — La vallée de la Rosselle. — Petite-Rosselle et ses 
mines. — A travers la forêt. — Retour à Stiring. — Visite au 
champ de bataille de Spicheren. 



A l'ouest du confluent de la Blies une vaste 
zone de territoire lorrain s'avance comme un 
coin très encaissé dans le territoire prussien 
de Sarrebruck. Ce pays accidenté, un des prin- 
cipaux centres industriels de France avant la 
guerre , tut le théâtre d'une des plus terribles 
et sanglantes batailles au début des opérations : 
le 6 août 1870, s'y livra la désastreuse mêlée de 
Spicheren ('). 

La nature montagneuse du sol n'a pas permis 
de traverser le massif par une grande route ou 



I. Sur la carie : Speicheren. 



T 58 LORRAINE 

une voie ferrée ; les relations entre Sarregue- 
mines et Forbach ont lieu à l'aide de grands dé- 
tours par Sarrebruck ou Bening-lès-Saint-Avold. 
Le pays est peuplé cependant, nombreux sont 
les villages. 

Si le chemin de fer évite de pénétrer sur ce 
plateau mamelonné de Gadenbronn ('), strié de 
vallées profondes, qui va finir au-dessus de For- 
bach et de Spicheren par des escarpements très 
raides, où l'armée du général Frossard croyait 
avoir une position inexpugnable, son tracé n'en 
est pas moins accidenté. La ligne s'élève par de 
fortes rampes entre des bois, qui forment au sud 
iine hêtraie superbe, au flanc de longues croupes 
couvertes de cultures. La voie domine un val 
de prairies, parcouru par un ruisseau sinueux 
gardé, à son issue vers la Sarre, par le village 
de Welferding. Après la jonction de trois ruis- 
seaux, voici Ipling ; les maisons grises ou fauves 
s'étendent dans un fond de prairies décou})ées 
par des rangées de saules argentés. 

Dans ce pli aimable, les villages : Hundling, 
Metzing, Diebling sont enveloppés de pruniers. 
Centres très agrestes, aucune industrie ne s'y est 



I. Sur la carte de Cassini : Cadcborn; d;ins les livres milil.-iires : 
Cadcrborn. 



FORBACH ET STIRING-WENDEL 169 

implantée ; mais au sud la vallée du Moderbach, 
dont les eaux vont à l'Albe, renferme l'active 
cité de Puttelange, où la fabrication de la pe- 
luche a l'un de ses foyers. Comme à Sarregue- 
mines, le nombre des ouvriers a décru par suite 
de l'emploi des machines remplaçant le tissage 
à bras. Il y en eut 2 000 jadis, on en compte 
moins de 3oo aujourd'hui. Le val où s'étend la 
petite ville est une large dépression ouvrant de 
grands horizons vers la Sarre à Sarralbe, pers- 
pective confuse au matin, donnant au milieu du 
iour et le soir l'impression del'infîni. Puttelange 
fut une cité forte, mais rien ne reste de ses dé- 
fenses et aucun édifice n'y sollicite l'attention. 

Puttelange se relie à la voie ferrée à Loupers- 
liausen, village tout petit, au plus creux de 
l'ample bassin, et groupé autour d'une église à 
flèche. Quelques minutes encore et nous attei- 
gnons Farschwiller dont le joli clocKer aigu, flan- 
qué de clochetons, s'élance d'un groupe de toits 
bruns. A l'écart, le cimetière entoure une hautp 
tour ronde, singulièrement coiffée d'un toit à 
pignon; l'enceinte, basse et carrée, complète le 
caractère forteresse de la petite nécropole. 

Une foret à traverser, puis un vallon dans le- 
quel les toits de Fareberswiller, d'une teinte de 



1 60 LORRAINE 

suie, se détachent au milieu des vergers. Le val 
rapidement se creuse entre de hautes pentes 
boisées portées sur des terrasses de culture mol- 
lement inclinées. Ce joli bassin est une surprise 
pour qui vient des plateaux de la Sarre, vastes 
et mélancoliques. Des eaux abondantes, sources 
analogues aux grandes fontaines du Jura et des 
causses, jaillissent danis le thalweg ; elles sont 
d'origine récente, étant dues à des affaisse- 
ments qui se sont produits dans les premières 
années du dix-neuvième siècle. Ce fait curieux a 
été noté par le capitaine Denis, secrétaire de la 
sous-préfecture de Sarreguemines. La première 
apparition eut lieu en 1882, une cavité se forma 
sur des gouffres insoupçonnés, remplis d'eau. 

En i835, pendant une année de sécheresse, un 
meunier de Cocheren creusa une tranchée par 
laquelle les eaux furent amenées dans le lit du 
ruisseau. Un second puits s'était formé en 1882, 
un autre, profond de 20 mètres, apparut en i83G, 
dû au même phénomène d'effondrement. 

Grâce à cette nappe d'eau singulièrement mise 
au jour, le ruisseau de Fareberswiller peut ac- 
tionner plusieurs moulins avant d'atteindre la 
Rosselle au-dessous de Cocheren, village dans 
un site charmant entre la ligne de Sarreguemines 
à Thionville et celle de Metz à Sarrebruck. Les 



FORBACH ET STIRING-WENDEL l6l 

deux voies ont un tronc commun de 2 kilomè- 
tres traversant une immense gare, militaire au- 
tant qu'économique. A ce point de jonction 
de lignes ferrées, on a retrouvé le prolongement 
du bassin houiller de Sarrebruck, déjà reconnu 
et exploité à la Petite-Rosselle. Une cité ouvrière, 
que des toits d'un rouge vif font deviner récente, 
abrite les ouvriers des mines de Sarre-et-Mo- 
selle. Elle couvre une pente, non loin de vastes 
constructions industrielles qui avoisinent Merle- 
bach('). 

De Bening à la frontière prussienne et, de là, 
fort loin dans la direction du nord-est, on ne 
cesse plus de rencontrer des groupes industriels ; 
à Forbach fument les premières cheminées de 
grandes usines; jusque-là, dans un joli et vert 
pays, il n'y a d'autre exploitation que celle des 
roches. Les carrières de Cocheren fournissent 
une belle pierre rosée, sculptée et taillée en de 
vastes ateliers. 

Les villages et les hameaux se suivent au long 
de la Rosselle, tandis qu'ils sont rares sur le ter- 
ritoire prussien, tout proche. Le centre le plus 
important, la grandissante ville de Forbach, 



I. Sur les mines de Merlebach et de l'Hôpital et la route d'Har- 
garten aux mines, voir le chapitre XXII. 

LORRAINE , 1 [ 



102 LORRAINE 

s'annonce par nne chaîne de petites maisons 
entourées de jardinets. Sur la cité plane un noir 
niiage de fumée. Un vallon sépare le faubourg 
de la ville ; il descend d'Œtling, village dominé 
par le Kelsberg, haut de 889 mètres, point cul- 
minant du superbe massif de hauteurs que les 
généraux français ne surent pas utiliser pendant 
la sanglante journée de Spicheren. 

Forbach n'est guère qu'une longue et large 
rue constituée par la route de Sarrebruck. Cité 
ouvrière aux maisons banales, mais ayant un 
beau cadre de hautes collines : deux, de forme 
conique, dominent immédiatement la ville. La 
plus rapprochée est couronnée par les ruines 
d'un château au milieu duquel a été élevée une 
tour belvédère. L'enceinte des ruines est un parc 
j)rivé interdit au public. L'entrée sinmle un châ- 
teau gothique. Tout autour, des bois de pins 
couvrent les collines de grès ; bien percés de 
sentiers, jalonnés par les indications du Club 
vosgien, ils offrent une suite de belles prome- 
nades à travers ce massif où se termina l'eflort 
de nos troupes dans la sanglante et triste journée 
du 6 août. De ces hauteurs on découvre un 
grand paysage ; la ville s'allonge au pied de l'ob- 
servateur; on domine toute la vallée de la Ros- 
selle, mi-lorraine, mi-prussienne, où se succèdent 



l64 LORRAINE 

villages et cités ouvrières, où fument les puits 
de mines et que bordent de longues collines 
couvertes de forêts où se livra une partie de la 
bataille. Puis, au nord-est, voici l'usine aban- 
donnée de Stiring-Wendel, son village ouvrier, 
les hauteurs de Sarrebruck embrumées de fu- 
mées. 

Plus près s'escarpent les tragiques hauteurs 
de Spicheren ; plus près encore le Greutzberg, 
dont un des pitons porte la chapelle Sainte- 
Croix ; d'apparence farouche par sa couleur 
sombre, elle se détache à peine sur le fond noir 
des pinèdes. 

Forbach renferme deux grands établissements 
industriels qui remplacent avantageusement de 
nombreux petits ateliers. De vastes tuileries, 
occupant plus de cinq cents ouvriers et produi- 
sant dix millions de pièces par an, sont les plus 
importantes de la Lorraine. La fabrique d'objets 
en carton laqué, qui emploie six cents personnes, 
est uiic des plus intéressantes usines modernes ; 
malheureusement on ne peut la visiter, pas plus 
que ses succursales, de Pont-à-Mousson — celle- 
ci établie après la guerre — et de Bohême. Nous 
avons pu cependant parcourir la salle d'échantil- 
lons et admirer les résultats auxquels est parve- 
nue une production qui débuta fort humblement. 



FORBACH ET STIRING-WENDEL l65 

En i846, elle naissait à Sarreguemines pourla 
fabrication des tabatières; quelques années après, 
M. Adt, dont les affaires avaient pris un certain 
développement, transféra ses ateliers à Forbach. 
A partir de i865, l'essor devint rapide; on avait 
imaginé de faire en carton comprimé et laqué 
les dessous de carafes, les plateaux et autres 
garnitures de table. En 1867, la fabrication de 
boutons de bottines, jusqu'alors œuvre manuelle 
à l'aide du balancier, devint mécanique et prit 
une importance que l'on n'aurait pu soupçonner. 

Chaque année vit s'accroître les usages du 
carton laqué ; on en a fait des petits meubles et 
des panneaux d'appartement ; on a remplacé par 
cette matière le bois qui servait aux bobines et 
aux tubes de filatures. Les boutons de papier 
mâché sont devenus d'usage courant. La chi- 
rurgie et la photographie, le télégraphe, le télé- 
phone, l'électricité lui ont demandé des outils et 
des récipients. Les articles de bureaux : pkimiers 
et casiers, les objets de toilette, les jouets, etc., 
ont également multiplié les emplois du laque ou 
plutôt du carton laqué obtenu en soumettant à 
une forte pression des feuilles de carton super- 
posées et collées. La matière produite se scie, se 
tourne, se lime, se polit comme du bois. Recou- 
verte d'un vernis, elle imite le laque des Chinois 



1 66 LORRAINE 

et des Japonais. On sait que l'industrie est par- 
venue à faire des roues de wagons, des bateaux 
et jusqu'à des maisons avec le carton durci. 

En ce monient, des voies nouvelles sont ou- 
vertes par l'emploi de la fibre de bois qui, sou- 
mise à des préparations identiques, a permis 
d'obtenir de grandes pièces, telles que des seaux 
et des baignoires d'une force et d'une solidité 
remarquables. 

Les produits, jadis purement industriels, ten- 
dent de plus en plus à devenir artistiques. Il y a 
un grand effort pour la fabrication d'articles pou- 
vant supporter la comparaison avec les laques 
de Chine et du Japon. A côté des objets d'imita- 
tion pure, beaucoup révèlent le goût et le talent 
d'artistes parisiens qui ont mis F'orbach et Pont- 
à-Mousson en état de supporter la comparaison 
avec l'Extrême-Orient et la Russie, où s'est 
constitué un art local digne d'intérêt. 

Forbach semblait destiné à s'accroître davan- 
tage par la grande industrie métallurgi([ue; la 
découverte de la houille dans sa foret, près du 
village de Petite-Rosselle, avait l'ait naître des 
usines métallurgiques, bientôt célèbres, au ha- 
meau de Stiring. Ce foyer industriel n'a pas 
longtemps survécu à la guerre de 1870. Peu à 



FORBACH ET STIRING-WENDEL 167 

peu routillage et le personnel ont été transpor- 
tés au cœur du bassin minier métallifère de 
Thionville, à Hayange. Le développement de 
Forbach en a été ralenti. 

Stiring-Wendel est à moins d'une lieue de 
Forbach, sur le chemin de fer de Sarrebruck, à 
mille mètres à peine de la frontière prussienne. 
Les vastes constructions des hauts fourneaux 
sont reliées à la voie par des embranchements : 
mais aucun wagon ne roule sur ces rails, les bâ- 
timents sont vides, la fumée et la flamme qui en 
étaient la vie ne s'élèvent plus! Cela est lugubre 
d'abandon. 

Devant l'entrée de ce qui fut une des gloires 
de l'industrie française, un piédestal porte le 
buste de M. Ch. de Wendel. Une inscription 
rappelle le souvenir de cet éminent maître de 
forges et du baron de Gargan, son collaborateur, 
puis la construction du village en i854 et l'érec- 
tion en commune en 1867. Le même texte lapi- 
daire dit les phases rapides de l'entreprise : la 
houille découverte en 1847, exploitée à Petite- 
Rosselle le 27 juin i856, les fours à coke établis 
à Hirsbach en i852 ; l'usine mêjne de Stiring 
commençant à s'élever de terre le i" juin i846 
et allumant ses feux le 21 septembre i853. 

Quand ce monument fut inauguré, nul ne pou- 



l68 LORRAINE 

vait prévoir une disparition aussi soudaine de 
l'œuvre qu'il exaltait ! 

Près de l'usine s'étend le village, noyau d'une 
ville, dont il a le tracé et l'étendue. Il a survécu 
et abrite encore quelques familles ouvrières tra- 
vaillant dans les mines de houille. Mais combien 
est triste l'aspect de cette cité avortée dont beau- 
coup de maisons abandonnées sentent la ruine ! 
L'église, devant laquelle une fontaine monumen- 
tale verse de l'eau par une large vasque, contraste 
avec cette misère par son élégance, ses voûtes 
et ses chapiteaux peints, sa triple nef, son haut 
clocher, les fresques récentes qui couvrent ses 
murailles. Combien durera encore cette bour- 
gade née d'un jet par la volonté d'un homme et 
qui, brusquement, est condamnée à finir en 
poussière, si d'autres industries ne viennent 
prendre la place de celles qui ont disparu (')? 

Stiring-Wendel a une histoire. L'usine par la- 
quelle elle vécut fut le résultat d'une première 
invasion. Après la chute de Napoléon, la Prusse, 
qui se tailla la plus forte part dans les dépouilles, 
se fit attribuer presque tous les territoires de la 
rive gauche du Rhin sauf le Palatinat, sans se 



I. La commune est cependant en voie d'accroissement, de 1900 
à 1905 la population est passée de 3913 à 3 G34 habitants. 



FORBACH ET STIRING-WENDEL l6g 

soucier des droits que pouvaient faire valoir les 
Electeurs ou autres souverains dépossédés par la 
Révolution française. C'est ainsi qu'elle obtint 
l'éleclorat ecclésiastique de Trêves et l'ancien 
comté de Sarrebruck, enlevé à la maison de 
Nassau. 

Pour délimiter la frontière nouvelle, la Prusse 
s'attacha surtout à obtenir le bassin houiller 
de la Sarre, c'est-à-dire tout le pays que l'on 
croyait seul possesseur de charbon. On laissa à 
la France les parties de territoire supposées sté- 
riles. Les hommes d'Etat prussiens voyaient 
loin, ils semblent avoir deviné l'importance que 
la houille allait prendre dans la vie économique 
des nations. De fait, lorsque le charbon de terre 
remplaça définitivement le charbon de bois pour 
la production de la fonte, la Prusse, avec ses 
mines de Sarrebruck exploitées par l'Etat, deve- 
nait maîtresse de l'industrie. Nos établissements 
de Hayange, si riches en minerai de fer, n'avaient 
pas de houille ; il fallut s'adresser à la Prusse et 
s'ingénier pour amener le charbon. Un service 
de navigation descendait la Sarre, puis remontait 
la Moselle jusqu'à Thionville ; de là un des pre- 
miers chemins de fer construits amenait le com- 
bustible à Hayange. 

Vint enfin l'établissement des grandes voies 



lyO LORRAINE 

ferrées. Le bassin de Sarrebruck fut relié à Metz 
et Metz à Thionville. Le problème se trouvait 
renversé : il était plus économique d'amener le 
minerai à proximité de la houille et de l'y trans- 
former. C'est alors que M. de Wendel eut l'idée 
de créer des hauts fourneaux à côté des mines 
de Sarrebruck, mais sur notre territoire. Il acquit 
la censé de Stiring et, sur l'emplacement de 
cette exploitation rurale, jeta les fondements de 
l'usine ; le nom de Wendel fut ajouté à celui de 
la ferme. 

L'établissement s'était rapidement accru. En 
même temps, profitant des nouvelles données de 
la science qui faisaient supposer le prolongement 
du bassin houiller de la Sarre sous le Warndt 
ou forêt de Forbach, on effectuait des sondages. 
Longtemps infructueux, malgré d'énormes dé- 
penses, les travaux qui, dès 1847, avaient fait 
retrouver la couche reconnue trente ans plus tôt 
à Schœneck, furent enfin couronnés de succès. 
L'inscription placée sous le buste de "SI. de Wen- 
del donne la date de la première extraction. Bien 
que si proche de nous, cette histoire du bassin 
houiller de la Sarre est fort confuse. Louis Hey- 
l)aud, dans son étude sur Hayange, dit que la 
découverte de la houille précéda et amena la 
création de Stiring-Wendel. M. Box, dans les 



FORBACH ET STIRING-WENDEL I7I 

Pays de la Sarre, donne la version que j'ai ré- 
sumée et dit que le puits Saint-Charles fut ou- 
vert en 1854, celui de Saint-Joseph en i856; 
après 1862, furent mis en exploitation les puits 
de Wendel, Wuillemin et de Gargan; on achève 
le forage d'un autre puits, le puits Simon. 

Les houillères sont assez loin de Stiring dans 
l'étroit territoire entouré par la Prusse où se 
trouvaient les misérables hameaux de Petite- 
Rosselle et de Vieille-Verrerie. Il était trop tard 
pour installer les hauts fourneaux sur la houille 
même; on dut relier les mines à Stiring-Wendel 
puis à Bening par des embranchements. Mines 
et usines étaient en pleine activité quand la 
guerre éclata. Les statistiques de l'époque éva- 
luent la production de Stiring à 5o millions de 
quintaux de fonte et 55 millions de quintaux de 
rails de fer ou acier par année. On comptait 
quatre hauts fourneaux, soixante fours à puddler, 
vingt-quatre fours à chauffer, etc. Quatre ma- 
chines à vapeur donnaient une force motrice de 
I o5o chevaux. Quatre-vingts fours à coke utili- 
saient la houille sur place. 

La population atteignait près de 4ooo âmes; 
I 5oo ouvriers étaient logés dans cin({ cents mai- 
sons construites par l'établissement. La guerre, 
en enlevant à la maison de Wendel le marché 



172 LORRAINE 

français, porta un premier coup à l'usine ; la 
découverte des procédés de déphosphoration de 
la fonte par le système Gilchrist et Thomas fit 
mettre en valeur les énormes gisements à l'est 
de la Moselle, jusqu'alors assez dédaignés à cause 
de leur teneur en phosphore. 

Une fois encore, l'ordre économique était 
bouleversé; il devenait plus avantageux de trans- 
porter le charbon vers le minerai, d'autant plus 
que le chemin de fer reliait enfin directement 
Forbach à Thionville et Hayange, La belle créa- 
tion de Stiring-Wendel était condamnée. Le 
3 janvier 1877, trente ans après leur mise à feu, 
deux des quatre hauts fourneaux étaient éteints ; 
on conserva vingt-trois fours à puddler pendant 
dix-huit ans. Sept cents ouvriers étaient encore 
occupés au laminage et au martelage. Mais en 
1898 on fermait les derniers ateliers pour les 
transporter à Hayange et à Moyeuvre. 

Les houillères, par contre, se sont fort déve- 
loppées et ont maintenu à Stiring-Wendel une 
popidation fixe. En 1899, elles occupaient 4 170 
ouvriers et livraient 901 000 tonnes. Le territoire 
forestier, à demi sauvage il y a cinquante ans, 
donne le spectacle d'une extrême activité, restée 
purement locale d'ailleurs, les chemins de fer 
qui desservent les mines ne servant qu'au trans- 



FORBACH ET STIRI.NG-WENDEL I yS 

porl des charbons. Bientôt une ligne longeant la 
rivière fera un service public entre Forbacli et 
Grande-Rosselle ; en attendant, c'est à pied que 
nous entreprenons la visite des puits pour reve- 
nir à Stiring eflecluer un pèlerinage sur le champ 
de bataille de Spicheren. 

La région des mines est cachée par la colline 
dite Kaninclienberg, couverte de hêtres. Là se 
produisit , le 6 août , un mouvement prussien 
sur notre flanc qui fit craindre à Frossard d'être 
coupé et amena la retraite dont les suites de- 
vaient être si terribles. Cependant, deux esca- 
drons de cavalerie aux ordres du colonel Dulac, 
deux cents réservistes du 2^ d'infanterie arrivés 
le matin même de leurs foyers et des ponton- 
niers firent une résistance telle, que le succès 
de cette poignée d'hommes aurait dû faire com- 
prendre la faiblesse de l'effort ennemi. 

Le chemin que nous suivons ne traverse pas 
le Kaninclienberg ; nous avons pris la route de 
la vallée, longeant le pied de la colline. Autre- 
fois solitaire, comme l'indique encore notre 
carte d'état-major, que l'on a le tort de ne pas 
mettre à jour pour les pays annexés, elle se 
borde de maisons ouvrières. En avant du mou- 
lin de Dieken naît le quartier de Marienau. Les 
habitations les plus récentes sont assez coquettes. 



1 74 LORRAINE 

La brique rouge, la pierre blaiiciie iormenl un 
ensemble gai à l'œil; on accède à l'entrée par un 
perron. 

Le ruisseau de Forbach atteint la Rosselle for- 
mant frontière et longée par le chemin de fer 
des mines; sur la rive gauche, le village prussien 
d'Emmersweiler se groupe autour de l'église. 
Malgré la poussière épaisse d'un sol sablon- 
neux, ce pays peuplé d'ouvriers n'a pas encore 
l'aspect trop industriel. Une usine mue par la 
Rosselle n'en détruit pas le caractère agreste. 
C'est une papeterie. La vallée, très verte, étend 
ses beaux prés entre les bois. Gela serait char- 
mant, si la Piosselle n'était aussi atrocement 
souillée par son passage à travers tant de centres 
manufacturiers, depuis Longeville et Saint- 
Avold. 

De jolies maisons neuves annoncent Pelite- 
Rosselle; elles ont des linteaux et des trumeaux 
sculptés, goût de décoration bien rare en un tel 
pays. Le village français est séparé de Grande- 
Pvossclle, bourg prussien, par la rivière et un 
large plan de prairies. A peu de distance, appa- 
raissent les premiers puits à houille. Des cités 
ouvrières perpendiculaires à la route les précè- 
dent, animées par une multitude d'enfants. La 
roule devient rue; les maisons basses, mais bien 



FORBACHET STIRING-WENDEL lyB 

construites, s'étendent au pied d'un coteau qui 
porte la cité Garrjan, quartier d'une élégance 
inattendue : parc rempli de belles demeures ha- 
bitées par les ingénieurs et les principaux em- 
ployés. Une vaste église occupe le sommet, édi- 
fice à voûte surbaissée, flanqué d'un clocher 
octogonal revêtu de zinc repoussé. Les habitants 
de la cité jouissent de larges vues et d'un air pur. 

Au delà, dans une sorte de cirque, sont les 
amples installations du puits Saint-Chai^les, do- 
minées par une croupe où s'étend une longue 
rue ouvrière dite la Vieille-Verrerie. Le hameau 
est contemporain de la mise en valeur des mines, 
car les maisons ont une date sculptée sur leurs 
portes : 1889, i84o, i845. Des habitations neu- 
ves, de brique et de pierre blanche, bâties avec 
coquetterie, montrent que l'exploitation se déve- 
loppe encore. Vieille-Verrerie couvre une croupe 
d'où la vue est immense sur la vaste région 
boisée du Warndt, pi'ussienne depuis 181 5, très 
accidentée, coupée de vallées profondes. Sur le 
versant lorrain, c'est la forêt encore, une admi- 
rable hêtraie où l'on voit de vieux arbres fort 
curieux. Un hêtre aux branches entrelacées 
frappe par ses proportions énormes. 

Le chemin de fer des mines parcourt les bois 
pour descendre à Stiring, laissant à l'écart le 



176 LORRAINE 

village de Schœneck, dernier groupe lorrain de 
population. Là, vers 181 7, le charbon fut trouvé 
pour la première fois à 62" 5o de profondeur. 
Malheureusement les couches étaient de faible 
épaisseur et l'eau envahissait les galeries. Ces 
déboires eurent pour résultat d'arrêter longtemps 
les recherches et de retarder la mise en valeur 
du bassin. 

A l'issue de ces beaux bois de hêtres et de 
chênes, nous retrouvons Stiring-Wendel et les 
forges éteintes qui furent un des théâtres de la 
bataille du 6 août. Ce jour-là, les machines tour- 
naient, les hauts fourneaux fonctionnaient. C'est 
en plein travail que l'établissement se vit mêlé à 
la bataille décousue mais terrible. 

Nous gagnons la grande route pour nous ren- 
dre sur les autres points où le heurt des armées 
eut lieu. Voici bientôt la Baraque Mouton, ferme 
que se disputèrent âprement les deux partis. Là 
commencent les monuments commémoratifs et 
les tombes. Le 77^ régiment prussien d'infante- 
rie, qui subit ici des pertes tenibles, a glorifié 
ses morts. Dans un pli de la colline à l'ouest, un 
cimetière a reçu la plupart des victimes, notam- 
ment le général de brigade prussien de François 
qui avait entrepris imprudemment le combat et 
qui tomba avec gloire à la tête de ses troupes 



FORBACH ET STIRING-WENDEL I77 

en répétant l'assaut infructueux de l'éperon de 
Spicheren. Unefigure de la Germania surmonte 
la tombe de ce vaillant homme, dont le nom ré- 
vèle un descendant des huguenots français. 

A la frontière, la fameuse auberge de la Brème 
d'Or, que l'on se disputa avec tant d'acharne- 
ment, a réparé les traces de la lutte; elle est 
maintenant le rendez-vous des visiteurs sur ces 
champs funèbres, Brème n'est pas une enseigne 
représentant un poisson. D'après M. Box ('), 
le mot vient d'une exclamation de la princesse 
Hélène de Mecklembourg qui, se rendant en 
France pour devenir la femme du duc d'Orléans, 
fds de Louis-Phihppe, trouva l'auberge frontière 
décorée de genêts fleuris. Die schone goldene 
Brème! dit-elle. « Le beau genêt d'or. » Et le 
nom de Brème d'Or emprunté aux deux langues 
resta attaché à la maison. Qui eût pu prévoir 
alors les scènes sanglantes qui allaient se dérou- 
ler en ce lieu poétique ? 

Les genêts sont la plante la plus répandue sur 
ces terres de grès rouge désagrégé. Ils couvrent 
les pentes avec les pins souffreteux. Mais on n'en 
trouve pas aux alentours immédiats de la Brème 
d'Or. L'auberge est enfouie sous un manteau de 



I. Les Pays de la Sarre. 

LORRAES'E 12 



I/O LORRAINE 

plantes grimpantes, en face d'un jardin entouré 
de grilles qui conservent encore les traces du 
combat. Le fameux éperon de Spicheren se 
dresse au-dessus ; ses pentes de grès rouge, 
qui semblent garder la trace du sang répandu, 
lui ont valu le nom de Rotberg — mon- 
tagne rouge. Pas un seul monument français, 
mais de nombreux édicules allemands, moins 
orgueilleux toutefois que ceux de Wœrth et de 
Frœschwiller ('). Ce sont des tumulus ou des 
pyramides. 

Nous gravissons l'éperon par la pointe très 
raide, où, souvent repoussées, s'élancèrent les 
troupes allemandes, et par le chemin creux où 
les pièces culbutèrent, où l'entassement fut hor- 
rible parfois. On comprend les scènes tragiques 
qui se déroulèrent ici, mais on ne peut s'expli- 
quer par quelle aberration les généraux français 
ne profitèrent pas de la position et de l'ardeur 
de la race pour se jeter à la baïonnette sur les 
assaillants. Certes, Bazaine porte lourdement le 
poids de son inertie coupable, de l'espèce de 
joie malsaine qu'il éprouvait à voir Frossard, le 
« maître d'école », aux prises avec un ennemi 
pressant capable de lui infliger une défaite. Mais 



I. Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XIX. 



FORBACH ET STIRING-WENDEL lyQ 

Frossard a quand même sa part bien grande : 
ce théoricien, ce professeur qui appartenait à 
une race de pédants encore trop nombreuse au- 
jourd'hui, n'eut ni coup d'oeil, ni idée militaire, 
il fut comme ses lieutenants fort au-dessous de 
son rôle ! 

Du sommet, on découvre un paysage très 
ample. Au pied s'étend la plaine sablonneuse, 
fauve, sans une broussaille ni un brin d'herbe, 
servant de terrain de manœuvre aux garnisons 
de Sarrebruck-Saint-Jean et Saint-Avold. Cet 
Exerzier-Platz , où se déployèrent les Prussiens 
sous le feu de nos canons, vit faucher bien des 
vies humaines. Au delà, une ride boisée masque 
les deux grosses villes prussiennes dont mon- 
tent les fumées noires, tandis qu'à l'ouest leurs 
annexes Malstadt et Burbach se dessinent va- 
guement sous un rideau plus sombre encore. De 
ce côté, partout des cheminées, des mines, des 
fabriques, un des pays les plus intensément 
industriels de l'Europe. Les cheminées d'usines 
peuplent à l'infini le paysage finissant par un 
demi-cercle de collines. 

A droite, une colline arrondie domine Saint- 
Arnual et la vallée de la Sarre ; c'est le Winter- 
berg surmonté d'un grand monument commémo- 
ratif allemand. Derrière ce massif, débouchèrent 



1 8o LORR.\I>"E 

les renforts arrivant au secours de la division 
de Kamecke, que le moindre effort de la part de 
Frossard eût dû, bien avant cette heure, détruire 
ou culbuter à la Sarre. 

Sur l'éperon même, plusieurs monuments 
érigés par les régiments prussiens bordent les 
bois : Gifertwald , PfaJJenwald, défendus avec 
un acharnement égal à l'attaque. Ici il n'est pas 
un caillou, pas une souche d'arbre qui n'aient 
été tachés de sang. 

Spicheren, en arrière des bois, est village 
rural où rien n'arrête le visiteur, frappé seule- 
ment par le nombre extraordinaire de petites 
voitures attelées de chiens sur lesquelles les lai- 
tières apportent le lait à Sarrebruck et à Saint- 
Jean. Nous n'avons pas cessé de rencontrer ces 
singuliers équipages, dont les roues sont munies 
de freins pour pouvoir effectuer la descente des 
pentes rudes que les Allemands gravirent sous 
le feu le 6 août 1870. Il y en avait toute une 
théorie sur l'Exerzier-Platz que nous avons tra- 
versé pour aller à Sarrebruck. Vers la première 
maison de la ville, au sommet de la côte qui 
domine la Sarre, une douzaine de laitières avec 
ces voitures et les chiens haletants reposaient 
près de la tombe où dorment pour l'éternité trois 
soldats tués dans ce combat du 2 août, livré sous 



FORBACH ET STIRING-WENDEL lOI 

les veux de l'empereur et du prince impérial. 
Combat insignifiant, ne répondant à rien, que 
cependant on présenta à la France comme un 
« engagement sérieux )>. On exalta le baptême 
du feu du prince impérial, la crànerie de l'héri- 
tier du trône ramassant des balles ! Cette afFaire 
de Sarrebnick devait avoir de tragiques lende- 
mains ! 

Quelle douloureuse impression rapporte-t-on 
de cette visite à Spiclieren ! Mais aussi quel ré- 
confort ! Il n'est pas possible que les fautes 
commises par nous se renouvellent. Notre corps 
d'officiers actuel a d'autres idées sur la guerre 
et saurait allier la science et l'audace qui nous 
firent défaut, au courage dont nos soldats don- 
nèrent tant de preuves. Quant à l'adversaire 
d'alors, il ne semble pas avoir progressé dans 
des proportions comparables. Peut-être même 
son état moral a-t-il subi quelque atteinte. N'est- 
ce pas à Forbach, sur le champ de bataille 
même, que se déroulèrent les scandales qui ont 
donné lieu au roman sensationnel du lieutenant 
Bilse : Petite Garnison? 



XI 



LA VALLEE DE L ALBE 



Le vallon du Spin. — Verga ville et son abbaje. — La côte de 
Marimont-la-Haute. — La gare de Bénestroff. — L'Albe et sa 
vallée. — L'ne bastide lorraine : Montdidier. — Insming, ville 
déchue. — Hellimer et sa colline. — La source de Diffenibach. 

— Sarralbe, la ville et ses usines. — Les salines, la soudière. 

— De Sarralbe à Sarreguemines. — La vallée de la Rode. — 
Munster et son église. — Albestroff. — Le paysage de Sainte- 
Anne. 



Sarralbe. Août. 

Le morne paysage de Dieuze fait bientôt 
place, vers le nord, à des horizons plus acci- 
dentés lorsqu'on remonte la vallée du Spin que 
suit le chemin de 1er de Bénestroff, Une jolie 
ride, couverte par les vastes étendues de la 
forêt de Bride et de Kœking, se profile sur le 
ciel. Dans un creux, se blottit Kerprich-lès- 
Dieuze. Le jour décroît, et la campagne des 
étangs et du sel, triste pendant la pleine lu- 
mière, prend une grâce mélancolique. 

A mesure que l'on avance, de nouvelles col- 
lines apparaissent, ondulations amples et nues, 



LA VALLÉE DE l'aLBE i83 

dominant des plis humides et des champs que 
paissent de jeunes bovidés. Sur un monticule, 
Vergaville étale longuement ses toits d'un 
rouge sombre en face de la forêt. Quelques 
vignes sur les pentes, au pied des bois, m'ex- 
pliquent pourquoi, dans les magasins de Dieuze, 
j'ai vu annoncer la bouillie bordelaise. 

Vergaville fut un bourg monastique; il pos- 
séda jusqu'à la Révolution une abbaye de béné- 
dictines dont quelques débris subsistent. La 
partie haute domine à la fois la vallée du Spin 
et, vers le sud, au pied de collines vignobles, 
celle du Verbach parcourue par le canal des 
Salines. 

Les collines se haussent encore : en un petit 
massif d'où descendent de longs ruisseaux; le 
sommet atteint 385 mètres, c'est la côte de 
Marimont-la-Haute, fameuse dans la région pour 
les grands panoramas dont on y jouit. Le ruis- 
seau de Spin naît au pied même de la butte 
suprême, celui de Dordal borde les collines et 
offre un passage au chemin de fer. Le ruisseau 
doit son abondance à la forte source de Ma- 
rienbourg jaillissant près de Guebling. Le cours 
d'eau se devine entre les prairies par des touffes 
de petits saules. 

Le paysage s'égaie entre les collines. Grands 



l84 LORRAINE 

guérets. pâtures pleines de bétail, mamelons 
revêtus de vignes, toits rouges de Guebling et 
de Bourgaltroff composent un tableau plein de 
vie. Autour des fermes beaucoup de chevaux 
au pacage indiquant un élevage prospère ; bêtes 
fortes, mais de forme un peu lourde. La grosse 
censé de Dordal en possède beaucoup. 

Au revers nord du massif de Marimont, l'or- 
ganisation militaire des chemins de fer alle- 
mands a fait naître une des plus grandes gares 
du réseau, celle de Bénestroff(Bensdorf) établie 
près d'un infime village. Les grandes construc- 
tions, la multiplicité des quais et des voies, la 
longueur des quais de débarquement, l'ampleur 
des installations, les lignes qui s'étoilent dans 
cinq directions font de ce lieu jadis ignoré un 
centre vital pour la Lorraine, au moins au point 
de vue militaire. C'est pour le préserver contre 
une attaque des troupes françaises de la fron- 
tière que les Allemands ont installé de fortes 
garnisons à Dieuze et à Morhange, transformant 
ainsi ce dernier bourg en une ville populeuse 
dont les casernes sont un monde. 

Des lignes à double voie aménagées pour un 
fort rendement, viennent à Bénestroff de Stras- 
bourg, Sarreguemines et Metz. Celles de Dieuze- 
Avricourt et de Chàteau-Salins n'ont pas une 



I 



LA VALLÉE DE l'aLBE i85 

importance égale. Une seule sert à la grande 
circulation européenne : la ligne de Strasbourg 
à Metz, utilisée par les trains rapides de Baie 
à Ostende, via Luxembourg et Bruxelles. 

Le village s'est un peu développé, grâce à 



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l'activité de sa gare, nécessitant un personnel 
nombreux; mais il n'en reste pas moins très 
menu sur la hauteur d'où il domine le vaste 
croisement de lignes de fer et des étangs, dé- 
versant un ruisseau allant rejoindre l'Albe nais- 
sante. 



l86 LORRAINE 

Près d'ici se forme la petite rivière qui, en 
rejoignant la Sarre, ajoute son nom à celui de 
la rivière maîtresse pour former celui de la ville 
de Sarralbe. Tout le bassin de ce cours d'eau, 
circonscrit entre ceux de la Sarre, de la Nied 
et de la Seille, constitue une sorte de région 
naturelle dont la rivière, fidèlement suivie par 
le chemin de fer, est l'artère vitale. Pays aux 
grands horizons, aux ondulations amples sépa- 
rées par des plis herbeux où des ruisseaux lents 
semblent stagnants entre les roseaux; puis, vers 
le sud, parsemé de grands bois entre lesquels 
s'amassent des étangs portant le nom générique 
de weiher. 

Au-dessous de Bénestroff, le paysage est 
varié, grâce aux bois, aux étangs, aux nom- 
breux plis du sol, au bétail répandu dans les 
prairies et les champs. Sur une ride allongée, le 
village de Montdidier semble une cité forte, tant 
ses constructions sont continues, tant les pentes 
forment un glacis régulier. Ce fier hameau est 
une ville neuve, une bastide, comme l'on dit dans 
le midi de la France pour les centres de popu- 
lation construits d'un seul jet. II a été édifié en 
1628, sur autorisation du prince Louis de Lor- 
raine, par un certain Thiébaut, chevaucheur des 
salines. La colline se nommait déjà Montdidier, 



LA VALLÉE DE l'aLBE 187 

les gens d'idiome allemand disaient Didersberg. 
La carte allemande imprime encore Montdidier 
comme elle nomme Neufvillage un centre établi 
au-dessous, sur les bords de l'Albe. Dans les 
Pays de la Sarre, M. Box cite la charte de fon- 
dation. Le village à ériger devait avoir « vingt 
maisons ou vingt subjects au plus », le territoire 
concédé comprenait 200 arpents. La construc- 
tion devait être établie « au plus près que faire 
se pourra de la fontaine qui se retrouve dans 
ledit Obersterkenpenvalt et appelé du nom de 
Didersberg ou de Montdidier et basti de deux 
rangs de maisons en ligne droite avec une rue 
de six vingtz piedz de large... ». 

Montdidier se serait peut-être accru sans les 
guerres ; mais les ravages des belligérants ame- 
nèrent une telle ruine, que l'on dut exempter les 
habitants de toute contribution pendant trois 
ans pour leur permettre de rétablir le village en 
17 13. Là encore le duc intervint pour obliger à 
construire en bons matériaux et non « faire des 
baraques ». Evidemment le gouvernement lor- 
rain voulait empêcher d'édifier en boiisillage, 
c'est-à-dire en torchis d'argile et de terre ha- 
chée remplissant une carcasse de poutrelles, 
procédé encore en faveur dans la vallée de 
l'Albe. 



1 88 LORRAINE 

Les toits rouges de Montdidier semblent sur- 
gir d'un petit bois; ils apparaissent de fort loin 
aux yeux de l'observateur placé dans le fond 
herbeux de l'Albe où la rivière, encore ruisseau, 
coule à pleins bords et s'étale en étangs tempo- 
raires. Des moutons très fauves paissent dans 
les chaumes sous la conduite de bergers munis 
de la classique houlette ; entre ces troupeaux, 
voici une bande singulièrement composée : des 
chèvres et des porcs, et je me crois ramené dans 
les plaines palustres de la Corse. 

Au delà de Neufvillage apparaissent les bourgs 
jumeaux de Léning et d'Altroff. Ils n'ont pas 
échappé aux désastres de la funeste guerre de 
Trente ans qui couvrit la Lorraine de ruines 
en détruisant presque tous les lieux habités. Le 
souvenir sinistre des Suédois est resté, car on 
étendit à tous les contingents de l'invasion le 
nom du peuple dont le roi Gustave-Adolphe 
semble dominer cette sanglante période de 
l'histoire. 

Tout autour du double village s'étendent de 
vastes terrains nus ; sauf les saules au bord des 
fossés et des ruisseaux et les plantations frui- 
tières des routes, il y a peu d'arbres, sinon 
aux abords des centres. Ceux-ci sont nombreux 
d'ailleurs; leurs groupes de toits rouges et les 



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igO LORRAINE 

hautes flèches des églises enlèvent un peu de la 
banalité du paysage. 

En pente, sur un coteau dominant la large 
bande des prés, Insming, qui fut une ville, de- 
meure le centre de cette partie de la vallée ; les 
routes et les chemins y convergent, la gare des- 
sert une grande partie du canton d'Albestroff. 
La forteresse a disparu, la gare la remplace dans 
le site par une de ces tours-beffrois chères à 
l'architecture allemande et d'un effet si singulier 
dans une station de voie ferrée. Insming — 
jadis Amance — qui n'avait plus que trente 
ménages après la destruction par les Suédois, 
a repris de l'importance grâce à sa situation. 
C'est un des centres du commerce rural; sept 
marchands juifs de bétail rayonnent du bourg 
dans toute la vallée de l'Albe. Une fabrique de 
couronnes en perles occupant sur place cin- 
quante ouvriers ou ouvrières répand au loin le 
travail à domicile ('). 

Je reviendrai à Insming demain, après une 
excursion à Munster ; aujourd'hui, je suis allé au 
nord de la vallée où m'attirait la belle silhouette 



I. Sur la fabrique de couronnes de perles, voir le volume 
Basse-Alsace, chapitre XXIV. 



LA VALLÉE DE L ALBE I Q I 

de la colline ou Côte d'Hellimer. Le village qui 
a donné son nom à ces hauteurs excavées par 
des carrières de gypse est de prospère appa- 
rence. Hellimer a des allures de ville. C'est un 
des centres commerciaux de la contrée ; les 
israélites se livrant surtout au trafic du bétail 
et du blé sont nombreux; ils ont élevé une syna- 
gogue. Le bourg se prolonge sur la grande roule 
de Sarreguemines par le village de Diffembach 
dont le sépare un pli où jaillit une fontaine assez 
abondante pour actionner un moulin. Le ruisseau 
né ainsi d'une unique mais puissante source 
forme, plus bas, l'île de Zellen, occupée jadis 
par un prieuré remplacé maintenant par un ha- 
meau et un. moulin ; le cours d'eau va rejoindre 
une petite rivière nommée, elle aussi, Zellen, 
qui atteint l'Albe au sein de la plaine placide 
sillonnée d'une multitude de ruisseaux et de 
chenaux bordés de saules ; sur la rive droite, 
un massif de collines se frange de plis et de 
hameaux dépendant de la commune de Gué- 
blange. Ces petits centres, la verdure des bos- 
quets et des vergers, la rivière qui se tord 
avec de joyeux reflets sont un accident heureux 
dans la banalité du décor. 

La vallée se reforme, gracieuse, jusqu'au 
confluent du Rode, riviérelte presque égale à 



192 LORRAINE 

l'Albe par l'abondance du flot. L'aspect des 
choses change brusquement : des fumées d'u- 
sines planent sur le paysage, à gauche celles 
de Sarralbe, à droite celles de la saline du 
Haras, reliée à la voie ferrée par un embranche- 
ment partant de Rech. Voici la vallée de la 
Sarre , large et verte , peu profonde , plane , 
longée par le canal des Houillères qui va con- 
tourner Sarralbe, bourgade donnant l'illusion 
d'une grande ville avec la belle masse de sa 
nouvelle église et ses multiples cheminées d'u- 
sines. 

En réalité, c'est une cité bien humble, simple 
et tranquille, n'ayant guère gardé du passé 
qu'une porte de ville, ouverture ogivale à la 
base d'une tour. L'église nouvelle est un bel 
édifice gothique; les roses, les arcades aveugles, 
les fenêtres sont d'un pur style. Le chevet du 
monument se dresse au-dessus de la Sarre di- 
visée en deux bras ; l'un, vivant, sort en frémis- 
sant sous la roue d'un moulin, l'autre demeure 
calme et sombre. Les deux branches se réu- 
nissent sous le pont et la rivière reformée va 
recevoir l'Albe. La petite ville emplit ainsi la 
prescju'île enserrée par les deux cours d'eau 
dont les noms ont formé le sien. 

Sarralbe, jadis célèbre par ses toiles blanchies 



LA VALLÉE DE l'aLBE IqS 

sur les prés de la Sarre, est en accroissement, 
grâce à la création des fabriques de soude de la 
compagnie Solvay, qui traitent les eaux salées 
ramenées à l'aide de pompes. On retrouve ici, 
en effet, le bassin salin de Dieuze et de Vie. 
Avant la guerre déjà, les salines de Sarralbe 
étaient les plus importantes de la Lorraine, c'est- 
à-dire de l'Est de la France ; on y comptait trois 
centres d'exploitation : Sarralbe, Saltzbronn, le 
Haras ; depuis lors, les recherches de la compa- 
gnie Solvay en ont fait naître un quatrième. 
La production atteignait 12 000 tonnes vers 
1870, elle s'élève actuellement à 35 700 tonnes, 
dont 18 000, transformées à l'usine, donnent 
chaque jour i5o tonnes de soude. 120 ouvriers 
suffisent pour les salines, mais la soudière en 
occupe 777. 

La source de Saltzbronn, à l'est de la ville, 
jaillit dans les immenses prairies de la Sarre. 
Très activement exploitée au Moyen Age, elle 
fut abandonnée à la fin du seizième siècle, jus- 
qu'en 1826 où l'on éleva les usines actuelles. La 
saline du grand Haras est à 3 kilomètres au 
sud, au bord du canal, dominant l'immense 
prairie marécageuse dite la Honaux, étendue 
jusqu'aux abords de Saar-Union, ville alsa- 
cienne. 

LORRAINE 13 



194 LORRAINE 

Saltzbronn possède, en outre, une source mi- 
nérale dont les effets curatifs seraient analogues 
à ceux de Yichy ; un petit établissement thermal 
attire d'assez nombreux baigneurs, séduits par 
les vertus médicales de la fontaine, plus que par 
le paysage, placide et ample, mais trop embrumé 
par les fumées. 

Une autre branche d'activité, considérable 
par le nombre des travailleurs sinon par les 
capitaux en mouvement, est celle des chapeaux 
de paille et de palmier si florissante dans Saar- 
Union, la ville voisine ('). Sarralbe fait moins 
de chapeaux de palmier que celle-ci, mais elle 
monopolise la production du chapeau de paille 
en Alsace-Lorraine. Ses fabriques répandent fort 
loin dans les campagnes les matières premières 
à tresser. 

A certaines époques, Sarralbe est très fré- 
quenté par le pèlerinage à la chapelle Saint- 
Martin située sur la colline et entourée par le 
cimetière. Malgré la nécropole, le site est frais 
et charmant; de là on jouit d'une vue très 



1. Voir le volume Basse-Alsace, chapilrr XXIV. Je ne reviens 
pas ici sur la description du travail, me bornant aux reùseigne- 
mcnls particuliers à Sarralbe. Voir sur la fabrication des cha- 
peaux de paille les volumes suivants du Voyage en France : 
7" série, Saint-Symphorien-sur-Coise ; g* série, Saint-Georges- 
d'Kspéranche ; 22<^ série, Nancy; surtout la Zi*^ série, Gaussade. 



LA VALLÉE DE l'aLBE 1^5 

étendue sur la vallée et les grandes forêts qui 
l'encadrent. 

Pour toute la contrée, Sarreguemines est le 
centre des affaires : Metz et Strasbourg sont trop 
loin, Sarrebourg trop menu pour attirer les po- 
pulations. Le mouvement se fait donc vers la 
cité de la faïence. Le chemin de fer qui y conduit 
passe devant les grandes usines Solvay, frôle 
les bassins de saturation d'eau salée et les amas 
fort laids des déchets industriels, puis, avant 
franchi le canal, s'élève au flanc de collines. Là 
encore sont des usines ; Willerwald fabrique 
de la soude. Des prés dans les plis, de grands 
guérets dans les parties régulières du sol. A 
l'heure crépusculaire où nous parcourons le 
pays, celui-ci est imprégné de grâce rustique. 
Des bœufs conduisent la charrue, le soc soulève 
une poussière rousse que le soleil semble chan- 
ger en or. 

Le train qui nous emmène continue à monter 
pour atteindre Hambach, situé au point culmi- 
nant du plateau. Une haute tour d'église ter- 
minée par une flèche bulbeuse domine de grands 
horizons. La large rue en pente du village est 
bordée de maisons basses, chacune précédée, 
comme tout centre lorrain, de sa charrette, son 



I g6 LORRAINE 

tas de bois et sou tas de fumier. Les pentes 
voisines sont complantées d'arbres fruitiers. 

Nous sommes revenus de Sarreguemines à 
Sarralbe par une autre voie, le chemin de fer 
de Strasbourg jusqu'à Kalhausen, puis le court 
embranchement établi entre les bois d'Herbitz- 
heim et la Sarre. Il n'y a là que le vieux bourg 
autrefois monastique d'Herbitzheim. Le grand 
pont sur la Sarre, une église de style byzantin, 
un vieil hôtel de ville appelé la Halle donnent 
quelque caractère à ce centre rattaché à l'Alsace. 
Tout près, fument les usines de Saltzbronn et, 
en quelques secondes, voici Sarralbe. 

Nous ne faisons que traverser la ville pour 
aller parcourir la vallée du Rode et le pays 
d'Albestroff. Le train nous dépose à la halte de 
Rech, près des salines du Haras et de la jonc- 
tion du Rode et de l'AIbe. Un chemin s'en va 
à travers bois, au long du Rode, traverse le 
hameau d'Hinsingen et se prolonge par un sen- 
tier jusqu'à Altwiller. Cette dernière partie du 
trajet est en territoire de Basse-Alsace, la petite 
rivière formant limite. 

Altwiller ('), où je retrouve un itinéraire jadis 



I. Voir le volume Basse-Alsdce, chapitre XXIV, 



LA VALLÉE DE L ALBE I97 

suivi en Alsace, possède en Lorraine, sur la rive 
gauche, une sorte d'enclave entre les villages 
de Hunskirich et de Viberswiller ; au sud, son 
territoire comprend une partie du bois de Nas- 
sau rappelant le souvenir des souverains qui 
possédaient la contrée avant la Révolution. Au 
delà d'Altwiller, la route, continuant à suivre 
la rivière, ne tarde pas à rentrer en Lorraine 
pour traverser Viberswiller, village double ; de 
chaque côté de la vallée un hameau se groupe 
autour d'une église. Un ruisseau qui rejoint le 
Rode descend d'un vallon à fond plat, tapissé 
de prairies, qui fut, avant la guerre, un grand 
étang. La carte française montre encore les 
eaux s'étendant sur près de 3 kilomètres, tan- 
dis que la carte allemande indique des prés. 
Mais ce n'est sans doute qu'un dessèchement 
temporaire, le terrain étant alternativement en 
culture et en eau, produisant tantôt du four- 
rage et du blé, tantôt du poisson. La carte 
allemande appelle encore ce bas-fond Rother 
Weiher, comme la nôtre. La même transforma- 
tion s'est faite pour le Guetwiller Weiher dont 
les rives, bien découpées de petites péninsules, 
la berge orientale couverte d'un manteau de 
bois, faisaient un lac gracieux dans lequel se 
mirait Givricourt. 



igS LORRAINE 

Après la traversée de Viberswiller, empuanti 
par le fumier orgueilleusement entassé de chaque 
côté de la rue, le chemin sinueux, mal tracé, 
domine une prairie inondée et se dirige vers 
deux hautes flèches d'église qui semblent in- 
diquer une ville. Ce n'est cependant qu'une 
église de petit village, Munster, bâti au sommet 
d'une butte qui semble surgir d'une immense 
conque couverte de céréales. A l'entrée d'un 
quartier bas, sur la rive droite du Rode, deux 
magnifiques tilleuls ombragent une croix. La 
rivière n'a qu'un lit étroit encombré de roseaux 
entre des prairies. Munster, qui, vu de loin, avait 
si grand aspect, est un modeste et morne hameau 
semblable à tous ses voisins. Un puits dans le- 
quel on descend le seau à l'aide d'une immense 
barre basculante munie d'un contrepoids est le 
seul détail pittoresque. L'église étonne dans ce 
milieu par ses dimensions et la beauté de son 
style de la belle époque ogivale. Le monument 
avait été élevé pour un chapitre que la Réforme 
fît disparaître; depuis lors, il avait subi les 
maux de l'abandon ; une restauration opérée de 
nos jours lui a restitué son caractère. Peut-être 
l'enthousiasme dont Munster a été l'objet esl-il 
excessif, mais l'édifice n'en mérite pas moins 
une visite : rares sont les églises anciennes en 



LA VALLÉE DE l'aLBE IQQ 

Lorraine, du moins dans les centres que ne pré- 
servèrent pas leurs murailles. 

Le ^illage, demeuré rustique et ignoré, a failli 
être vivifié par le canal des Salines. Le tracé 
primitif devait emprunter la vallée du Rode jus- 
qu'à Sarralbe, de la source à l'embouchure de 
la petite rivière. Les travaux furent entrepris ; 
jusqu'à Munster, on peut suivre le tracé, les 
écluses même ont été construites, mais l'œuvre 
a été abandonnée. A partir de la source du 
Rode, la voie navigable se dirige maintenant 
vers Mittersheim, oîi elle rejoint le canal des 
Houillères de la Sarre. 

Après Munster, le chemin descend au bord 
du ruisseau des Roses dont on ne s'explique 
guère le nom idyllique. Il n'y a pas de roses 
dans ce pli herbeux, sinon dans les jardins de 
Torcheville et de Nébing. Un moment, la chaus- 
sée traverse de beaux bois de hêtres et de chênes, 
puis, retrouvant le ruisseau des Roses, le fran- 
chit pour remonter à AlbestrofT par un vallon de 
prairies. La vue est ample et belle sur un pla- 
teau ondulé, vert de prairies et de moissons 
mouvantes, barré par une arête dont Montdidier 
occupe l'extrémité. Plus loin se dresse fièrement 
la cote de Marimont-la-Haute. 



200 LORRAINE 

Albeslroff est un vieux bourg, jadis cité 
forte ; les remparts ont disparu, les fossés ont 
été comblés. Un siège subi en i636 réduisit la 
ville en cendres ; onze habitants seulement y 
restèrent. Le château, réparé, n'a guère d'ap- 
parence féodale aujourd'hui. C'est une vaste et 
lourde construction encore habitée. Au temps 
de sa splendeur, il servait de résidence d'été 
aux évêques de Metz. 

En dépit de son nom à consonance germa- 
nique que les Allemands ont d'ailleurs modifié 
en Albesdorf, Albestroff est resté français par 
le langage, français sans accent que les habi- 
tants semblent employer avec quelque coquet- 
terie pour parler aux Français de France. La 
population vit de petits commerces et surtout 
de la culture : céréales, vigne, houblon y sont 
produits. 

Deux gares, Léning et Insming, desservent 
Albestroff. La route qui conduit à celle-ci longe 
des pentes douces d'un sol rougeâtre sur lequel 
se détache avec vigueur la verdure des champs 
et des vignes. Les hauteurs vont finir, assez 
raides, sur la vallée de l'Albe et la plaine boisée 
de Munster. Cette sorte de promontoire porte un 
ermitage, Sainte-Anne, relié à la chaussée par 
une allée de sapins. L'endroit est singulier par 



LA VALLEE DE L ALBE 20I 

le goût baroque qui présida à l'aménagement. 
Des simili-ruines gothiques forment enceinte ; 
la chapelle, d'un gothique non moins fantaisiste, 
renferme le tombeau de Ms' Jager qui fut exa- 
minateur en Sorbonne et vécut de 1790 à 1868. 
A côté sont les modestes constructions d'un asile 
de vieillards des deux sexes. 

La descente sur Insming offre de grands hori- 
zons vers le nord. Au centre d'un demi-cercle 
de collines se dresse la côte d'Hellimer ou Yi- 
versberg. L'Albe se devine aux lignes sinueuses 
formées par les touffes de saules arrondis. 
Paysage ample, d'une majesté placide. 



XII 



LES GRANDS ETANGS DE LORRAINE 

Gondrexange et son étang. — Le système des étangs. — Au 
long de l'étang de Gondrexange. — Les petits étangs. — Etang 
du Stock. — La pêche et l'assec. — De Dianne-Capelle à 
Rhodes. — Azoudange. — L'étang de Lindre. — La cuvette 
de l'étang en culture. — Le château d'Alteville et l'occultisme. 
— Tarquinpol. 

Forbach. Août. 

Gondrexange, une des stations de la ligne 
d'Avricourt à Strasbourg, est un gros village 
rural aux rues déclives encombrées de fumier, 
animé comme tous les centres des environs de 
Lorquin par le travail féminin. Après leurs occu- 
pations ménagères, les femmes, groupées sur le 
pas des portes, se livrent au travail de la bro- 
derie sur blanc et de la broderie de perles. Dans 
la partie basse, où les maisons ont un misérable 
aspect, le canal forme un petit port ; la circula- 
tion des chalands est assez active. La voie navi- 
gable emprunte la dépression herbeuse où coule 
le ruisseau issu de l'étang aux rives accidentées 



LES GRANDS ÉTANGS DE LORRAINE 2o3 

étalé au sein de grands bois percés de laies 
régulières. 

L'étang de Gondrexange appartient à cette 
région qui mérite le nom de pays des étangs, à 
cause du nombre et de l'étendue de ces lacs 
artificiels. Ils couvrent tout le territoire compris 
entre les chemins de fer d'Avricourt à Sarre- 
bourg, de Sarrebourg à Bénestroff, de Bénestroff 
à Château-Salins, 

Un autre système d'étangs, moins considé- 
rable, s'étend au nord du premier, dans la direc- 
tion de Faulquemont. Dans ces nappes obtenues 
par le barrage des dépressions du plateau, nais- 
sent les deux Nied, la Seille, l'Albe et les petits 
affluents de la rive droite de la Sarre. Ce sont 
donc les régulateurs des eaux pour une grande 
partie de la Lorraine, rôle intermittent d'ail- 
leurs, car la plupart de ces bassins sont alterna- 
tivement en eau ou en culture : tantôt couverts 
de moissons superbes, tantôt consacrés à la pro- 
'duction du poisson. 

Tel n'est pas, il est vrai, le cas de l'étang de 
Gondrexange. Utilisé comme réserv'oir du canal 
de la Marne au Rhin, occupant une cuvette dont 
la profondeur atteint 5™5o, il constitue un lac 
permanent couvrant 463 hectares et renfermant 
17 millions de mètres cubes d'eau. Douze autres 



204 LORRAINE 

étangs bien moins considérables y déversent 
leurs eaux. Avec ses petites anses, ses baies pro- 
fondes, les forêts qui se mirent sur la surface, il 
serait très beau, si les canaux de la Marne au 
Rhin et des Houillères n'avaient coupé la nappe 
pour leur tracé. De hauts talus isolent ces voies 
navigables du plan des eaux. 

Pour visiter l'étang nous avons dû, à défaut 
de bateau, suivre l'une des digues du canal de 
la Marne au Rhin. Ce talus, très élevé, masque 
la vue de la nappe, car le chemin de halage est 
en contre-bas, bordé d'écriteaux menaçants pour 
les audacieux tentés de gravir la digue. Ces fou- 
dres ne sont pas vaines sous le régime allemand; 
cependant, au cours de cette promenade forcé- 
ment fastidieuse, j'ai plus d'une fois escaladé la 
pente gazonnée pour contempler le paysage sans 
être inquiété par les gardes. 

Le canal emprunte la longue baie, étroite, qui 
aboutit à Gondrexange et frôle la rive droite, 
tandis qu'une bande d'eau assez large va baigner 
des terrains en pente douce recouverts de culture 
et encadrés de bois. La nappe, calme, est fort 
belle ; aux frémissements qui agitent parfois la 
surface , on devine que la faune lacustre est 
abondante. On nous racontera tout à l'heure 
que le poisson est en telle multitude qu'on a 















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206 LORRAINE 

VU prendre d'un coup de filet cinq mille à six 
mille carpes, pesant parfois jusqu'à 18 li^Tes. 

Le canal, brusquement, se détourne à l'est et 
coupe la baie à sa racine pendant qu'un autre 
bras continue vers l'ouest à longer le rivage. 
C'est ici le point de jonction des deux voies navi- 
gables parcourant ce que l'on a appelé le Saar- 
land, pays de la Sarre. La branche de droite est 
le canal des Houillères qui va rejoindre la Sarre 
vers Sarralbe, Tracé contre le rivage occidental, 
il a fait gagner de petites surfaces au sol ferme 
et sa berge extérieure sert maintenant de bord 
à l'étang. 

Du sommet de la digue on décou^Te toute la 
partie du lac comprise entre les deux canaux; 
c'est la plus pittoresque par les nombreuses si- 
nuosités du rivage opposé ; de profondes baies 
l'indenlent, capricieusement découpées, entre 
des bois très verts qui font mieux ressortir la 
nuance bleue des eaux. Vers le sud, l'étang 
semble pénétrer comme un coin entre les coteaux 
bas de Gondrexange, derrière les(|ucls se haus- 
sent en ressauts successifs des rangées de col- 
lines qui, peu à peu, deviennent montagnes, 
dominées parles hauts sommets du Donon. Cela 
est vraiment beau. 

Mais à mesure que l'on avance vers le fond du 



LES GRANDS ÉTANGS DE LORRAINE 207 

lac le paysage se fait terne, l'étang a perdu 
l'imprévu de ses rives, l'eau sans mouvement est 
comme morte ; seule quelque gabare traînée sur 
le canal et chargée des sels de Dieuze ou des 
houilles de Sarrebruck met un peu de vie dans 
ce tableau plein d'une tristesse pesante. En 
quelques minutes le beau lac est devenu mo- 
rose, comme certaines lagunes des bords de la 
Méditerranée. 

Une anse vaseuse termine la nappe ; le canal 
s'en évade pour aller passer sous l'arche d'un 
pont qui porte la route de Sarrebourg à Châ- 
teau-Salins; il se dirige vers l'étang du Stock, le 
plus long du versant de la Sarre et entouré par 
treize étangs affluents. Ce vaste réservoir couvre 
52 2 hectares par ses bras en forme de croix, 
étendus chacun sur plus de 4 kilomètres et net- 
tement orientés aux quatre points cardinaux. 

Entre les deux grandes nappes miroitent de 
petits étangs : la Grande Creusière, la Petite 
Creusière, la Blanche Chaussée, séparés par une 
ondulation qui porte le long village de Dianne- 
Capelle, un des centres principaux pour la bro- 
derie sur blanc dont le foyer principal est à Lor- 
quin('). Ce nom singulier tire son origine de la 



I. Voir le chapitre II. 



208 LORRAINE 

princesse Diane de Groy en l'honneur de qui fut 
fondé le village, sur le site de Cappentia. 

L'étang du Stock dépend en grande partie de 
la commune de Dianne-Capelle. Au fond d'une 
sorte de golfe séparé de la nappe principale par 
le canal des Houillères, est la maison de pêche, 
signalée par une tour, où l'on amène la pêche de 
l'étang. Celui-ci est en eau durant trois années, 
puis livré ensuite à la culture pendant un an. 
Jadis cette industrie était fructueuse au point 
que l'hectare d'étang représentait une valeur de 
2 ooo francs. Le transport des poissons de mer 
par voie ferrée a créé une concurrence telle, que 
les carpes, les brochets et les perches ont cessé 
d'avoir un débouché illimité dans les villes 
d'eau et de villégiature. Les cités populeuses 
de la région : Metz, Strasbourg, Nancy, Luné- 
ville, s'approvisionnent cependant encore dans 
les étangs de Lorraine, à l'époque du carême 
surtout. Langatte est le centre principal pour ce 
commerce. 

Pendant la période d'asscc, les étangs produi- 
saient beaucoup de lin et de chanvre d'excellente 
qualité. Comme sur tant d'autres points, ces cul- 
tures sont abandonnées par suite de la concur- 
rence des lins du Nord et du coton. On se livre 
aujourd'hui à la production des céréales et des 



LES GRANDS ETANGS DE LORRAINE 209 

pommes de lerre, mais la valeur des récoltes a 
naturellement fort baissé. 

Aussitôt les gerbes enlevées et les pommes de 
terre arrachées, on ferme de nouveau la vanne 
de l'étang, où l'on conduit toutes les eaiLx des 
autres nappes et des ruisseaux affluents; quand 
la dépression a repris son caractère lacustre, on 
y ensemence avec de la feuille, c'est-à-dire des 
petites carpes ; la seconde année on y met des 
brochetonset des petites perches. A la troisième 
année on pèche de fort belles pièces ; du moins 
il en était ainsi avant la crise agricole ; actuelle- 
ment le propriétaire ne vide plus le Stock et fait 
procéder à la pêche tous les deux ans. 

L'étang du Stock est peu accessible; aucune 
route ne longe ses rives, d'ailleurs extraordinai- 
rement indentées de bras qui, sur la carte, res- 
semblent à des fjords. Nous avons dû nous bor- 
ner à contempler un de ces golfes dans lequel 
se reflète la verdure du bois des Brainches et 
sommes revenus à la route de Château-Salins. 
Dans un hameau nous avons pu trouver un 
guide, possesseur d'un char à bancs, pour nous 
conduire au village de Rhodes, à l'extrémité 
du grand bras transversal, lieu difficile à attein- 
dre pour l'étranger qui voudrait y parvenir de 
Dianne-Capelle avec le seul secours de la carte. 

LORRAINE 14 



2 I O LORRAINE 

Le pays n'est qu'une foret, épaisse, humide, 
coupée par des tranchées, c'est-à-dire des laies 
dont plusieurs, m'a-t-on dit, d'origine récente, 
sont établies dans un but stratégique. La grande 
route traverse cette sylve, appelée au sud bois 
des Hêtres et bordant l'étang de Gondrexange; 
au nord, sous le nom de bois des Braiuches, 
elle aboutit à l'étang de Stock et en encadre les 
fjords. De chaque côté de la chaussée est une 
étroite bande de champs cultivés, semblable aux 
essarts que notre génie militaire a effectués sur 
le parcours des routes dans la forêt de Haye et 
les bois des côtes de Meuse ('), 

Une « tranchée » donne accès dans le bois 
des Brainches, peuplé de hêtres, de charmes et 
de chênes, avec des bas-fonds humides où crois- 
sent des arbres aquatiques. Des étangs s'allon- 
gent sous le couvert, reliés au Stock par des 
fossés pleins d'une eau lente. La plus vaste de 
ces nappes, alimentée par un ruisseau venu de 
Languimberg, a pour chaussée un allreux che- 
min aux ornières si profondes, (|ue nous devons 
mettre pied à terre pour permettre au cheval de 
mener sa légère voiture sur un sol plus régu-; 
lier. Enfin, le mauvais passage est franchi; voici 



I. Voir les 21" et 22* séries du Voyage en France. 



LES GRANDS ETANGS DE LORRAINE 2 1 I 

une route, cahoteuse encore ; elle contourne le 
domaine des Bachats et nous amène en vue 
de Rhodes, village aux toits rouges assis entre 
deux petites anses projetées par la branche 
transversale du Stock. Rhodes, sur son petit 
promontoire entouré d'eau, forme fabrique. 
L'étang est appauvri autour du village, le lit 
est envahi par les roseaux ; mais plus loin on 
voit étinceler la longue bande bleue, entre les 
cultures et les bois. A plus d'une lieue, à l'est, 
apparaît la tour du Stock surveillant la vaste 
étendue des flots. 

Aucun chemin direct ne relie Rhodes à la 
partie centrale de l'étang de Lindre. Dans cette 
direction une seule chaussée traverse le pays par 
Fribourg et Guermange. Pour gagner Tarquin- 
pol, site le plus antique sinon le plus curieux 
de la contrée, il faut redescendre vers la grande 
route par un chemin montant entre les cultures, 
sur les terres argileuses, très compactes, où la 
charrue a peine à pénétrer malgré les vigoureux 
n attelages de six chevaux, huit parfois. Le pays 
est nu, sévère, presque religieusement austère, 
lun cadre de grands bois enferme à distance les 
Iguérets. 

Au sommet de l'ondulation que nous gravis- 
Isons, le sol devient d'un rouge sombre, comme 



•1 1 2 LORRAINE 

le grès des petites Vosges ou la terre étrange 
du Rouergue et de l'Albigeois ('). Ces parties 
ardentes alternent avec des argiles grises. 

Dans ce paysage s'étend Languimberg, longue 
et large rue aux côtés encombrés de bois, de 
fumier et de chars. Plusieurs commissionnaires 
pour la broderie de perles répartissent le travail 
entre les femmes du lieu et des villages voi- 
sins. A la sortie du petit bourg on voit s'ouvrir 
de grands horizons vers la France et, au nord, 
les collines qui bordent la Seille. Plus étendue 
encore est la vue au hameau de Dominique 
Guerre, sur la grande route, dominant le pli 
profond où se blottit Azoudange. De là on voit 
et inceler l'étang de Gondrexange et se hausser 
peu à peu les chaînons des Vosges allant s'enra- 
ciner à la barrière puissante du Donon et du 
Grossmann. Du côté opposé, la côte de Marimont- 
la-Haute, la crête de Montdidier, des hauteurs 
revêtues de forêts ferment le tableau. 

Le panorama s'évanouit pendant que nous] 
descendons à Azoudange, assis dans une large! 
dépression où se traîne un ruisseau, accru parj 
un autre chenal nonchalant venu de l'étang d^ 
la ferme Albin. 11 est tard quand nous arrivoni^ 



I. Voir la 35« série du Voyage en France. 



2l4 LORRAINE 

au village, l'heure du déjeuner est passée depuis 
longtemps, mais à l'auberge où nous conduit 
notre guide un repas est vite improvisé. Repas 
bien lorrain, dont la pièce de résistance, une 
« saucisse » annoncée par l'hôtesse, se trouve 
un saucisson énorme et succulent. Depuis bien 
longtemps on n'a reçu de Parisiens dans ce gîte, 
tout le monde s'empresse autour de nous. 

Le conducteur, un vieux soldat français, 
nous quitte, retournant vers son hameau; nous 
prenons à pied le chemin de Tarquinpol par 
Assenoncourt — baptisé Essesdorf par les Alle- 
mands, — - à travers un pays de cultures, de 
pâturages et de petits bois, sans cesse plissé par 
d'étroits vallons au fond marécageux. Plusieurs 
de ces plis se réunissent sous la pente qui porte 
Assenoncourt et vont se jeter dans le bras méri- 
dional de l'étang de Lindre. 

Pendant les années où le lac est rempli, cette 
sorte de golfe forme comme la pièce d'eau du 
château d'Alteville, vieille et noble demeure en-.i 
tourée d'un majestueux parc à la française. Là' 
vécut Stanislas de Guaita, le poète lorrain quij 
versa dans l'occultisme et devint comme le pro- 
phète des sciences maudites. Aux jours gris,i 
quand la brume pèse sur l'étang, le logis aristo-' 
cratique et vieillot doit évoquer des images de 



I 



LES GRANDS ÉTANGS DE LORRAINE 2l5 

l'au-delà. On comprend la forme d'esprit dans 
laquelle Guaita acheva sa courte carrière. 

Le château est aujourd'hui en pleine lumière, 
mais clos, comme abandonné. Les allées du parc 
sont envahies par les mousses. Pourtant ce ta- 
bleau évoque en m.oi quelque chose de déjà vu. 
Et, me remémorant les pages de Maurice Barrés 
sur le pays des Étangs, dans Au service de l'Alle- 
magne, j'imagine qu'il a voulu décrire ce site 
en écrivant les premières pages de son livre ('). 

Le « golfe » d'Assenoncourt est à sec en ce 
moment. Le chemin qui semblait devoir dominer 
une large surface d'eaux ne nous montre qu'un 
pli couvert de moissons blondes ou plutôt de 
chaumes parsemés de tas de gerbes. C'est Tan- 
née d'assec; au lieu d'un lac, Lindre n'est plus 
qu'une riche campagne, sans un buisson ni un 
arbre. Au milieu de cette cuvette fauve, un co- 
teau s'étale largement semblable à une île avec 
des vergers et des pâtures. Ce fut bien presque 
une île pendant la période d'inondation, terre 
reliée au rivage par un isthme étroit devant 



I. Cette impression était juste. M. Maurice Barres m'a confirmé 
que le château de Lindre-Basse où il plaçait les scènes de son 
livre est en réalité le château d'Alteville. Il y fut souvent l'hôte 
de Stanislas de Guaita, son ami de collège, auquel il a consacré 
une curieuse biographie. 



2 I 6 LORRAINE 

lequel un groupe de maisons rouges couvre un 
monticule. Au point culminant se dresse une 
tour ronde, semblable à un colombier féodal. 
Le hameau se nomme Tarquinpol, la tour est 
le clocher de l'église, contre laquelle s'adosse la 
tombe de Guaita. Des restes de murailles in- 
diquent un lieu plus considérable autrefois. Ce 
fut en effet une cité antique, la Decempagi des 
Romains. Peut-être était-elle alors comme au- 
jourd'hui au milieu des eaux et en tirait-elle 
plus de force. Cependant la tradition attribue 
aux évêques de Metz la création de l'étang de 
Lindre. 

Tarquinpol, malgré l'infime état actuel, a 
gardé quelque grandeur d'aspect aux yeux de 
ceux qui connaissent son passé, l'importance de 
la cité romaine, étape entre Strasbourg et Metz, 
et le séjour de l'empereur Julien dans ses murs 
après l'expédition de Germanie. L'esprit se plaît 
à représenter la péninsule actuelle couverte de 
grands édifices. 

Le coteau qui porte le hameau est au cœur de 
l'étang. Du point culminant on voit s'ouvrir les 
bras capricieux, creusés de petites anses. En 
cette année d'assec il n'y a pas le moindre scin- 
tillement d'eau. Ce n'est plus qu'un gigantesque 
champ de blé moissonné, d'une incomparable 



LES GRANDS ETANGS DE LORRAINE 217 

opulence par la multitude de tas de gerbes qui 
le couvrent. Les bras semblent d'or entre les 
bois elles pâturages. Celui d'Assenoncourt s'en- 
fonce entre des coteaux, celui de Guermange 
s'en va, large et sinueux comme un estuaire de 
Bretagne, entre ses bois et ses coteaux cultivés ; 
à l'ouest, un autre se creuse, entre des rivages 
découpés, entourant un îlot verdoyant appelé la 
Folie, qui semblera flotter quand les eaux seront 
revenues ; plus loin, sur une sorte de péninsule 
massive, Lindre-Basse domine le déversoir d'où 
s'échappe le ruisseau lent de la Seille qui, peu 
à peu, deviendra rivière. Au sommet d'une col- 
line plus élevée voici Lindre-Haute. La cuvette 
fauve de l'étang paraît fuir entre ces rives culti- 
vées et le grand bois de Ramesberg. Longtemps 
encore le bassin se prolonge, de plus en plus 
rétréci, finissant en pointe où débouche le ruis- 
seau de Rorbach. Celui-ci amène les eaux du 
bel étang de Zommange, encadré de bois, ali- 
menté par le déversoir de l'étang moins vaste 
du Lansquenet, lui-même formé par le ruisselet 
issu de l'étang neuf de Rorbach. 

Le spectacle de ce bassin de Lindre, vaste 
de 622 hectares, doit être superbe quand s'éta- 
lent les eaux de ses longs fjords ourlés de ro- 
seaux et de joncs. En cette journée de grand 



2 I 8 LORRAIiNE 

soleil, mon imagination se plaît à transformer 
ainsi le paysage. Cependant le site a fait dire à 
Maurice Barrés : « Le triste étang de Lindre, 
auprès du promontoire boueux où les masures 
de Tarquinpol survivent à la ville romaine... » 
Mon impression est tout autre et pourtant, à 
travers ces campagnes, je trouvais tout à Theure 
tant de vérité aux pages que Barrés a consa- 
crées à cette région des étangs, dont les lignes 
molles et indécises laissent une sensation vive 
mais si douce de mélancolie ! 

Ces tableaux tranquilles du bassin de Lindre 
sont troublés par un nuage de fumée sombre 
pesant au loin. Il s'élève de Dieuze, la cité du 
sel, vers laquelle se dirige la Seille. La rivière 
naissante s'y accroîtra des ruisseaux de Verbach 
et de Spin et des eaux résiduaires des vastes 
usines où les puits salés alimentent les appa- 
reils qui élaborent les produits de la chimie 
moderne. Dieuze, bien qu'à l'écart du rivage 
de Lindre, est comme la capitale du pays des 
étangs. 

Je n'ai fait que la traverser aujourd'hui pour 
aller visiter la dernière des grandes nappes de la 
région, l'étang de Mittersheim, qui semble pro- 
longer vers le nord l'étang de Stock. Il existe 
une route de Dieuze à Mittersheim — où finit ce 



LES GRANDS ETANGS DE LORRAINE 219 

long réservoir enchâssé dans les bois — une de 
ces chaussées au tracé rigide qu'affectionnaient 
les ingénieurs du dix-huitième siècle. J'ai re- 
noncé à la suivre, tant le parcours est monotone : 
sur i3 kilomètres, de Dieuze à Landrefmg, il 
n'}' a qu'une ligne droite et à peine la direction 
fléchit-elle de Landrefîng à Mittersheim, pen- 
dant plus d'une lieue encore. Ce ruban fasti- 
dieux se déroule dans une campagne où l'on 
rencontre une seule habitation. A peu de dis- 
tance au nord, quelques centaines de mètres, 
le ruisseau de Verbach arrose quelques prai- 
ries ; là fut creusé le canal des Salines, qu'on ne 
mit jamais en eau. 

Cette triste contrée serait d'un parcours pé- 
nible après notre marche si longue déjà. Nous 
avons gagné Berthelming par le chemin de fer. 
La ligne de Metz à Strasbourg conduit près de 
l'étang de Mittersheim, même elle traverse la 
nappe d'eau sur une longue chaussée. Quittant 
l'ample gare stratégique de Bénestrotî, elle 
monte à travers de belles campagnes bien culti- 
vées, entremêlées de pâtures peuplées d'un bé- 
tail vigoureux. Dans ce cadre placide, aux lignes 
simples, les ingénieurs allemands ont planté des 
gares bizarrement médiévales et féodales. L'a- 
greste village de Vahl, aux toits rouges, possède 



220 LORRAINE 

une sorte de donjon au-dessus de sa station. Ce 
serait d'ailleurs un excellent observatoire en 
temps de guerre. 

Le plateau très ondulé où s'étendent les rails 
est couvert de céréales; les parties les plus 
creuses sont de riches herbages; les villages, 
tels Guinzeling, se détachent puissamment sur 
le vert des pâtis grâce à la teinte des toits, 
d'un rouge sombre. Près de Lastroffle sillon où 
coule le Rode, issu de l'étang de Niederstein, 
est utilisé pour le tracé du canal des Houillères, 
dont les travaux restent sans emploi. De ce point, 
la vue s'étend au loin sur un pays sans grand 
relief, mais d'un caractère saisissant de dou- 
ceur et de paix, à cette heure crépusculaire. Les 
tours très hautes de l'église de Munster se dres- 
sent dans un ciel d'une idéale sérénité. 

La voie ferrée pénètre dans les vastes forêts au 
sein desquelles l'étang de Mittersheim allonge 
son étroite ligne d'eau ramifiée en baies latérales 
d'une régularité si^igulière. Une mince bande 
de prairies s'étend entre le flot et les arbres; le 
canal borde la rive gauche; au sommet des mâts 
des chalands lourdement chargés de houille, 
flotte unepetite flamme de couleur vive. 

Au matin nous sommes allés par Saint-Jean- 



LES GRANDS ÉTANGS DE LORRAINE 221 

de-Bassel et la forêt jusqu'au canal dont la digue 
nous permettait de suivre le rivage de l'étang de 
Mittersheim. La course est charmante au sein 
de ces bois épars où la voie navigable descend 
d'écluse en écluse vers les rives de l'étang, en 
dominant d'assez haut le plan des eaux pour que 
d'autres retenues éclusées soient nécessaires. La 
nappe lacustre a rarement 5oo mètres de lar- 
geur, mais sa longueur n'est pas moindre de 
4 kilomètres et la surface atteint 200 hectares. 
Le canal sépare de la nappe principale la plus 
longue des branches transversales, formant 
trouée à travers les bois dits Muhlwald, où dor- 
ment les étangs d'Angviller. 

L'étang de Mittersheim doit à son rôle de ré- 
servoir pour le canal d'être sans cesse en eau, 
les étangs latéraux dont il est frangé sont eux- 
mêmes toujours remplis. Ces rivages dentelés et 
les arbres qui se mirent dans le flot en font un 
des plus beaux de Lorraine. 



XIII 



LE SAULNOIS 



La vallée du Saaon. — D'Avricourt à Dieuze. — Dieuze. — 
Une « petite garnison ». — • Les salines. — La ville. — De 
Dieuze à Bénestroff. — Vue lointaine de Morhange. — La 
vallée de la Petite-Seille. — Château-Salins. — Les salines. — 
L'ancienne abbaj'e de Salivai. — Dans la vallée de la Seille. 
— Marsal. — Une forteresse abandonnée. — Le briquetage 
de la Seille. — Les salines. — Moyeavic. — Le canal de 
flottage des salines. — \'ic et ses marais salés. 



Entre Avricourt et Dieuze s'étend une contrée 
indécise dont on ne saurait définir les aspects 
tant ils sont fuyants et changeants. Groupes ar- 
gileuses cultivées, bois ou taillis épars, dépres- 
sions marécageuses où stagnent, plus qu'ils ne 
coulent, des ruisseaux étroits et vaseux, étangs 
endormis. Peu de villages, pas de fermes isolées. 
Les prairies, nombreuses, sont inquiétantes, on 
dirait qu'elles reposent sur un fond mouvant. 

Là erre le Sanon formé par les émissaires des 
étangs autour de Réchicourt. Sa vallée, large et 
plate, qui se prolonge vers la France où elle 
prend plus de grandeur, a permis le passage du 
canal de la Marne au Rhin, pénétrant en Lor- 



LE SAULNOIS 2 23 

raine annexée près de La Garde. Cette voie, bien 
abandonnée pour les relations entre la Lorraine 
française et Strasbourg depuis qu'une ligne de 
douanes entrave le commerce, prend un peu d'a- 
nimation à l'endroit où le chemin de fer d'Avri- 
court à Dieuze la franchit ; les salines de Dieuze 
y ont installé un port relié par rails à la voie 
ferrée ; elles y reçoivent des houilles et y achemi- 
nent les sels et les produits chimiques destinés à 
être embarqués. 

Le paysage, au delà, me rappelle étrangement 
la Sologne bourbonnaise (') par son sol maigre, 
ses bois, ses étangs. Au milieu de ces campa- 
gnes monotones, les villages sont étroitement 
groupés, centres aux noms bien français que les 
conquérants n'ont pas toujours pu germaniser : 
Hellocourt, Maizières, Bourdounaye. Un ru indi- 
gent se forme au-dessous de Maizières, s'accroît 
de pauvres filets glauques, emplit l'étang de 
Yidelange où se déversent les émissaires des 
étangs Harmand et des Moines. Le maigre cours 
d'eau se traîne par Gélucourt, Guéblange et 
Blanche-Eglise jusque dans la large vallée de 
la Seille où il atteint la chétive et saumâtre 
rivière messine. 



I. Voir la 27e série du Voyage en France, chapitre III. 



224 LORRAINE 

Sur la rive droite, des petites collines boisées, 
cachant dans leurs plis des étangs à l'eau teinte 
de rouille, vont mourir au-dessus de la Seille, 
vers Dieuze, petite capitale de cette région du 
sel qui fit naître le nom de Saulnois, appliqué à 
toute la contrée entre la Seille et la Nied fran- 
çaise. 

Depuis l'annexion, les abords de l'humble ville 
se sont bien modifiés. De vastes casernes, for- 
mées de pavillons entourant d'immenses cours, 
précèdent la Seille. Un régiment de chevau-légers 
bavarois, comprenant souvent des princes de la 
maison royale parmi ses officiers, et un régiment 
d'infanterie composent une garnison dont le rôle 
ofl'ensif est évident. Dieuze est le type de ces 
petites garnisons révélées par des scandales que 
l'on ne put étouffer. Les officiers n'ont aucun 
rapport avec une population civile, très réfrac- 
taire à l'annexion, renfermant un élément consi- 
dérable issu d'immigrés picards. Ville militaire 
et ville civile n'ont aucun contact; celle-ci est 
comme figée dans l'aspect d'autrefois, plus soli- 
taire peut-être, car une grande partie de la po- 
pulation française a émigré. Les constructions 
sont banales comme celles de la plupart des 
petites villes industrielles ; les magasins assez 
nombreux donnent seuls un peu de vie. 



LE SAULNOIS 2 25 

Le monument principal est l'établissement des 
salines, édifié à une époque où l'on avait quel- 
que goût pour le décor ; la porte d'entrée est 
d'un beau style et les bâtiments voisins, cons- 
truits en i8o3 et i8o4 comme le rappellent des 
inscriptions centenaires, contrastent avec les 
vastes halls où les eaux salées sont traitées 
pour la fabrication de produits chimiques variés : 
acides chlorhydrique , sulfurique et azotique, 
ammoniaque, alun, chlorure de chaux, sulfates 
divers et superphosphates dont la quantité se 
développerait davantaye sans le cartel des usines 
allemandes qui fixe à chaque manufacture un 
rayon à desservir. Ces divers produits atteignent 
60000 tonnes, le sel raffiné s'élève à 19000 
tonnes. 

Les salines de Dieu/e remontent à une haute 
antiquité; les gens du pays attribuent même la 
première extraction aux Romains, chose très 
vraisemblable d'ailleurs. Longtemps l'exploita- 
tion fut désordonnée : seigneurs, bourgeois ou 
moines autorisés par le duc de Lorraine foraient 
des puits, retiraient l'eau salée et procédaient 
à l'évaporalion à l'aide des primitifs poêles à 
sel. Une manufacture royale, fondée à la fin du 
dix-huitième siècle, procéda plus scientifique- 
ment et introduisit l'extraction de la soude, de- 

LORRAI.NE 15 



2 26 LORRAINE 

meurée une partie imporlante de la production 
actuelle. 

Les bâtiments industriels sont d'un caractère 
archaïque : foret de charpente bien laite pour 
étonner à notre époque, où le fer permet d'édi- 
fier les nefs vastes et* dégagées. L'ingénieur qui 
nous guidait nous a conduits jusqu'à la plate- 
forme supérieure, à la hauteur des cheminées 
les plus élevées. De là on surplombe le héris- 
sement des couvertures de halls, l'inextricable 
enchevêtrement des poutres et des chevrons, la 
petite ville étendant ses toits plats autour de 
l'église à haute flèche d'ardoises, le quartier mili- 
taire aux couleurs vives, étalé à part, de l'autre 
coté des prairies traversées par laSeille devenue 
un égout. Un cercle de collines basses, couvertes 
de forêts, limite l'horizon au nord et à l'ouest ; 
du côté opposé ce sont les campagnes de Lindre, 
l'immense cuvette de l'étang, toute fauve en 
cette année d'assec. Par l'ouverture, fort large, 
de la vallée inférieure de la Seille, on voit s'éten- 
dre à l'iniini, jusque vers Marsal et Moycnvic, la 
large bande herbeuse des prairies. 

Ce couloir qui finit à la frontière est parcouru 
par la grande route de Nancy à Strasbourg, au- 
jourd'hui désertée, mais si vivante jadis. Aucun 
chemin de fer ne l'a emprunté; une petite ligne 



LE SAULNOIS 227 

amorcée à l'époque française finit toujours en 
impasse à Vie, les Allemands ne l'ont point pro- 
longée. Son achèvement rapprocherait Dieuze 
de Château-Salins et de Nancy; aujourd'hui la 
cité des salines ne peut communiquer avec ses 
voisines que par Bénestroff. En dépit de cet iso- 
lement, elle demeure profondément française, 
cette ville qui eut parmi ses enfants l'écrivain en 
qui s'incarnèrent les dons les plus brillants de 
la race : Edmond About. 

La vallée de la Seille paraît si morne, que nous 
hésitons à la parcourir pour gagner Marsal et 
Château-Salins. Nous parviendrons plus vite par 
Bénestroff, dont les chemins de fer stratégiques 
ont fait le grand centre des communications pour 
le Saulnois. Une des lignes, moins amplement 
aménagée, d'une seule voie, mène de Bénestroff 
à Château-Salins et de là à Nancy, en traversant 
un pays plus riant que les bords de la Haute- 
Seille : de beaux bois, des prés sillonnés par 
d'infimes ruisseaux bordés de saules. A la sortie 
des bois, Rodalbe, enfoui dans la verdure, rem- 
plit le creux où naît l'Albe; plus haut, s'éten- 
dent des chaumes continus. Ces ondulations me 
rappelleraient la Beauce, s'il n'y avait tant de 
plis humides et verts. 



2 28 LORRAINE 

Dans un large bassin, Conthil fait face aux 
pentes sur lesijuelles s'étalent, énormes, les ca- 
sernes de Morhange, avoisinées parles pavillons 
d'officiers. Encore une aire d'où fondrait vers la 
frontière si proche l'avant-garde du flot d'inva- 
sion. De ces pentes stratégiques, des ruisselets 
descendent, alimentent un étang, se reforment en 
un courant qui est la Petite-Seille. Dans la vallée 
bien dessinée sur laquelle s'ouvrent à chaque 
instant des vallons, voici des villages jumeaux, 
Metzing, Haboudange, entre deux pentes ; Riche, 
dont les toits d'un rouge fulgurant tranchent 
avec vigueur dans la verdure. 

Entre les prés, la Petite-Seille se divise en che- 
naux étroits et endormis. Sur une sorte d'éperon 
Burlioncourt, enveloppé d'arbres fruitiers, con- 
temj)le un bel horizon de bois fermé par la forêt 
de Bride et de Kœking derrière laquelle est 
Dieuze. Ce massif finit en pentes douces, tapis- 
sées de cultures et de vignes. Les collines se 
replient en un hémicycle harmonieux dans lequel 
s'enchâsse Hampont, étroitement groupé autour 
de son église à flèche aiguë. 

Le paysage devient plus riant encore avec 
la belle ligne des hauteurs de Chàteau-Salins, 
couvertes d'un vignoble, couronnées de bois, 
jalonnées à leur base par des villages aux toits 



■^rij^mtÂm'^i 




230 LORRAINE 

rouges. Cette aimable rangée de collines se fait 
riche aux abords de la petite ville ; les vignes, 
les champs de houblons, les vergers rappellent 
certains coins d'Alsace vers Obernai. 

Château-Salins, entouré par ces campagnes 
gracieuses, répond peu au cadre. Sauf sa voie 
maîtresse où l'on trouve quelque vie, elle est 
comme déserte. Ses rues trop larges, montueu- 
ses, où l'herbe pousse, où plus d'un logis clos 
révèle l'immigration vers Nancy, font éprouver 
une impression de tristesse. C'est la cité morte 
du Saulnois. 

Elle eut plus d'activité, jadis, quand fonction- 
nait une importante saline inondée par des révo- 
lutionnaires en 1796 et abandonnée en 1826 par 
suite du transfert à Dieuze du personnel et du 
matériel. Quelques années avant la guerre, une 
verrerie occupa l'emplacement et fonctionna jus- 
qu'en 1895; sa fermeture fut un coup sensible 
pour le commerce local, car elle répandait des 
sommes importantes sous forme de salaires. La 
création d'une nouvelle saline exploitée par la 
compagnie Solvay pour la production de la soude, 
et occupant trois cents personnes, n'a pas réparé 
Je désastre, l'usine nouvelle étant à l'écart de la 
ville. 

Château-Salins n'a gardé ([ue des débris fort 



LE SAULXOIS 23 I 

vagues de la forteresse qui lui donna son nom ; 
aucun édifice n'y rappelle le passé ; l'église , 
œuvre moderne dont la haute flèche de pierre 
n'est pas sans beauté, contribue heureusement 
au décor formé par l'humble cité. 

Les environs sont parmi les plus intéressants 
de la Lorraine pour l'archéologue, le géologue, 
le botaniste et le penseur. Il y a là, sur un étroit 
espace, un remarquable théâtre d'études, dans la 
vallée supérieure de la Seille surtout. Les traces 
de civilisation ancienne y offrent un intérêt par- 
ticulier. 

La route de Metz à Strasbourg, conduisant 
directement au cœur de cette région curieuse si 
elle manque de pittoresque, gravit la colline de 
l'est près des vastes constructions de la saline 
nouvelle. Pendant la courte ascension on do- 
mine la vallée de la Petite-Seille ; le fond de 
prairies, parsemé de houblonnières, borde de 
belles pentes couvertes de vignes, de vergers et 
de plantations de houblon. Pour cette dernière 
culture, Château-Salins est le principal centre de 
la Lorraine annexée, se rattachant aux cultures 
françaises de Lunéville et de Gerbéviller. 

Presque aussitôt, la chaussée — que des ingé- 
nieurs modernes auraient tracée autour du co- 



232 LORRAINE 

teau — descend dans un pli où coule un ruisseau 
venu de Morville-lès-Vic. A la pointe du pro- 
montoire, apparaissent les usines Solvay, entou- 
rées des amas de déchets industriels qui souillent 
les abords de tous les établissements sembla- 
bles. Ces déjections enlaidissent le val autrefois 
agreste avec ses vignes, ses champs de céréales 
et de fèves, ses prés où le moulin de Morville 
se révèle par un grand toit rouge surgissant des 
arbres. 

De l'autre côté du val, les puits de sondage 
des salines couvrent la pente, à la jonction du 
chemin de Vie. De nouveau la route s'élève sur 
le plateau où Morville s'abrite dans un pli, do- 
minant le paysage de son singulier clocher 
renflé, surmonté d'une flèche grêle. 

La chaussée est bordée de poiriers et de ceri- 
siers à kirsch. Les fruits sont mûrs, l'adjudica- 
taire du lot que nous traversons procède à la 
cueillette. De chaque côté s'étendent des cé- 
réales, avoine ou blé, un peu de pommes de 
terre, des fèves. Une houblonnière, isolée dans 
ces terrains ras, semble une lilliputienne forêt de 
sapins. 

Brusquement le sol se creuse en un vallon 
large et profond abritant la vaste ferme de Sa- 
livai qui fut, avant l'annexion, chef-lieu d'une 



LE SAULNOIS 233 

commune ; elle dépend aujourd'hui de Morville. 
Des grands hêtres, des pâtures remplies de bé- 
tail et de chevaux, des moissons à peine dorées 
malgré la saison, donneraient à ce coin l'appa- 
rence d'un haut vallon des Vosges, si une pente 
ensoleillée n'était tapissée de vignes. Salivai 
conserve un caractère monastique. Là subsista 
jusqu'à la Révolution une riche abbaye de Pré- 
montrés ; il en reste peu de chose ; au-dessous 
de la ferme une chapelle attire encore les fidèles 
qui viennent vénérer saint Livier décapité par 
les Huns; une fontaine marque le lieu du sup- 
plice. 

Une avenue de frênes conduit de la ferme à la 
route plantée d'arbres fruitiers et atteint le bas 
de la côte, entre des pâturages ombragés de 
saules et parcourus par la Seille, coulant dans 
un lit régulier. Sur la rive gauche apparaît 
Moyenvic, entouré d'arbres et de houblonnières, 
précédé de ruines ayant un aspect féodal : ce 
sont les restes de salines abandonnées. 

Nous ne pénétrons pas dans le bourg, et con- 
tinuons la route vers Marsal. L'ancienne chaussée 
des diligences court au pied de la colline, entre 
des cultures superbes de céréales, de houblons, 
de plantes fourragères au-dessus desquelles 
s'étale un vignoble parsemé d'arbres fruitiers. 



234 LORRAINE 

L'autre côté de la vallée est nu ; ce sont de 
lourdes croupes couvertes d'un manteau de 
moissons. La Seille, étroite, contenue dans son 
lit soigneusement curé, coule en sinuosités au 
fond de cette vallée ou, plutôt, de cette plaine. 
Au milieu des prairies marécageuses voici 
Marsal, occupant à peine l'espace d'un village. 
Ce fut une ville forte cependant, rétablie une 
première fois par Vauban, puis sous Louis-Phi- 
lippe. Elle fut occupée par une garnison jus- 
qu'aux jours sombres de 1870. Alors elle n'offrit 
qu'une médiocre défense ; les Bavarois l'occu- 
pèrent après un court bombardement, auquel 
avaient à s'opposer soixante hommes, dont pas 
un artilleur. Gomme sur les autres parties de la 
trontière, nous n'étions pas prêts. Marsal puisait 
sa principale force dans l'inondation de ses 
abords à l'aide de la Seille, émissaire de l'étang 
de Lindre ; or, en 1870, cette vaste nappe d'eau 
était dans sa période triennale d'assec. On tenta 
bien de tendre les barrages, mais si faible est le 
débit de la pauvre rivière que, après un mois, il 
y avait à peine quelques centimètres d'eau dans 
les prairies. Aussi l'approche fut-elle facile. Si 
l'étang de Lindre avait été en eau, on eût pu 
faire de la ligne de la Seille une base de résis- 
tance en transformant la vallée eu lagune, grâce 



LE SAULNOIS 235 

aux dix millions de mètres cubes que renferme 
l'immense réservoir lorsqu'il est rempli. 

Marsal a perdu son rang militaire, les Alle- 
mands ont démantelé la place. Les remparts 
éventrés remplissent en partie les fossés, à 
peine les devine-t-on de la plaine. En appro- 
chant, le visiteur retrouve des lambeaux de 
muraille sur lesquels s'acharnent les démolis- 
seurs; des jardins potagers ont été établis sur 
les talus où jadis veillaient des sentinelles. 

On pénètre encore dans la ville par une porte, 
que Vauban ouvrit dans un corps de logis gar- 
dant intact l'appareil et la gravité du grand 
siècle. Aussitôt se dresse le décor de nos vieilles 
forteresses : les casernes régulières avec toutes 
leurs inscriptions, le nom et le numéro du bâti- 
ment. On s'attend à entendre sonner le clairon 
ou rouler le tambour. Hélas! aucun soldat dé- 
sormais n'anime ces bâtisses, habitées mainte- 
nant par de pauvres gens ; de même la porte de 
ville, plus monumentale au dedans qu'à l'exté- 
rieur, est veuve de sentinelle. 

Marsal n'est qu'un morne village rural, aux 
rues étroites et boueuses, empuantie de purin, 
suant l'abandon. Bien des logis sont déserts. 
Ce ne fut jamais un séjour agréable ; il est 
lugubre aujourd'hui. Le seul édifice intéressant, 



236 



LORRAINE 



l'église, d'origine romane, fortement remaniée 
à l'époque gothique, renferme plusieurs monu- 
ments funéraires, notamment celui de Fouquet 
de la Routte, gentilhomme du Dauphiné, gou- 
verneur de Marsal, mort en iBSg. Trahi par les 
siens, dit l'épitaphe, 

La pauvre ville perd en ce moment ses der- 
niers caractères guerriers ; le front appelé fort 
d'Orléans, que les Allemands utilisèrent pendant 
le démantèlement pour essayer les effets de la 
dynamite et de la nitroglycérine, achève de tom- 
ber sous le marteau ; les meilleures pierres sont 
vendues pour la construction, les menus maté- 
riaux vont accroître le sol factice sur lequel la 
ville et les bourgs voisins reposent : ce fameux 
briquetage qui a donné lieu à tant de travaux 
archéologiques; véritable comblement, sur près 
de deux mètres d'épaisseur, à l'aide de blocs 
d'argile pétris et cuits. Il semble que l'exploi- 
tation du sel ait été cause de ce travail colossal ; 
les populations anciennes ne trouvèrent pas 
d'autre moyen de s'installer près des sources 
salées qui sourdaient au sein du marais incon- 
sistant. Le briquetage porta donc les cités pri- 
mitives ; les Romains auraient consolidé celte 
œuvre. On retrouve cette plate-forme artificielle 
à Movenvic, à Vie, à Salonnes, à Burthecourt. 



LE SAULNOIS 287 

Les sondages l'ont fait reconnaître sur plus de 
5oo 000 mètres ; Vauban assit sur elle les rem- 
parts et les bastions de Marsal ; la ville plus 
considérable de Vie repose en entier sur le bri- 
fjuetage. 

Le sel était un objet de consommation et 
d'échange trop précieux, pour que, de bonne 
heure, les populations, privées des méthodes de 
forage qui en rendent aujourd'hui l'extraction si 
facile, ne se soient pas groupées autour des 
sources naturelles. Aussi les points d'extraction 
étaient-ils plus nombreux que de nos jours, dans 
l'antiquité et au Moyen Age. Marsal avait ses 
salines comme Moyenvic ; il y en eut dans toute 
la vallée de Lezey et de Le}', derrière les collines 
qui dominent Marsal au sud. 

Nous serions restés longtemps à errer à tra- 
vers Marsal, subissant le charme douloureux de 
cette cité morte, mais la visite du pays salé n'est 
pas finie. Nous allons à Moyenvic, autre centre 
dépeuplé, moins morne cependant, placé dans 
une excellente situation au débouché des vallons 
de Salivai et de Lezey. Des jardins luxuriants 
qui ont remplacé les fortifications détruites en- 
veloppent le village ; l'église montre un beaii 
porche surmonté d'un clocher sculpté moderne. 



238 LORRAINE 

De l'ancienne saline, il reste un pavillon d'assez 
belle allure, portant encore l'inscription saline 
particulière. Malgré l'abandon de ses puits salés, 
Moyenvic est gai, ses maisons très propres ont 
des jardins embaumés de roses, de phlox, de 
lis et d'autres fleurs éclatantes. De riches plan- 
tations de houblon l'entourent. 

Un des ruisseaux qui viennent rejoindre la 
Seille porte sur les cartes la mention canal de 
Jlottafje des salines. Il parcourt sur i3 kilo- 
mètres une large vallée ouverte entre celles de 
la Seille et du Sanon. Je n'ai pu trouver d'indi- 
cation sur le but de ce canal et la date à laquelle 
il fut conçu. Il apportait sans doute aux sa- 
lines, à bûches perdues, les bois des forêts qui 
s'étendent vers Réchicourt. 

Une demi-lieue à peine sépare Moyenvic de 
Vie, centre le plus populeux de toute la vallée 
de la Seille après Dieuze, mais bien déchu de- 
puis l'annexion par suite d'une émigration consi- 
dérable. La route parcourt une riche campagne; 
des céréales, du trèfle, des prés remplis de 
chevaux se suivent jusqu'à un monticule planté 
de houblon soiis lequel s'étend la petite ville. 
Les bords de la rivière sont célèbres parmi les 
botanistes, car ils constituent, par leur flore, 
des marais salés analogues à ceux des bords 



LE SAULNOIS 289 

de l'Océan. On trouve d'ailleurs des marais 
semblables dans toule la contrée, mais ceux de 
Vie sont les mieux étudiés par leur voisinage 
de la ville. M. Camille Brunotte, professeur 
agrégé à l'école de pharmacie de Nancy, a con- 
sacré une intéressante notice à ces stations bota- 
niques ('). 

Comme ses voisins, Vie dut sa naissance aux 
sources salées, mais elle s'est développée davan- 
tage. Il y eut un poste romain où Postumus au- 
rait été proclamé empereur par ses troupes. Les 
rois francs d'Austrasie y possédaient une villa. 
Plus tard les évêquesde Metz en firent une place 
de refuge et se plurent à l'embellir. A ce rang 
de résidence épiscopale, Vie dut d'intéressants 
édifices dont beaucoup sont encore debout. Logis 
de bourgeois et de prêtres montrent çà et là des 
traces de noble architecture. Le palais épiscopal, 
bien dénaturé, mais encore habité, se dresse sur 
une promenade ombreuse, près d'une porle de 
ville remarquablement conservée ; l'ancien hôtel 
,des monnaies garde d'admirables fenêtres go- 
thiques à croisillons, richement ornées ; une 
niche, à l'angle de la maison, abrite une vieille 



I. Les Marais salés de la vallée de la Seille. — Nancy, 
Berger-Le\Taull et G'«. 



24o LORRAINE 

statue de la Vierge. L'hôtel de ville est une an- 
cienne demeure monastique. 

La Seille coule au milieu de la ville, entre des 
murs de jardin et des maisons dont le flot salin 
baigne le pied. Ces bords de rivière, des débris 
de remparts, la porte féodale sont les parties les 
plus pittoresques de la petite ville. Sur la place 
principale la statue de Jeanne d'Arc surmonte 
un tronçon de colorme. Cette image est doulou- 
reuse en ce pays arraché à la patrie pour laquelle 
Jeanne combattit et mourut. 

Vie a perdu ses salines, désormais inexploi- 
tées; aucune industrie n'a remplacé l'extraction 
du sel. La population vit du commerce avec les 
communes voisines, de la culture de la vigne et 
du houblon. Deux fabriques de chapeaux, de 
médiocre importance, représentent seules l'ac- 
tivité manufacturière. Quant au sel, il n'est plus 
utilisé, en dehors de Château-Salins et de Cham- 
brey, qu'à Ley, sur le canal de flottage, où le 
gisement de Salées Eaux, employant treize ou- 
vriers et le plus riche en sel de la vallée, fournit 
environ i 700 tonnes par année. La production a 
la gare de Vie pour point d'embarquement. 

La voie ferrée qui aboutit à la ville, ligne très 
courte, 3 kilomètres à peine, se rattache à Bur- 
thecourt au chemin de fer de Nancy à Château- 



LE SAULNOIS 2^1 

Salins, après avoir traversé des prés peuplés de 
bétail et de chevaux. Sur la rive gauche, du 
houblon; sur la rive droite, un vignoble dont le 
vin rouge a quelque réputation locale, tel est le 
paysage jusqu'à Burthecourt etàChambrey, sta- 
tion frontière, toute proche. Chambrey possède, 
depuis 1881, une importante saline occupant 
quarante ouvriers et produisant loooo tonnes 
chaque année. 

D'autres salines existaient près du confluent 
de la Seille et de la Pelite-Seille, à Salonnes, 
dont le nom perpétue le souvenir de sources au- 
jourd'hui abandonnées. Depuis le dix-septième 
siècle les poêles à sel ont cessé d'y fonctionner. 
Aujourd'hui le village vit par l'élevage et par la 
culture du houblon. Il s'étend au milieu de la 
vallée de la Petite-Seille, si placide avec ses gras 
pâturages encadrés de saules croissant en boule, 
au pied des coteaux revêtus de vignes et héris- 
sés de houblonnières. Ce paysage se poursuit 
jusqu'à Château-Salins, mollement assis dans 
son val embrumé par la fumée des usines à 
soude. 



LORRAINE 16 



XIV 

DE LA SEILLE A LA NIED FRANÇAISE 



Les chemins de fer stratégiques. — Ascension du plateau. — 
Delme et sa côte. — En Saulnois. — Villages détruits. — Les 
bords de la Seille. — Le pays d'Isle. — Le canton de Verny. 
— Apparition de ]SIetz. — Retour à la côte de Delme. — Le 
panorama. — Morhange et ses casernes. — Une ville militaire 
allemande. — Les champs de manœu"VTes et les stands. — 
L'étang de Bischwald. — Source de la Nied allemande. — 
Gros-Tenquin et ses campagnes. — La vallée de la Rottc. — 
A la Nied française. 



Remilly. Septembre. 

L'état de tension entre la France et l'Allema- 
gne, aggravé ou assoupi selon les temps, selon 
l'humeur de nos voisins, a valu à la Lorraine 
annexée comme à la partie restée française un 
développement inespéré des voies ferrées. Le 
désir d'amener rapidement les troupes soit sur 
les points de concentration pour l'offensive, soit 
sur les points menacés, a fait jeter des rubans 
de rails en des contrées pauvres, fort acciden- 
tées, offrant un trafic dérisoire. Ainsi a été cons- 
truite la ligne de Château-Salins à Delme, si 






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244 LORRAINE 

récemment ouverte que nos cartes d'état-major 
ne l'indiquent pas encore. Ligne à une seule 
voie, mais organisée en vue de conduire au pied 
des hauteurs, la côte de Delme, des forces suffi- 
santes pour garder cette admirable position. 

A peine ouverte, elle eut un résultat écono- 
mique douloureux pour la vallée de la Seille. 
Ses petites villes. Vie et Château-Salins, déjà 
frappées par l'émigration, ont vu les populations 
rurales se détourner d'elles pour aller faire leurs 
acquisitions au chef-lieu. Les doléances sont 
vives; elles cesseront peut-être, car la. course à 
Metz étant coûteuse et les occasions de dépenses 
plus grandes; les bonnes gens du pays de Delme 
reviendront sans doute à leurs habitudes ances- 
trales. 

Cette voie ferrée est précieuse pour le tou- 
riste; elle lui permet de visiter rapidement un 
pays en somme monotone, sans grand intérêt, 
où les courses pédestres seraient fastidieuses 
et longues. Je l'ai enqjloyée pour parcourir la 
vallée de la Seille jusqu'aux abords de Metz et 
revenir par les hautes collines qui font face aux 
petits monts restés français des environs de 
Nomehy. 

Au départ de Château-Salins le chemin de fer 



DE LA SEILLE A LA MED FRANÇAISE 2L\D 

a les allures d'une ligne de montagne. En un 
court trajet il doit s'élever de plus de i lo mètres 
au-dessus de la Petite-Seille. Une série de lacets 
l'amène au premier ressaut des collines, en mon- 
trant dans son intimité la ville, toute menue, en 
sa vallée très large et verte. La voie contourne 
Amelécourt, le domine et va parcourir une con- 
que couverte de céréales pour pénétrer dans une 
sorte de petit col couvert à 335 mètres au-dessus 
de la mer : là était le télégraphe à signaux, 
encore inscrit sur les cartes. 

La descente, fort douce, a lieu vers Fresnes- 
en^Saulnois assis dans un plateau en cuvette 
couvert de moissons. Le village est à la nais- 
sance d'un vallon rapidement creusé qui des- 
cend à la Seille en passant au pied de la foret 
de Grémecey. Le plateau, très étendu, jaune de 
céréales mûrissantes, est parsemé de villages 
qui se sont tous assis dans les plis où l'on trouve 
l'eau des sources. Voici, au bord du ruisseau 
Saint- Jean, Oriocourt, précédé par une vaste 
construction, un couvent sans doute; en face 
pointe le clocher de Laneuveville-en-Saulnois. 

Bien que ces hautes terres ne révèlent ou ne 
montrent aucun indice de sel, elles font toujours 
partie du Saulnois, province de l'ancien duché 
de Lorraine, constituée par le pays entre Seille 



246 LORRAINE 

et Nied. C'est pourquoi le suffixe en Saiilnois 
se retrouve jusque dans les environs de Metz. 
Ici plus de marais salants, pas de cheminées 
d'usines : des cultures, des herbages où le bétail 
abonde. Au-dessus de ces campagnes tranquilles 
la butte du bois de Tincry et la côte de Delme 
se dressent comme des forteresses. 

Voici Delme, grand village entre des pâtures 
encadrant la haute église ogivale moderne et les 
toits rouges. La côte domine le site; de près elle a 
mieux encore l'aspect d'un oppidum. Ses pentes, 
très raides, sont entourées de villages, pour la 
plupart infimes. Un ruisseau, descendu des hau- 
teurs, creuse un lit étroit et vient à Delme se 
confondre avec le ruisseau de Saint-Jean. 

A l'occident on devine la Seille décrivant ses 
singuliers méandres dans une vallée aux pentes, 
douces, constituant longtemps la frontière. Les 
populations se sont portées de préférence au 
bord de cette eau étroite et lente ou des rus qui 
la rejoignent. Les plateaux durent cependant 
avoir des bourgs autrefois, mais leur situation 
sur les hauteurs, en en faisant souvent des places 
fortes, amena leur ruine. Le souvenir de ces 
centres disparus survit parfois, des substructions 
révèlent même l'emplacement de Doncourt dont 
le désastre remonte ù bien des siècles. « Ancien 



DE LA SEILLE A LA XIED FRANÇAISE 247 

village détruit par les templiers », dit notre carte 
de l'état-major. Mais les savants allemands 
fixent la destruction à la fin du quinzième siècle. 
Il n'y avait plus de templiers depuis longtemps ! 

Non loin des ruines de Doncourt, Aulnois- 
sur-Seille possède un des rares châteaux de 
cette contrée placidement agreste, noble et ma- 
jestueuse demeure du dix-septième siècle faisant 
face aux campagnes restées françaises de Lé tri - 
court et Chenicourt. A côté, le castel féodal a 
laissé un donjon et une tour carrée donnant un 
peu de fierté au calme paysage de la Seille. 

Aux abords de Delme on découvre un beau 
paysage formé par les pittoresques hauteurs 
restées françaises du canton de Nomeny : mont 
Saint-Jean, mont Toulon, côte Sainte-Geneviève; 
d'autres encore, sorte de bastions détachés de la 
belle chaîne de collines qui bordent la Moselle 
depuis Nancy jusqu'à Mousson et dont la ligne 
harmonieuse se déroule sur le ciel d'un azur 
profond. Ces petits monts forment l'arête mé- 
diane de la contrée encore appelée l'Isle à cause 
de sa situation entre la Seille et la Moselle. 

La côte de Delme a les dernières pentes de 
son piédestal sur le territoire resté français, la 
Seille ayant cessé de former la frontière pour 
pénétrer dans le canton de Nomeny où elle erre 



2/|8 LORRAINE 

pendant 20 kilomètres. De nombreux villages 
couvrent le territoire des deux pays; ils forment 
comme une chaîne au pied des hauteurs. Le sol, 
entièrement cultivé, est d'argile avec des strates 
de calcaire. Les céréales dominent, mais il y a 
quelques cultures spéciales, ainsi Moncheux-la- 
Grande produit des semences. 

Les herbages sont nombreux aussi, on y élève 
en multitude un bétail qui donne lieu à un grand 
mouvement d'aflaires. Achâtel possède plusieurs 
commerçants en bœufs et vaches, Louvigny fait 
les transactions en porcs, chevaux et vaches. La 
plupart des négociants sont juifs, ceux-ci ont en 
Lorraine le monopole de cette branche d'activité. 

Le plateau a quelques plis parcourus par des 
ruisseaux indigents. L'un deux naît à Vigny et, 
devenu plus bas le ruisseau de Moince, atteint 
la Seille à l'endroit où elle vient encore frôler un 
instant la frontière avant de rentrer de nouveau 
en Lorraine annexée pour ne plus quitter le pays 
messin. Toujours sinueuse, la rivière coule dans 
une vallée plus évasée ; les pentes douces mon- 
tent vers le plateau strié de vallons d'où l'on 
commence à découvrir les hauteurs de Metz, 
brutalement arasées au sommet par les lignes 
géométriques des forts. 

Les villages du plateau sont presque tous à 



DE LA SEILLE A LA MED FRANÇAISE 2^9 

l'écart de la grande route de Metz à Strasbourg, 
longtemps artère vitale du pays. Les ingénieurs 
d'autrefois préféraient les tracés réguliers où les 
diligences et les voitures de poste s'en allaient 
rapidement par la ligne droite, en évitant la tra- 
versée des Alliages où les rues étroites étaient 
une cause de ralentissement. Le chemin de fer a 
réparé le dommage, après bien des années. Il se 
rapproche de Pagny-les-Goin et de Goin oubliés 
autrefois par la route. De la portière des wa- 
gons on peut voir le vieux château de Goin, 
encore habité, œuvre du quatorzième siècle avec 
d'intéressantes parties de la Renaissance. 

Cette contrée, où les fermes isolées sont rares, 
mais les villages nombreux, dépend du canton 
de Verny, fort vaste avec ses trente-huit com- 
munes, mais médiocrement peuplé ; aucun de 
ces centres n'atteint 900 âmes. Le chef-lieu lui- 
même est un village de 200 habitants à peine ; il 
en eut plus de 3oo, mais là encore l'émigration a 
sévi. L'humble bourg occupe un joli creux, aux 
pentes tapissées de vignes. 

A peu de distance, la Seille erre dans la 
vallée de prairies, fort étendues ; des roseaux la 
bordent. Aucune habitation ne s'est bâtie sur 
ces terres basses, mais les villages sont multi- 
pHés sur les pentes ou dans les cultures. Un 



2/i8 LORRAINE 

pendant 20 kilomètres. De nombreux villages 
couvrent le territoire des deux pays; ils forment 
comme une chaîne au pied des hauteurs. Le sol, 
entièrement cultivé, est d'argile avec des strates 
de calcaire. Les céréales dominent, mais il y a 
quelques cultures spéciales, ainsi Moncheux-la- 
Grande produit des semences. 

Les herbages sont nombreux aussi, on y élève 
en multitude un bétail qui donne lieu à un grand 
mouvement d'affaires. Achâtel possède plusieurs 
commerçants en bœufs et vaches, Louvigny fait 
les transactions en porcs, chevaux et vaches. La 
plupart des négociants sont juifs, ceux-ci ont en 
Lorraine le monopole de cette branche d'activité. 

Le plateau a quelques plis parcourus par des 
ruisseaux indigents. L'un deux naît à Vigny et, 
devenu plus bas le ruisseau de Moince, atteint 
la Seille à l'endroit où elle vient encore frôler un 
instant la frontière avant de rentrer de nouveau 
en Lorraine annexée pour ne plus quitter le pays 
messin. Toujours sinueuse, la rivière coule dans 
une vallée plus évasée ; les pentes douces mon- 
tent vers le plateau strié de vallons d'où l'on 
commence à découvrir les hauteurs de Metz, 
brutalement arasées au sommet par les lignes 
géométriques des forts. 

Les villages du plateau sont presque tous à 



DE LA SEILLE A LA NIED FRANÇAISE a/jQ 

l'écart de la grande roule de Metz à Strasbourg, 
longtemps artère vitale du pays. Les ingénieurs 
d'autrefois préféraient les tracés réguliers où les 
diligences et les voitures de poste s'en allaient 
rapidement par la ligne droite, en évitant la tra- 
versée des villages oîi les rues étroites étaient 
une cause de ralentissement. Le chemin de fer a 
réparé le dommage, après bien des années. Il se 
rapproche de Pagny-les-Goin et de Goin oubliés 
autrefois par la route. De la portière des wa- 
gons on peut voir le vieux château de Goin, 
encore habité, œuvre du quatorzième siècle avec 
d'intéressantes parties de la Renaissance. 

Cette contrée, où les fermes isolées sont rares, 
mais les villages nombreux, dépend du canton 
de Verny, fort vaste avec ses trente-huit com- 
munes, mais médiocrement peuplé ; aucun de 
ces centres n'atteint 900 âmes. Le chef-lieu lui- 
même est un village de 200 habitants à peme; il 
en eut plus de 3oo, mais là encore l'émigration a 
sévi. L'humble bourg occupe un joli creux, aux 
pentes tapissées de vignes. 

A peu de distance, la Seille erre dans la 
vallée de prairies, fort étendues ; des roseaux la 
bordent. Aucune habitation ne s'est bâtie sur 
ces terres basses, mais les villages sont multi- 
pliés sur les pentes ou dans les cultures. Un 



2 0O LORRAINE 

château, à Coin-sur-Seille, couvre une terrasse 
d'où l'on découvre tout le sol herbeux. Dans 
une petite plaine, au fond d'un ru descendu des 
collines qui séparent la Seille de la Moselle, 
s'étend Pournoy-la-Ghétive ; ce nom paraît indi- 
quer une région stérile puisque sur la rive op- 
posée de la Seille est Pournoy-la-Grasse. 

Celle-ci se trouve en effet dans un terrain 
mieux favorisé, le sol est plus fertile. Même à 
côté de Pournoy-la-Grasse, Coin-lès-Cuvry donne 
une impression d'opulence par la beauté de ses 
moissons. En face, la Seille décrit un brusque 
contour dominé par des berges raides plantées 
de vignes. Il y a la variété de cultures qui si- 
gnale le voisinage des villes populeuses. Metz 
est proche, l'énorme masse de la cathédrale et 
des flèches d'église se dressent à l'horizon. 

Les villages sont plus considérables. L'un 
d'eux, Marly-sur-Seille , occupe les deux rives 
de la rivière, dans une riche campagne où les 
champs sont souvent séparés par des lignes de 
saules bas; les ondulations couvertes d'arbres 
contrastent avec la nudité du plateau jusqu'alors 
traversé. 

Nous n'avons pas poursuivi la route vers 
Metz; descendus à Augny, nous avons attendu 



DE LA SEILLE A LA NIED FRANÇAISE 25 1 

le premier train montant vers Château-Salins 
pour gagner Liocourt et de là gravir la côte de 
Delme. Ascension courte, pénible cependant en 
ce brûlant été. Puis la chaleur fait naître une 
brume livide atténuant la beauté des horizons. 
La vue est immense, mais les détails sont émous- 
sés par ce voile. 

Et le tableau perd de sa grandeur, tout en res- 
tant superbe encore. Vers le nord, on cherche 
avant tout Metz, très distincte entre ses collines 
couronnées de forts. La haute nef de la cathé- 
drale domine puissamment les toits d'où sem- 
blent surgir les tours et les flèches. Plus loin 
des nuages sombres de fumée révèlent Thion- 
ville et sa banlieue peuplée d'usines métallur- 
giques. 

De ces villes jusqu'à Nomeny, et plus loin 
encore vers Lunéville, se dresse dans toute sa 
splendeur la chaîne des collines mosellanes et 
le massif de la Meurthe qui nous masque Nancy. 
Une vaste partie de la Lorraine française ap- 
paraît ainsi, comme sur une carte en relief : 
plateau de Malzéville, forêt de Haye, hauteurs 
riveraines du Sanon. Plus près c'est la vallée de 
la Seille, la région de Vie, Château-Salins ; les 
jolies collines de Marimont, de Montdidier et du 
point de partage entre la Petite-Seille et l'Albe. 



2i32 LORR.\INE 

A l'orient les vues sont plus vastes encore, car 
rien n'arrête le regard, aucune colline un peu 
haute ne forme écran devant la vaste contrée 
parcourue par la Nied française. Au premier 
plan, cependant, la colline couverte par le bois 
de Juvelle et la table qui porte le bois de Tincry 
presque aussi haute que la côte de Delme — 887 
et 4o5 mètres — masquent quelques villages. 

Avec le soleil baissant à l'horizon, le tableau 
prend soudain plus de précision. La brume de 
chaleur qui pesait sur le paysage se dissipe et 
le spectacle devient merveilleux. Nous sommes 
restés longtemps à jouir de cet admirable cré- 
puscule donnant tant de douceur apaisée à ce 
pays qui, tout à l'heure, évoqua des pensées si 
troublantes par le rude aspect des forts de Metz 
et l'apparition des hauteurs de Nancy prêtes à la 
résistance. Mais la nuit vient, il faut descendre 
à Delme pour gagner Château-Salins puis Bénes- 
trofi'où nous devons passer la nuit. 

Je suis attiré ici par le désir de visiter Mor- 
hange. Bourg de moins de i 3oo âmes avant 
1870, cette commune du canton de Gros-Ten- 
quin est devenue une ville de plus de 7 000 âmes. 
Cet énorme accroissement ne doit rien à l'indus- 
trie ou au commerce. C'est le fait de l'état de 



DE LA SEILLE A LA MED FRANÇAISE 253 

veillée des armes amené par la conquête de 
l'Alsace et de la Lorraine. L'ancien village s'est 
transformé en cité militaire par l'installation 
d'une grosse garnison. 

La situation de Morhange sur une terrasse 
bien exposée au soleil l'a sans doute fait choisir 
de préférence à Château-Salins, trop à proximité 
immédiate de la frontière et à BénestrofT, de- 
venu le grand centre des chemins de fer mili- 
taires dans cette partie de la Lorraine et qu'il 
semblait naturel de couvrir directement. Mor- 
hange est d'ailleurs assez voisin de cette impor- 
tante gare stratégique pour pouvoir envoyer des 
troupes au cas où les chances des premiers com- 
bats permettraient à l'armée française de menacer 
les points de concentration de l'armée allemande. 
C'est dans ce but que ce centre rural a été trans- 
formé en grosse garnison. 

Morhange n'est pas sur les voies ferrées. Deux 
kilomètres le séparent de la gare portant son nom 
sur la ligne de Metz à Strasbourg ; il y en a près 
de quatre pour aller au sud rejoindre la ligne de 
Château-Salins à Conthil. Entre Bénestroff et la 
gare de Morhange, le pays parcouru est un pro- 
longement de la région des étangs. De grandes 
nappes d'eau, bien moins vastes cependant que 
le système dont Lindre est la masse principale, 



254 LORRAINE 

s'étalent, très ramifiées en baies, au fond de dé- 
pressions. Là se forment la Xied allemande et la 
Rotte, principal affluent de la Xied française. 

Des bois, des terres maigres, des plissements 
où coulent des ruisselets, le creux où Rodalbe 
borde l'Albe naissante, des cultures encadrées 
de lambeaux de forets, tel est, jusqu'à la station 
de Morhange, le paysage, assez terne. La gare, 
jadis en pleine solitude, a vu surgir quelques 
constructions. A côté d'une tuilerie du temps 
français, sont de vastes magasins militaires. La 
ville se révèle au loin par ses casernes ; les bâ- 
tisses neuves masquent complètement l'ancien 
bourg, d'ailleurs abrité dans un pli où coule une 
source allant alimenter l'étang du Moulin Neuf, 
affluent de la Seille. 

La route de Xancy à Sarreguemines laissait à 
faible distance le vieux bourg ; elle court au 
sommet des collines qui préservent Morhange 
des vents du nord. Cette chaussée reste en 
dehors du mouvement ; on l'abandonne presque 
aussitôt après avoii' quitté la gare, pour suivre 
l'ancien chemin devenu voie très fréquentée. 
A un kilomètre on rencontre les premières cons- 
tructions, formant une rue longue de 1200 mè- 
tres, d'un caractère bien particulier. A gauche, 
un hôpital militaire, puis une ligne de casernes 



DE LA SEILLE A LA NIED FRANÇAISE 2 05 

formées de vastes constructions rangées autour 
de grandes cours plantées d'arbres. Cela semble 
interminable. Une brigade d'infanterie, un régi- 
ment de uhlans, plusieurs batteries d'artillerie 
occupent ces quartiers ayant encore toute la 
fraîcheur des pierres neuves. L'autre côté de la 
rue, à droite, est laissé aux constructions civiles 
et occupé surtout par des Allemands immigrés 
qui ont installé des brasseries, des boutiques 
d'objets à l'usage des soldats, des magasins 
d'équipement. Une grande librairie possède un 
vaste éventaire de livres, de cartes, de photo- 
graphies. 

La rue se poursuit ; à gauche, les casernes 
cessent, mais remplacées par d'autres construc- 
tions régulières, d'une froide élégance, entourées 
de jardins ombragés et fleuris. Des rues droites 
sur lesquelles des arbres se penchent au-dessus 
des grilles se coupent en damier. C'est le quar- 
tier des officiers — Offizier-Viertel — finissant 
sur la campagne par un boulevard d'où la vue 
s'étend au sud jusqu'à la vallée de la Petite- 
Seille; Morhange n'aurait pu fournir des loge- 
ments aux nombreux officiers appelés à y rési- 
der ; on a donc construit cette sorte de ville 
aristocratique pour abriter les ménages mili- 
taires, du général aux sous-lieutenants. 



256 LORRAINE 

Gela n'est pas trop allemand, on dirait plutôt 
une station balnéaire d'un goût sobre. Le style 
(jermanique avec ses lignes tourmentées, ses 
pignons gondolés, ce baroque cher aux archi- 
tectes actuels d'outre-Rhin se retrouve pourtant 
dans ce qu'on pourrait appeler les édifices pu- 
blics de cette Neiistadt de Morhange : casino des 
officiers, salles des fêtes, etc. Au point de suture 
de la ville neuve et de l'ancien bourg, un vaste 
hôtel des postes à pignon dentelé offre un mé- 
lange singulier de goût allemand et de simplicité 
française. L'activité est extrême aux heures de 
courrier, quand arrivent les vaguemestres, lors- 
que les petites voitures des régiments viennent 
chercher les colis postaux renfermant les provi- 
sions que les familles envoient aux soldats. 

A quelques pas de là commence le vieux Mor- 
hange, par une rue en pente sur laquelle s'ouvre 
une autre voie aboutissant à une place assez 
vaste, bordée de boutiques nombreuses et d'un 
petit hôtel de ville portant, au fronton, le mot 
mairie^ en français. Tous les magasins ont des 
noms français aussi; c'est un saisissant décor de 
vieille bourgade semblable à ce que nous trou- 
verions dans nos anciennes provinces, Dauphiné 
ou Normandie. Après la traversée du quartier 
allemand, des interminables rangées de casernes. 



DE LA SEILLE A LA MED FRANÇAISE 207 

du fourmillement des casques à pointe, cela pro- 
duit un elFet extraordinaire. Les braves gens 
debout devant leurs portes, les éventaires, les 
exclamations des gamins jouant dans la rue, ce 
je ne sais quoi dans l'allure et les gestes, c'est 
la France demeurée intacte malgré l'invasion 
qui donne à Morhange sept Germains pour un 
Gaulois. 

Pas de monuments dans ce bourg tranquille; 
l'église a quelques parties intéressantes du dou- 
zième siècle noyées dans une réfection du quin- 
zième. Les remparts du Morhange féodal ont 
disparu, laissant d'insignifiants vestiges. Au- 
cune industrie, sinon les tuileries de la gare, 
fort développées par l'intense activité des cons- 
tructions militaires. Les usines qui dressent 
leurs cheminées au-dessus de la ville neuve sont 
nées, elles aussi, des besoins de la garnison : 
buanderie à vapeur, boulangerie, fabrique de 
saucisses pour la troupe. Le gro^ commerce 
lui-même, celui du bétail, a reçu un grand déve- 
loppement par la présence des régiments ; il est, 
comme partout en Lorraine, aux mains des 
Israélites. 

La campagne immédiate n'a pas été moins 
modifiée par la présence de ces milliers de sol- 
dats; des embryons de faubourgs montent à 

LORRAINE 17 



260 LORRAINE 

Les villages, nombreux, sont tous à conso- 
nance Française. Les Allemands se sont efforcés 
de les déformer. De Suisse ils ont fait Sûlzen, 
d'Arraincourt, Armsdorf, mais ils ont respecté 
Lesse, Holacourt et Baudrecourt, puis dans les 
cantons de Delme et de Verny ils ont maintenu 
toutes les désignations françaises. Suisse-Haute 
et Suisse-Basse doivent leurs noms aux émi- 
grants helvétiques qui vinrent combler les vides 
faits par les massacres suédois. 

La contrée se fait plus placide à mesure que 
les collines perdent de leur fierté d'allure. 
Grands prés où le bétail abonde, croupes dénu- 
dées semblables à celles de l'Artois. Après Ar- 
raincourt les hauteurs reprennent un peu de 
grandeur; une butte qui domine Thicourt atteint 
345 mètres d'altitude. Au-dessous dort le long 
étang de Bouligny, voisin de celui d'Holacourt, 
maintenant asséché. 

La vallée s'élargit au-dessous de Vatimont 
dont les Allemands ont fait Walersberg. La 
Rotte y atteint la Nied française. Les horizons 
s'entr'ouvrent quand Saint-Èvre et Han-sur-Nied 
sont dépassés; on voit au nord moutonner les 
futaies de la forêt de Bemilly. Dans la vallée 
large, verte, pastorale, les deux grandes lignes 
stratégiques de Metz à Strasbourg et de Metz à 



DE LA SEILLE A LA MED FRANÇAISE 26 1 

Sarrebruck se rapprochent et utilisent la même 
plate-forme jusqu'à la gare de Remilly, voisine 
de l'église dont le clocher carré est singulier par 
sa flèche aiguë, flanquée de quatre clochetons 
semblables, ajourés, portés sur une galerie en 
encorbellement. 



XV 



METZ 



Origines gauloises de Metz. — La France et la cité messine. — 
Le paysage de Metz. — La germanisation des noms de lieux. 
— Entrée en ville. — Le A-ieux Metz, ses rues et ses monu- 
ments. — Ney. — Fabert. — La cathédrale. — Une église en 
verrières. — La campagne messine vue de la plate-forme. — La 
Moselle et ses affluents messins. — La rue des Tanneurs. — 
Les îles. — La colonie italienne. — Le nouveau quartier alle- 
mand de la gare. — ■ L'Esplanade. 



Metz. Novembre. 

Aucune autre cité d'Alsace ou de Lorraine ne 
fait éprouver une sensation semblable à celle 
ressentie à Metz. Cette ville tenait par tant de 
racines à la nationalité française ; elle était si 
bien nôtre par la langue et la façon de concevoir, 
dès l'époque où la Gaule eut conscience de son 
état de nation, que, même pendant sa glorieuse 
période d'indépendance républicaine, elle avait 
plus de contact avec le royaume de France 
qu'avec la Lorraine ducale. Quant au Saint- 
Empire allemand, c'était l'ennemi. 



METZ 263 

Cité guerrière, où se formèrent tant de grands 
soldats parmi ses régiments et son Ecole d'appli- 
cation, elle incarnait en quelque sorte la France 
militaire. C'est pourquoi le désastre inouï ac- 
compli sous ses murs et dont elle fut la victime 
semble le point culminant des douleurs que 
nous avons éprouvées. En France, où les plaies 
les plus profondes ne font pas disparaître notre 
goût de pittoresque parfois intempestif, en 
France, où l'on parle si souvent de l'Alsace en 
oubliant l'autre province moins belle, moins 
curieuse par ses costumes et ses usages, Metz 
cependant reste chère à tous, à l'égal de Stras- 
bourg. La France pourrait dire, comme Marie 
Tudor après la prise de Calais — par un Guise, 
un Lorrain : — « Si l'on m'ouvrait le cœur, on y 
trouverait écrit le nom de Metz. » 

Le Français qui entre à Strasbourg et trouve 
une ville opulente, gaie, française malgré tout 
par l'allure, prend à peine garde aux uniformes 
noyés dans une foule active. Il n'éprouve pas 
une angoisse trop forte, surtout s'il s'est préparé 
à sa visite par un passage en d'autres villes, 
Mulhouse, Colmar ou Saverne. Mais à Metz, on 
ressent comme une morsure. On y est parvenu 
sans la transition des montagnes, par cette vallée 
de la Moselle aux lignes si douces — même 









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Cari d l Fiat m jor f a ca s 



LA CONSTRUCTION DE LA NOUVELLE GARE 



266 LORRAINE 

lorsque les collines sont fières de forme — aux 
horizons tranquilles comme ceux de Touraine. 
En vain des arêtes brutales de forts couronnent 
les hauteurs. Ces pentes couvertes de vignes, 
cette large rivière coulant à pleins bords entre 
les prés, ces villages riants réfléchis dans l'eau 
calme ou à demi masqués par les grands arbres, 
c'est la France toujours, comme nous nous plai- 
sons à la représenter quand nous voulons le 
paysage type de la patrie. 

Mais aussitôt parvenu sous le grand hall de la 
gare condamnée à une destruction prochaine ('), 
un choc se produit dans le cerveau. Les trains 
arrêtés le long des quais sont en grande partie 
composés de wagons prussiens, où les qua- 
trièmes classes dominent ; les employés, nom- 
breux, donnent une physionomie d'occupation 
militaire, les inscriptions indiquant les départs 
ne disent que des noms allemands inconnus à 
nos yeux et à nos oreilles : Diedenhofen, Saar- 
gemiind, Bolchen, Busendorf. Cela veut dire 
Thionville, Sarreguemines, Boulav, Bouzonville ! 
Fontoy est devenu Fentsch ; Audun-le-Tiche, 
Deutsch-Oth. L'hôte de Metz aux années qui 



I. La carte des pages 264 et 265 donne un plan réduit de 
Metz telle que sera bientôt la ville (1907). 



3IETZ 267 

précédèrent la guerre se croit loin, bien loin, en 
quelque partie du Hanovre ou de la Thuringe, 
tant sont déformés pour lui ces noms de lieux 
jadis doux à l'oreille. 

Plus brutale encore est la métamorphose lors- 
qu'on débouche sur la place de la Gare. Les 
remparts ont disparu, le fossé est comblé, la 
porte Serpenoise a été transformée en une sorte 
d'arc de triomphe à la gloire des vainqueurs de 
1870. Tout autour naît une cité neuve où le goût 
allemand, ce que le spirituel Strasbourgeois 
qu'était Ferdinand Reiber avait si heureusement 
appelé le style néoschwobQ), s'affirme dans toute 
sa lourdeur. Le décor actuel est provisoire, la 
gare en cul-de-sac a des jours comptés ; une nou- 
velle station s'élève, énorme, la plus vaste de 
l'Empire allemand, dit-on. Les travaux ont fait 
disparaître le bassin du canal. Quand le nouvel 
embarcadère sera achevé, l'ancienne gare dis- 
paraîtra et de larges voies en couvriront l'em- 
placement. Les chemins de fer, au lieu de finir 
en impasse, se poursuivront autour de la ville 
sur la rive droite de la Seille, jusqu'au confluent, 
pour franchir l'île Chambière et rejoindre la voie 



1. Schwob, pour les Alsaciens, veut dire allemand ; ï\ faut être 
du cru pour comprendre tout ce qu'il y a dans ce mot qui vient 
de Souabe. 



208 LORRAINE 

actuelle de Thionville et Luxembourg, bien au 
delà de Devant-Ies-Ponts. On aura constitué ainsi 
une ligne de ceinture d'une grande valeur au 
point de vue militaire, en même temps que Metz 
offrira un passage commode aux trains de grande 
circulation entre la mer du Nord, la Suisse et 
l'Italie. 

Je reviendrai bientôt parcourir ces quartiers, 
qui doubleront presque l'étendue de la ville 
comprise entre la Moselle et la Seille, souderont 
à la cité Montigny, le Sablon, Oueuleu et Plan- 
tières, faisant ainsi de Tautique cité de troisième 
ordre par la population une véritable grande 
ville. Je veux surtout revoir le vieux Metz qui 
lui, du moins, reste intact, malgré les noms de 
rue allemands, les enseignes allemandes, les 
uniformes allemands et cet élément inattendu 
constitué par les immigrants italiens venus pour 
travailler dans les mines et les hauts fourneaux. 

Voici l'avenue Serpenoise, prolongée par la rue 
du même nom ; cela est devenu Rômerallee et 
Rômerstrasse. Serpenoise cependant est un nom 
se rattachant aux plus anciennes origines de la 
ville, au Divodurum gallo-romain; la voie abou- 
tissant à la porte venait de Scarpone, autre cité 
romaine dont les vestiges presque invisibles sont 
I)rès de Dieulouard en Meurthe-et-Moselle. Les 



METZ 2G9 

Allemands, dans leur désir de briser toutes 
les traditions françaises, ont donc condamné 
Serpenoise, tout en maintenant le souvenir des 
Romains. 

L'avenue, attristée sur un de ses côtés par les 
murs moroses d'une caserne, occupée jadis par le 
génie français et maintenant par de Tinfanlerie 
allemande, aboutit à la place Royale que con- 
tinue vers la Moselle une des belles promenades 
de province, l'Esplanade. Sous les platanes de 
la place, une étrange statue attire le regard, un 
maréchal du premier Empire rej)résenté le fusil 
à la main. A ce geste on a reconnu le brave des 
braves, Ney, duc d'Elchingen, prince de la Mos- 
kowa, un des plus illustres parmi les grands 
Lorrains. Ney était fds de Sarrelouis, la cité 
construite par Vauban, qu'une première ampu- 
tation ravit à la France ('). Ney montre ainsi 
comment, à l'heure des grands dangers, le chef 
le plus élevé doit donner l'exemple en redevenant 
soldat. Nulle part la leçon n'est plus haute que 
dans la douloureuse Metz, où l'image de Bazaine 
jette une ombre que rien ne peut dissiper. 

Une autre effigie, celle de Fabert, non moins 
réconfortante, se dresse sur une autre place de 



I. Sur Sarrelouis, voir le chapitre XXIII. 



ayO LORR.\INE 

Metz; je m'en souviens et, avant de revoir l'Es- 
planade et les beaux horizons des collines mosel- 
lanes, je vais saluer le grand maréchal plébéien 
qui dezîieure une des plus belles figures des 
années de la monarchie. Par l'étroite rue Serpe- 
noise pleine de foule, bordée de magasins que 
le goût allemand n'a pas tous dénaturés, où l'on 
retrouve bien des enseignes et des noms du vieux 
Metz, j'atteins un carrefour encombré. Une rue 
se dirige vers la place Saint-Louis, une autre 
monte entre des maisons silencieuses ; une troi- 
sième, à gauche, mène au cœur de la cité, sur 
cette place d'Armes où se dresse la cathédrale 
énorme et superbe, en face de constructions 
majestueuses du dix-huitième siècle, dont la plus 
vaste est l'hôtel de ville. 

Là, entre des trophées d'un goût rococo, est la 
statue de Fabert. Le grand maréchal fait face, 
hélas ! au poste allemand ; chaque jour l'image 
de pierre préside à la parade. Sur le piédestal 
sont gravés ces mots du héros, d'une ironie 
cruelle en un tel milieu : 

Si, pour empêcher qu'une place que le roi m'a confiée 

NE TOMBAT AU POUVOIR DE l'enNEMI, IL FALLAIT METTRE A 
LA BRÈCHE MA PERSONNE, MA FAMILLE ET TOUT MON BIEN, JE 
NE BALANCERAIS PAS UN INSTANT A LE FAIRE. 

Ces admirables paroles étaient déjà inscrites 



METZ 271 

dans cette pierre, quand Bazaine livrait aux Alle- 
mands la plus belle de nos armées et la cité forte 
jusqu'alors inviolée. 

Les Allemands, il faut leur rendre justice, 
ont maintenu ces nobles figures de Ney et de 
Fabert sur les places de Metz, comme ils ont 
respecté Rapp et Bruat à Colmar, Kléber à Stras- 
bourg, Mouton à Phalsbourg. Leurs régiments 
paradent ou défilent devant ces vaillants qui in- 
carnent aux yeux des citadins le dévouement à 
la patrie perdue. 

La place d'Armes a tout un de ses côtés occupé 
par la cathédrale, édifice majestueux d'une gran- 
deur saisissante et cependant trop peu connu, 
alors que la cathédrale de Strasbourg est un de 
CCS monuments dont la renommée est universelle. 
Saint-Etienne de Metz a subi le sort de la ville : 
Metz, placée hors des grandes routes d'autrefois, 
celles qui conduisaient au Rhin, plus négligée 
encore par les voies ferrées dont aucune n'avait 
un rôle de lien entre Paris et les capitales de l'Eu- 
rope centrale, Metz n'attirait guère les visiteurs. 
On l'ignorait, sinon comme forteresse et comme 
séjour de la jeunesse militaire, un peu folle, 
réunie à l'Ecole d'application de fartillerie et du 
génie. Aucun des écrivains de l'époque roman- 
tique, pour qui l'admiration des grandes basi- 



272 LORRAINE 

liques gothiques était un acte de foi, n'est venu 
sous les voûtes de Saint -Etienne. Victor Hugo, 
qui a révélé aux hommes de son temps le grand 
art ogival, ne passa point à Metz lors de son 
voyage au Rhin; les classiques itinéraires de la 
Meuse ou de Saverne nous ont privés d'une 
belle page par laquelle le poète aurait magnifié 
l'admirable nef de Metz, une des plus amples, 
des plus hautes, des plus saisissantes que les 
architectes français aient construites. Le mer- 
veilleux vaisseau rappelle Amiens et Beauvais. 
On est surpris de son immensité, car Saint- 
Etienne, extérieurement, serait étriquée, si l'on 
pouvait appliquer ce mot à un édifice dont les 
pinacles et les contreforts sont d'une incompa- 
rable hardiesse. La majesté est accrue par le dé- 
veloppement inusité des fenêtres; leurs verrières 
sont parmi les plus justement célèbres. Longue 
de 121 mètres, large de 22, haute de f\3, cette 
nef reçoit à Ilot la lumière; les architectes ont 
calculé ([u'il y a là, dans le transept et le chœur, 
4071 mètres carrés de fenêtres. 

Les vitraux sont de merveilleuses pages : la 
rose du portail principal, conservée lors de l'ad- 
jonction de l'église Notre-Dame-la-Ronde à la 
cathédrale, les verrières du splendide transept et 
surtout celles du vaste chœur élevé dans le stvle 



METZ 2/3 

flamboyant, sans rompre l'unité de l'ensemble, 
sont des œuvres de premier ordre par l'exécution 
et le coloris. L'artiste de génie qui les a conçues, 
un Alsacien, Valentin Bousch, vivait au seizième 
siècle. 

Le vaisseau tout entier semble un vitrail; nulle 
autre grande église n'ofTre une telle surface ou- 
verte à la lumière. Aussi l'impression ressentie 
en pénétrant sous ces hautes voûtes où la clarté 
pénètre à flot est-elle puissante. C'est une mer- 
veille de légèreté que ces murailles évidées por- 
tées à une telle élévation au-dessus du sol. 

En ces dernières années, la cathédrale a été 
l'objet d'importants travaux. L'avant-corps dori- 
que de l'ouest, construit au dix-huitième siècle 
par l'architecte Blondel, a été abattu pour faire 
place à un portail dans le style du reste de 
l'église. Les vieux Messins n'ont pas vu dispa- 
raître sans chagrin ce décor familier. Aux angles 
de la nouvelle grande arcade ogivale et des 
piliers, ont été sculptées des statues de pro- 
phètes. Celle de Daniel reproduit la physionomie 
si caractéristique de l'empereur Guillaume II. 

L'admirable édifice déroute un peu l'esprit par 
la médiocre élévation et la maigreur de ses tours. 
Il semble incomplet ainsi. C'est que nous sommes 
accoutumés à voir se dresser bien haut au-des- 

LORRALXE 18 



274 LORRAINE 

SUS des nefs gothiques les flèches qui en semblent 
le complément naturel. A Metz, ce manque de 
proportions frappe d'autant plus, que l'on associe 
toujours la noble ville à celle de Strasbourg, où 
la flèche joue un rôle si capital dans le décor de 
la cité. 

Les tours messines sont bien belles pourtant. 
Les surélever serait un crime aux yeux de tous 
les artistes et des gens de goût. La principale, 
dont la flèche est ciselée comme une oeuvre 
d'orfèvrerie-, renferme la fameuse Mute, — dame 
Mute, disaient les Messins d'autrefois, — le bour- 
don, véritable palladium, qui fait entendre sa 
voix grave seulement dans les grandes circons- 
tances. 

Du sommet de la tour Metz et ses campagnes 
apparaissent comme sur un plan en relief. On 
saisit alors la disposition topographique qui a fait 
de la cité mosellane une des plus puissantes forte- 
resses du monde, la plus puissante aujourd'hui 
peut-être, bien que le relief des hauteurs se prélat 
mieux à la.résistance contre une attaque venant 
de l'Est. En effet, les collines de la rive gauche 
de la Moselle tombent à pic sin- la vaUée, consti- 
tuant déjà une sorte de citadelle énorme dont h^ 
rivière serait le fossé. Sur la rive droite, les hau- 
teurs sont à une altitude bien moins grande et 



METZ 276 

leur forme est plus émoussée. On a du y multi- 
plier les ouvrages pour constituer une ligne de 
défense comparable au puissant massif de collines 
comprises entre la Moselle et le vallon de Châtel- 
Saint-Germain, dont le mont Saint^Ouentin est 
la cime maîtresse, dressée à près de 200 mètres 
au-dessus de la plaine. 

La Moselle est rejointe à Metz ou dans sa ban- 
lieue immédiate par plusieurs cours d'eau; leurs 
vallées ouvrent des passages faciles : la Seille 
et son affluent le ruisseau de Saint-Pierre, le 
ruisseau de Noisseville, celui de Châtel-Saint- 
Germain. Ces coupures font un paysage très ac- 
cidenté, dont le point capital est le mont Saint- 
Quentin, dressant sa masse abrupte au-dessus 
d'une campagne luxuriante ; les villages sont 
entourés de vignes et de vergers de pruniers. 

La Moselle, retenue en amont parles barrages 
de navigation ou d'usines, offre une large bande 
d'eaux éclatantes, doublée par une dérivation 
éclusée aboutissant à la ville où elle formait jadis 
un port. Avant d'atteindre Metz, la rivière se 
divise pour entourer la grande île Saint-Svmpho- 
rien. Le bras principal, à gauche, est barré avant 
d'entrer en ville parla digue dite de Wadrineau, • 
qui rejette la plus grande partie des flots dans 
un autre bras achevant d'entourer l'île moins 



276 LORRAINE 

vaste du Saulcy et constituant un chenal navi- 
gable fort pittoresque. Le bras le plus étroit, 
mais le plus abondant, coule au pied du vieux 
Metz et se divise lui-même en deux branches 
entourant la petite île où sont la préfecture et le 
théâtre. Au delà, c'est la grande île Chambière, 
remplie par un vaste quartier et d'immenses 
champs de manœuvre. Cette multitude de bras, 
ces îles sont le détail le plus frappant du paysage 
de Metz, avec les hautes croupes du Saint- 
Quentin. 

Entre ces eaux étincelantes, l'ancien Metz 
presse étroitement ses toits sombres, séparés 
par des fissures sinueuses : les rues, et dominés 
par les flèches d'église. Le nouveau quartier de 
la gare contraste par ses longues artères et ses 
combles d'un rouge éclatant avec le reste de 
la cité. 

Au-dessous de la cathédrale, jusqu'au con- 
fluent de la Seille, s'étend un dédale de vieilles 
rues tracées sur l'emplacement de la partie la plus 
forte de la cité romaine. En plusieurs points, on 
retrouve les puissantes assises des remparts de 
Divodurum. C'est le quartier vraiment pitto- 
resque de Metz. Là se trouvait le bras de Seille 
nommé rue des Tanneurs, dont l'aspect truculent 



METZ 277 

eût ravi Gustave Doré. Le fossé étroit et nauséa- 
bond coulait, il y a peu de temps, entre de hautes 
bâtisses de charpente, comme de gigantesques 
étagères irrégulièrement disposées, terminées 
en pignons formant dents de scie. C'étaient les 
ouvertures de séchoirs pour les peaux préparées 
dans les ateliers de tanneurs établis au niveau 
de l'eau. Des perches projetées de l'intérieur 
portaient en dehors d'autres peaux à sécher. La 
hauteur de ces constructions, l'imprévu des 
lignes, l'aspect sombre des charpentes, tout con- 
courait à former un de ces tableaux qui solli- 
citent le crayon. 

La rue des Tanneurs est en voie de transfor- 
mation. Le canal a été comblé, son lit devient 
une chaussée. Les maisons sont toujours debout, 
étranges par leur carcasse de poutres et de plan- 
ches, mais on voit que les commissions d'hygiène 
ont passé là. Les tanneries, privées d'eau, vont 
sans doute faire place à des maisons modernes. 
Metz y perdra son coin le plus curieux, on pourra 
le regretter, mais, en somme, le comblement du 
fangeux canal s'imposait. Dans son état actuel, 
la rue est bien pittoresque encore. 

Vers la Moselle et l'Esplanade les quartiers 
avoisinant la cathédrale ont au contraire une 
physionomie aristocratique. Cette portion de 



270 LORRAINE 

ville a été Iransfoimée au dix-huitième siècle par 
le maréchal de Belle-Isle, créât em" de la place 
d'Armes ; la riche bourgeoisie, la noblesse, les 
familles parlementaires se plurent à édifier des 
locjis qui donnent une haute idée de la société 
messine. Les quais n'ont pas subi le même sort; 
ils sont bordés de vieilles habitations dont les 
lignes ne manquent pas de caractère. Mais en 
lace, la petite île reçut des monuments qui évo- 
quent l'idée des quartiers de Bordeaux construits 
par Gabriel. Le théâtre borde la place de la Co- 
médie ornée d'une fontaine; plus loin, la douane 
et la préfecture remplissent l'îlot jusqu'à uu bras 
de Moselle fort curieux par les jardins qui finis- 
sent au flot et les constructions anciennes dont 
la base plonge dans la rivière. De l'autre côté 
de ce canal, s'étend le quartier Saint-Vincent 
aux voies régulières et tranquilles, sauf la rue 
du Pont-ThilTroy par laquelle on atteint le fort 
Moselle et les grands faubourgs de la rive 
gauche. 

Ce quartier possédait déjà les églises Saint- 
Clément et Saint-Vincent; il a vu s'élever une de 
ces églises protestantes à l'usage des soldats 
comme les Allemands en ont construit dans leurs 
principales places militaires, et où les troupes 
sont menées en service commandé. Bordé par 



METZ 279 

le liras principal de la Moselle, large mais pres- 
que sans eau, il est relié à la rive gauche par le 
pont des Morts et le pont Thiffroy — aujour- 
d'hui pont de Thionville. 

Ce dernier pont aboutit à la rue du même nom 
conduisant au pont Saint-Georges, sur le petit 
bras de la rivière bordé de constructions som- 
bres, par lequel on retrouve le vieux quartier 
que traverse la rue des Tanneurs. Des voies irré- 
gulières mènent à une partie de Metz encore 
vivante, après avoir été le centre de l'activité et 
des affaires au Moyen Age et jusqu'à la fin de la 
République messine : le quartier Saint-Louis, 
dont le carrefour central, longue place encore en 
partie entourée d'arcades sur un de ses côtés, a 
gardé presque intacte sa physionomie d'autrefois. 
Les arcades se continuent dans la rue du Change, 
rappelant par son nom le commerce d'argent qui 
se faisait à Metz. Soixante changeurs occupaient 
les réduits obscurs ouverts sous ses voûtes et se 
livraient, assure-t-on, aux prêts à la petite 
semaine. 

Ces banquiers, qui étaient peut-être des Lom- 
bards, sont remplacés maintenant par les émi- 
grants italiens. Là affluent les rudes Piémontais 
et autres transalpins qui travaillent aux mines de 
fer de Lorraine, aux terrassements des forts et 



28o LORRAINE 

des voies ferrées, ou bien aident les maçons dans 
les grandes entreprises de construction qui trans- 
forment Metz et Thionville. Toute une partie de 
la ville est envahie par eux. Les cafés italiens, 
les restaurants — cucina italiana, disent les 
enseignes — occupent les rues voisines. Les 
chapeaux bruns, les cravates rouges ou vertes 
révèlent de loin ce nouvel élément ethnique qui 
transforme l'aspect de la population sans se 
fondre avec elle. 

Les rues sombres où se groupent de préférence 
ces nouveaux arrivants avoisinent un quartier 
bâti par le cardinal de Coislin sur l'emplacement 
d'un vaste terrain, le champ de Seille, que les 
maisons à arcades de la place Saint-Louis bor- 
daient jadis. Le prélat, frappé de la gène causée 
aux habitants par le logement des gens de guerre, 
fit construire une caserne pour les troupes de pas- 
sage. A côté s'élevèrent des hôtels particuliers 
d'aristocratique allure qui contrastent fort, par 
la noblesse et la pureté de leur architecture, 
avec le quartier qui surgit en face d'eux, au long 
du boulevard tracé sur l'emplacement des rem- 
parts. 

Une des portes, dite de Saint-Thiébault, a été 
conservée comme ornement de la ville. Elle aussi 
évoque une époque d'art sobre, si elle est moins 



METZ 281 

curieuse qu'une autre eutrée de ville, plus an- 
cienne, la porte des Allemands, dont les grosses 
tours constituent un décor moyenâgeux. 

Par celle-ci on rentre dans ce vieux Metz qui 
offre tant de choses curieuses, rues, ruelles ou 
édifices : l'ancien palais de Dagobert, l'hôtel 
Saint-Livier que les architectes allemands ont 
recouvert de badigeons, l'église Sainte-Ségolène 
et nombre de bâtisses anciennes qui évoquent si 
puissamment le passé comme celles de la rue 
aux Juifs. Un vieux Messin qui me fait les hon- 
neurs de la ville me ramène à l'Esplanade ; che- 
min faisant il me montre un ancien logis inté- 
ressant en bien des parties, où sont les bureaux 
de VAiistrasie, revue qui s'attache à sauver les 
traditions de Metz et de la Lorraine. Plus loin il 
me conduit devant la fontaine timbrée aux armes 
du cardinal de Goislin élevée en 1872 par le 
maire Bezanson pour rappeler la création du 
quartier. 

En parcourant un réseau de rues d'aspect 
sévère, mon aimable guide me fait passer devant 
le beau portail gothique de l'hôpital Saint-Nico- 
las, l'église Saint-Martin, de l'époque ogivale, et 
enfin l'évêché, ancien couvent dont la chapelle 
est une œuvre remarquable du dix- huitième 
siècle. 



282 LORRAINE 

Et brusquement il me présente un autre Metz, 
tout battant neuf, le Metz des vainqueurs. Les 
constructions sont imprégnées du plus pur goût 
allemand avec tous ses défauts modernes : désir 
de faire grand, de s'imposer à la vue par l'étran- 
geté des lignes et la crudité des teintes. On re- 
trouve ici les constructions neuves de Dusseldort 
et d'autres villes rhénanes, mais dans ce qu'on 
pourrait appeler le ton exaspéré. Nulle part, 
la marque germanique n'est plus lourdement 
posée que dans cette longue façade d'édifices 
neufs, énormes, où la brique rouge s'associe à la 
pierre jaune de Jaumont et à la pierre blanche 
de Savonnières. Une partie de l'emplacement 
des remparts est devenue un jardin fleuri où 
demeure, piteuse, la pauvre vieille tour Camoufle 
dont on a enrobé la base dans un rocher arti- 
ficiel ! Non loin de la porte Saint-Thiébaull 
une maison neuve, en grès rouge des Vosges, 
détonne heureusement sur l'ensemble de ce quar- 
tier naissant ; le constructeur s'est inspiré des 
formules les plus heureuses du dix-huitième 
siècle. 

En arrière de cette rangée de grandes bâtisses 
à prétentions luxueuses, d'autres rues se bordent 
de maisons semblables. Plus loin se dresse la 
gigantesque façade de la nouvelle gare. Ces quar- 



METZ 



283 



tiers neufs s'étendent jusqu'au canal, recouvrent 
l'emplacement de l'ancienne citadelle et rejoi- 
gnent les vastes faubourgs de Montigny et du 
Sablon, peuplés ensemble de i5ooo âmes et 
s'oCfrant ainsi à la formation d'une grande ville. 

Metz devra fatalement absorber ces faubourgs 
comme ceux de Oueuleu, Plantières et Saint- 
Julien sur la même rive, ceux de Devant -les- 
Ponts, Ban-Saint-Martin et Longeville sur la rive 
gauche. Cette fusion serait rapide si Metz deve- 
nait manufacturière et trouvait dans la présence 
de nombreux ouvriers le moyen de peupler l'es- 
pace laissé libre par la suppression des remparts 
et des servitudes militaires ('). 

De grandes casernes séparent la cité nouvelle 
de la place Royale, où se dresse l'effigie de Ney, 
et de l'Esplanade, continuant cette promenade 
jusqu'à une terrasse qui domine la Moselle. L'Es- 
planade avec ses parterres, ses massifs fleuris, 
ses eaux jaillissantes, est l'orgueil de Metz. Le 
palais de justice, de noble apparence, œuvre du 
dix-huitième siècle comme tant d'édifices mes- 
sins, est à demi entouré parles plantations. 



1. Population de l'agglomération messine au recensement de 
1905 : Metz, 60896; Montigny, 12077; Sablon, 7698; Plan- 
tières, 8760; Devant-les-Ponts, 8679; Ban-Saint-Martin, 2750; 
Longeville, 2 208, soit 92 548. 



284 LORRAINE 

La terrasse a servi de piédestal au monument 
élevé à l'empereur Guillaume P' « par son peu- 
ple reconnaissant » . Le conquérant, à cheval, 
montre du doigt la Moselle et les belles collines 
lourdement couronnées par les forts de Plappe- 
ville et de Saint-Quentin. 

Et la douleur est cuisante pour le patriote qui 
vient d'admirer la fière image de Ney, le brave 
des braves ! 



XVI 



L INDUSTRIE MESSINE 



Le cimetière mililaire de Chambièrc. — Pèlerinage aux tombes 
françaises. — La garnison de Metz. — Son influence sur le 
commerce. — Rôle économique de Metz. — Les industries. — 
La culture de la vigne. — Les crus du pays messin. — La 
mirabelle de Metz. — Les conserves de légumes et de fruits. 
— Visite à l'usine Moitrier. — Les pépinières de Plantières. — 
Le champ de bataille de Borny. 



Boriiy. Août. 

Pour tout Français qui vient à Metz, la visite 
aux tombes des soldats morts pendant le siège 
est un devoir pieux. Nul ne s'y soustrait. Ces 
victimes de la plus effroyable des guerres repo- 
sent à l'extrémité de l'île Chambière, dans le 
« Garnisonfriedhof », cimetière de la garnison, 
à côté des Allemands tombés devant la ville ou 
(jui ont succombé dans les hôpitaux de la place 
depuis l'annexion. Ce champ du repos touche 
au champ de tir de l'infanterie, le bruit des 
coups de feu et le sifflement des balles troublent 
chaque jour le silence de la nécropole guerrière. 



286 LORRAINE 

Une route bordée de platanes, tracée entre 
les vastes constructions de l'abattoir et du mar- 
ché aux bestiaux et des baraquements servant 
de magasins pour l'armée, passe en vue d'un 
grand terrain d'exercices presque toujours rem- 
pli de troupes, puis traverse un cimetière aban- 
donné où se dressent encore quelques tombes 
monumentales. Sous l'une d'elles repose un des 
généraux de Napoléon, de ceux qui n'ont pas 
vu leur nom conservé par l'histoire mais furent 
de toutes les batailles. J'ai oublié moi-même 
ce nom, ayant égaré mes notes. La pierre, cha- 
que jour plus rongée, ne laissera bientôt plus 
lire la glorieuse liste des victoires. Sur l'em- 
placement d'une partie des tombes, s'étendent 
des casernes et des magasins de l'artillerie. 

La route, longeant le cimetière Israélite et 
la Moselle, en vue des villages de Saint-Pierre 
et de Saint-Julien, atteint l'entrée du cimetière 
militaire. Un poste la garde, suprême hommage 
rendu aux camarades et aux ennemis endormis 
côte à côte. On entre librement, la sentinelle 
est simplement là pour honorer ceux qui ne 
sont plus. Sous les arbres touffus, se suivent 
les tombes, simples pour la plupart, quelques- 
unes assez monumentales. On ne les remarque 
guère ; c'est à la haute pyramide française (pie 



l'industrie messine 287 

l'un va. Elle se dresse sur un soubassement où 
sont dessinées de fausses ouvertures dans les- 
(juelles le sculpteur a représenté une multitude 
de cercueils empilés. Sous ces pierres sont les- 
restes de 7 2o3 soldats morts dans les ambu- 
lances de Metz des blessures reçues à Borny, 
Gravelotte, Saint -Privât, Servigny, Peltre et 
Ladonchamp. 

Un bas-relief de marbre blanc, provenant de 
la sépulture de la famille de Salse, abandonnée 
dans le cimetière ruiné que nous traversâmes 
tout à l'heure, orne la face principale. Les au- 
tres côtés ont des inscriptions tirées des écri- 
tures ou des œuvres de grands évêques : François 
de Sales et Dupanloup. Une d'elles, emprun- 
tée aux Macchabées, est profondément émou- 
vante : 

« ÎVr.VLHEUR A MOI ! FALLAIT-IL NAITRE POUR VOIR LA RUINE 
DE MON PEUPLE, LA RUINE DE LA CITE ET POUR DEMEURER 
AU MILIEU, PENDANT Qu'eLLE EST LIVREE AUX M.UNS DE 

l'ennemi ! 

« JMaLHEUR a MOI ! » 

Tout autour de ce monument, que la piété 
messine érigea, des tombes soigneusement en- 
tretenues gardent la mémoire individuelle de 
soldats ou d'officiers dont le nom échappe ainsi 
à l'oubli. Un édicule est })lus particulièrement 



288 LORRAINE 

dédié aux officiers ; tous les noms de ceux qui 
reposèrent à Chambière y sont gravés. Celui-ci 
fait éprouver une tristesse plus poignante en- 
core. Les morts qu'il évoque eurent tous des 
ambitions de gloire et de sacrifice ; ils avaient 
espéré la victoire et rêvé de grands destins, mais 
tombèrent douloureusement dans une ville blo- 
quée, à la suite de désastres et en devinant la 
honte suprême qui allait être infligée à Metz et 
au drapeau. 

On éprouve là une des plus poignantes émo- 
tions que l'on puisse ressentir. Nous sommes 
revenus, sans nous parler, au bord de la Moselle, 
dans ce paysage empli par le bruit des tam- 
bours, le son des fifres, les coups de fusil du 
stand, rumeur guerrière allemande devenue la 
vie même- de Metz vaincue et que seule fait 
cesser la nuit. 

L'armée est aujourd'hui la seule industrie de 
Metz, ou du moins la principale source de re- 
venus pour son commerce. Il n'y a pas moins de 
25 ooo hommes dans les casernes de la ville et 
des faubourgs, garnison de choc et d'olTensive 
contre la France plus encore que troupe des- 
tinée à la défense de la place. Bien que le 
système d'administration enlève aux négociants 



l'industrie messine 289 

messins la part la plus grande dans le mouve- 
ment d'affaires causé par l'entretien de tant 
d'hommes et de milliers de chevaux, les offi- 
ciers, mariés pour la plupart, les ménages de 
sous-officiers, les fonctionnaires de tous rangs 
nécessités par cette multitude de militaires, cons- 
tituent une clientèle nombreuse, dépensant peu 
il est vrai, allant de préférence chez les bou- 
tiquiers allemands qui ont pris la place des 
émigrés. Mais la garnison n'en est pas moins la 
grosse ressource des affaires dans une ville où 
les touristes vont peu. 

Les troupes qui composent la garnison com- 
prennent des régiments provenant de divers 
Étals de l'empire. La Saxe royale fournit deux 
bataillons d'artillerie de forteresse ; la Bavière, 
un régiment de même arme et deux régiments 
d'infanterie ; la Prusse, six régiments d'infan- 
terie , un régiment d'artillerie de forteresse , 
deux régiments de cavalerie ; avec les petits 
Etals du Centre et du Nord, elle donne encore 
deux bataillons de pionniers et trois régiments 
d'artillerie de campagne. Les anciennes casernes 
n'ont pu suffire à loger cette masse d'hommes; 
on en a construit de nouvelles, on a établi des 
baraquements, enfin les forts et autres ouvrages 
sont occupés. 

LORRAINE 19 



290 LORRAINE 

L'élément allemand venu à la suite des 
troupes se borne à de petits commerces, il n'a 
pas abordé l'industrie, restée l'apanage des fa- 
milles messines qui n'ont pas abandonné la ville. 
Mais le départ des chefs d'industrie après l'an- 
nexion a fort réduit l'activité de celle-ci, qui 
reste cependant un centre de production et d'af- 
faires, car, la ligne des douanes empêchant 
l'entrée des produits français, Metz est le marché 
naturel de toute la région qui prit d'elle son 
nom de pays messin, c'est-à-dire la partie de 
Lorraine où l'on parlait exclusivement le fran- 
çais. Dans le reste du pays d'empire, Sarregue- 
mines, avec ses riches voisines Sarrebruck et 
Saint-Jean, et Strasbourg sont les foyers d'at- 
traction. 

Les industries les plus importantes ont pour 
objet l'exploitation des produits du sol : vins, 
légumes et fruits. Le vignoble des environs de 
Metz, c'est-à-dire des collines qui bordent la Mo- 
selle, a une grande réputation locale, bien que 
les vins ne soient pas comparables à ceux pro- 
duits sur le territoire resté français, aux envi- 
rons deThiaucourt et de Pagny-sur-Moselle. Ce- 
pendant certains crus, à la tête desquels est Scy, 
ont mérité place dans V Ainpéhgraphie française 
de Guyot, un des livres classiques sur la matière. 



l'industrie messine 291 

La vigne dans la Lorraine annexée couvre 
5 774 hectares, y compris le vignoble de Marsal 
et de Vie, et celui de Sierck, peu étendu. Les 
plantations les plus considérables sont aux en- 
virons mêmes de Metz, sur les côtes de la rive 
gauche de la Moselle, depuis la frontière jusqu'à 
Woippy. Près de la frontière, on récolte des vins 
blancs dont le plus réputé est celui de Dornot. 
Magny, au bord de la Seille, a également d'ex- 
cellents produits. Les vins rouges sont obtenus 
sur l'espèce d'espalier naturel faisant lace à Metz 
et formé pai' les collines reliant Vaux au mont 
Saint-Quentin. Là, autour du cru hors ligne de 
Scy, s'étalent chaudement les vignes de Jussy, 
Rozérieulles, ■ Sainte-Ruffine, Lessy. Dans la 
vallée de la Seille, Augny est également estimé. 

D'après les renseignements recueillis par le 
gouvernement d'Alsace-Lorraine, les frais de 
culture s'élèvent de 900 à i 000 francs par hec- 
tare, dont 260 à 875 francs pour le labourage, 
l'entretien et l'impôt. La production est d'envi- 
ron 35 hectolitres à l'hectare. Dans les bonnes 
années, le prix s'élève beaucoup, mais en temps 
ordinaire la valeur des vins fins est de 76 à 
125 francs l'hectolitre; les qualités moyennes 
oscillent entre 5o et 70 francs, les vins ordinaires 
de 37 '^5o à 5o francs. 



292 LORRAINE 

Une forte partie des vins est transformée en 
vin de Champagne dans la ville et aux environs. 
C'est une industrie ancienne, car Abel Hugo la 
signale en i833. A cette époque, en dehors des 
vins champanisés sur place, une partie de la 
production était conduite en Champagne et 
vendue aux négociants du pays. Aujourd'hui, 
des fabricants champenois sont venus s'installer 
en Lorraine pour éviter les droits d'entrée, 
presque prohibitifs. 

Le vignoble aux environs de Metz est com- 
planté de pruniers-mirabelles produisant des 
fruits d'une réputation dépassant les limites du 
pays messin. La mirabelle messine est un petit 
fruit ambré, pointillé de rouge, d'un goût et 
d'un parfum suaves que l'on ne peut oublier 
et que ne saurait rappeler la mirabelle commune 
ou fausse-mirabelle. C'est une production consi- 
dérable. En 1898, la gare de Metz en expédiait 
7 900 quintaux sur les marchés allemands, où 
cette délicatesse est disputée par les ménagères. 
En outre, trois fabriques de conserves en avaient 
utilisé 3 800 quintaux. 

La fabrication des consenes de fruits, lé- 
gumes et gibier est, en effet, importante à 
Metz. Elle a été un résultat inattendu de l'an- 
nexion dressant les barrières douanières. Un 



l'industrie messine 298 

restaurateur de Metz, dont la table est célèbre, 
M. Moitrier, se vit du jour au lendemain privé 
des conserves de légumes qu'il tirait de France. 
L'idée lui vint alors de fabriquer lui-même les 
conserves de petits pois nécessaires à sa clientèle 
en dehors de la saison des primeurs. Il com- 
mença vers 1876, déterminant la culture des 
pois dans les campagnes voisines. Les premières 
années furent difficiles, le paysan lorrain, peu 
soucieux des innovations, ayant montré un mé- 
diocre empressement à entreprendre une pro- 
duction nouvelle. Aujourd'hui, l'élan est donné, 
chaque année 120 hectares sont consacrés aux 
pois dans les environs de la ville. 

Le succès encouragea M. Moitrier ; il entreprit 
d'autres conserves : carottes, asperges, tomates, 
fruits, surtout la mirabelle, indispensable sur 
les tables allemandes où elle est la plus recher- 
chée des compotes qui se mangent avec le rôti! 
Aux conserves de légumes s'est ajoutée celle des 
viandes et des gibiers sous forme de salaisons, 
saucissons, terrines et pâtés. Pour s'implanter 
sur le marché français, M. Moitrier créa des 
usines hors de la Lorraine annexée. A la fron- 
tière même, à Bayonville, un vaste établissement 
met en pâtés le gibier du pays et celui d'Alle- 
magne; les lièvres de cette dernière provenance 



294 LORRAINE 

sont dépouillés à Metz avant de pénétrer sur le 
territoire resté français. Dix à douze mille de 
ces léporides y sont transformés chaque année 
en civet. La plupart des conserves de viande 
sont également produites à Bayonville. A Paris, 
une usine prépare surtout les champignons des- 
tinés aux établissements de Bayonville et de 
Metz. La tomate, qui ne mûrit pas assez régu- 
lièrement en Lorraine, a fait naître une succur- 
sale à Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, où l'on 
traite 85o 000 kilos de ces légumes; on y fait 
également la pulpe d'abricots à l'aide de fruits 
tirés d'Aramon, et la conserve des truffes du 
Comtat. J'ai décrit jadis Bagnols et son intéres- 
sante organisation de cultures et de conserves('). 

A Metz, l'usine, remarquablement installée 
dans d'anciens bâtiments monastiques, ne se 
borne pas à mettre en œuvre les produits du 
pays, elle achève la préparation des champi- 
gnons et des fonds d'artichauts envoyés par 
l'usine de Paris. Expédiés le soir en fûts où ils 
baignent dans l'eau, ces derniers produits sont 
préparés le lendemain matin à Metz. 

Le pays fournit les légumes usuels, que des 
femmes ouvrent, nettoient, « habillent» pour la 



Viiir la 11^ série du Vuycuje en France, chapiire XVII. 



l'industrie messine 296 

mise en boîte et la cuisson. Cette année, les 
fruits ont manqué ; aussi ne voyons-nous pré- 
parer que de rares abricots ou pêches venant du 
Palatinat. Quand la mirabelle abonde, le tra- 
vail est fort pittoresque; les jolies prunes arri- 
vent par immenses pannerées de Lorry, Lessy, 
Plappeville et autres villages producteurs. Alors 
chaque commune en fournit de 100 000 à 
i5oooo kilos ; le prix moyen étant de 25 francs 
le quintal métrique, on voit de quels revenus 
jouissent les environs de Metz. La conserve de 
mirabelles et le fruit frais ont pour principaux 
marchés extérieurs Francfort et Berlin. 

La fraise vient ensuite; elle se cultive aussi 
dans la banlieue, à Woippy, où 100 hectares lui 
sont consacrés; deux villages voisins, Saulny et 
Lorry, entreprennent à leur tour cette culture. 
En 1898, Metz expédiait 4i3 000 kilos de fraises 
destinées à toutes les confitureries des bords du 
Rhin. Dans ses propres usines, elle en employait 
ii5 000 kilos. 

L'établissement de M. Moitrier, tenu avec une 
propreté exquise, est une organisation remar- 
quable qui fait le plus grand honneur à son 
fondateur et au personnel d'élite dont il est en- 
touré. Par cette usine et ses succursales, Metz 
est devenu un des grands centres européens 



296 LORRAINE 

pour raliinentalion. Tout le Nortl : rAlleniarjuc, 
la Russie, les pays Scandinaves sont ses tribu- 
taires. 

La fabrication n'est pas dans son plein en ce 
moment et l'année, exceptionnellement sèche, 
a privé l'usine d'une grande partie des produits 
qu'elle met en œuvre ; nous avons pu cependant 
assister à des côtés intéressants de la fabrica- 
tion, notamment la préparation de la pulpe 
obtenue avec des tomates de la région de Paris 
et de Lorraine. 

Une autre industrie qui se rattache intimement 
à la conservation des fruits est celle des pépi- 
nières. Metz est célèbre dans le monde horticole 
})Our les plantations de la maison Simon-Louis 
au village-faubourg de Plantières. Vieille répu- 
tation, car le domaine a été organisé en pépinières 
dès 1765, époque où déjà la confiture de mira- 
belles était réputée. Depuis lors, l'établissement 
s'est prodigieusement agrandi, de génération 
en génération, faisant connaître partout le nom 
de Simon-Louis à l'égal de celui de Baumaim 
de Bollwiller ('). 

Les pépinières occupent les deux versants 



Viiirlc volimip llutite-Alsace, cliajiilrc XII. 



L INDUSTRIE MESSINE 297 

d'un joli val emprunté par le nouveau chemin 
de fer d'Anzeling par Vigy. De vieux arbres 
conservés au long des allées détruisent l'aspect 
assez banal d'ordinaire des plantations serrées 
de jeunes arbres. Un peuplier planté en i834, 
splendide de port, n'a pas moins de g mètres de 
tour. Il V a là d'admirables collections. Un ra- 
meau de la maison se consacre plus spécia- 
lement à la production des semences ; c'est lui 
qui a de bonne heure introduit la culture des 
graines dans la vallée de l'Orge près de Paris, 
pour s'installer plus complètement à Bruyères- 
le-Cliàtel, lorsque l'annexion eut fermé le mar- 
ché français aux semences messines ('). 

Les pépinières de Plantières confinent à des 
localités tragiques de la campagne de Metz. A 
un kilomètre à peine est Borny, à moins de 
deux lieues sont Xoisseville et Servigny, trois 
villages qui furent témoins de sanglantes jour- 
nées. Borny vit la première des grandes batailles 
sous Metz. La lutte prit fin à Xoisseville, Ser- 
vigny et Ladonchamp. Borny, dans la journée 



I. Sur les établissements Simon- Louis à Bruyèrcs-Ie-Cliâtel 
(Seine-et-Oise), voir la 45" série du Voyage en France, cha- 
pitre XV. 



298 LORRAINE 

du i4 août, mit quelque espoir au cœur de la 
France, Servigny fut une agonie ('). 

La bataille de Borny, qui aurait été une vic- 
toire si le général en chef avait su profiter de 
l'excès d'audace du général allemand von dcr 
Goltz en l'écrasant par une vive oflensive, cette 
bataille où l'ennemi n'avait pas obligé nos trou- 
pes à la retraite, où il laissait 5 000 hommes sur 
le terrain, alors que nos pertes atteignaient 
seulement 3 600 tués ou blessés, était en somme 
un succès stratégique pour le maréchal de 
Moltke : il avait retardé le retour de l'armée 
française sur la rive gauche de la Moselle en 
arrêtant la retraite commencée, et son aile gau- 
che, aux ordres de Frédéric-Charles, ayant tra- 
versé la rivière, pouvait entreprendre le grand 
mouvement qui l'amenait sur le champ de ba- 
taille de Rezonville. Il assurait ainsi le succès 
du plan tendant à enfermer l'armée de Bazaine 
dans un cercle infranchissable, sous les murs 
de Metz. 

Borny occupe des pentes douces entre le 
ruisseau de la Chenau qui atteint la Seille au- 
dessous de Plantières et le ru de Vallières, plus 



I. Pour le Ihéàlrc de la baUiille de Borny, voir la carie de 
la page 264. 



L INDUSTRIE MESSINE 299 

loiirj de cours, affluent de la Moselle. Ces deux 
ruisseaux roulèrent du sang le i4 août. Près de 
l'origine du ru de Vallières, au château d'Aubi- 
gny, débuta la bataille. Le corps d'armée du géné- 
ral Decaen, qui occupait les deux bords du ruis- 
seau, depuis le village de Grigy, sur la route de 
Strasbourg, jusqu'au château d'Aubigny et au 
hameau de Colombey, venait de commencer sa 
marche de retraite, quand le général von der 
Goltz, disposant cependant à peine de trois ba- 
taillons, prit la décision de gêner le mouvement. 
Lançant ses troupes avec une hardiesse extrême, 
il chasse les nôtres du château d'Aubigny, en- 
lève Colombey et la ferme de la Planchette sur 
la route de Sarrebruck. Nos soldats pourtant se 
ressaisissent et écrasent les Prussiens. Si nous 
avions alors poursuivi ce premier succès, la face 
des choses eût changé. Mais on se borna à la 
défensive ; des renforts arrivèrent et engagèrent 
une véritable bataille avec ceux que les Français 
recevaient. La division Grenier, qui était accou- 
rue à Paide du 3^ corps, était bientôt suivie par 
le reste du 4* franchissant la Moselle. 

Le général de Manteuifel, survenant pour sou- 
tenir von der Goltz, s'emparait de Nouilly et de 
Mey, sur la rive droite du ru de Vallières, mais ne 
])Ouvait réussir à franchir le vallon et une partie 



3oO LORRAINE 

de ses régiments durent se replier. L'artillerie 
prussienne arrêta ce commencement de retraite 
en s'installant vers Noisseville et Servigny, Sous 
la protection de quatre-vingt-dix pièces, les 
Prussiens, que d'autres renforts appuyaient, re- 
prirent encore l'offensive. Mey fut de nouveau 
occupé à l'entrée de la nuit; les assaillants par- 
venaient non loin de Metz, jusqu'au village de 
Vallières. 

Au sud, le VII^ corps prussien, aux ordres 
de Zastrow, et la division Wrangel attaquaient 
Grigy et les pentes de Borny qu'ils ne purent 
enlever. La mêlée fut sanglante en avant de ce 
village, autour de la ferme de Sébastopol et sur- 
tout sur la route de Sarrelouis où la ferme de 
Bellecroix occupe la croupe culminante, à la 
bifurcation des routes de Sarrelouis et de SaiTe- 
bruck. 

Les Français pouvaient donc se croire vain- 
queurs. Ils avaient contenu l'ennemi. Après 
les débâcles de Wissembourg, Frœschwiller et 
Spicheren, c'était enfui la résistance efficace. En 
réalité, Bazaine avait perdu l'occasion d'échap- 
per au cercle de fer qui se formait. 

Le champ de bataille, sans produire une im- 
pression comparable à celle que fait éprouver 
Gra\elotte, n'en est pas moins émouvant. De 



l'industrie messine 3oi 

nombreuses tombes couvrent la campagne; elles 
se pressent au delà de Bornv, sur le chemin qui 
relie Colombey à la route de Sarrebruck, voie 
bordée de peupliers et à laquelle on a donné le 
nom d'allée des Morts. 

Les monuments élevés par les Allemands à 
leurs soldats signalent de loin le théâtre de la 
lutte. Nos morts à nous reposent sans faste sous 
le sol qu'ils défendirent, oîi ils crurent voir la 
victoire répondre à leurs efforts. 

Des ruines rappellent aussi la terrible journée : 
le château de Colombey et sa chapelle n'ont 
point été relevés. Les obus ont éventré les mu- 
railles, dont l'aspect est profondément sinistre. 

Les forts commencés par la France, et qui 
venaient d'être armés quand éclata l'effroyable 
guerre qui devait nous coûter Metz, ont été 
complétés par les Allemands. Le champ de ba- 
taille de Borny est entièrement sous le canon de 
ces ouvrages. Le fort de Oueuleu, devenu fort 
Gœben, le fort des Bordes, devenu fort Zas- 
trow, le fort de Saint-Julien, maintenant Man- 
teuffel, commandent ces campagnes placides et 
tragiques où 9 000 hommes tombèrent le i4 août 
1870 dans une bataille décousue, mais dont les 
suites devaient être si terribles. 



XVII 



SAIM-PRIVAT, GRAVELOTTE ET REZO.NVILLE 



Les champs de bataille. — Exode de Messins vers une kermesse 
de France. — Le moat Saint-Ouenlin. — Dans le ^-ignoble. 

— Les fraisiers de Saulny. — Au long du rupt de Monlvaux. 

— Ghàtel-Saint-Germain. — Amanvillers. — Le village pen- 
dant la bataille du i8 août. — Le chemin de fer minier. — 
Saint-Privat-la-Montagne. — Souvenirs de la bataille. — Le 
tombeau de la Garde. — Les mines de fer. — Sainte-2\Iarie- 
aux-Chênes et ses cités ouvrières. — Un coin de Meurthe-et- 
-Moselle : Habonville. — Vernéville. — La ferme de Mogador. 

— Gravelotle. — Le ravin de la Mance. — Le champ de 
bataille de Rezonville. — La chevauchée de la mort. — Fla- 
vi()ny. — Vionville. — Descente à Gorze. 



Gorze. Août. 

La visite aux cliamps de bataille de la rive 
gauche de la Moselle est, hélas ! la seule attrac- 
tion reconnue par les fjuides à la pauvre et glo- 
rieuse cit»^ messine. Les campagnes tragiques où 
furent fauchées tant de vies humaines sont un 
rendez-vous de touristes. Les Allemands les ont 
peuplées de monuments, moins nombreux et 
moins lourds, moins douloureux aussi pour la 



SAIXT-PRIVAT 3o3 

diynilé des Français que ceux de Wœrlh et de 
Frœschvviller('). A cçs édifices, à ces ossuaires 
qui couvrent l'immense plaine de Jarnisy, va la 
foule des badauds. Des itinéraires sont tracés, 
les libraires de Metz vendent des plans cavaliers 
donnant la silhouette des monuments. C'est un 
peu comme la visite de curiosité pure à quelque 
nécropole de grande ville. 

Nous entreprenons aussi le funèbre pèlerinage, 
mon fils Maurice et moi, pour voir les sites, 
retrouver les lieux témoins de ces rencontres 
sanglantes, tout en étudiant le pays dans sa vie 
actuelle. Nous commençons cette course de trois 
jours par une ascension au mont Saint-Quentin 
dont la silhouette impérieuse se montre de tant 
de points des champs de bataille. 

Le chemin de fer va nous conduire au pied de 
la montagne, à Moulins. La gare de Metz est en- 
vahie par une foule énorme, pétulante, gaie, au 
milieu de laquelle de rares Allemands, civils ou 
militaires, sont noyés et fortement bousculés. 
Cette grosse joie nous étonne, il nous semblait 
que le peuple messin devait être sans cesse en 
deuil ! On ne parle que français, on plaisante, 
on fredonne en français. Je demande pourquoi 



I. Voir le volume Basse-Alsace, chapitre XIX. 



3o4 LORRAINE 

cette gaieté; vingt voix me répondent à la fois : 
« C'est la fête d'Arnaviile, premier village fran- 
çais ! » 

Arnaville est situé à la frontière même, où 
tombe le rupt de Mad ; les Messins s'y rendent 
pour se trouver un moment sous le drapeau 
français et « boire du vin de France ». 

Les trains sont pleins de clameurs, on s'em- 
pile dans les compartiments, il semble que cette 
foule soit composée d'échappés de collège. C'est 
un de ces cas où l'on saisit sur le vif Tamour de 
la vieille patrie laissé au cœur de ses fds arra- 
chés d'elle. 

Notre convoi ne suit pas la même direction, il 
emprunte la ligne directe de Paris par Verdun, 
contourne les grandes communes faubouriennes 
du Sablon et de Montigny, séparées par les voies 
multiples des lignes qui rayonnent vers Metz, et 
va franchir le canal latéral à la Moselle, puis la 
rivière large et calme reflétant les riantes hau- 
teurs de Jussy et la haute masse de grande allure 
formée par le mont Saint-Quentin, aux lianes 
couverts de vignobles. Metz se poursuit jusqu'au 
pied de la fière colline par le village de Longe- 
ville et même par celui de Moulins, où aboutit 
une ligne de tramways. 

La chaîne des collines s'entr'ouvre en un val- 



SAINT-PRIVAT 3o5 

Ion étroit qu'arrose le ruisseau de Monlvaux, 
descendu du plateau d'Amanvillers, théâtre de 
la bataille de Saint-Privat. Moulins occupe le 
débouché, au pied du vignoble le plus réputé 
du pays messin. Au-dessus s'étagent le hameau 
de Ghazelles, et, plus haut, le village de Scy. Le 
vignoble enveloppe ces centres riants jusqu'aux 
escarpements portant la forteresse. Sans être 
comparables aux vins de Thiaucourt, ceux de 
Scy-Chazelles n'en méritent pas moins leur ré- 
putation. 

La zone productrice de vins fins ne dépasse 
guère loo hectares; les parties les meilleures 
sont dans le haut de la colline où domine l'élé- 
ment calcaire. Dans la plaine et sur les pentes 
inférieures la nature argilo-calcaire ne permet 
pas d'obtenir un bouquet aussi délicat. Le vin 
séjourne quatre ou cinq ans en tonneaux avant 
d'être mis en bouteilles; on peut le boire un an 
plus tard, c'est dire qu'il coûte un prix assez 
élevé quand il est livré à la consommation. Il y a 
cinquante ans, M. Victor Rendu donnait comme 
valeur 20 francs l'hectolitre au sortir de la cuve 
et 5o francs après vieillissement. 

« Le vin de Scy, toujours faible de couleur, 
disait cet auteur, devient ambré en se dépouil- 
lant. Quand il provient d'une bonne année, il 

LORRAINE 20 



3o6 LORRAINE 

garde une certaine âpreté, analogue à celle du 
vin de Bordeaux; mais lorsque l'année a été très 
favorable à la vigne, il est généreux, bouqueté, 
très agréable, et rappelle alors les bons vins du 
Tonnerrois, sans être cependant aussi riche en 
spirituosité. » 

De jolis chemins s'élèvent à travers le vignoble 
jusque sous le talus du fort du mont Saint- 
Quentin, en offrant des vues superbes sur Metz, 
la vallée de la Moselle et l'immensité des campa- 
gnes du Messin et du Saulnois. Contournant le 
fort Frédéric-Charles, ouvrage oriental du mont 
Saint-Quentin, et dominant les belles pentes où 
se dresse la « colonne de Bismarck », le chemin 
va descendre à un petit col pour gagner Plappe- 
ville. Un fort couronne la colline en forme de 
promontoire dont l'autre versant abrite Lorry. 
Il y a Jà d'admirables pentes, toutes blanches 
au printemps quand les pruniers-mirabelliers et 
quetschiers sont fleuris. Dans un pli où passe la 
route de Briey par Saint-Privat, Saulny sourit 
entre ces vergers dans lesquels on cultive la 
fraise; au débouché du val est le village de 
Woippy, que cette même culture enrichit. Des 
forts apparaissent sur les coteaux et dans la 
plaine, où se termina la résistance de l'armée 
de Metz par le combat de Ladonchamp. 



I 



SAINT-PRIVAT 3o'y 

Entre le mont Saint-Quentin — dont la pointe 
ouest porte le fort Manstein — -■ et la hauteur 
de Plappeville, une jolie route ramène dans la 
vallée du rupt de Monlvaux vers Lessy, beau 
village de vignerons, en vue d'un grandiose 
paysage. Par l'ouverture du val apparaissent les 
bords de la Moselle, le large pli de la Seille, les 
lointaines campagnes de Verny. En face, ce sont 
les riantes hauteurs de Sainte-Ruffine et de Jussy , 
le premier de ces villages couvrant un éperon 
escarpé, revêtu de vignes et de bois. Un pli ado- 
rable de fraîcheur abrite Rozérieulles. 

Le chemin descend au bord du rupt coulant 
sous un épais berceau de saules et aboutit à 
Longeau, d'où s'élèvent la route moderne de 
Gravelotte et la voie romaine qui, toutes deux, 
jouèrent un si grand rôle dans la journée du 
i8 août 1870. Des usines bordent ou avoisinent 
le cours d'eau. Lessy a une importante blanchis- 
serie de toiles et de fds, Rozérieulles une fon- 
derie, Châtel-Saint-Germain, en amont, une fa- 
brique de quincaillerie occupant plus de cent 
ouvriers; on y fait des clous, des chaînes, des 
ferrures de fenêtres, des serrures, etc. 

Ghâtel-Saint-Germain est le dernier village 
du val. Sa gare, la plus rapprochée de Grave- 
lotte, a été dotée de vastes abris, destinés aux 



3o8 LORRAINE 

excursionnistes des champs de bataille. Un raide 
monticule porte les ruines peu apparentes d'un 
château féodal qui défendait cette fissure con- 
duisant sur le plateau. Dans un val latéral monte 
un' chemin qui traverse la haute plaine où sont 
les fermes de Moscou, de Leipsick et de la Folie, 
théâtre de luttes acharnées pendant la bataille 
de Gravelotte. 

En amont, le rupt de Montvaux coule dans 
une véritable gorge, entre une jolie route et de 
raides parois où le chemin de fer est tracé en 
corniche. De la vigne, des taillis, des groupes de 
noyers couvrent les pentes, une étroite bande de 
prairies festonne les rives ombragées de saules. 
Le ruisseau fdtre entre les roseaux. Bientôt les 
bois régnent, très épais, sur les deux versants. 
Le site est un lieu de rendez-vous pour les Mes- 
sins, une halte a été établie, où les dimanches et 
les jours de fête la foule est nombreuse. C'est 
Monlvaux-Tlial — - la vallée de Montvaux. 

La route, de plus en plus raide, atteint enfm 
le plateau, au milieu de vastes carrières dont les 
produits sont amenés à la gare d'Amanvillers, 
où se fait le service de la douane allemande. La 
frontière est proche en effet, à un kilomètre 
à [)eiiie. La voie ferrée pénètre aussitôt en 
Meurthe-et-Moselle pour aller atteindre, par de 



SAINT-PRIVAT SoQ 

grandes courbes, l'importante gare de Conflans- 
Jarny, après avoir desservi la station de Batilly, 
douane française. 

Amanvillers, village enveloppé de cultures et 
de vergers, s'étend au-dessous d'une église dont 
la haute flèche se voit de tout le plateau. Ce fut 
un des points les plus âprement disputés le 
i8 août. Ladmiraulty avait installé des batteries 
qui, pendant longtemps, tinrent l'artillerie alle- 
mande en échec. Tout le territoire au sud fut le 
théâtre de tragiques mêlées; partout nous conte- 
nions l'ennemi ; celui-ci avait enlevé les fermes 
de l'Envie et Champenois, mais n'avait pu nous 
débusquer de la Folie, Comme toujours dans ces 
néfastes journées, nos généraux n'osèrent pren- 
dre l'offensive; il eût suffi d'un peu d'initiative 
pour refouler un adversaire inquiet au point 
qu'il se retranchait dans Vernéville après l'avoir 
occupé. Toute l'après-midi, les Allemands : Hes- 
sois, Garde ro\ale prussienne, tentèrent d'enlever 
Amanvillers; ils ne purent rien contre les nôtres. 
A la nuit nous étions encore maîtres du terrain. 
Ce succès de la défensive était général, on le 
sait, autour de Gravelotte. Après les premières 
défaillances, l'échec de Saint- Privât nous fit 
perdre tout le fruit de cette résistance, qu'un 
peu d'énergie morale eût transformée en marche 



3 I O LORRAINE 

victorieuse. Au milieu de la nuit, LadmirauU 
devait abandonner le village si vaillamment dé- 
fendu et se retirer sur Metz. 

Amanvillers, que les Allemands se sont em- 
pressés de baptiser Amanweiler , possède des 
tombes de soldats et le monument du i^"^ grena- 
diers de la Garde, transporté du territoire fran- 
çais près d'Habonville. La 25^ division hessoise, 
qui fut décimée, et le bataillon des chasseurs 
de la Garde prussienne ont également des édifi- 
ces sous lesquels reposent leurs morts. Cette 
année même (juillet 1906) un temple protestant 
a été édifié près de la gare. 

Le village est voisin de Saint-Privat, situé à 
moins de 3 kilomètres au nord; une roule va de 
l'un à l'autre village, sans cesse parcourue par 
les omnibus qui font le service de Sainte-Marie- 
aux-Ghénes, village tout proche que les mines 
de fer font transformer en ville ouvrière. Gette 
route est côtoyée par un chemin de fer indus- 
triel allant se souder à la voie minière électrique 
de Sainle-Marie-aux- Chênes à Maizières-les- 
Metz, sur le chemin de fer de Thionville. 

Dès Amanvillers on a en vue Saint-Privat-la- 
Montagne. Le petit bourg occupe le sommet 
d'une ondulation; ses toits rouges, très bas, 
comme pour résister au vent, forment une masse 



SAIXT-PRIVAT 3 I 1 

continue. En avant, près de la ferme de Jérusa- 
lem, une bâtisse blanche renferme un musée de 
souvenirs de la bataille, transporté de Gorze, 
où les visiteurs étaient peu nombreux, et un des 
monuments élevés à la Garde prussienne. 

Cette ferme de Jérusalem, bâtie à la croisée 
de la route de Metz à Briey et du chemin de 
Saint-Privat, était occupée le i8 août par l'aile 
gauche de Canrobert et fut tenue jusqu'à la nuit, 
malgré les attaques acharnées dont elle était 
l'objet. A 7 heures du soir seulement, lorsque 
Saint-Privat était enlevé, l'ennemi pouvait abor- 
der les constructions de Jérusalem que dévo- 
rait l'incendie. 

La bataille avait été effroyable. Commencée à 
Sainte -Marie -aux- Chênes, d'où notre 94^ de 
ligne en avant-postes fut chassé vers 3 heures 
de l'après-midi par le feu de seize batteries, elle 
se poursuivit avec une véritable rage. Deux divi- 
sions de la Garde prussienne, une division de 
Saxons se ruèrent pendant près de deux heures 
contre Saint-Privat, où nos soldats, luttant pied 
à pied, leur infligèrent des pertes énormes. Le 
roi Guillaume put appeler Saint-Privat le tom- 
beau de la Garde; celle-ci perdit 3oo officiers, 
dont la plupart de ses colonels, et 8 000 soldats. 
Sans une puissante artillerie à laquelle Canro- 



3 1 2 LORRAINE 

bert ne pouvait répondre laule de munitions, 
sans l'arrivée des Saxons accourant d'Auboué 
dans la vallée de l'Orne, par Montois et Ron- 
court, jamais le village, défendu avec un achar- 
nement égal à celui de l'attaque, n'aurait pu 
être enlevé. Mais le feu de vingt-quatre batte- 
ries incendia Saint-Privat ; l'ennemi put tenter 
l'assaut contre lequel Canrobert résista par la 
baïonnette et la crosse. Il dut enfin se retirer, 
frémissant de colère, car Bazaine n'avait pas 
voulu envoyer de secours ! 

Cependant, comme à Gravelotle, comme à 
Borny, une contre-attaque vigoureuse à l'aide 
de renforts eût pu changer la face de la cam- 
pagne. Le crime de Bazaine ne saurait trouver 
aucune excuse. 

Canrobert put se retirer, en désordre d'abord, 
mais sans perdre un drapeau ou un canon. Sa 
retraite entraîna celle de Ladmirault. La jour- 
née décidait du sort de l'armée, du sort de 
Metz, du sort de l'Alsace-Lorraine, du sort de 
la France. Nous avions eu 12000 hommes hors 
de combat, les Allemands en laissèrent 20000 
sur le terrain. Qu'était ce sacrifice auprès de ce 
qu'il assurait au vainqueur ! 

Saint-Privat est sorti de ses ruines; des mai- 
sons neuves ont reconstitué le village incendié. 



SAINT-PRIVAT 3 I 3 

Tout autour apparaissent des tombes, uu cime- 
tière militaire a été établi. Les Allemands ont 
élevé plusieurs monuments commémoratifs. Le 
dernier en date est, dit-on, l'œuvre artistique 
de l'empereur Guillaume II ; il rappelle les pertes 
subies par le i*^' régiment de la Garde : le colo- 
nel, 35 officiers, io4 sous-officiers et 982 soldats. 

Nous quittons le lieu illustré par tant d'hé- 
roïsme français en vain dépensé,' pour aller à 
Sainte-Marie-aux-Chénes, à travers des campa- 
gnes parsemées de tombes, mais qui ont bien 
perdu la placidité qu'elles eurent avant 1870. 
Nous sommes ici au cœur de la région minière 
dont l'industrie s'empare de plus en plus. Les 
villages de Roncourt, Montois, Auboué, qui 
attiraient jadis le regard, sont maintenant d'in- 
signifiants détails de l'immense tableau. L'atten- 
tion est attirée surtout par les nuages de fumée 
qui, planant sur la vallée de l'Orne, où les 
gigantesques hauts fourneaux et forges de Jœuf, 
Homécourt et Auboué, en territoire resté fran- 
çais ('), révèlent l'embryon d'une grosse ville 
industrielle. 

f ne autre surgit en territoire messin, à Sainte- 
Marie-aux-Chênes. Ce village, si rustique autre- 



1. Voir la 22* série du Voyage en France, chapitres II et III. 



3l4 LORRAINE 

fois, devient une ruche. En avant du groupe 
primitif, sur la route de Saint -Privât, la cité 
ou\Tière des mines forme un autre village, très 
curieux par ses constructions de style allemand, 
blanches et rouges, aux lignes imprévues. La 
population nouvelle d'origine allemande, pour la 
plus grande part, comprend les éléments venus 
des environs de Sarrebruck. Mais elle est mé- 
langée de beaucoup d'Italiens, de Luxembour- 
geois, de Moraves, de Lorrains annexés, même 
de Français. C'est une véritable tour de Babel. 
Dans un cabaret de l'ancien village où nous 
avons dû nous abriter pendant une averse, les 
portraits du roi Humbert et de la reine Mar- 
guerite font face à l'inévitable couple impérial. 
Mais on paraît avoir voulu séparer les immigrés, 
car un autre groupe de cités ouvrières est conçu 
dans le ton français, comme les agglomérations 
voisines de Jœuf et d'Homécourl. 

Sur la place d'aspect archaïque du vieux vil- 
lage, ombragée d'arbres, est un monument élevé 
à la mémoire de leurs frères d'armes « par le 
comte de Geslin, colonel du 94^, et son régi- 
ment ». M. de Geslin commandait la défense de 
ce village où son régiment n'était pas entier. Le 
r)4' se vit canonné par quatre-vingt-huit pièces 
et fusillé par deux divisions prussiennes, une 



GRAVELOTTE 3l5 

brigade et un bataillon saxons. L'assaut fut 
mené par quinze bataillons appuyés par une for- 
midable artillerie se ruant contre un village 
n'opposant pas une seule pièce et occupé par 
deux bataillons à peine. Aussi le 94" ne put-il 
tenir longtemps, d'autant plus que, dans cetje 
malheureuse guerre où les chefs manquaient de 
science et de décision, chacun était lié d'avance 
par des ordres qui ne faisaient pas la part des 
mouvements de l'ennemi, 

Sainte-Marie se prolonge sur la route de Briey, 
d'où débouchèrent une partie des Allemands, par 
une double rangée de maisons basses. Dans la 
direction opposée est un cimetière militaire ren- 
fermant les victimes du combat. Des abords on 
a une vue très étendue sur un terrain répondant 
bien à l'idée que l'on se fait d'ordinaire d'un 
champ de bataille. De nombreuses tombes se- 
mées dans la plaine ondulée donnent une im- 
pression sinistre, à l'heure crépusculaire où 
nous les apercevons. 

_Pour arriver à Gravelotte avant la nuit, nous 
avons loué une voiture à Sainte-Marie, un break 
entraîné par un cheval endiablé qu'un cocher 
mécontent d'être arraché au village conduit avec 
une sorte de furie. La route, en partie sur le ter- 



3i6 



LORRAINE 



ritoire français, passe à l'écart des grandes cons- 
tructions des mines, exploitées par la compagnie 
des forges de la Moselle. Elle marque à peu près 
la ligne occupée par le front allemand le i8 août. 
Du haut d'une croupe nous découvrons une vaste 
partie du Jarnisy, dont les collines lointaines 
se jalonnent peu à peu de mines et de hauts 
fourneaux. Quelques tours de roues et voici la 
Lorraine française. La route, bien mieux entre- 
tenue, plus douce, passe près de l'humble vil- 
lage de Saint-Ail et traverse Habonville, hameau 
gris et fauve blotti dans un pli. Ici encore la 
lutte fut vive le i8 août; de nombreuses tombes 
indiquent les pertes éprouvées de chaque côté. 

Deux kilomètres en France pendant lesquels 
on traverse le chemin de fer et voici Vernéville, 
village dont beaucoup de maisons sont palissées 
de poiriers. Pendant la bataille, le général Man- 
stcin, qui s'y était établi pour attaquer Amanvil- 
1ers, avait fait trouer ces maisons et les murs du 
cimetière pour servir de créneaux. Le cimetière 
renferme trois monuments élevés à la mémoire 
des troupes prussiennes. A nu kilomètre à rouest 
est la ferme de Chantrenne, qui lut si ardcniinenl 
atta([uée et défendue. 

Nous traversons maintenant une [)laine on- 
dulée, encadrée de bois, couverte d(; grandes 



GRAVELOTTE 3 I 7 

cultures de céréales. Le hameau de la Malmaison 
puis la ferme de Mogador, dont les amples et 
massifs bâtiments couvrent une éminence, jouè- 
rent eux aussi un rôle dans la journée du i8. 
Le roi Guillaume se tenait là pendant la bataille. 
Ce nom de Mogador paraîtrait singulier, si l'on 
ne trouvait tant d'autres noms de batailles d'au- 
trefois attribués aux fermes du plateau. Tous 
semblent indiquer une véritable colonisation 
effectuée au milieu du dix-neuvième siècle. 

Voici Gravelotte ; le village est une longue rue 
foraiée par le chemin d'Ars-sur-Moselle ; mais les 
auberges et les hôtels où affluent les touristes, 
un musée commémoratif de la bataille, le cime- 
lière militaire sont au bord de la grande route de 
Verdun à Melz, qui traverse le principal théâtre 
de la bataille du iG août. L'hôtel le plus fré- 
quenté est tenu par un des combattants fran- 
çais, M. Driant, qui, ayant eu à lutter dans son 
village natal, a gardé un souvenir très net des 
incidents de la journée. 

La route de Metz descend dans le ravin pro- 
fond de la Mance, qui offrit aux Allemands un 
obstacle si dura franchir. De l'autre côté de cette 
gorge sont la ferme-auberge de Saint-Hubert, 
la ferme de Moscou et celle du Point-du-Jour, 
autour desquelles la lutte fut particulièrement 



3r8 LORRAINE 

acharnée. De nombreux monuments, une infi- 
nité de tombes couvrent l'étroit espace compris 
entref la Mance, le val de Montvaux et le fona 
de Rozérieulles. Au Point-du-Jour le prince 
Adalbert de Prusse eut un clieval tué sous lui. 
Après avoir enlevé ces constructions rurales, 
amples et solides comme des forteresses, les 
Allemands avaient été refoulés; à la tombée de 
la nuit la plupart étaient rejetés en désordre 
dans le ravin, en proie à une panique. Hélas! ce 
ne fut qu'un incident ! le sort de la journée se 
décidait à Saint-Privat. 

La nuit nous a surpris au bord de ce creux 
tragique où Ton put croire ({ue l'ennemi avait 
atteint le terme de ses succès, où, sous les yeux 
du roi Guillaume installé à Mogador, ses trou- 
pes, jusqu'alors solides, s'en allaient fuyant 
dans l'ombre. Il y a juste trente-six ans de cela, 
à la même heure, presque le même jour! 

Au matin nous avons repris notre route à tra- 
vers la campagne funèbre. Cette fois nous allons 
sur le terrain de la bataille du iG août. .Maurice, 
en sa qualité de postulant à Saint-Cyr, connaît 
à fond ces lugubres journées ; il me signale sur 
la carte les points principaux. De Gravelotte à 
Rezonville nous sommes sur la ligne occupée 



REZONVILLE 3 I Q 

par le corps d'armée de Frossard. Au loin appa- 
raît la masse sombre de ce bois des Ognons à la 
faveur duquel déboucha l'ennemi que notre dé- 
plorable système de reconnaissance n'avait pu 
deviner. 

La route court au sein de paysages simples 
mais d'une majestueuse grandeur, descend dans 
un pli où coule un ruisselet qui deviendra la 
rivière de Gorze et monte, en pente douce, vers 
Rezonville. Voici le champ de bataille ; de chaque 
côté de la route apparaissent des tombes, sim- 
ples talus surmontés d'une croix de bois. A 
droite, à la lisière du bois Pierrat, dessinée par 
l'ancienne voie romaine, une colonne marque 
l'endroit où finit la fameuse chevauchée de la 
mort, conduite par le général de Bredow qui, 
faisant une charge désespérée avec les cuiras- 
siers de Magdebourg et les uhians de la Marche, 
préserva de l'écrasement le corps d'armée d'Al- 
vensleben. Plus de quatre cents cavaliers sur 
huit cents succombèrent dans cette attaque hé- 
roïque, réussissant à enlever une de nos batte- 
ries, à désagréger un moment nos troupes, mais 
succombant sous le feu des lignes françaises 
reformées et devant l'irruption furieuse de notre 
cavalerie menée par Forton, Valabrègue et le 
prince Murât. 



320 LORRAINE 

Voici Rezonville, village de grande roule, aux 
maisons basses, relevé de ses ruines. Désormais 
ce ne sont que tombes et monuments jusqu'à 
Vionville. Un banc de pierre orné d'un bas-relief 
en bronze marque la place où se tenait le roi de 
Prusse quand lui parvint la nouvelle du succès 
du i8, si longtemps disputé. Désormais les sou- 
venirs se pressent. Voici, là-bas, au sud, Flavi- 
gny, qui fut le théâtre de mêlées effroyables, 
puis le sinistre Vionville, gros village voisin de 
la frontière. Je dis sinistre, car le lieu fut témoin 
d'une de ces surprises inexcusables par les- 
quelles commencèrent toutes nos défaites. Les 
deux divisions de cavalerie de Forton et Vala- 
brègue qui auraient dû s'éclairer ne devinèrent 
pas l'approche de l'ennemi. Elles étaient sans 
méfiance au bivouac, les chevaux dessellés, les 
convois sans surveillance, quand les obus alle- 
mands vinrent à pleuvoir sur elles, déterminant 
une panique effroyable et honteuse qui entraîna 
les cavaliers jusqu'à Gravelotte. Frossard accou- 
rut avec son corps d'armée pour repousser l'as- 
saillant et réussissait à le chasser de Vionville ; 
s'il avait poursuivi le mouvement, si Bazaine 
avait eu la moindre lueur de talent militaire, on 
pouvait écraser Alvensleben qui avait engagé 
l'affaire; mais on resta à piétiner et le général 



REZONVILLE 321 

allemand, reprenant l'offensive, enlevait Vion- 
ville et Flavigny. Pen après, il refoulait encore 
les Français sur Rezonville ; Bazaine, venu au 
combat, faillit être pris par les hussards de 
Brunswick. 

Les grenadiers de la Garde amenés par Bour- 
baki rétablirent l'avantage de notre côté; Alvens- 
leben allait succomber; c'est alors qu'il ordonna 
la « chevauchée de la mort ». Il était sauvé, car 
nos troupes tardèrent à reprendre l'attaque, le 
X^ corps d'armée prussien, amené par le bruit 
du canon, arrivait de Thiaucourt après une 
marche forcée de 45 kilomètres, en même temps 
que le prince Frédéric-Charles, venu à bride 
abattue de Pont-à-Mousson, prenait le comman- 
dement. 

Le reste de la bataille se livra sur le territoire 
resté français, vers Mars-la-Tour et la ferme de 
Grizières. Près de celle-ci la division de Cissey 
écrasa la brigade Wedell, qui perdit 3 684 hom- 
mes. Là encore, à côté de Ville-sur- Yron, se livra 
le plus grand combat de cavalerie des temps 
modernes, dans lequel les Allemands eurent 
le dessous ; mais leurs escadrons, comme ceux 
de Bredow, avaient empêché le désastre et, en 
somme, assuré le succès stratégique en fermant 
aux Français la route de Verdun. La journée du 

LOBRAIKE 21 



322 LORRAINE 

i8 devait achever la victoire. Si le généralissime 
français avait cependant voulu, il pouvait encore 
triompher, le 17, en reprenant la lutte contre un 
ennemi harassé et inférieur en nombre. 

Les monuments, parfois considérables, et les 
tombes couvrent toute la campagne, surtout 
vers Flavigny et, de ce hameau, jusqu'à Gorze. 
Rien n'est plus saisissant et douloureux que ce 
pays où les champs se hérissent de monticules 
herbus, que signalent les croix enrubannées par 
les soins des vétérans. A l'entrée du bois de 
Gorze, sur la route de Rezonville, est un des 
plus grands de ces édicules. Dans le bois même, 
au bord de la chaussée, d'autres croix indiquent 
la place où furent inhumées des victimes de la 
bataille sanglante qui vit tomber 82 000 hommes 
morts ou blessés. 



M 







CHAMPS DE BATAILLE A L'OUEST DE METZ - 16 ET 18 AOUT 1870 

Us tombi-.-: militaurs .«,«/ in,li,,uérs imr un si,jn<- f — /.« m„mwH,nts s„nl ,U-si,jn,:i par „np msrnpiio,. 



XVIIl 



AU LONG DE LA MOSELLE 



Gorze. — L'abbaye. — Descente à la Moselle. — Novéant. — 
Le vignoble de Dornot. — Jouy-aux-Arches et son aqueduc. 

— Ars-sur-Moselle. — La Moselle et Metz. — Le champ de 
bataille de Ladonchamp. — Au pied des collines. — Maizières- 
lès-Metz et ses hauts fourneaux. — Les chemins de fer miniers. 

— Carrières de Jaumont. — Hagondange, les usines. — Au 
confluent de l'Orne. — Uckange. — Thionville. — Une future 
grande ville. — La Moselle de Thionville à Sierck. 



Sierck. Août. 

Quand les dernières tombes sont dépassées, le 
cauchemar se dissipe. La descente vers Gorze, 
dans les bois profonds qui tapissent les flancs du 
ravin, est une belle chose. Bientôt apparaît la 
petite ville, blottie dans son creux où jaillissent 
les abondantes sources que les Romains avaient 
conduites à Metz et que notre époque a rame- 
nées dans l'antique D'wodurum. Un mamelon 
isolé, abrupt, aux parois revêtues de vignes et 
appelé la Côte Mousa, domine cette bourgade 
exiguë mais proprette et riante, qui n'eut des 



324 LORRAINE 

batailles des i6 et i8 août que le bruit effroyable 
et le passage incessant des troupes allemandes. 

Gorze est à moins d'une demi-lieue de la fron- 
tière nouvelle ; de raides pentes revêtues par les 
Gros-Bois l'en séparent. Elle a donc conservé un 
contact constant avec la France. La marque alle- 
mande ne s'est point posée sur elle ; c'est toujours 
la tranquille villetle française étendue au pied 
de sa haute et vieille église, lourdement coiffée 
d'un dôme; monument intéressant du onzième 
siècle, bien qu'enrobé de constructions qui en 
ont fort dénaturé le caractère. Mieux respectée, 
l'ancienne al)baye princière autour de laquelle 
la bourgade naquit, offre encore une intéres- 
sante façade de la Renaissance qui donne un 
peu de noblesse à la petite place d'où rayon- 
nent les rues de Gorze. Mais le palais abbatial, 
devenu un dépôt de mendicité, a été profondé- 
ment transformé à l'intérieur pour remplir son 
nouveau rôle. La chapelle est intacte et les jar- 
dins gardent encore dans leurs terrasses et leurs 
fontaines quehjues traces de leur splendeur. 

Le grand charme de Gorze est dans le site, 
dans ses hautes collines bien découpées, ses 
vallons profonds où la piété des fidèles a cons- 
truit des chapelles, élevé une statue de madone. 
Celle-ci couronne le sommet du mont Saint-Blin, 



AU LONG DE LA MOSELLE 320 

d'où l'on découvre le champ de bataille de Re- 
zonville, peuplé de tombes. Beaucoup d'arbres, 
des eaux vives, des défilés d'une solitude exquise 
font des environs de la ville une des plus aima- 
bles choses de la Lorraine. Jadis la vipère abon- 
dait dans ces vaux rocheux et embroussaillés ; 
deux chasseurs hardis, Barisien et Kuntzinger, en 
ont purgé le pays. Plus de 12 000 reptiles furent 
détruits, Kuntzinger en tua 6 000 pour sa part. 
Il est privé du bras droit : son unique main lui a 
suffi pour cette tâche. 

Les petits abîmes de Gorze se transforment en 
un vallon unique auquel vient aboutir le vallon 
encaissé et tortueux de Gravelotte. Malgré la 
captation par la ville de Metz des puissantes 
sources des Bouillons, un ruisseau clair s'échappe 
de Gorze et s'en va murmurant entre les prés, les 
sapins et les autres arbres d'un parc. Les peu- 
pliers et les saules des rives, le manteau supé- 
rieur des bois forment une suite de paysages 
aimables jusqu'à Sainte-Catherine, hameau cons- 
titué par une ferme et un château présentant 
une grande et aristocratique façade. 

Le val s'élargit, perd de son aspect pittoresque, 
mais reste aimable. Sur un des côtés de la route, 
on a mis à jour une partie de l'aqueduc souter- 
rain par lequel les Romains conduisaient à Metz 



326 LORRAINE 

les eaux de Gorze, en leur faisant franchir la 
Moselle sur les arcades de Jouy. Le vallon s'ou- 
vre plus loin sur la grande rivière, au village 
de Novéant, devenu gare frontière. Ce centre, 
enrichi par la culture de la vrgne et le commerce 
des vins, est assis à la pointe d'un promontoire 
enveloppé d'arbres et couronné par un front de 
roches abruptes. Ici aboutit la dérivation de la 
Moselle et prend fin le réseau navigable français. 
La dérivation et la rivière forment un port bordé 
de voies ferrées où des bateaux assez nombreux 
chargent des minerais et des charbons. 

Sur la rive droite, un château dont les murs 
de teinte dorée se détachent dans la verdure 
accroît la beauté des rives mosellanes. De ce 
côté, de hautes collines prolongent en Lorraine 
annexée le massif de Mousson. Près de la fron- 
tière se montre Arry ; en face de Gorze est Corny, 
aux vignobles réputés, séparé du massif de 
Jouy-aux-Arches par l'étroit vallon du Verchol. 

La rive gauche est un vignoble continu, établi 
comme un espalier au flanc abrupt des collines. 
De Novéant à Dornot, le plateau des Rochers de 
la Phraze a pour piédestal une véritable mu- 
raille de vignes qui s'arrondit plus loin en pans 
adoucis pour enchâsser Ancy. Dornot, dont les 
vins sont fameux en Lorraine, s'étend en amphi- 



AU LONG DE LA 3I0SELLE 827 

théâtre, dominé par une église à dôme. Ancy, 
joliment blotti dans un pli, possède un vieux 
logis seigneurial flanqué d'une tourelle à pans 
et entouré de fossés. Là débouchait l'aqueduc 
de Gorze pour traverser la Moselle alors sau- 
vage, aujourd'hui relevée par un barrage. Il ne 
reste rien de la partie d'aqueduc qui enjambait 
la rivière, mais dans les campagnes de la rive 
droite se dressent encore les belles arches qui 
ont complété le nom de Jouy — Jouy-aux- Arches. 

Ces ruines donnent un caractère classique à ce 
long village viticole, fier de ses « clairets de Lor- 
raine ». Le château, gris, flanqué de tours grises, 
les constructions enveloppées de feuillage com- 
posent un joli décor dont la grâce est un peu dé- 
rangée par la lourde masse du fort Gomte-Hsese- 
1er, dressé sur la haute colline isolée après laquelle 
s'étend la plaine d'entre Moselle et Seille. 

Sur la rive gauche, au débouché du ruisseau 
de la Mance dont la gorge joua un si grand rôle 
dans la bataille de Gravelotte, Ars-sur-Moselle 
ouvre la rangée des usines métallurgiques que 
l'on va rencontrer jusqu'à Thionville et aux con- 
fins du Luxembourg. Là sont des aciéries impor- 
tantes. Ars, petite ville peuplée de plus de 4ooo 
âmes, a d'autres manufactures ; l'une d'elles fait 
des cordes et de la « laine » en fibres de bois. 



328 LORRAINE 

Au loin Metz grandit, dominée par la cathé- 
drale, superbe à cette distance. La campagne 
arrosée par la Moselle est d'une réelle opulence : 
vignobles de Vaux et de Sainte-Ruffme, plaine 
de Frescati où le château des anciens évêques, 
qui vit signer la capitulation de Metz, avoisine 
le fort Prince-Auguste-de-Wurtemberg et les 
champs de Montigny aux grandes cultures d'as- 
perges. A travers ces campagnes de la rive droite, 
court la grille de fer acérée qui remplace désor- 
mais les murailles, les douves et le large talus 
de contrescarpe où, le dimanche, se plaisaient 
les citadins. 

Metz occupe sur la rivière une situation re- 
marquable ; les collines qui enserrent les vallées 
de la Seille, de la Moselle et du rupt de Montvaux 
se rapprochent et forment un couloir au delà du- 
quel la grande vallée se fait plaine. Les hauteurs 
s'écartent de la rive gauche ; sur le versant op- 
posé, leur base baigne dans la rivière. Les Ro- 
mains avaient tracé leur voie de Metz à Trêves 
du côté de l'est ; la grande route moderne et le 
chemin de fer ont suivi le même trajet, au-des- 
sous des riantes collines semées de villas, bor- 
dées de villages et de hameaux. Les lignes de 
crête sont [)eut-être trop régulières pour donner 



AU LONG DE LA MOSELLE 829 

un ensemble très harmonieux, mais les flancs se 
plissent gentiment en vallons ou en combes abri- 
tant les villages. 

La plaine vaste, placide, verte, dans laquelle 
est assis le fort Saint-Eloy ou Hindersin, vit le 
dernier acte du grand drame militaire de Metz, 
le combat de Ladonchamp, feinte de Bazaine 
pour faire croire à ses troupes qu'il voulait enfin 
échapper au cercle de fer qui les étreignait de- 
puis le 18 août. Cette affaire eut lieu le 7 octobre, 
sous la forme d'un fourrage. Nos soldats montrè- 
rent que, si l'on avait voulu, on ])ouvait encore 
sortir de l'étau. 

Voici dans la plaine, près de la Moselle, les 
Grandes-Tapes et les Petites-Tapes que la divi- 
sion Deligny enleva avec un merveilleux élan. 
Plus près de nous le château de Ladonchamp 
qui donna son nom au condiat et que les Alle- 
mands ne purent enlever dans leur retour offen- 
sif; de l'autre côté de la voie ferrée, c'est le ha- 
meau de Bellevue. Toutes les hauteurs sur les 
deux rives étaient couvertes de batteries alle- 
mandes qui ne purent briser l'élan de nos sol- 
dats. Succès sans lendemain, qui nous coûtait 
I 200 hommes et 60 officiers dont 3 généraux. 
L'ennemi perdait i 780 hommes tués ou blessés 
et nous abandonnait près de 700 prisonniers. 



33o LORRAINE 

On ne contemple pas sans angoisse et sans 
colère ce champ de bataille où l'armée prouva 
qu'elle pouvait encore échapper à l'ignominie de 
la capitulation. Le vigoureux effort demandé et 
obtenu par Bazaine est la condamnation la plus 
terrible de cet homme qui pouvait sauver la 
patrie — et ne le voulut pas. 

Les collines, plissées de vallons, ont des 
pentes plus molles : voici là-bas, à mi-côte du 
Vémont, Plesnois et Xorroy-le-Veneur; ce der- 
nier ^-illage possède une crypte sous une église 
du quinzième siècle dont les vitraux ont été res- 
taurés par Maréchal, le grand peintre verrier que 
l'annexion de Metz fit émigrer. Sur un coteau 
isolé est gracieusement assis Semécourt; plus 
haut Fèves s'abrite aux flancs du Horimont. Jadis 
ces campagnes étaient lumineuses, les villages 
des côtes dominaient des horizons limpides et 
doux. Maintenant le tableau a changé, d'énormes 
nuages de fumée planent sur les campagnes, jus- 
qu'à Thionville; on en voit d'autres s'élever vers 
l'ouest, au-dessus des hautes collines. Ce sont 
les hauts fourneaux établis sur la grande ligne 
de Metz à Luxembourg où les chemins, de fer 
miniers amènent minerai, fontes, fers et aciers. 

Les premiers hauts fourneaux sont au bord 
de la voie, au bourg de Maizières-lès-Melz. 



AU LONG DE LA MOSELLE 33 1 

Leurs gigantesques tours de tôle, leurs clie- 
niinées d'où sort une fumée livide rappellent 
par leur ensemble les fortifications du Moyen 
Age avec des côtés fantastiques. Il y a là deux 
groupes considérables : les hauts fourneaux et 
fonderies de la société belge Sarre-et-Moselle et 
le haut fourneau de la compagnie Moselhiitte. 
Les premiers occupent quatre cent seize ouvriers 
et produisent environ 90 000 tonnes de fer ouvré, 
les seconds emploient trois cent cinquante-six 
ouvriers et livrent 35 000 tonnes. 

Les minerais sont amenés de Sainte-Marie- 
aux-Chênes par le chemin de fer électrique qui, 
montant par le vallon de Bronvaux, va passer 
près de Saint-Privat ('). Une autre voie ferrée, 
moins largement établie, se dirige de Maizières 
sur les carrières de Jaumont, ouvertes non loin 
de Saint-Privat. Ces carrières de pierre jaune, 
d'où sont sortis la plupart des monuments et des 
maisons de Metz, ont eu en France une éphé- 
mère célébrité : sur la foi d'une dépêche apocry- 
phe, un des ministres de l'empereur annonça à la 
Chambre que les troupes de Canrobert avaient 
précipité plusieurs régiments allemands dans les 
carrières ! 

I. Voir page 3io. 



332 LORRAINE 

Les exploitations de Jaiimont sont importan- 
tes : elles n'occupent pas moins de trois cent 
cinquante ouvriers habitant les villages de Ron- 
court et de Saint-Privat. La voie ferrée qui 
amène les produits à la gare de Maizières monte 
dans le vallon vinicole de Marange, au long d'un 
ruisseau abondant. La région des carrières con- 
fine aux importants gisements de fer de Pierre- 
villers, Malancourl et Marange. 

A 5 kilomètres au nord, naît un autre centre 
'industriel considérable, Hagondange, où la so- 
ciété bruxelloise des mines de Pierrevillers ins- 
talle des hauts fourneaux. Le village ancien, très 
menu, voit élever à ses côtés les cités ouvrières. 
Un chemin de fer minier pénétrant dans les col- 
lines sous le hameau de Silvange monte à Pierre- 
villers et, par une section funiculaire, atteint le 
plateau de Malancourt. Un grand atelier de 
chaudronnerie à vapeur s'est également installé 
à Hagondange où les chemins de fer ont établi 
une vaste gare ; là aboutissent le chemin de fer 
conduisant à Moyeuvre et à la frontière et la 
ligne spéciale aux hauts fourneaux de Rombas. 

Cette invasion de l'industrie métallurgique se 
fait dans un pays de grande culture où l'on pro- 
duit beaucoup de bétail. Peu à peu le caractère 



AU LONG DE LA 3IOSELLE 333 

rustique des villages s'effacera. Déjà l'attention 
est plus attirée par les groupements ouvriers que 
par les vieux villages. Ainsi le hameau d'Amné- 
ville est transformé en une immense cité ou- 
vrière, étrange et pittoresque avec la multitude 
de ses pignons blancs percés de fenêtres et les 
toits fauves régulièrement disposés. 

Ici l'Orne débouche dans la grande vallée, en 
un point oîi les collines se rapprochent sur 
chaque rive; on n'a plus la même sensation d'in- 
fini. De chaque côté, des villages jalonnent le 
pied des hauteurs. Sur un promontoire dont la 
base est frôlée par les eaux souillées de l'Orne, 
l'humble village de Richemont contemple la 
jonction des rivières. Au pied de la colline, le 
château de Pépinville devrait son nom à une 
villa de nos premiers rois. Une verrerie existait 
récemment encore sur ce point ; elle a éteint 
ses feux comme celle d'Uckange, village enve- 
loppé dans la noire fumée de ses hauts four- 
neaux. 

Uckange était déjà un petit centre industriel 
avant la guerre ; les établissements métallurgi- 
ques l'ont fait considérablement grandir. Quatre 
hauts fourneaux occupant cinq cents ouvriers et 
produisant environ i5o ooo tonnes de métal dres- 
sent leurs constructions gigantesques près de 



334 LORRAINE 

la gare. En face de cet appareil industriel, du 
bruit, des fumées, des flammes, des déjections 
de scories qui s'entassent, les placides cam- 
pagnes de la rive droite paraissent plus calmes 
encore. Les bords de la Moselle sont dominés 
par une rangée de villages restés rustiques. 

Une grande brasserie, une fabrique de vins 
de Champagne occupant les bâtiments de la ver- 
rerie abandonnée complètent Uckange. 

Au delà, sur la rive gauche, s'élèvent encore 
des fumées ; elles montent de la vallée de la 
Fensch où sont les vastes usines de Hayange ; plus 
au nord fument les hauts fourneaux de Thion- 
ville. Ces grandes manufactures contrastent avec 
le calme agreste de la rive droite où se suivent 
des Alliages que sollicite seulement le travail des 
champs. Le large obstacle de la Moselle et l'ab- 
sence de voie ferrée ont conservé à ce versant 
son aspect tranquille. 

Le bassin de Thionville, entouré d'un cercle 
harmonieux de collines et rempli de villages, se 
précise. Voici les hauts fourneaux qui feront de 
l'ancienne petite forteresse française une cité 
manufacturière, la vaste gare autant militaire 
fjue commerciale où les lignes de Trêves, de 
Sarreguemines et de Longuyon rejoignent la 
voie maîtresse. 



336 LORRAINE 

La ville est en voie de complète transforma- 
tion. Ses remparts sont tombés, on n'a gardé 
que des abris au bord de la Moselle et à l'entrée 
du pont. Si Thionville conserve cependant son 
rôle de défense, les ouvrages ont été portés sur 
les belles hauteurs voisines ; celle de Guen- 
trange constitue à elle seule une forteresse puis- 
sante. La gare, autrefois établie en impasse, sur 
la rive gauche de la Moselle , est transportée 
sur la rive droite, à l'emplacement du fort qui 
formait tête de pont. Une courte avenue bordée 
de maisons neuves de type allemand aboutit au 
pont défendu par des tours rondes. 

De ce pont, la ville se présente gaîment, dans 
son cadre de collines, dont les lignes onduleuses 
festonnent l'horizon autour de la belle masse du 
Griesberg de Guentrange, 

La démolition des remparts s'achève, mais 
déjà les espaces conquis donnent de l'air à la 
cité qui étouffait dans son corset de pierre. La 
ville proprement dite n'a pas changé : la place 
centrale ou place du Marché, dont un des an- 
gles conserve des maisons à arcades, a toujours 
l'aspect dessous-préfectures françaises, quoiqu'il 
y ait une énorme proportion d'immigrés alle- 
mands. Malgré les enseignes allemandes, les voies 
régulières ont les devantures que l'on retrouve- 



AU LONG DE L\ MOSELLE 33 7 

rait à Pont-à-Mousson. En dépit des uniformes 
prussiens, cela est toujours la Lorraine. 

Mais si l'on dépasse la ligne de l'ancienne 
enceinte, voici l'Allemagne avec tout son goût 
pour les architectures outrées, les pignons à 
volutes, les fenêtres contournées, les couleurs 
heurtées,, les étages multiples. C'est la ville — 
une grande ville — tracée sur l'emplacement des 
remparts que le général Hugo, père du poète, 
défendit en i8i4 et qui ne purent empêcher la 
reddition en 1870 après le bombardement du 
22 au 24 novembre. Que de gothique, que de 
renaissance d'un mauvais goût violent viennent 
déparer la modeste cité mosellane ! 

Peu de monuments; l'église est dans le style 
prétentieux et banal du dix-huitième siècle. Un 
beflroi donne quelque physionomie à l'entrée de 
la place principale. Des défenses féodales, il 
reste une tour que l'on dit remonter par sa base 
à l'époque de Charlemagne, le grand empereur 
ayant affectionné la résidence de Thionville. En 
dépit de cette antiquité vénérable, le populaire 
l'appelle la Tour aux Puces. Dégagée, elle est 
la partie caractéristique du décor citadin. 

Thionville était sans industrie avant la créa- 
lion des hauts fourneaux. On n'y trouve qu'une 
fabrique d'engrais et une fabrique de conserves. 



LORRAINE 



90 



338 LORRAINE 

Le développement extraordinaire de la métal- 
lurgie dans les vallées voisines, la mise en va- 
leur du puissant bassin minier qui se prolonge 
en Luxembourg, en Belgique, dans nos dépar- 
tements de la Meuse et de Meurthe-et-Moselle a 
donné à la ville des espérances légitimes. Thion- 
ville est le centre naturel de cette industrie en 
Lorraine annexée. Elle y participe par ses usines 
qu'alimentent les mines de Metzange, au delà 
de Veymerange ; à l'est, un chemin de fer spécial 
amène le minerai aux hauts fourneaux. 

La cité demeure militaire; les anciennes ca- 
sernes françaises n'ayant pu suffire à loger la 
garnison allemande, on a dû créer de vastes 
quartiers sur l'autre rive de la Moselle, à Yutz- 
Basse. Ces troupes des trois armes ont à sur- 
veiller la vallée de la Fensch qui conduit sur le 
territoire français et à assurer la défense du fort 
de Guentrange. Celui-ci ne semble pas suffisant 
aux Allemands, un autre ouvrage est projeté sur 
la rive droite, à Illange, en face du débouché de 
la Fensch. 

La Moselle, en quittant Thionville, abandonne 
sa marche régulière vers le nord, qu'elle sui- 
vait depuis Frouard, pour se porter au nord-est, 
direction qui la conduira au Rhin à Coblentz. La 



AU LONG DE LA MOSELLE 33g 

vallée demeure large, d'un assez médiocre ca- 
ractère jusqu'aux abords de Sierck. Le chemin 
de fer et la grande route abandonnent la rive 
gauche pour suivre le versant opposé. Le voya- 
geur qui les parcourt a quelque peu l'illusion de 
montagnes lointaines en voyant les hautes col- 
lines qui se dessinent à l'ouest. De longues et 
étroites vallées s'ouvrent au levant. Par l'une 
débouche le ruisseau lent de la Bibiche ; une 
autre, parcourue par la Canner, ouvre de pro- 
fondes perspectives sur des campagnes loin- 
taines; cette petite rivière atteint la Moselle 
sous le village de Kœnigsmacher embrumé par 
la fumée de ses fours à plâtre. 

La Moselle, très élargie mais peu abondante, 
décrit d'amples courbes, bordées d'arbres qui, 
souvent, masquent le flot. Les collines se rap- 
prochent, des vignes les revêtent, des prairies 
s'étendent à leurs pieds. Le paysage grandit ; il 
est superbe lorsqu'on approche de Sierck, où la 
belle rivière pénètre dans un de ses plus curieux 
défdés. 

La nuit est venue; nous rentrons à Thionville 
pour aller visiter les vallées industrielles qui 
s'ouvrent vers le territoire français; nous re- 
viendrons bientôt à Sierck. 



XIX 



LE PAYS DU FER 



Le fer en Lorraine. — Autrefois et aujourd'hui. — Développe- 
ments amenés par les procédés Thomas-Gilchrist. — La val- 
lée de l'Orne lorraine. — Amnéville. — Les hauts fourneaux 
de Rombas. — Rosselange et Jamaille. — MoyemTe-la-Grande. 

— Le maréchal Fabert maître de forges. — François de Wen- 
del et sa lignée. — L'Orne vers Jœuf. — Rentrée en France 
à Villerupt. — Retour en Lorraine annexée à Audun-le-Tiche. 

— Aux sources de l'Alzette. — Une ville manufacturière en 
trois nationalités. — Panorama de la région métallurgique. — 

— Le plateau et les mines d'Aumetz. — Oltange, ses mines, 
ses hauts fourneaux. — Bassompierre. — Aux sources de la 
Fensch. — Fontoy. — Le vallon d'Algrange, ses usines et ses 
mines. — Hayange, les usines et la ville. 



Hayange. Septembre. 

Aucune région de l'Europe n'a été aussi rapi- 
dement et profondément transformée que l'étroite 
zone de Luxembourg et de Lorraine où coniinent 
les limites de quatre Etats : France, Belgique, 
Luxembourg et Alsace-Lorraine. L'industrie s'y 
était bien implantée déjà avec les usines de 
Moyeuvre et de Hayange, mais son avenir sem- 
blait limité : si le fer abondait, il n'était pas 



LE PAYS DU FER 34 1 

reconnu partout ; d'ailleurs, dans la plupart des 
gisements, le minerai renfermait une telle pro- 
portion de phosphore que l'on ne pouvait en 
tirer parti. La découverte du procédé Thomas 
et Gilchrist pour la déphosphoration de la fonte 
a soudain donné aux mines de Lorraine-Luxem- 
bourg une importance capitale. En quelques 
pays, en France surtout, l'extraction du fer a 
dû cesser dans la plupart des régions minières, 
incapables de lutter contre les minerais de l'Est. 
L'énorme couche métallique qui s'étend dans la 
contrée délimitée par Pont-Saint-Vincent, Nancy, 
Longwy, le sud du Luxembourg et la Moselle est 
devenue l'aliment de tous nos hauts fourneaux. 
Avant 1870, rien ne pouvait donc faire sup- 
poser une telle richesse. Il est certain que, si les 
négociateurs allemands du traité de Francfort 
avaient deviné que l'ancien Luxembourg français 
était ainsi favorisé, ils auraient réclamé l'an- 
nexion de ce territoire jusqu'à Montmédy. C'est 
pour avoir commis l'imprudence de donner à 
M. de Bismarck des détails précis sur la valeur 
minière des environs de Moyeuvre, que les chefs 
des forges de Hayange amenèrent le rude chan- 
celier à exiger des portions de territoire que 
nous aurions pu conserver. Plus habile fut 
Pouyer-Quertier, qui sut obtenir de Bismarck, 



342 LORRAINE 

comme cadeau personnel, en sa qualité d'ac- 
tionnaire des forges de Villerupt, que cette com- 
mune resterait française. 

J'ai décrit jadis la région minière des vallées 
de la Côte-Rouge et de la Crusnes, vers Villerupt 
et Longvvy ('). Aujourd'hui, j'ai voulu visiter la 
partie du bassin métallurgique cédée à l'Alle- 
magne et dont le développement, plus tardif 
que celui de Longwy, prend en ce moment un 
essor extraordinaire. Les vieilles et glorieuses 
usines de la maison de Wendel à Moyeuvre et 
Hayange voient naître autour d'elles de grands 
établissements conçus sur les données les plus 
modernes. J'ai signalé déjà celles qui s'échelon- 
nent au long de la Moselle, de Metz à Thion- 
ville; il me restait à parcourir les vallées de 
l'Orne et de la Fensch et les régions d'Audun-lc- 
Roman et Aumetz. 

La vallée de l'Orne, qui a vu naître en France 
les grandes exploitations d'Auboué et de Jœuf, 
devient, dans la partie annexée, un prolongement 
de cette rue d'usines. Les anciens établissements 
de Moyeuvre se soudent maintenant à des orga- 
nismes nouveaux, hauts fourneaux et maisons 
ouvrières, conçus sur des plans de grande enver- 



I. Voir z'a" série du Voij<i<je en France, cliapitres II cl III. 



344 LORRAINE 

giire. Les créateurs sont des Lorrains, des Fran- 
çais de France et des Belges. Les capitaux alle- 
mands se sont tenus à l'écart, sauf à Rombas. 

Hagondange et ses forges gardent le débouché 
de la petite rivière descendue de notre Wocvre. 
Deux chemins de fer, l'un purement industriel, 
l'autre ouvert au service public, pénètrent dans 
la vallée jadis tranquille, agreste, bordée de 
jolis villages, aujourd'hui embrumée, bruyante, 
où tout ce qui n'est pas pris par les usines et 
les rails se couvre de corons réguliers et mono- 
tones. Le premier de ces groupements ouvriers, 
Amnéville, situé sur la rive opposée à Gandrange, 
est vaste, comj)Osé de maisons fort coquettes. 
Les cartes françaises ne donnent pas le plan de 
cette cité nouvelle, mais elle occupe la moitié de 
la plaine entre l'Orne et les bois de Clouange, 
couvrant l'extrémité du petit massif de collines 
dont la côte de Drinec est le point culminant. 

Ces hauteurs recèlent un puissant gisement 
de fer; l'exploitation y est active, de grands 
amas ou coulées de déblais souillent les pentes 
et les crêtes boisées. Des chemins de fer aériens 
portés sur de hauts pylônes conduisent les wa- 
gonnets aux gares ou aux usines de Rombas, 
passant au-dessus de pentes tapissées de prairies 
et de vignes. La côte de Drinec, en forme de 



LE PAYS DU FER 345 

table, domine ce tableau qui eut de la grâce 
jadis et n'est pas sans beauté aujourd'hui, sous 
le voile de fumée noire, blanche, livide ou jau- 
nâtre élevée des hauts fourneaux. 

Il y a là, au-dessous de Rombas, une quinzaine 
de hauts cylindres de briques régulièrement ali- 
gnés, entourés de véritables collines de coke 
constituant un ensemble énorme. C'est, dit-on, 
l'organisme métallurgique le plus perfectionné 
qui existe ; la Westphalie et le bassin de Sarre- 
bruck n'ont rien de comparable. Les Allemands, 
qui ont élevé ces établissements, ont voulu réu- 
nir les aménagements les plus modernes et les 
plus scientifiques. Ils furent présentés cette année 
même à l'un des ministres de l'Empire comme 
une chose incomparable. On est surpris, en 
voyant cette gigantesque manufacture, d'appren- 
dre qu'elle fonctionne avec moins de 3oo ou- 
vriers. Sa production dépasse 171 000 tonnes de 
fer. 

L'ancien village de Rombas, étalé en amphi- 
théâtre sur sa colline, n'est plus qu'une annexe 
d'une véritable ville établie dans la plaine. Pauvre 
vieux petit Rombas ! Comme il a l'air délaissé 
sur la côte, entre les vergers de pruniers dont il 
est enveloppé ! Sur l'autre rive, Vitry-sur-Orne, 
bizarrement transformé en Wallingen par les 



346 LORRAINE 

Allemands ('), n'a pas d'usines, mais sa popula- 
tion s'est fortement accrue par l'immigration 
d'ouvriers des établissements voisins et des mi- 
nes. De même Rosselange, qui possédait, avant 
l'annexion, une partie des ateliers de Wendel 
établis à Jamaille, sur la rive droite de la ri- 
vière. 

Le paysage industriel s'est encore accentué 
depuis la guerre ; un chemin de fer électrique 
passe au-dessus de la ligne à vapeur et conduit 
le minerai à Rombas. Les mines de Saint-Paul, 
sur le territoire de la commune, avaient fourni 
près de 67000 tonnes en 1899. Les hauts four- 
neaux et les laminoirs occupent la rive droite où 
les maisons ouvrières de Jamaille sont dominées 
par des pentes vignobles. Le vieux village, sur 
le versant opposé, est au cœur d'un vaste verger. 

Jamaille, ses forges, ses corons se confondent 
avec Moyeuvre-l a-Grande, étageant au flanc des 
collines ses toits de tuiles brunes ou enfumés, 
sous un ciel perpétuellement noir. 11 y a bien 
des siècles que les cheminées vomissent de la 



I. r^cs noms tiidcs(|U('s impuscs aux communes lorraiiins ne 
sont indiqués dans le texte que lorsqu'ils offrent une sinqularilé 
trop grande. L'index alphabétique à la fin du volume donne le 
nom allemand de toutes les communes en regard du nom fran- 
çais. Et la désignation allemande placée à son ordre alphabétique 
est suivie du nom français précédé du mot voir. 



LE PAYS DU FER 347 

suie dans celte vallée de l'Orne, car la création 
des forges remonte à 1829. Le minerai à fleur de 
terre, les bois abondants, faciles à transformer 
en charbon, l'Orne fournissant la force hydrau- 
lique pour les martinets et la soufflerie don- 
naient à l'entreprise des commodités remarqua- 
bles. Aussi la prospérité de ce coin de terre 
lorraine ne s'est-elle jamais interrompue. Parmi 
les maîtres de forge qui dirigèrent l'établisse- 
ment était le père du maréchal Fabert. Celui-ci 
le posséda à son tour ; on montre encore son 
nom, A. Fabert, gravé sur la porte d'entrée de 
la vieille usine. 

En 181 1, M. François de Wendel, propriétaire 
des forges de Hayange dans la vallée de la Fensch, 
acquit Moyeuvre et groupa les deux établisse- 
ments sous une même direction. Depuis lors, la 
famille de Wendel n'a pas cessé de posséder ces 
grandes usines, auxquelles elle ajouta Sliring- 
Wendel et les inines de Petite-Rosselle. Après 
la guerre, elle créa les belles usines de Jœuf éta- 
l)lies sur le territoire resté français pour servir 
la clientèle française. J'ai raconté comment na- 
quit et mourut Stiring ('). 



I. Pages 167 et suivantes. Sur Jœuf, voir la 22^ série du 
Voyage en France, chapitre III. 



348 LORRAINE 

Sous l'impulsion de François de Wendel, les 
forges de Moyeuvre et de Hayange se placèrent 
à la tête de l'industrie française des fers. Quand 
les établissements passèrent dans ses mains, la 
production était de 2400000 kilos de fonte et 
î 400000 de fer. Vingt ans après, on considérait 
comme énorme le chiffre de 6 millions de kilos 
de fonte, 4200000 de fer marchand et fondu, 
18000 caisses de fer-blanc et 3oo 000 kilos de 
tôle noire. II fallait pour cette production 4Ô000 
cordes de bois et i5 millions de kilos de houille. 
Les deux usines occupaient 800 ouvriers, plus 
une population flottante de 1 000 bûcherons, 
charbonniers et voituriers. Aujourd'hui, c'est 
3oo 000 tonnes, — 3oo millions de kilos - — que 
Moyeuvre seul produit ! Le nombre d'ouvriers 
est de I i4o, on compte sept hauts fourneaux. 
En 1899, il y avait encore trente-six fours 
à puddler, mais ils disparaissent rapidement 
comme partout par la concurrence des aciéries. 
A cette date, Moyeuvre avait une tréfilerie, trois 
convertisseurs Bessemer et employait quarante- 
sept machines à vapeur d'une force totale de 
10 5oo chevaux. En réalité, tous ces chiffres 
devraient être doublés, car l'usine limitrophe de 
•Jœuf en Meurthe-et-Moselle n'occupe pas moins 
de I 406 ouvriers. 



LE PAYS DU FER 349 

Quand ces belles usines furent ravies à la 
France, Moyeuvre et Hayange étaient reliées 
souterrainement par une galerie tracée à travers 
le gîte métallifère et suivant tous les accidents 
du filon. Cette galerie ou les tranchées à ciel 
ouvert amenaient et amènent encore le minerai 
au gueulard des hauts fourneaux. Toutefois, ces 
conditions économiques ont perdu de leur va- 
leur, le gisement immédiat s'épuise et Moyeuvre 
et Hayange doivent aller chercher plus loin le 
minerai nécessaire à leurs fourneaux. 

Avant la découverte de Thomas et Gilchrist, 
le fer de Meurthe et Moselle offrait déjà des 
avantages considérables. Charles Reybaud, qui 
étudiait le régime des manufactures au lende- 
main de l'annexion, disait : « Nulle part, dans 
l'Europe occidentale, on ne cite un minerai de 
plus de richesse relative comparée à son coût de 
revient. » Alors Ottange et Rosselange livraient 
le minerai sur le carreau à i^4o la tonne. Celle-ci, 
rendue aux gueulards des hauts fourneaux de 
Hayange et de Moyeuvre, revenait à 2*54- Ce 
minerai avait encore l'avantage de porter son 
fondant avec lui et donnait 33 °/o de fonte. On 
lui reprochait seulement d'être phosphoreux et 
de ne donner que du fer tendre. 

Les procédés nouveaux se rient de ces incon- 



35o LORRAINE 

vénients. C'est pourquoi l'industrie du fer et de 
l'acier a pris en Lorraine un accroissement si 
prodigieux. Le voisinage du bassin houiller de 
la Sarre a été une autre cause de développement 
et non la moindre. 

Mojeuvre-la-Grande — Petite -Moveuvre est 
au fond du vallon — ■ emplit l'étroite plaine for- 
mée au débouché du ruisseau de Conroy. C'est 
un gros centre de plus de 9 000 âmes, d'aspect 
exclusivement ouvrier. Le chemin de fer ne dé- 
passe pas la ville et aucune ligne ne le met en 
relations avec Hayange auquel l'unit un service 
d'omnibus automobiles. 

L'Orne retenue par un barrage reflue en amont 
et prend un moment l'aspect d'une grosse ri- 
vière. La vallée se rétrécit entre des hauteurs 
creusées de galeries de mines ; le courant devient 
bientôt frontière. Sur la rive droite, une jolie 
route en territoire annexé atteint Meurthe-et- 
Moselle, où les hauts fourneaux et les aciéries 
de Jœuf sont bâtis à la limite même des deux 
Etats. Les chemins de fer de l'Est y dirigent un 
embranchement venant de Conflans-Jarny, mais 
pour des raisons militaires les Allemands se sont 
opposés à la jonction des rails ; la ligne française 
finit à Homécourt, la voie allemande se prolonge 



LE PAYS DU FER 35 1 

par lin tronçon purement industriel jusqu'à 
l'Orne, en lacedeJœuf. Il suffirait de un kilomètre 
à peine pour relier les deux tronçons et créer 
un nouveau moyen de pénétration de France 
en Lorraine annexée. Actuellement, un service 
d'omnibus fait incessamment la navette entre 
les gares de Moyeuvre et d'Homécourt-Jœuf. 

Pour achever la visite de la région minière, 
nous sommes rentrés sur le territoire français. 
Par Conflans, Longuyon et Longwy, nous avons 
gagné Villerupt, dernière gare française à ces 
confins de la France, du Luxembourg et de la 
Lorraine annexée. Comme à Jœuf, un kilomè- 
tre à peine sépare la gare française du réseau 
d'Alsace-Lorraine avec lequel se fusionne, dans 
la gare d'Audun-le-Tiche, la partie du réseau 
luxembourgeois exploitée par l'Allemagne. Vil- 
lerupt, embrumé par ses énormes hauts four- 
neaux, est à la frontière même ; sa rue principale 
se poursuit sur le territoire annexé jusque dans 
Audun-le-Tiche dont les Allemands ont fait 
Deutscli-Ofh. Au nord de Villerupt et des usines 
françaises de Micheville, l'Allemagne a exigé une 
étroite bande de terrain composée des communes 
de Russange et Rédange formant le bassin supé- 
rieur du ruisseau de Bélier. Cette langue de 



302 LORRAINE 

terre comprise entre la France et le Luxembourg 
est très riche en fer; un embranchement minier 
la parcourt maintenant en entier. Moins de 
5oo mètres séparent le heurtoir de cette voie en 
impasse de notre ligne de Longwy à Villerupt. 
Ce tracé est dû aux âpres convoitises ger- 
maniques pour les richesses minières de la 
Lorraine. Les Allemands avaient mis dans la 
commission de délimitation un ingénieur des 
mines, M. Hauchecorne, dont le nom semble 
indiquer un fils de réfugiés huguenots. Il apporta 
dans sa mission une mauvaise foi et une passion 
extrêmes contre lesquelles le colonel Laussedat 
eut à lutter longtemps. Celui-ci réussit cepen- 
dant à sauver quelques lambeaux du territoire 
convoité, notamment la commune de Crusnes; 
on a vu comment Pouyer-Ouertier préserva Ville- 
rupt('). Aujourd'hui, la zone qui échappa à l'an- 
nexion, les communes de Saulnes, Tiercelet, 
Hussigny-Godbrange, Villerupt-Micheville, Tliil 
et Crusnes, représente la partie la plus riche de 
France au point de vue de la production du fer ; 
peut-être le tiers de notre richesse métallurgi- 
que vient-elle de ces trois lieues de pays. 



I. Voir le livre émouvant du colonel Laussedat, La Frontière 
franco-allemande. 



LE PAYS DU FER 353 

Le bassin de Rédaiige, que ne put sauver le 
colonel Laussedat, possède aujourd'hui six mines 
importantes ayant donné 199 766 tonnes de mi- 
nerai en 1899, extraites par 186 ouvriers. Trois 
hauts fourneaux avaient fourni la même année 
79818 tonnes de métal et occupé 288 ouvriers. 

Villerupt, Audun-le-Tiche et Russange consti- 
tuent en réalité une seule afjrjlomération de plus 
de 12000 âmes, et la ville luxembourgeoise 
d'Esch-sur-Alzette, toute proche, en compte un 
nombre égal. Cette quadruple cité est au sein 
d'un paysage fantastique. Partout des hauts four- 
neaux, des fumées noires ou livides, des amas 
de déblais, des chemins de fer courant au fond 
des vallées, au flanc ou au sommet des collines, 
des constructions éparpillées, toutes blanches 
encore ou déjà souillées de suie. 

Le chemin de fer français est au-dessus de 
Villerupt, à mi-côte. Au-dessous, dans la vallée 
de l'Alzette, rivière qui naît en France et va 
rejoindre Luxembourg , est la gare d'Audun- 
le-Tiche, commune à l'Alsace -Lorraine et au 
Luxembourg. De là part une ligne pour Aumetz 
et Fontoy, décrivant un contour singulier pour 
franchir par un viaduc élancé la ligne d'Esch et 
Luxembourg. 

Audun-le-Tiche possédait déjà des forges 

LORRAINE 23 



354 LORRAINE 

avant la guerre; elles Iraitaieiit le minerai extrait 
dans les minières et produisaient oooo tonnes 
de fer. Aujourd'hui, cet humble embryon a fait 
place à de puissants hauts fourneaux établis par 
les aciéries belges d'Angleur; i6o ouvriers y pro- 
duisent 5o ooo tonnes de fer ouvré. Trois grandes 
mines occupant près de 900 ouvriers ont donné 
690000 tonnes en 1899. 

Audun est à l'écart de sa station, dans un 
creux dominé par de hautes collines ; l'une d'elles 
porte les ruines d'un vaste château féodal qui 
commandait jadis ce point de passage important 
entre le Luxembourg et la Lorraine. L'ancien 
village devient une ville; plus de 5 000 habitants 
y sont réunis, en grande partie Italiens, car on 
doit faire appel à l'immigration afin de doiuier 
aux mines la main-d'œuvre nécessaire. 

Pour bien se rendre compte du paysage, il 
faut monter à la gare supérieure d'Audun-Ie- 
Tiche — Deutsch Oth-Berg — par le chemin de 
fer. De la rampe d'accès et du viaduc, on jouit 
d'une vue de plus en plus étendue. Au premier 
plan, Rédange à demi voilé par la fumée de ses 
usines d'où émergent deux clochers aigus; plus 
loin, Esch également enveloppé par le noir rideau 
éclui{)pé des hauts fourneaux. Toute la colline, 
où le tiain s'élève par de fortes rampes, est 



LE PAYS Da FER 355 

entaillée jusqu'au sommet eu carrières rouges 
s'élageant par immenses gradins. Cinq mines 
donnent plus de 700 000 tonnes. Le regard s'étend 
à l'infini sur les plaines ondulées du Luxembourg 
hérissées de monticules de déblais. 

Vers Meurthe-el-Moselle, la vallée de l'Alzette 
disparaît à demi sous le noir nuage de fumée 
vomi par les hauts fourneaux de Villerupt, de 
Micheville et Thil. 

Bientôt on domine complètement Audun-le- 
Tiche ; sous la gare même, de grands hauts 
fourneaux appartenant à la société d'Angleur et 
produisant 5o 000 tonnes de fer ont fait naître 
une cité ouvrière. Beaucoup d'Italiens ; il en 
monte un grand nond^re dans le train, bruyants, 
désagréables aussi. L'un d'eux, qui vient d'avoir 
une altercation avec les employés de la station, 
se répand en imprécations et en jurons. Son 
vocabulaire est vraiment ])rodigieux. N'osant 
s'en prendre aux Allemands en les traitant de 
Prussiens, il imagine de les appeler Luxem- 
bourgeois ! 

Le pays manque un peu de pittoresque sur 
ce plateau, à en juger par la carte. Nous conti- 
nuons donc la route jusqu'à Aumetz. Le train 
marche à une allure bien lente et permet de voir 
suffisamment le pays. On entre dans les bois où 



356 LORRAINE 

sont creusées des carrières, et aussitôt voici les 
grands espaces nus, semblables à ceux du Jarnisy 
autour de Conflans. En France est Crusnes, qui 
nous fut laissé non sans peine, Bréhain, Tierce- 
let, qui, dans l'ancienne géographie militaire, 
donna son nom à l'une des trouées que les traités 
de i8i5 ouvrirent vers l'intérieur de notre pays. 
Cette région est encore peu vivante, mais partout 
on y creuse des mines et la Compagnie de l'Est a 
créé deux embranchements conduisant, l'un, de 
Baroncourt, sur la grande ligne de Paris à Char- 
leville, à Audun-le-Roman, l'autre d'Audun-le- 
Roman à Briey, prolongeant la ligne de Conflans. 
Ces lignes font surgir usines et villes nouvelles. 

Sur le territoire annexé, les rails ont fait 
développer Aumetz d'où part vers la frontière un 
embranchement pour desservir la mine Ida et 
Amalia. Près du bourg apparaissent de belles 
installations de mines souterraines ; leurs pro- 
duits sont transportés par un superbe chemin 
de fer aérien ayant en ligne droite 1 1 kilomètres 
de développement. 

Tout autour d'Aumetz, le sol recèle d'im- 
menses richesses minières, déjà exploitées avant 
la guerre. Le gîte n'était utilisé par des hauts 
fourneaux qu'à Ottange, où trois établissements 
fonctionnaient. Ceux-ci ont pris depuis lors un 



LE PAYS DU FER 3b'] 

grand développement ; Ottange a donné 79000 
tonnes de fer en 1899; ses mines, où travail- 
laient I 800 ouvriers, ont livré 365 000 tonnes 
de minerai. 

La situation d'Ottange est singulière. Le 
bourg, inséré dans une fissure du plateau, au 
bord du ruisseau de Kail, touche à la frontière 
luxembourgeoise. Ses usines confinent à celles 
très nombreuses et puissantes de Rumelange 
flans le grand-duché. Aucun chemin de fer ne le 
relie directement à la Lorraine; celui qui le des- 
sert se dirige vers Bettembourg, ville luxem- 
bourgeoise où il rejoint la ligne de Metz à Luxem- 
bourg. L'explication de ce fait, eu apparence 
étrange, est dans la situation économique du 
grand-duché. Etat souverain mais entré dans le 
ZoUverein, union douanière allemande, et ayant 
une partie de ses lignes ferrées, le réseau Guil- 
laume-Luxembourg, exploitées par l'Alsace-Lor- 
raine. Les fers et les minerais d'Ottange entrent 
donc en Luxembourg sans payer de taxes et, de 
là, circulent, toujours en franchise, dans tout 
l'empire allemand. 

Près d'Aumetz, la plupart des villages et ha- 
meaux sont en voie de transformation par l'ou- 
verture de mines et couvrent le pavs de leurs 



358 LORRAINE 

fumées. De nouveaux forages s'opèrent sur ce 
plateau fortement ondulé. Voici des mines à 
Ludelange, d'autres se préparent à Havange. 
Le liameau de Bassompierre, qui possède la 
gare de Boulange, est entouré de puits et de 
fouilles ; le minerai affleure près de la station 
même et un embranchement se dirige à la fron- 
tière où une importante exploitation s'est fondée. 
L'humble hameau de Bassompierre est le ber- 
ceau de la famille de ce nom qui donna deux 
maréchaux à la France. Une vieille porte, à 
l'entrée d'une ferme, appartint peut-être au châ- 
teau de ces gentilshommes lorrains qui jouèrent 
un rôle si bruyant sous Henri IV et Louis XIll. 

Bassompierre dépend de la commune de 
Boulange dont le chef-lieu est un joli village, 
assis dans un fond de prairies. Sur la pente, 
naît une cité ouvrière destinée à loger les tra- 
vailleurs des mines. 

Ce large alTaissement du plateau a de grands 
champs de céréales, des prairies artificielles et 
des bois. La frontière suit les bornes des com- 
munes avant 1870 et entoure à demi une colline 
de 36o mètres sous laquelle naît le ruisseau de 
Conroy qui va traverser la Petite-Moyeuvre et 
atteindre l'Orne à Moyeuvre-Grande. Sous le 
versant nord de cette hauteur, se réunissent 



LE PAYS DU FER SÔQ 

les cliemins de fer d'Audun-le-Tiche et de 
Tliionville à Longuyon par Aiidun-le-Roman, 
douane française. Le tronc commun des deux 
lignes aboutit à Fontoy, où se trouve la douane 
allemande. 

Le bourg est au fond d'un cirque formé par le 
débouché de trois vallons courts. De belles mai- 
sons, un vaste hôtel de ville donnent à ce joli 
centre une allure citadine. Au fond d'un des 
ravins naît la Fensch, sous un monticule por- 
tant les ruines considérables encore d'un château 
féodal. Bien que le territoire de Fontoy possède 
d'importantes mines et des hauts fourneaux, 
l'agglomération même a été épargnée par l'in- 
dustrie ; mines et usines sont en aval, à l'issue 
d'une jolie gorge boisée. Un grand viaduc de 
fer franchit la vallée; un tunnel s'ouvre dans la 
colline par une entrée monumentale, et presque 
aussitôt, l'on voit s'ouvrir, à gauche, le vallon 
d'Algrange, où la richesse des mines a fait naître 
de nombreux établissements. 

Algrange avait 35o habitants avant la guerre ; 
on en compte plus de 7 5oo aujourd'hui. L'étroite 
gorge n'est qu'une rue d'usines et de cités ou- 
vrières sur une longueur de 5 kilomètres. Les 
collines très hautes, dépassant 4oo mètres d'alti- 
tude, sont creusées par les galeries ; des cliemins 



36o LORRAINE 

de fer courent au fond du val. Une ravine laté- 
rale renferme elle-même sa voie ferrée et ses 
établissements. La Lorraine, le Luxembourg, 
le pays de Sarrebruck, la région rhénane y pos- 
sèdent des exploitations. Six grandes socié- 
tés, occupant ensemble i 6i8 ouvriers en 1899, 
avaient extrait i 276 819 tonnes de minerai. Les 
hauts fourneaux de la Société lorraine produi- 
sirent 84o 445 tonnes de fer ouvré. Le com- 
merce de houille est devenu considérable, pour 
alimenter cette énorme activité. 

Dans ce couloir fumeux et bruyant qui est un 
des centres vitaux de l'industrie lorraine, on ne 
reconnaîtrait plus le riant vallon, presque idyl- 
lique, où Algrange était ignoré. Il est loin, le 
temps où les touristes allaient admirer le vieux 
tilleul du hameau et le cours mutin du Pinspermc 
devenu maintenant un égout ! 

La vallée d' Algrange s'ouvre sur la Fensch 
dans un site plus gracieux, mais industriel encore ; 
Knutange s'est accru d'une vaste cité ouvrière 
avec de coquettes maisons ; un antre quartier 
n'a que des logis semblables à des casernes. Sur 
la rive gauche, à Nilvange, où la société de 
Bochum a de grandes installations, un beau 
viaduc enjambe la vallée. A partir de ce point, 
les habitations et les usines sont continues sur 



LE PAYS DU FER 36 1 

près d'une lieue. Knutange se poursuit par 
Havanfje qui fut jusqu'en 1870 le centre le plus 
considérable de la métallurgie en Lorraine et 
demeure encore prépondérant, bien que l'usine 
et l'outillage aient vieilli, alors que tant d'éta- 
blissements nés en ces dernières années offrent 
un aspect autrement puissant et régulier. 

Cependant la vénérable manufacture, avec ses 
immenses halls noircis par la fumée d'un siècle, 
les hauts fourneaux, les ateliers qui couvrent 
près de quatre kilomètres de Nilvange à Schré- 
mange, les parcs à roues et à fer, la multitude 
des voies ferrées, offre un spectacle saisissant. 

En parlant de Moyeuvre, j'ai dit que Hayange 
fut avec celle-ci le berceau de la grande indus- 
trie qui a la famille de Wendel à sa tête. La 
forge, plus ancienne encore, puisqu'on en trouve 
trace en 1264, avait été acquise dès 171 1 par 
un premier Wendel, Jean-Martin, originaire de 
Trêves. Ce fut le siège principal de la maison, 
qui resta toujours entreprise particulière sans 
céder à la tentation de se transformer en société 
par actions. Aujourd'hui encore, le groupe de 
Ilayange est le plus considérable ; il ne com- 
prend pas moins de 3 4oo ouvriers répartis entre 
les trois communes. Nilvange a sept hauts four- 
neaux, six convertisseurs Bessemer et un lami- 



362 LORRAINE 

noir. En aval, séparés des premiers par une rue 
de Hayange, Erzange et Schréniange ont des 
ateliers de laminage et de martelage et trois 
fours Siemens-Martin. 

La production de ce puissant organisme reste 
la plus considérable du bassin, malgré l'impor- 
tance des créations nouvelles. En 1899, Hayange 
produisait 262800 tonnes de fer ouvré, i4 44i 
tonnes de fonte, 311489 tonnes de fer brut. 
L'exploitation du minerai dans les mines Wendel 
avait donné 124007 tonnes. 

L'organisation du travail à Hayange, Moyeuvre 
et Stiring était considérée avant la guerre comme 
une des œuvres sociales les plus remarquables 
de France. Charles Reybaud, qui l'a étudiée, 
rappelle que François de Wendel, le grand aïeul, 
savait jusqu'au nom de son dernier ouvrier et 
n'aimait pas les nouveaux visages; il voulait que 
l'usine fût une famille. Les règlements pour l'a- 
vancement, la retraite — sans retenue préalable 
sur les salaires — demeurent des modèles. 

La commune de Hayange a vu naître d'autres 
exploitations minières ; la Compagnie luxem- 
bourgeoise de Burbach extrait environ 700 000 
tonnes de minerai de fer et occupe 65o ouvriers. 
Sur les collines, à Neuchef, à Fameck, sont ou- 
vertes d'importantes carrières de pierre. 



LE PAYS DU FER 363 

Grâce à cette activité, Hayange est devenue, 
avec ses voisines, une ville de près de i5ooo 
âmes('), arrêtée dans son développement par les 
usines qui la séparent du riant bassin de Flo- 
range. De gigantesques tas de scories dont la 
végétation s'est emparée se dressaient aux abords 
de la gare ; on les attaque en déblais pour la 
construction des voies de triage de Florange et 
de Thionville. L'emplacement donnera l'assiette 
pour les constructions. Plus loin, de nouveaux 
amas se forment avec les disques et les galettes 
de scories que viennent déverser les trucks de 
fer poussés par de petites locomotives. Peu à peu 
l'industrie s'empare des dernières parties riantes 
et vertes de la vallée; autour de Florange, 
rayonnent d'innombrables voies où viennent se 
désagréger les trains de la région minière pour 
être formés en nouveaux convois (^). 



1. Hayange, 10068 habitants; Nilvange, 4279. 

2. Les tableaux de la chambre de commerce de ^Sletz donnent 
des indications intéressantes sur le mouvement des principales 
gares de cette région des mines et des hauts fourneaux. Voici 
quelques-uns de ces chiflres : 

Alqrange a ret;u 437 i44 tonnes et en a expédié 2190884; 
Thionville, 2 646365 et 902808; Gaudrange, 816862 et 528194; 
Grand-.Moveuvre,29687et887 655; Hagondange, 1 08 o4o et 126400; 
Haj'angs, 449287 et 980 077 ; Maizières, 594082 et 467 991 ; Rom- 
bas, 569 118 et 2825g. 



XX 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 



La frontière luxembourgeoise. — Les jardins de Malgrange. — 
Hettange-Grandc. — Volmerange et ses mines. — De Thionvillc 
à Mondorf. — Cattenom. — Rodemack et sa forteresse. — 
La vallée de l'Albach. — I\[ondorf-les-Bains. — De Fixem 
à Sierck. — Du haut du Kirchbcrg. — Haute-Kontz et Basse- 
Kontz. — Traversée de la Moselle. — Le Stromberg. — Sierck 
et ses ruines. — A la frontière prussienne. — Le vallon de Man- 
deren. — Le château de Maibrouk. — Une forêt essartée. — 
Les nouveaux villages. 



Manderen. Septembre. 

Le grand-duché de Luxembourg, qui bordait 
jadis la France par une longue étendue de fron- 
tière, ne nous touche plus aujourd'hui que sur un 
étroit espace près de Longwy ; ses limites au sud 
confinent toujours à l'ancien arrondissement de 
Thionville auquel l'unissent la grande ligne inter- 
nationale Ostende-Bruxelles-Luxembourg-Metz- 
Bàle et une ligne à voie étroite de Thionville à 
Mondorf-le.s-Bains. Ce voisinage d'un petit Etat, 
conservant son individualité bien nette, donne à 
la région au nord de Thionville un caractère 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 365 

particulier. Il semble que la marque allemande 
V soit moins violente que dans le reste de la 
Lorraine. 

Les relations entre les deux pays se font sur- 
tout par la ligne ferrée à circulation intense qui 
mène rapidement dans le grand-duché en par- 
courant une région accidentée. Cette voie, après 
avoir franchi la Moselle, large, mais, ici, lente, 
glauque, sansgaîté, pénètre au sein d'une plaine 
cultivée en céréales entre lesquelles une foule de 
jardins maraîchers s'étendent, irrigués à l'aide 
de puits d'où l'eau est ramenée par ces longues 
perches à bascule que l'on retrouve dans certaines 
contrées du Midi. Ces potagers sont peuplés de 
maisonnettes constituant le hameau de la Mal- 
grange, au pied de la haute colline du Griesberg 
revêtue de bois. La grande route forme rue à 
travers ce centre horticole, puis, franchissant un 
seuil également utilisé par la voie ferrée, des- 
cend dans la vallée de la Kissel. A travers des 
champs de céréales cultivées en billon, la chaus- 
sée atteint Heltange-Grande, village grandissant 
entouré de carrières de grès à pavés. Peut-être 
ce lieu deviendra-t-il un centre industriel ; le 
minerai de fer existe à moins de 3 kilomètres, 
près du hameau d'Entrange, au pied de hautes 
collines dépassant 420 mètres d'altitude. Un 



366 LORRAINE 

chemin de Ter à voie normale se détache de la 
fjare d'Heltange-Grande et va chercher le mi- 
nerai extrait de la mine Ferdinand Stollen. 

Le bourg d'Hettange, sans doute station ro- 
maine, à en juger par un autel de Bacchus 
retrouvé sur son territoire que traverse une 
chaussée antique, se continue dans le vallon par 
le hameau de Sœtrich, blotti dans un creux de la 
colline couverte par la forêt de Cattenom. Là, 
passe la route de Luxembourg qui va traverser 
un grand plateau ondulé et franchir la frontière 
à Evrange. 

La voie ferrée continue à remonter la vallée 
de la Kissel par d'amples courbes tracées au flanc 
des côtes. Elle atteint les limites de la Lorraine 
dans le pli où naît la Boler. Le village de Zoulft- 
gen s'étend longuement dans cette courbe. Une 
élégante flèche porte haut la croix de l'église. 
Aux environs, le sol est singulièrement modelé, 
une partie des champs dessine comme une arène 
de théâtre antique. 

A l'ouest, une colline haute de 4^2 mètres 
sépare les sources de la Boler de la vallée luxem- 
bourgeoise de Miihlenbach, dont la tête est lor- 
raine. Un village isolé du reste de la province 
par des hauteurs très raides, Volmcrange-lès- 
Œulrange, est encore lorrain. C'est une zone mi- 



'Oè^-c/i 




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368 LORRAINE 

nière; la maison Krupp exploite dans le vallon 
de Langenberg d'importants gisements de fer 
reliés à la gare de Bettembourg par un embran- 
chement desservant l'important groupe indus- 
triel de Dudelange. Volmerange est rattaché par 
une excellente route à Ottange, l'autre centre 
minier de Lorraine dont les communications par 
voie ferrée doivent emprunter le Luxembourg, La 
richesse en mines du plateau voisin fera sans 
doute construire bientôt des prolongements de 
ces lignes luxembourgeoises jusqu'à la ligne 
d'Audun-le-Tiche à Fontoy. 

Plus longue en territoire lorrain, plus pitto- 
resque aussi est la ligne à voie étroite qui relie 
T.hionville au réseau secondaire luxembourgeois 
vers Mondorf. Elle dessert de nombreux et riches 
villages établis entie la Moselle et les collines. 
Cette petite ligne ferrée traverse les beaux 
jardins maraîchers de Malgrange et va longer 
des collines couvertes de vignobles et de prés- 
vergers fort riants. Les pentes, d'abord pronon- 
cées, s'adoucissent, présentant au soleil des 
vignes assez étendues. Entre ces plantations et 
la [)Iaine, s'étend Garsche, enveloppé de la ver- 
dure des jardins. La Moselle décrit une courbe 
très prononcée à peu de dislance du village et 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 869 

reçoit l'humble tribut de la Kissel. Sur la rive 
opposée de la rivière, les collines se rappro- 
chent ; au pied d'une croupe boisée Basse-Ham 
est tapi sous une haute érjlise moderne, dres- 
sant une flèche élégante. 

Dans ces amples campagnes où erre le flot 
calme, Cattenom occupe un grand espace ; les 
murs de jardins qui l'entourent lui donnent l'as- 
pect d'une vieille ville forte. Ces murs sont sou- 
vent formés d'ailleurs par des débris de l'enceinte 
féodale. L'ancien donjon d'une maison de tem- 
pliers, devenu clocher de l'église paroissiale, 
accroît ce caractère ; il se dresse au-dessus de 
toits d'un rouge foncé. 

A la base de belles pentes vignobles, le double 
village de Sentzich et Hommeldang est entouré 
de vastes cultures. Par les chaumes errent de 
nombreuses bandes de porcs. Au milieu de la 
plaine tapissée de prairies débouche le ruisseau 
de la Boler au lit sinueux, bordé de villages. Il 
atteint la Moselle en face de ^lalling relié à la 
rive gauche par un beau pont. La rivière décrit 
un double repli ; l'un d'eux frôle la haute berge 
que recouvre Berg, village flanqué d'une cons- 
truction haute et grise. 

Gavisse, où l'on a trouvé des vestiges de 
l'occupation romaine et qui conserve une antique 

LORRAINE 24 



370 LORRAINE 

chapelle dédiée à saint Antoine, avoisine Fixem, 
bourg situé à une importante jonction de che- 
mins, à la réunion de trois vallons, au sein de 
cultures très variées parsemées de vergers de 
pruniers. Des lignes sinueuses de grands saules 
dessinent le cours des ruisseaux. Des prés dans 
les fonds, des champs à larges ados sur les pentes 
composent un tableau fort agreste. 

La route de Mondorf gagne directement la 
frontière en remontant le vallon du Dollbach ; 
mais le petit chemin de fer fait un détour pour 
desservir Rodemack, jadis capitale de la contrée 
comme siège d'une des plus importan-tes seigneu- 
ries de Lorraine. La voie remonte un étroit 
vallon aux riants hameaux : Semoing, Faulbach 
entourés de pruneraies, aux maisons couvertes 
d'espaliers. Vignes et pruniers alternent autour 
de Rodemack, formant un cadre heureux à ce 
bourg auquel les restes de fortifications bas- 
tionnées, d'un château plus ancien et d'une cha- 
pelle donnent un aspect guerrier. Ces défenses 
éventrées jouèrent encore un rôle en 181 5 ; une 
poignée d'hommes, 35© gardes nationaux au 
jtlus, s'y étaient jetés; ils y tinrent 6000 Prus- 
siens en échec, en mirent plus de 600 hors de 
combat et obligèrent le reste à se replier. 

Rodemack n'est plus que le principal marclié 



AUX CONFINS DU LUXE3IB0URG 87 1 

pour cette zone purement agricole, grande pro- 
ductrice d'avoines. Les champs de céréales, fort 
étendus, couvrent de grandes croupes allant 
s'abaisser vers Puttelange-lès-Rodemack, assis 
entre de beaux bois et des coteaux raides, cou- 
pés de ravins et couverts de vignes. Dans ce 
beau cadre le village s'éiend en amphithéâtre, 
face aux escarpements d'où s'échappent les ruis- 
seaux par des coupures profondes. 

Une étroite ligne de hauteurs sépare le val de 
Puttelangede la vallée de l'Albach, petite rivière 
formant un instant frontière entre la Lorraine 
et le Luxembourg. La rive lorraine est couverte 
de cultures, celle du grand-duché a des pentes 
boisées à travers lesquelles des allées ont été 
tracées, formant le parc de la petite station 
balnéaire de Mondorf, très fréquentée par les 
habitants de Luxembourg et desservie par le 
chemin de fer à voie étroite reliant la capitale 
grand-ducale à Remich. 

Le val de Puttelange se replie au sud par un 
large couloir où Beyren groupe ses maisons au- 
tour d'une antique église. Le ruisseau se tordant 
en replis capricieux va rejoindre à Fixem celui 
du Boler. 

De Fixem des routes bien tracées se dirigent 



372 LORR^VINE 

vers la Moselle; un vieux chemin abandonné par 
les voitures à marche rapide raccourcit considé- 
rablement le trajet. C'est par là que nous avons 
gagné Sierck, la dernière ville lorraine au bord 
de la grande rivière. Nous voyant hésiter sur la 
direction, un brave homme, reconnaissant des 
Français de France, vint nous mettre sur la bonne 
voie, en nous recommandant la vue dont on jouit 
de la colline du Kirschberg. Par la chaussée 
désertée, ravinée et caillouteuse, nous attei- 
gnons bientôt le sommet. Le tableau, en efFet, 
a de la grandeur; d'un côté c'est le large et riant 
vallon du Boler que nous venons de quitter, 
de l'autre, large et profonde s'ouvre la vallée où 
la Moselle déroule ses anneaux éclatants. A l'un 
des coudes Berg est fièrement assis. A l'hori- 
zon du nord-est, de hautes et lointaines collines, 
lourdes de forme, arrêtent le regard. 

Au-dessous du Kirschberg se creuse comme 
un abîme de verdure; le chemin y dévale. Au 
fond, cachée sous les saules, coule l'Albach que 
nous avions abandonnée à Mondorf. Sur la rive 
g;HiclH' Ilau(e-Kontz s'élage entre les vergers et 
1rs vignes. La petite rivière descend dans un 
cadre intime et doux de prés, d'arbres fruitiers 
et de jardins jusqu'à la belle chaussée ombragée 
de platanes cpii longe la Moselle. Le (juartier 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 873 

supérieur de Haute-Kontz, couronné parTérflise, 
surmonte des pentes revêtues de vignes et se 
reflète dans le miroir calme de la Moselle. 

Un bac permet de franchir la large rivière et 
donne accès au joli village de Rettel bâti en ter- 
rasse, dominant le flot animé par les pêcheurs 
qui jettent leurs filets en travers du courant insen- 
sible. Nous nous arrêtons un instant à Rettel, 
séduits par un adorable paysage. Du flot s'élè- 
vent de légères vapeurs montant en écharpe au 
flanc des collines vineuses, dans le vaste hémi- 
cycle où Haute-Kontz et Basse -Kontz forment 
décor; ce dernier s'allonge à mi-côte entre ses 
rangées de pampres et les cultures. La colline de 
Slromberg très raide et haute se termine en un 
promontoire semblable à une proue de navire, 
en face de Sierck dont on voit seulement les 
ruines grises. Ces hauteurs, pareilles à un oppi- 
dum et dont les carriers entaillent la cime, sont 
à la limite de trois pays; si la croupe suprême 
est lorraine, elle se prolonge en Luxembourg 
et la Moselle la sépare de l'ancien électorat de 
Trêves annexé par la Prusse en i8i5. 

Un chemin de piétons et de chars rustiques 
conduit de Rettel au pont de Sierck. La ville, jus- 
qu'alors masquée, apparaît, allongée au pied de 
sa colline, sous les pentes abruptes où s'accro- 



874 LORRAEVE 

chent de vieux logis que surmonteut les murailles 
haute set sévères de l'antique forteresse des ducs 
de Lorraine, une des plus puissantes de la Mo- 
selle. 

La ville commence à la gare par un petit fau- 
bourg de maisons neuves. Elle eut jadis plus de 
grâce, ses maisons se miraient dans le flot. Le 
chemin de fer, pour se frayer un passage dans 
l'étroit défilé, a occupé la berge et sépare ainsi 
la ville du clair miroir autrefois couvert de 
bateaux. Une petite place aménagée entre la 
ligne et la cité est un square où l'on a récemment 
érigé un monument aux enfants de Sierck morts 
pour la France pendant la guerre qui aboutit à 
l'annexion de la Lorraine . Les Allemands ont 
toléré cet hommage, mais exigé des inscriptions 
dans leur langue. Ce n'en est pas moins un mo- 
nument aux morts pour la patrie française. Hum- 
ble est la cité, cependant elle a partout répandu 
le sang des siens. Je relève entre autres noms 
de batailles : Wissembourg, Borny, Gravelotle, 
Saint-Privat, la Bourgonce, Amiens, Bapaume, 
Orléans, Thionville 

Derrière la façade de belles demeures qui bor- 
dent le quai, s'étend le vieux Sierck, longue rue 
montueuse et étroite, coupée de ruelles escarpées 
rappelant les bourgs de Provence. Des porches 



876 LORRAINE 

les enjambent, de raides escaliers sont parfois le 
seul moyen d'accès ; quelques antiques logis du 
Moyen Age et de la Renaissance charment par 
leur ornementation. A mi-côte l'église, si déco- 
rée à l'intérieur qu'elle en a perdu toute origi- 
nalité. Une autre église est à l'entrée du château. 

Cet ensemble est charmant de mélancolie. On 
est saisi d'une sorte d'émotion religieuse dans 
cette bourgade endormie, où les rares passants, 
les gens sur leurs portes devinant en nous des 
Français s'efforcent de nous faire comprendre, 
par des paroles de bienvenue, qu'ils n'ont pas 
oublié la patrie perdue. Nous n'avons pas encore 
éprouvé ce sentiment à un tel degré; il nous 
frappe d'autant plus que nous sommes ici à 
l'extrême limite de la Lorraine. 

Toute l'activité est sur le quai ou dans le val- 
Ion creusé au sud. Là sont les chamoiseries et 
les tanneries qui ont fait la réputation industrielle 
de la ville. De 1857 à 1S77 a existé une fabrique 
de faïence qui occupa jusqu'à cent ouvriers; elle 
n'a purésister à la concurrence des gigantesques 
usines comme Sarreguemines. 

Ce fond de Lorraine est exquis. De Sierck à la 
frontière de Prusse, une lieue à peine, se suivent 
les sites heureux. Au-dessus de la ville apparaît 
Rustroff, formé jadis autour d'une abbaye; la 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 877 

colline monte très haut, terminée par une sorte 
de calotte derrière laquelle Kirsch est masqué. 
La Moselle coule avec lenteur entre les vignes 
qui tapissent les flancs du Stromberg à gauche, 
les prairies et les vergers du Kirschberg à droite. 
Le rideau, de ce côté, s'entr'ouvre pour laisser 
passage au ruisseau de Manderen débouchant 
dans le joli site d'Apach. La Moselle voit les 
hauteurs s'écarter; de larges campagnes appa- 
raissent, luxembourgeoises ou prussiennes. Le 
premier village grand-ducal, Schengen, possède 
une belle tour empanachée de lierre sous une 
colline en pente douce qui, un peu plus loin, 
s'cscarpe fièrement. En face, dans la plaine, 
est le premier village prussien, Perl, entre des 
vergers et des bois. La gare, où se soudent les 
chemins de fer d'Alsace -Lorraine et de l'Etat 
prussien, est une bâtisse ignoble et incommode. 
On prend ici en flagrant délit d'observation 
superficielle ceux qui concluent de l'ampleur de 
certaines gares alsacieimes ou lorraines à la su- 
périorité générale de l'Allemagne sur la France, 
pour la construction des voies ferrées. En réalité, 
les vainqueurs ont conçu le réseau des provinces 
annexées sur des données très larges, autant à 
cause du rôle militaire des lignes que pour mieux 
affirmer leur domination. Ils se sont bien gardés 



SyS LORRAINE 

de transformer ainsi leur propre réseau, sauf pour 
les gares de grandes villes et quelques points de 
jonction, 

La vallée de Manderen, entièrement lorraine, 
est un riant couloir sur lequel s'ouvrent des 
vallons non moins gracieux. Chaque pli a son 
hameau; le plus creux, occupé par Mersch- 
weiller, prolonge des ravines vers la frontière 
prussienne. Manderen, plus considérable, assis 
à l'ouverture de deux combes profondes, est 
dominé par les restes d'un château du quator- 
zième siècle, Mensberg, que les gens du pays 
appellent le château de Malbrouk. Le général 
de Marlborough, plus fameux encore par la 
chanson que par sa gloire guerrière, y résida 
en 170.5 et le souvenir de son passage est resté 
vivant. Marlborough ne brilla pas dans cette 
campagne contre Villars. Le futur vainqueur de 
Denain, malgié l'infériorité de ses forces habi- 
lement disposées de Sierck à Sarrelouis, ne put 
être entamé et finit par obliger les alliés à se 
retirer. 

Le château de Mensberg, en partie détruit, 
mais conservant de belles parties, est mainte- 
nant une ferme. Ce joli pays, agreste et soli- 
taire, n'a qu'une indusdie, celle des chapelets 



AUX CONFINS DU LUXEMBOURG 3 79 

et autres articles religieux ; ses ateliers sont tou- 
tefois bien moins considérables que ceux de 
Saumur, de Lalouvesc et d'Ambert que j'ai dé- 
crits jadis ('). 

La vallée de Manderen prend naissance dans 
le (jrand massif boisé, aux larges clairières, 
étendu jusqu'aux rives de la Nied et dont le 
canton le plus compact est divisé en grande 
forêt de Kalenhoven et forêt des Ouatre-Sei- 
gneurs. Dans ces bois naît par deux branches 
la riviérette de Sierck dont le val très profond est 
fort solitaire au delà de Montenach. La partie 
haute du bassin produit beaucoup de bétail des- 
tiné aux grosses communes industrielles et aux 
garnisons de la région. 

Il y a là des contrées ignorées où ne s'aven- 
ture jamais le touriste, car rien n'y sollicite l'in- 
térêt. Au sud de la forêt de Kalenhoven sont de 
grasses campagnes formant une gigantesque 
clairière de deux lieues de diamètre et parsemée 
de bouquets de bois assez étendus. Plusieurs 
hameaux offrent sur les cartes un plan légiilicr; 
ce tracé ainsi que les noms empruntés à la reli- 
gion ou à Taspect du sol : Sainte-Marguerite, 



I. Sur Saumur et ses fabriques de chapelets et de croix, voir 
la 2» série du Voyage en France; sur Aiiibert, la 33« série ; sur 
Lalouvesc, la 34« série. 



38o LORR-UNE 

Saint-François, Lacroix, Hargarten , Rodlach, 
semblerait indiquer une création de toutes piè- 
ces dans un territoire forestier livré au défriche- 
ment. Cette impression est juste, car la grande 
publication Das Reichsland Elsass-Lothringen 
dit que Saint-François a été construit en i6i3 
sur un essart, ainsi que Sainte-Marguerite ; dé- 
vastés pendant la guerre de Trente ans, ces 
villages ont été reconstruits. 

Cette grande clairière possédait déjà des vil- 
lages, habités par une population de bûcherons ; 
quelques-uns de ces centres fort anciens, car 
les Romains eurent ici des établissements, à en 
juger par les vestiges trouvés autour de Kalem- 
bourg. Elle fut gagnée sur la partie du bois 
dite des Quatre-Seigneurs, à cause des pos- 
sesseurs : le duc de Lorraine , l'abbaye de 
Villers-Bettnach, les seigneurs de Deltz et de 
Bérus. Du point culminant, entre Bibiche et 
Saint-François, mamelon atteignant 294 mètres 
d'altitude, on découvre toute cette campagne 
conquise sur la sylve et qui se prolonge encore 
au sud et à l'ouest par des essarts étroits sur 
les versants des vallons allant à la Nied et à la 
Canner. 



XXI 



ENTRE MOSELLE ET NIED 



Le chemin de fer stratégique Thionville-Sarrebruck-Sarreguc- 
mines. — La campagne de Thionville. — Le ruisseau de Bibi- 
che. — Chaux hydrauliqiics et ciments. — DistrofT et Metzer- 
wisse. — La vallée de la Canner. — Hombourg-sur-la-Ganner. 

— Villers-Bettnach, son abbaye et sa forêt. — Le vallon do 
Piblange. — La vallée de la Nied. — Freistroff. — Bouzonville 
et son cloître. — Les premières victimes de la guerre. — 
Brettenach. — Téterchen et sa gare. — Boulay. — Le ruisseau • 
des Pastourelles. — Charleville. — L'ancienne forêt d'Épangc. 

— En descendant la Nied. — Jonction de la Nied allemande 
et de la Nied française. — Condé-Northen. — La transforma- 
tion des noms français. — Le château d'Urville. 



CourcelIes-sur-Nied. Seplemiire. 

Thionville est relié à Sarreguemines par un 
chemin de fer au profil très accidenté; grandes 
courbes, fortes rampes, mais cependant aménagé 
à deux voies, avec d'amples installations, que la 
richesse du pays ne peut expliquer. En réalité, 
c'est une voie militaire pour le transport des 
armées du Rhin vers Thionville et Metz. La vi- 
tesse des trains est fort médiocre. On met trois 
heures, trois heures et demie, cinq heures et 



382 LORRAINE 

demie même pour parcourir les 85 kilomètres qui 
séparent Thionville de Sarrebruck. Cette lenteur 
a l'avantage de bien laisser détailler le paysage, 
et les trains sont assez nombreux pour que l'on 
puisse s'arrêter aux principaux points du par- 
cours. Nous avons donc commodément visité 
dans la journée le pays jusqu'à Bouzonville. 

Premier arrêt à Metzerwisse. La ligne, pour 
atteindre ce bourg, longe le vaste et morose 
faubourg thionvillois de Basse-Yiitz, puis, aban- 
donnant le chemin de fer de Trêves dont elle 
.avait emprunté la plaie-forme, pénètre dans un 
pays entremêlé de cultures et de bois taillis, 
s'élevant vers les hauteurs boisées de Haute- 
Yiilz. Un large pli entre les coteaux présente 
des champs remarqiialdement tenus, où céréales 
et betteraves sont de superbe venue. Ce riche 
terroir enveloppe le hameau de Kuntzich, sé- 
paré [)ar un monticule de la vallée delaBibiche. 
Le ruisseau (jui porte ce nom singulier est un 
fossé où suinte un peu d'eau louche. Le val, 
très évasé, est agreste, des prés sur les bords, 
beaucoup de céréales sur les pentes. 

Le chemin de fer franchit la Bibiche et va 
courir au pied des hauteurs de la rive droite, 
dont le sol est activement fouillé par les terras- 
siers et les carriers. La roche produit des chaux 



384 LORRAINE 

et des ciments réputés. i66 ouvriers travaillent 
dans les fours à chaux, 282 dans une fabrique de 
ciment. Des usines sont au-dessus de la ligne, 
d'autres fument vers la gare de Distroff, La 
production atteignait i5oooo tonnes il y a 
quelques années. 

Les usines, dépendant du même groupe qu'Hé- 
ming, près de Sarrebourg ('), alimentent un 
vaste rayon, non seulement les pays de la Mo- 
selle et de la Sarre, mais aussi le Luxembourg, 
la Belgique et les Pays-Bas, où les produits sont 
concurrencés par les ciments français du Bou- 
lonnais (-). L'expédition se fait à la gare de 
Distroiï", à l'aide d'un embranchement spécial. 

Distroff, modeste village, possède un château 
flanqué de deux tours, à toits aigus, et encore 
habité. Les environs ont une réelle grandeur, 
due à la majesté des horizons. Du sommet des 
collines on découvre de vastes campagnes vertes 
et tranquilles, où les bois et les cultures se 
partagent l'espace en un rythme harmonieux. 
Dans un pli se groupe Metzerwisse, bourg aux 
toits noircis et plats dominés par la flèche de 
l'église. De grands fouis à chaux avoisincnt la 



1. Voir le chapilre II, paçjc 87. 

2. Voir la iS» série du Voyage en France, cliapitre XXI. 



ENTRE MOSELLE ET MED 385 

(jare et utilisent pour la inanuteiition de leurs 
sacs et de leurs pierres uu quai militaire pré- 
paré pour le débarquement des troupes. Une 
fabrique de produits tirés de la résine contribue 
aussi à donner vm caractère industriel au pays. 
Metzerwisse est un centre commercial agricole, 
surtout pour la vente du bétail et des chevaux. 
Ces affaires sont entre les mains des juifs, nom- 
breux dans toute la contrée. 

Une marche de moins d'une heure nous a 
conduits à Hombourq-sur-la-Canner, par le gra- 
cieux village de Kédange, assis en travers du 
vallon régulier et bien dessiné où descend la 
Canner, non loin des vestiges du bourg gallo- 
romain de Caranusca , appelés le Champ des 
Païens. Ce pli du pays lorrain est charmant; la 
petite rivière coule entre des rives très vertes 
frangées par le débouché de vaux secondaires 
ouverts entre les bois. A une croisée des che- 
mins s'étend le long village de Hombourg où 
subsiste un château qui fut une forteresse de 
la puissante maison de Créhange. L'église ren- 
ferme trois tombeaux de seigneurs de ce nom, 
œuvres intéressantes des seizième et dix-sep- 
tième siècles. 

Le pays environnant est très boisé, surtout 
sur la rive droite de la Canner; la rive gauche, 

LORRAINE 25 



386 LORRAINE 

au delà d'une zone de bois, a de vastes cultures, 
aussi le commerce des yrains et du bétail est-il 
important. Le village de LuUange compte plu- 
sieurs gros commerçants qui centralisent les 
produits agricoles. La rive droite, plus âpre, 
est couverte de forêts ; l'une d'elles conserve 
le souvenir des temps passés par son nom de 
« bois du comte de Hombourg ». Ce massif se 
relie par d'autres bois à la forêt de Yillers, dans 
laquelle naît la Canner. 

Le chemin de fer s'élève par un tracé très ac- 
cidenté sur l'arête que recouvrent ces bois et 
passe dans le bassin de la Xied à l'aide du tunnel 
double d'Endorf ; un souterrain a été creusé 
pour chaque voie. La ligne franchit un ravin 
profond sur un viaduc, descend par de fortes 
rampes à Eberswiller et, trouant un coteau par 
un autre double tunnel, atteint la station de 
ce village. Eberswiller, où se fait un important 
commerce de bétail, occupe un large val; ses 
toits réguliers de hauteur, semblables de forme, 
s'étalent sous la masse de l'église à flèche élé- 
gante. 

Les bois de Villers, prolongement de la forêt 
de ce nom, viennent jusqu'aux abords du vil- 
lage et entourent Villers-Jiettnach , longtemps 
le siège d'une abbaye célèbre, qui eut pour 



ENTRE MOSELLE ET NIED 887 

abbé, avant la Révolution, un prince de Rohan, 
Les ruines yothiques de ce monastère occupent 
un ravin solitaire. Le hameau est infime; les 
centres principaux de la commune sont vers les 
sources de la Canner à Saint-Hubert, Rabas et 
Befev. Le second de ces hameaux garde une 
précieuse église du onzième siècle, consacrée 
par le pape Léon IX — saint Léon — ce pontife 
alsacien dont Dabo, Walscheid et Eguisheim 
gardent le souvenir ('). La commune de Yillers- 
Bettnach est fort pittoresque par ses forêts 
coupées de petits vallons, profonds, presque 
sauvages. 

Toute la contrée est d'ailleurs charmante. Les 
cultures sont surtout consacrées aux céréales, 
mais les grandes ondulations, les petites col- 
lines, les bois, les vallons parsemés de hameaux 
donnent une variété extrême. Si les grands sites 
font défaut, on trouve d'aimables paysages cons- 
tituant en Lorraine un pays bien particulier. Le 
nouveau chemin de fer — dont on pose les 
rails — de Metz à Anzeling par Vigy, le rendra 
plus facilement accessible ; c'est par Anzeling 
que l'on atteint le plus facilement la grande 



I. Voir le chapiire I du présent volume; el le chapitre XIV 
du volume Haute-Alsace. 



388 LORRAINE 

clairière des Oualre-Seifjiieurs, vers Sainl- 
François, Monneren et Sainle-Mar(juerite. 

A Anzelinrj la nouvelle ligne débouche du 
vallon de Piblange, peuplé de hameaux au plan 
régulier révélant une reconstruction assez ré- 
cente. Comme dans toutes ces contrées, la guerre 
de Trente ans avait semé la ruine : ainsi Romèse 
et Remesch, aux sources du ruisseau, furent 
détruits; Saint-Bernard a été édifié au même 
emplacement sur un plan géométrique. De beaux 
champs, des pâturages, un bétail nombreux 
font de ces vallons de riantes choses. La pro- 
duction du lait est assez considérable. Anzeling 
a une laiterie recueillant les produits des fermes 
voisines. Le village serait d'aspect italien par 
ses toits rouges et plats, s'il n'avait une église 
à flèche effilée. 

Les ruisseaux descendus des forets de Yillei's, 
du comte de Hombourg, des Ouatre-Seigneurs 
et de la grande clairière, forment j»eu à peu une 
riviérette ayant son plein débit à Anzeling et 
qui finit aussitôt dans la Nied. Celle-ci coule 
dans un large val rempli de prairies. A l'endroit 
où ce vert taj>is fait place aux champs culti- 
vés sont assis les villages, nombreux mais peu 
considérables, tous semblables par les toits de 
hauteur égale formant comme un dallage dans 



KNTRE 3IOSELLE ET NIED 889 

la plaine ou au flanc des coteaux. Le plus (jiand 
de ces centres, Freistroff, est constitué par une 
longue rue allant de la rive gauche de la Nied à la 
colline. Ce fut un bourg monastique; une abbaye 
y subsista jusqu'à la Révolution; une partie des 
bâtiments sont encore debout près de la Nied. 

FreistrofT est eu vue de l'immense tapis de 
prairies dans lequel la Nied se tord en mul- 
tiples replis. Ces prés sont diaprés par des 
champs de trèfle conquis sur leurs pelouses et 
dont les nappes irrégulières, d'un rouge violacé, 
se détachent avec vigueur sur le fond vert. 
Beaucoup de bétail au bord de la rivière; sur 
les pentes pacagent des porcs. Le commerce de 
ces animaux a Freistroff" pour centre. 

La zone des prairies cesse, les collines se 
rapprochent et obligent la Nied à pénétrer dans 
une sorte de défilé. A l'entrée de ce passage est 
née une petite ville, Bouzonville, très retirée 
jadis, mais devenue un point de jonction de 
voies ferrées. Dans sa gare, la nouvelle ligne 
de Metz à Anzeling se continuera par un tracé 
commun avec celle de Thionville à Sarrebruck 
pour se poursuivre sur Sarrelouis — ce dernier 
tronçon déjà ouvert. Ces voies ferrées, plusieurs 
routes, l'espoir de trouver la houille au bord de 
la Nied, semblent assurer quelque avenir éco- 



SgO LORRAINE 

nomique à Bouzonville. En attendant la réalisa- 
lion de ces espoirs, le lieu reste une petite ville 
assez morose, malgré la création d'une vaste 
usine métallurgique près de la gare. 

Une sorte de boulevard circulaire, sur lequel 
aboutissent extérieurement de courtes rues, 
constitue la petite cité. La plupart des enseignes 
sont françaises et portent des noms français. 
Malgré la désignation de Busendorf, imposée par 
les Allemands, Bouzonville se souvient d'avoir 
toujours été lorraine et d'avoir tenu la langue 
française en honneur. A voir ces boutiques sim- 
ples où le goût allemand n'a pu pénétrer, on ne 
se croirait pas à la frontière de Prusse. Celle-ci 
est proche cependant — à 7 kilomètres. — Là, 
à Schreckling, fut tiré le premier coup de feu de 
la guerre. Nous y eûmes notre premier mort, un 
d(3uanier, Pierre Mouty, auquel Chàteau-Rouge 
vient d'élever un monument ; les Prussiens eurent 
leur premier blessé, le lieutenant d'Alten. 

Un coin pittoresque est formé par une sorte 
de cloître sur lequel s'ouvre l'église, et entouré 
des restes d'une abbaye bénédictine, que fonda 
Adalbert d'Alsace, premier prince de la maison 
de Lorraine, pour recevoir un fragment de la 
vraie croix. Les bâtiments ont été réédiliés à la 
fin du dix-septième siècle après un incendie. 



ENTRE MOSELLE ET MED SqI 

Une galerie entoure l'une des cours, ornée d'un 
parterre où se dresse la statue de saint Vincent 
de Paul. 

La tranquille cité est aménagée au point de 
vue militaire ; les multiples voies de sa gare sont 
défendues par un blockhaus établi à l'entrée du 
tunnel de la ligne de Sarrelouis ; des meurtrières 
sont percées de chaque côté de la voûte. Cette 
région constitue un des principaux points de 
passage et de rassemblement de l'armée alle- 
mande; aussi les voies ferrées sont-elles con- 
çues en prévision d'un mouvement intense et les 
embranchements sont nombreux. Non loin de 
Bouzonville, Téterchen, plus loin Hargarten-aux- 
Mines sont des points de jonction d'où l'on peut 
diriger rapidement vers Metz des trains venant 
de Sarrelouis, Sarrebruck et Sarreguemines. 

Téterchen est au sud. La ligne de Sarrebruck 
y parvient en remontant un vallon, boisé sur 
sa rive gauche, où la vie monastique s'installa 
comme en tant d'autres points de cette contrée. 
Là était l'abbaye de Brettenach. Nulle part peut- 
être il n'y eut autant de grandes maisons reli- 
gieuses que dans cette contrée sylvaine; on l'a 
vu par cette suite de monastères dont le chemin 
de fer semble avoir cherché à suivre le jalonne- 
ment. Ces fondations religieuses eurent sans 



Sga LORRAINE 

doute pour but le défrichement des bois. Autour 
de Brettenach, il ne reste plus qu'un petit massif 
forestier, couvrant les collines qui séparent le 
vallon des bords de la Nied. Vers la frontière 
prussienne, les cultures dominent ; de petits bois 
couvrent seulement le sommet des collines ; les 
vallées sont en culture et occupées par de jolis 
\illages, se suivant de près, comme dans le pli 
où sont Oberdorff, Château-Rouge et VVœlflinq. 
Au delà de Brettenach, dans un large bassin 
entouré de collines aux formes régulières ren- 
dues pittoresques par des églises qui les cou- 
ronnent, est assis Téterchen en vue de beaux 
horizons. Le village reste à l'écart de sa vaste 
gare, où les lignes de Thionville et de Metz se 
réunissent pour emprunter un tronc commun 
jusqu'à Hargarten-aux-Mines. De grands tra- 
vaux sont en cours pour porter à quatre le 
nombre des voies sur cette section; les tunnels 
existants sont doublés par d'autres souterrains. 
Les raisons économiques ont ici autant d'in- 
fluence que les raisons militaires; la région jus- 
qu'à Béning d'un coté, jusqu'à Sarrebruck de 
l'autre, devient un pays houiller appelé à un 
grand avenir ('). 



1. Voir le cliaiiilrc siiivnnl. 



ENTRE MOSELLE ET NIED 3ç)3 

Le paysage, si varié jusqu'alors, change brus- 
quement lorsqu'on emprunte la route de Boulay. 
Celte chaussée parcourt de grandes ondulations 
sans arbres, couvertes de céréales. Cependant 
le village d'Ottouville, qui paraît le cenlre du 
paysage, donne son nom à un bois étendu vers 
le sud et dont on longe la lisière avant d'attein- 
dre, près de Denting, le pli où coule le Kaltbach, 
humble rivière qui donne la vie à des usines. 

Celles-ci dépendent de la ville de Boulay, 
modeste chef-lieu de canton avant la guerre, 
aujourd'hui chef-lieu d'un de ces cercles analo- 
gues à nos arrondissements, que les Allemands 
ont multipliés pour diriger plus étroitement le 
pays. En devenant centre administratif, Boulay 
n'a pas pris davantage d'animation. C'est une 
cité calme, aux rues régulières et bordées de 
maisons sans saillies comme on en voit tant en 
Lorraine. Quelques-unes cependant ont noble 
apparence. Les magasins nombreux font deviner 
beaucoup de mouvement, les jours de marché, 
sur les vastes places où la vie semble se concen- 
trer. La place du Marché est fière de sa « fon- 
taine aux quatre lions ». Les autres édifices sont 
de faible intérêt, sauf Thôtel de ville assez mo- 
numental. 

Il reste peu de chose des murailles qui firent 



894 LORRAINE 

de Boulay une cité forte. La ville cependant 
n'a pas débordé du plan tracé par cette enceinte, 
l'industrie ne l'ayant pas fait développer. La 
principale source d'activité est une fabrique de 
quincaillerie occupant près de cent ouvriers à 
la production des outils : des scies et des limes 
notamment, qui trouvent des débouchés en 
France et en Allemagne, Deux ateliers facturent 
des orques d'églises ; les pâtissiers font des 
macarons renommés. 

A l'ouest le paysage est fermé par les collines 
qui portent la foret de Villers et les bois qui la 
continuent en couvrant les lignes de faîte entre 
les vallons essartés où se sont établis des villages 
de plan régulier. Nous sommes allés en excursion 
sur ces hauteurs; le chemin de fer de INIetz à 
Anzeling y attirera bientôt les promeneurs par 
les vastes horizons dont on jouit. Le chemin de 
Charleville, conduisant au point culminant, tra- 
verse la plaine dans la([uclle la Nicd se traîne, 
sans cesse accrue par des ruisseaux lents. Cul- 
tures très variées : des céréales, beaucoup de 
pommes de terre et de betteraves. Vers Boulay, 
un cirque de collines nues ferme l'horizon ; du 
côté de Bouzonville, les hauteurs, boisées, sont 
aussi plus harmonieuses. 

Au village très gris de Brecklange, la route 



ENTRE MOSELLE ET NIED 3g5 

franchit la Nicd sur un vieux pont en dos d'âne 
sous lequel les eaux peu abondantes de la rivière 
semblent dormir. D'ici, le paysage est d'une mé- 
lancolie saisissante. Les villages, lointains, se 
devinent à peine ; un mamelon masque Boulay, 
signalé seulement par son clocher pointant 
derrière ce monticule. Le ruisseau de Pâturai 
ou des Pastourelles atteint la Nied, après avoir 
frôlé les restes du château de Pétrange, corps 
de logis massif, flanqué de tourelles, devenu 
ferme. Cet antique manoir dépend du coquet 
village d'Hinckange dominé par une flèche 
aiguë. 

Le chemin s'élève dans un val latéral jusqu'à 
Charleville, petit centre aux voies régulières 
révélant une création presque moderne. C'est un 
des villages fondés sur les essarts de la forêt 
antique; il remonte à 1618 et dut sans doute son 
nom à l'un des princes lorrains. Une vieille 
demeure gardant quelques caractères aristo- 
cratiques borde le chemin d'Hinckange. Au 
sommet du coteau, l'église, fort humble et dé- 
labrée, domine le val; le cimetière l'enveloppe. 
Contre le mur extérieur de l'abside, sont les 
sépultures de la famille de Vaux d'Achy, qui 
donna tant d'officiers à notre armée. 

Au-dessus de Charleville, le chemin pénètre 



396 LORRAINE 

dans les bois à travers lesquels on peut attein- 
dre Villers-Bettnach et ses ruines abbatiales, et 
parvient sur la longue crête étendue entre les 
bassins de la Nied et de la Canner. Le point 
culminant atteint 363 mètres. Des clairières voi- 
sines la vue est immense. Boulay, tout à l'heure 
masqué, apparaît, blotti dans sa conque. Les 
hauteurs de Téterchen barrent l'horizon à l'est 
où des nuaqes de fumée sombre révèlent les 
mines et les usines. Les villaqes se dissimulent 
dans les plis ; l'impression de solitude est sai- 
sissante. 

Le vallon des Pastourelles se creuse comme un 
abîme. Essarté à son origine, il est couvert sur 
une de ses pentes par le hameau de Nidanqe, 
né après le déboisement. Vn chemin non em- 
pierré lonqe le ruisseau et dessert la grande 
ferme d'Epange, qui donna son nom à ja forêt 
défrichée. Ce fut un village détruit, comme 
tant d'autres, pendant les guerres du dix-se[)- 
tième siècle. Les habitants allèrent peupler 
Charleville. 

En amont du château de Pétrange, la Xied 
erre en bras tortueux dans la plaine encadrée 
entre des hauteurs, molles et nues sur la rive 
droite, raides et boisées sur la rive gauche. Les 
branches de la rivière se séparent au village de 



ENTRE MOSELLE ET NIED 897 

Volineran(|e. qui alirjne ses toits rourjes et bas 
au milieu de champs de pommes de terre et de 
betteraves étendus jusqu'aux hauteurs d'Hel- 
stroff, fauves sous leur manteau de chaumes. 

A un quart de lieue à peine, la Nied se forme 
par la réunion de ses branches : Xied allemande 
et Xied française. Entre les deux rivières, un 
village porte le nom français de Coudé, dont 
les Allemands ont fait Contchen ! Mais Coudé 
est bien le dérivé du nom antique, du Coudai 
qaulois que l'on retrouve sur tant de points de 
notre vieille terre. Condé est entouré de ver- 
gers. Au-dessous du confluent, le hameau de 
Xorthen appartient à la même commune, Condé- 
X^orthen. 

La Xied allemande descend par une vallée 
encore privée de chemins de fer. Malgré son 
suffixe elle coule en pure Lorraine française; ses 
villages n'ont aucune consonance allemande 
dans leiu^ nom. Par une torture qui a du infliger 
bien du mal à leurs savants, les Germains ont 
fait Waibelskirchen de Yarize, Wieblingcn de 
Vaudoncourt , Bingen de Bionville , Rollingen 
de Raville ! Mais les habitants continuent de 
domier à leurs groupes de population les noms 
sonnant clairs d'autrefois. C'est un pavs agri- 
cole, cependant Yarize a des fabriques de fla- 



3 98 LORRAINE 

nelle. Bionville possède plusieurs marchands de 
bestiaux, israélites. Un village voisin, Serviyny- 
lès-Raville, devenu Silbernachen, est habité par 
des carriers. Un autre hameau, Aourv, a donné 
son nom à l'héroïne du livre de Maurice Bar- 
rés, Au service de l^ Allemagne : la marquise 
d'Aoury. 

Au long de la Nied française le même travail 
de déformation linguistique a été accompli. Je 
ne le signalerai pas ; ceux que ces efforts de 
grammairiens allemands intéressent, trouve- 
ront la formation germanique à l'index alpha- 
bétique ; elle s'arrête d'ailleurs en amont au 
château d'Ur\ille, domaine impérial; désormais, 
jusqu'à Metz, les anciennes désignalions sont 
maintenues. 

Au delà de Condé, Pontigny étend ses cons- 
tructions très amples dans un site verdoyant, 
prairies encadrées de bois. A peine devinerait- 
on la Nied française au sein de ses pelouses, 
sans les capricieuses sinuosités décrites par les 
saules nains et les roseaux. Plus loin, au fond 
d'un hémicycle de coteaux, les étangs se grou- 
pent autour de l'église et d'un antique logis 
llanqué de (ours. Sur l'autre rive Landonvillers 
détonne dans ce cadre sobrement français par 
ilétranges logis moyenâgeux, conçus en ce style 



ENTRE MOSELLE ET MED 899 

de mauvais rjoût cher aux architectes d'outre- 
Rhin. 

L'empereur Guillaume n'a pas cédé à ces in- 
fluences médiévales en faisant édifier, en face de 
la station de Courcelles-Chaussy, la gare spéciale 
où il met pied à terre pour se rendre à son 
château d'Urville. Ce débarcadère est une cons- 
truction luxueuse dont le grand salon donne sur 
la voie. Un long quai de débarquement, un 
hangar où le train impérial se remise, complè- 
tent la station. De là une chaussée conduit au 
château vaste, mais d'architecture assez simple, 
apparaissant entre les arbres du parc. Des pa- 
villons isolés sont destinés aux hôtes du souve- 
rain allemand. 

Déjà large autour d'Urville, la vallée s'élargit 
encore. Pentes très douces sur la rive droite, 
coteaux escarpés sur la rive gauche où l'exposi- 
tion permet la culture de la vigne autour du 
hameau de Mont jusqu'au village de Pange, qui 
possède un des plus beaux châteaux modernes 
de la Lorraine. Tout autour, villages et hameaux 
se livrent à l'élevage ; nombreux sont les mar- 
chands de bétail. Dans la liste des commerçants 
je relève cependant un négociant d'une espèce 
rare : un marchand de cuisses de grenouilles, 
établi à Laquenexy. 



/jOO LORRAINE 

ACourcelles-sur-Nied, la rivière, qui semblait 
descendre de l'ouest, a brusquement accompli 
son grand coude. C'est désormais dans la di- 
rection de Chàteau-Salins, au sud-est, qu'est 
orientée la vallée de la Nied française ; je la re- 
monterai un instant pour retourner vers Sarre- 
guemines. 



XXII 



LE WARNDT 



Après Borny. — Remilly. — Au long de la Nied française. — 
Le ruisseau d'Aisne. — Recherche de la houille. — Créhange 
et son château. — Un comté souverain. — Faulquemont. — 
La chaux hydraulique de Val-Ebersing. — La Nied de Ma- 
rienfhal. — Les prairies de Valmont. — Saint-Avold. — Gar- 
nison et industries. — La vallée de la Rosselle. — Une ville 
féodale. — Hombourg-l'Évêque. — Entrée dans le pays des 
mines. — Freyming. — Merlebach et ses houillères. — • Le 
vallon du Merle. — Les mines de L'Hôpital. — La forêt du 
Warndt. — Cariing. — Le bassin de la Bisten. 



Hargarten-aux-Mines. Septembre. 

Le site de Metz, vu à distance, lorsqu'on a 
dépassé les champs tragiques de Borny, a de 
la grandeur ; ses collines bien découpées ont 
l'allure de montagnes, mais leur sommet régu- 
larisé par les terrassements des forts a perdu 
beaucoup de la grâce de ses lignes. Cependant 
c'est toujours un décor grandiose dont la cathé- 
drale accroît encore la majesté. Les campagnes 
sont variées d'aspect; des châteaux, des villas, 
des parcs détruisent la rusticité. Pas de gros cen- 
tres jusqu'à la Nied française, mais des fermes, 

LORRAINE 20 



402 LORRAINE 

de petits hameaux entourés de vastes champs 
de céréales. 

Les bords de la Nied, entre Courcelles et Re- 
milly, ont un autre aspect. De larges prairies 
s'étendent de chaque côté de la petite rivière. 
Le bétail abonde, on devine que c'est le prin- 
cipal élément de richesse. Peu de villages dans 
ce large bassin; ils s'abritent dans les vallons la- 
téraux ou couvrent fièrement les collines et les 
pentes, entourés de champs bien cultivés, même 
de vignes quand le flanc du coteau est exposé au 
soleil. De tous ces groupes de population, Re- 
milly seul offre l'aspect d'un bourg; on n'y compte 
pas un millier d'âmes, mais les maisons s'épar- 
pillent sur un large espace. Remilly frappe par 
un air de coquetterie rare dans les villages lor- 
rains : il le doit à un de ses enfants, l'artiste 
Auguste Rolland, qui employa sa fortune à 
donner du pimpant et de la propreté aux logis 
de ses compatriotes. Il éleva un hôtel de ville et 
l'église dont la haute flèche, flanquée de quatre 
pyramidions, forme à distance un si pittoresque 
décor ('). 

La Nied française, en amont de Remilly, dé- 



I. Sur Remilly et Auguste Rolland, voir les pages qui leur 
sont consacrées par Lor«(lan J^akciiey dans la Lorraine illiisirée 
(Berger-Lcvraiilt et C'o). 






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4o4 LORRAINE 

crit un grand coude bordé par Voimehaut et 
Vittoncourt. Aux abords de ce dernier village, 
coule le ruisseau de Faux-en-Forêt, né à côté 
de la ferme de ce nom construite sur l'emplace- 
ment d'une abbaye dont il reste une petite cha- 
pelle. Le vallon cultivé pénètre profondément 
dans la forêt, vaste de i 078 hectares et dont les 
futaies s'étendent de la Nied française à la Nied 
allemande, fort rapprochées ici. Un ruisseau 
portant le même nom qu'une grande rivière, 
l'Aisne, en longe la lisière par sa rive droite, la 
rive gauche étant bordée d'amples ondulations 
cultivées, dominées par les hautes collines de 
Vatimont et de Thicourt. 

Près de la forêt, Adaincourt aux toits rouges 
regarde la Seille, les deux vallons latéraux et la 
jonction des chemins de fer de Metz à Stras- 
bourg et de Metz à Sarrebruck. Celui-ci re- 
monte jusqu'à sa naissance le vallon de l'Aisne 
où le ruisseau est signalé par un frémissant 
ruban de roseaux. Paysage très calme, qui sera 
peut-être bientôt transformé par l'industrie ; des 
sondages que l'on jjoursuit auraient atteint le 
terrain houiller à Herny et à Arriance. Ces vil- 
Ia()es, bien groupés, dont les toits rouges se 
des>inent avec vigueur sur les prairies et les 
chaumes, perdraient vite leur charme sous la 



LE WARNDT l^OÔ 

fumée des usines. Une filature de laine ne détruit 
point le caractère rustique d'Arriance. 

Tout ce pays est bien cultivé, varié, grâce aux 
bois, aux bouquets d'arbres, aux rangées de 
saules en boules capricieusement disposées. Au 
delà d'Arriance, le sol s'élève légèrement pour 
s'abaisser ensuite vers la Xied allemande, dans 
une campagne où des lignes de peupliers, lon- 
gues et serrées, entourent les champs. La rivière 
s'v tord en replis. Ce fossé sinueux dut être une 
forte défense pour le château de Créhange, capi- 
tale féodale de la contrée : un comté compre- 
nant dix-sept châteaux et quarante seigneuries. 
Créhange constituait, au sein de la Lorraine 
ducale puis de la Lorraine française, un Etat 
indépendant faisant partie du Saint-Empire et 
annexé à la France en lygS. Le comté n'était 
d'ailleurs pas d'un seul tenant; il rappelait, par 
ses enclaves et ses exclaves, la constitution po- 
litique actuelle de la Thuringe. A la Révolution 
déjà, le château était en ruines. Des quatre tours 
qui flanquaient l'énorme masse, une seule reste 
debout, éventrée, ayant fière mine encore, La 
triple enceinte de la forteresse a laissé d'impor- 
tants débris ; entre ces murs les habitants de 
l'humble village qu'est désormais Créhange ont 
créé des jardins. 



4o6 LORRAINE 

Aujourd'hui, le centre princi[)al des bords de 
la Nied allemande est Faulquemont, mignonne 
ville pittoresquement assise en pente douce, 
dans une presqu'île entourée par la rivière. 
Ce fut une cité très forte, grâce au fossé de la 
Nied. Des remparts dont on devine à peine le 
tracé n'empêchèrent pas la prise de la ville par 
les Suédois ; ceux-ci détruisirent ensuite les 
défenses. Malgré les ruines accumulées par ces 
terribles envahisseurs qui ont fait disparaître 
tant de villages lorrains, Faulquemont a gardé 
d'antiques halles à larges ouvertures ogivales ; 
la partie supérieure sert d'hôtel de ville. 

Avant la guerre, Faulquemont était un des 
centres pour la culture des tabacs nécessaires 
aux manufactures de l'Etat ; il possédait un 
magasin de réception que les Allemands trans- 
formèrent en caserne de cavalerie ; aujourd'hui, 
c'est une petite manufacture d'articles métal- 
liques où l'on fait surtout des tubes pour cadres 
de bicyclettes. 

Autour de la ville, la campagne est, par l'ap- 
parence agricole, une des plus riches de toute 
la Lorraine. Les céréales, les betteraves, les 
prairies artificielles couvrent les pentes. Cela 
ressemble aux plateaux ondulés de l'Artois. Dans 
les j)arties basses, au boid de la Nied, les prai- 



i 



LE WARNDT l\0'] 

ries sont fort étendues. De beaux villages, en- 
tourés de vergers, donnent la vie au paysage. 
L'un d'eux, Téting, sur un ruisseau affluent de 
la Nied, est le point où aboutit un chemin de 
fer à traction électrique par trolley, allant cher- 
cher la chaux hydraulique produite dans les nom- 
breuses usines de Val-Ebersing et des environs 
de ce village haut perché : Lixing et Lelling. Un 
gisement de « calcaire à gryphées arquées » a 
fait naître une industrie considérable, car Val- 
Ebersing seul possède vingt-cinq fours à chaux, 
Lixing cinq et Lelling trois. Les carrières s'ou- 
vrent sur la rive droite de la Nied allemande, 
au-dessus du grand coude que fait la rivière après 
s'être échappée de l'étang de Bischwald('). 

Cette Nied est une simple branche du cours 
d'eau ; une autre Nied allemande rejoint la pre- 
mière au pied du massif calcaire de Val-Eber- 
sing, dont elle a longé la pente nord. Le ruis- 
seau est descendu du haut massif de la forêt de 
Farschwiller, sur lequel Henriville étend sa rue 
régulièrement tracée. Les ravins où coulent ses 
premières eaux se creusent près du hameau de 
Marienthal, qui lui vaut parfois le nom de Nied 
de Marienthal. La rivière se forme des deux bras 

I. Voir paye 258. 



4o8 LORRAINE 

SOUS le pont qui porte le chemin de Téting à 
Lelling, 

De larges prairies entourent cette jonction. 
Le pays tout entier devient d'ailleurs pastoral. 
Folschwiller, dont dépend le château de Furst, 
autrefois chef-lieu d'une seigneurie importante, 
et Valmont sont dans une nappe de verdure en 
ce moment animée par les faucheurs et les fa- 
neuses. Ces prés touchent aux bois derrière les- 
quels se creuse le vallon abbatial de Longeville- 
lès-Saint-Avold, qui se prolonge jusqu'à la ville 
de Saint- Avold et d'où sort la Bosselle. 

Saint- Avold n'apparaît qu'au moment où on 
l'atteint, en arrivant par la route de Dieuze ou 
par le chemin de fer. La gare est à plus de 2 ki- 
lomètres, dans un creux; une grande brasserie 
s'est installée près de la voie ferrée. A chaque; 
train, des omnibus et des automobiles emmènent 
les voyageurs dans ce gros centre rural qui a vu 
accroître fortement sa population en devenant 
garnison considérable. Un régiment d'infanterie, 
un régiment de cavalerie, un régiment d'artil- 
lerie occupent les vastes casernes construites 
depuis la guerre. De moins de 3 000 habitants, 
le nombre est passé à 6 000. Ce rôle de garni- 
son n'est pas nouveau; une partie des troupes 
occupent un ancien quartier français. 



LE WARNDT 409 

La route s'élève sur la colline de Filsberg, ^n 
vue d'horizons très amples. De lointaines col- 
lines ondulent au sud, dominées par Val-Eber- 
sincj. La campagne immédiate est couverte de 
prairies. Bientôt le sol se creuse, on découvre 
Saint-Avold blotti dans sa vallée profonde au- 
tour de l'église, dont les tours coiffées de dômes 
renflés donnent au site un vague caractère russe. 

Pourtant la ville garde un aspect bien fran- 
çais. Rien d'allemand dans l'architecture des 
maisons et l'allure des rues, reconstruites après 
de désastreux incendies. Nous arrivons un jour 
de marché. Le grand commerce en cette saison 
est celui des petits porcs. Des chars en sont 
remplis. Sur les trottoirs, sur le pavé de la 
place, les pauvres bêtes crient à fendre l'âme. 
Ces hurlements sont d'autant plus étranges que 
beaucoup d'animaux sont invisibles : les ache- 
teurs les ont enfermés dans des sacs, on devine 
les prisonniers par les soubresauts imprimés à 
la toile. 

Nombreuses sont les boutiques dans ces rues 
aujourd'hui animées, tracées au pied de quar- 
tiers plus anciens qui furent fortifiés et gar- 
dent encore des débris de leurs murailles. Des 
fontaines monumentales jettent une eau réputée 



4lO l.ORRAINE 

dans le pays. L'ensemble de la ville est léijii- 
lier et propre. Tout autour, de riantes collines, 
aux flancs abrupts, plantées d'arbres fruitiers, 
font un cadre heureux à ce bassin où coule la 
Rosselle naissante, souillée par les résidus des 
usines; car Saint-Avold a ses fabriques, où Ton 
fait de la colle forte, de la gélatine et autres pro- 
duits similaires; no ouvriers y sont employés. 

Peu de monuments ; une abbaye bénédictine 
autour de laquelle la ville se forma a été alTectée 
à des usages laïques. L'église, œuvre intéres- 
sante du dix-huitième siècle, occupe l'entrée de 
la grande place. 

Les constructions militaires nouvelles s'éten- 
dent aux deux côtés de la route de Sarrelouis. 
Monumentales casernes, magasins, casino des 
officiers, parcs d'artillerie s'étendent presque 
jusqu'à l'entrée des bois, divisés en forêts de 
Longeville, de Saint-AvoId et de Zang, qui se 
continuent sur le territoire prussien par la forêt 
de Karlsbrunn. Cette vaste zone forestière se 
nomme le Warndt ou Warendt et constitue une 
région naturelle bien tranchée. 

La forêt de Longeville doit son nom au bourg 
formé autour d'un couvent de bénédictins dont 
les constructions sont encore debout. Le site, 
fort beau, cirque très profond dans lequel naît 



LE WARNDT 4 ï I 

la Rosselle, devait avoir plus de (jràce encore 
lorsqu'un étang emplissait le fond du val, en 
reflétant les constructions de Longeville. 

La Rosselle, après avoir bordé Saint-Avold, 
descend par un val étroit, presque une gorge, 
aux flancs revêtus de bois. La roche aftleure ; je 
retrouve avec surprise et plaisir aussi le grès 
rouge des Vosges. Le chemin de fer descend au 
bord de la rivière en touchant au hameau gris de 
Petit-Eberswiller, entouré de collines cultivées, 
dont les trois plus élevées sont des hauteurs 
arrondies masquant le village de La Chambre. 
Au long de la Rosselle, les pentes s'escarpent 
encore ; souvent la roche rouge est à pic. Les 
versants s'écartent un instant pour encadrer le 
coteau isolé que recouvre fièrement Hombourg- 
l'Evéque ou Haut-Hombourg. 

Voici un des rares bourgs vraiment pittores- 
ques de la Lorraine; si, par pittoresque, on en- 
tend la position escarpée, des restes de murailles 
dominant des pentes abruptes, un cadre de col- 
lines bien taillées, Hombourg a tout cela. Cam- 
pée entre les débris de ses remparts, dominée 
par une église aux grandes fenêtres ogivales, 
l'ancienne forteresse que Vauban remania est 
dans une situation admirable. A la pointe de la 
colline isolée qui fut de si bonne heure une des 



4l2 LORRAINE 

clés de la Lorraine, la chapelle (jothique de 
Sainte-Catherine a vue sur la vallée et des ra- 
vins rocheux et verts. Le bourg, ou le village 
plutôt, car ce Haut-Hombourg est infime et ren- 
ferme à peine 200 âmes, alors que la commune 
en compte 2 000, a gardé une de ses portes. 
L'église, fort belle, a été dotée de superbes ver- 
rières au dix-neuvième siècle. 

Au-dessous de l'ancienne place forte, des fau- 
bourgs contrastent par leur activité industrielle 
avec la placidité du haut quartier. Hellering, 
entre la Rosselle et un vallou, le Bas-Hom- 
bourg, sur la rivière, sont peuplés d'ouvriers 
employés dans une aciérie occupant 355 per- 
sonnes. Cette usine, fondée en lySS par Charles 
de Wendel et appartenant aujourd'hui à la mai- 
son Gouvy, a subi les transformations modernes. 
Elle possède des fours à puddler et un four 
Martin. 

D'autres établissements occupent les bords 
de la Rosselle : scieries à vapeur, fabrique de 
fdjres de bois et de cordes en fibres. De nom- 
breuses carrières entament le grès des collines. 
L'ancienne porte militaire de la Lorraine est 
maintenant la porte de la région industrielle 
de la Sarre. Désormais nous allons sans cesse 
voir fumer des usines dans une région minière 



LE WAR.NDT 4' 3 

qui est loin d'avoir atteint tout son dévelop- 
pement. 

Les mines sont pourtant connues depuis long- 
temps. A peu de distance de Hombourg, Frey- 
ming eut jusqu'à 1849 ^^^ petite exploitation 
sur son territoire, à Sainte-Fontaine. On supposa 
sans doute le gisement épuisé, car les puits 
furent abandonnés. Aujourd'hui, des sondages 
ont fait reconnaître des couches plus puissantes; 
les exploitations de Petite-I\osselle(') se pour- 
suivent en amont de la Rosselle, puis sur toute 
la région frontière de Béning à Hargarten. La 
compagnie de Sarre-et-Moselle a créé de nom- 
breux centres d'exploitation. L'un d'eux, fort 
considérable, domine le large bassin de Béning, 
où s'étend une des gares les plus considérables 
du réseau d'Alsace-Lorraine. Là se critisent les 
lignes de Metz à Sarrebruck et de Thionville à 
Sarreguemines. 

La première exploitation houillère est près de 
Merlebach, au-dessus du confluent du ruisseau de 
Merle (Mers de la carte) et de la Rosselle. Les 
constructions de la mine ont beaucoup d'am- 
pleur; un long bâtiment forme façade, surmonté 
d'une cheminée supportant un réservoir à moi- 



I. Voir le chapitre X. 



4 I 4 LORRAINE 

tié de sa hauteur. Trois rangées parallèles de 
maisons à deux étages constituent une première 
cité ouvrière. Un des étages est ouvert dans le 
pignon central. Deux grandes habitations plus 
ornées donnent une note allemande, par leur 
pignon à volutes. Sur l'autre rive du ruisseau 
est Freyming. La colline dont le village occupe 
l'extrémité s'élève à une assez grande altitude, 
elle n'a pas moins de 887 mètres vers Haut- 
Hombourg, alors que le fond de la vallée est à 
200 mètres à peine. 

Ce bassin, où plusieurs vallons se réunissent, 
dut posséder une station romaine, car on voit 
encore les vestiges d'un temple ; on y a retrouvé 
au dix-huitième siècle les statues de Mercure, 
Vénus, Diane et Minerve. Il y avait sans doute 
un groupe de population assez considérable, 
puisque là seulement le pays est ouvert. Tout 
autour, en Lorraine et en Prusse, dans ce der- 
nier pays surtout, ce ne sont que forets, restes 
de cette vaste sylve du Warndt si redoutée 
autrefois et dont les derniers brigands dispa- 
rurent seulement quand la main ferme de Napo- 
léon se fit sentir. 

Ces bois avaient suscité quelque industrie sur 
le cours du Merle. La carte de Cassini indique 
une forge à Sainte-Fontaine. Le pays cepen- 



LE WARNDT l\l5 

dant devait être fort triste, car il est misérable 
encore. Après les mines de Merlebach, on tra- 
verse des bruyères, des champs de genêts, de 
jeunes sapinières commençant la conquête du 
sol. Rares sont les cultures; des prairies ma- 
récageuses bordent le ruisseau qui, amassant 
ses eaux en étangs sombres, donnait le mou- 
vement aux martinets de Sainte-Fontaine. Le 
lieu est maintenant solitaire ; une fabrique de 
vinaigre de bois qui avait succédé à la forge a 
cessé de fonctionner. De même la « platinerie » 
qui figure encore sur les cartes. 

L'activité se porte aujourd'hui autour du vil- 
lage de L'Hôpital, à la frontière prussienne. La 
compagnie des mines de Sarre-et-Moselle y a 
installé son principal centre d'exploitation. Trois 
puits ont été forés; de grands tas de charbon ou 
de déblais souillent le paysage. De vastes cités 
ouvrières se créent autour du bourg primitif. 
Deux gares, L'Hôpital et L'Hôpital-Neuschacht, 
desservent les mines. Cette dernière station est 
entourée de constructions immenses embrumées 
par la fumée des machines et des conflagrations 
spontanées qui se produisent dans les énormes 
tas de déblai. 

Au centre d'une clairière dans le Warndt, le 
hameau de Garling avait vu fermer ses mines, 



4 I 6 LORRAINE 

mises en exploitation au milieu du dix-neuvième 
siècle. L'exploitation reprend. Là naît le ruis- 
seau de Lauter, qui entre presque aussitôt en 
Prusse où il borde le très long village de Lau- 
terbacli. Les mines abandonnées de Carling 
donnent à leurs abords un caractère désolé. 
Peut-être le pays retrouvera-t-il sa prospérité ; 
bien des richesses dorment sans doute dans le 
sein des collines. Même au sud, vers Saint- 
Avold et Longeville, on a exploité longtemps 
du cuivre et du plomb ; les galeries abandon- 
nées s'étendent sur de grands espaces. 

Par l'ouverture du vallon de la Lauter, le re- 
gard s'étend au loin dans l'intérieur duWarndt, 
mais la route pénètre de nouveau en forêt, à tra- 
vers le bois Royal, peuplé de chênes et recons- 
titué en pins dans les clairières et les parties 
maigres. On retrouve la lumière avec la vallée 
de la Bisten, vers Creutzwald-la-Croix, village 
étendu jusqu'à la frontière de Prusse ou plutôt 
de cet ancien district de Sarrelouis que la Prusse 
nous arracha en i8i5. 

La Bisten descend d'un joli pays, sorte de 
grand cirque creusé au sein d'un plateau dont 
le point culminant, au signal de Boucheporn, 
atteint 4io mètres. Plusieurs vallons y prennent 
naissance, ayant chacun leur village : Porce- 



LE WARNDT 4^7 

lette, Varsberg, Bisten-im-Loch, Guerting ; ils 
se réunissent autour d'un autre centre, Ham- 
sous-Varsberg, pour former la Bisten, Bist ou 
Bistenbach, un cours d'eau assez abondant, 
allant rejoindre la Sarre. Ce bassin, entouré par 
la forêt de Saint-Avold, la foret de la Houve 
et d'autres bois moins étendus, est purement 
agricole ; la seule industrie est l'exploitation de 
la pierre, mais le sol recèle la houille. Aucune 
exploitation n'est encore tentée. 

Creutzwald, où la rivière atteint la frontière, 
est un bourg fort étendu composé de trois ha- 
meaux : Wilhelmsbronn, La Croix et La Houve; 
une forge peu considérai^le et la fabrication des 
boîtes en écorce de merisier ou de bouleau lui 
donnaient quelque activité. Cette dernière indus- 
trie, la seule qui se fût créée dans ces forêts pour 
la mise en œuvre des bois, a disparu, mais l'ex- 
ploitation de la houille y occupe quatorze cents 
ouvriers. 

Une compagnie alsacienne, sous la raison so- 
ciale française « La Houve », a ouvert deux puits 
en pleine forêt ; on en fore un troisième près de 
la gare. En 1906, 260000 tonnes de houille ont 
été extraites. 

Le paysage 'est de belle allure. Le cirque de 
la Bisten, entouré de collines isolées, bien dé- 

LORRAI>"E 27 



4 1 8 LORRAINE 

coupées, abruptes, couronnées de petits bois, 
constitue un des sites les plus intéressants de la 
Lorraine. 

Le chemin de fer qui le traverse frappe par le 
nombre et l'ampleur de ses quais de débarque- 
ment, révélant l'importance du rôle militaire qui, 
par Sarrebruck et Deux-Ponts, Hombourg et 
Bingen, conduit au cœur de l'Allemagne, d'où 
viendraient les armées. Cette ampleur de la voie 
de transport est fort utile au développement 
industriel de ce bassin houiller. 

La ligne traverse la grande forêt de la Houve, 
dans un canton où les chênes dominent, par- 
court un tunnel à côté duquel on vient d'en 
creuser un autre pour doubler les moyens de 
circulation, et va rejoindre l'embranchement 
qui, de Hargarlen, se dirige sur la vallée de la 
Sarre. Là elle se soude à la grande voie de Sar- 
rebruck à Trêves — encore un chemin de fer mi- 
litaire, celui-ci. 

Hargarten, où a lieu la jonction, un village 
jadis prospère par l'exploitation d'un gîte de 
plomb qui lui valut son surnom de aiix-Mines, 
occupe un joli vallon sur les bords d'un ruisseau 
allant rejoindre la Bisten au-dessous de Merten, 
à la frontière de Prusse. Ce ruisseau, le Weyer- 
bach, est l'axe d'un bassin comparable à celui 



LE WARNDT 4l9 

de la Bisten pour les indentations profondes de 
ses collines. 

La houille se trouve encore, des mines sont 
creusées sous la colline isolée de Falck au pied 
de laquelle a lieu la réunion des voies ferrées. 
Mais l'extraction, peu rémunératrice, a été aban- 
donnée. Falck possédait une fonderie qui compta 
parmi ses scribes le futur maréchal Ney ('). 



1. La houille a déterminé en igo5 un mouvement d'expéditions 
de I247 5i3 tonnes à Cocheren où le chemin de fer particulier 
de Petite-Rosselle rejoint le réseau d'Alsace-Lorraine. L'Hôpital 
a expédié 349 ^^^ tonnes. Mais ce n'est qu'un début d'exploi- 
tation. 



XXIII 

LA PREMIÈRE AMPUTATION SARRELOUIS 

ET LE SAR.GAU 



Le Sai-g^u et Sarrelouis. — Les origines du district. — La fonda- 
tion de Sarrelouis et l'annexion prussienne de i8i5. — La Nied 
au-dessous de Bouzonville. — Le Siersberg et ses ruines. — 
Le bassin d'Irdspach. — La vallée de la Sarre. — Dilling la 
manufacturière. — Apparition de Sarrelouis. — Loutre ou 
Fraulautern. — Sarrelouis, le démantèlement, restes des forti- 
fications. — La ville, quartiers allemands modernes et cité 
française. — Les noms français à l'annuaire. — Autour de Sar- 
relouis. — Beaumarais, Piquart et Vaudrevange. — Bourg-Dau- 
phin. — Dans le Scheidberg. — Bérus et son panorama. 



Eu achevant celte visite à notre chère Lor- 
raine, j'ai tenu à parcourir une partie de la 
province enlevée à la France cinquante-cinq ans 
avant le traité de Francfort, au lendemain de 
Waterloo, ce Sargau dont la capitale, Sarre- 
louis, rappelle si vivement le passé français et 
qui, malgré près d'un siècle d'occupation étran- 
gère, garde encore l'empreinte gauloise. 

Ces bords de la Sarre furent français avant 
même que le reste de la Lorraine fût annexé 
à la grande patrie. C'était la dernière des pos- 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 421 

sessions, dites les Trois-Evêchés, enclavées dans 
la Lorraine ducale, l'extrémité de la branche 
nord de la grande voie soumise au passage des 
armées royales sous le nom de route de Lor- 
raine. Pour garder libre ce chemin, Vauban 
édifia de toutes pièces, dans un méandre de la 
Sarre, la puissante forteresse à laquelle Louis XIV 
donna son nom. Ce fut une cité française, non 
seulement par la domination de nos rois, mais 
encore par la langue et les mœurs. Alors que la 
région voisine parlait un dialecte allemand, on 
n'employait que le français à Sarrelouis, car les 
habitants avaient été appelés de l'intérieur du 
royaume. Une grande partie de la population 
porte des noms français. A cet élément appar- 
tenait Ney, le futur duc de la Moskowa, le plus 
illustre enfant de Sarrelouis. 

Aujourd'hui encore, malgré le voisinage de la 
grande cité manufacturière de Sarrebruck-Saint- 
Jean et l'attraction exercée par Trêves, capitale 
du Bezirk ou département, Sarrelouis regarde 
vers la Lorraine à laquelle la relient deux che- 
mins de fer, l'un de Bouzonville àDilling, l'autre 
de Hargarten à Bous. En dépit des années, les 
sympathies pour la France sont demeurées, bien 
que le loyalisme allemand y soit sincère. 

Il est assez difficile de retrouver exactement 



42 2 LORRAINE 

les limites du pays que le traité de Vienne nous a 
enlevé et qui faisait partie du district de Sarre- 
louis. D'après la carte de Gassini, les deux rives 
de laNied, les villages et bourgs de la rive droite 
de la Sarre jusqu'aux abords de Merzig appar- 
tenaient à la Lorraine. Le canton de Tholey 
s'étendait jusqu'à la principauté actuelle de Bir- 
kenfeld appartenant au grand-duc d'Oldenbourg. 
L'amputation de i8i5 est donc considérable. 
Faite pour assurer à la Prusse la possession d'une 
forteresse alors importante, — et devenue Sarre- 
Libre sous la République et l'Empire — elle a 
donné à ce pays une région industrielle dont on 
ne pouvait prévoir l'éclosion et l'essor. Les bords 
de la Sarre, autour de Sarrelouis, sont devenus 
une cité manufacturière; en aval, Dilling en cons- 
titue une autre. 

Jusqu'en 1766, époque de l'annexion de la 
Lorraine à la France, la région au-dessous de 
Sarrelouis, appelée le Sargau, avait vécu sous 
un régime bizarre : l'autorité du roi de France, 
du duc de Lorraine et celle de l'électeur de 
Trêves, s'enclievêtrant dans une organisation que 
nous concevons difficilement aujourd'hui. Après 
la mort du roi Stanislas, dernier duc souverain, 
une entente intervint entre la France et l'arche- 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 423 

vêque-électeur. Toute la rive gauche de la Sarre, 
à partir du commencement du grand méandre de 
Merzig vers Dreisbach jusqu'à la Nied, fut sou- 
mise à la domination exclusive de la France. La 
rive droite devenait électorale . A partir de Ficking 
et Becking, le territoire français comprenait les 
paroisses riveraines de la rive droite jusqu'à la 
hauteur de Bous, où commençait le petit Etat 
du comte de Nassau-Sarrebruck. Encore existait- 
il dans ce dernier pays plusieurs enclaves ressor- 
tissant à la Lorraine, notamment ce que l'on 
appelait le Chambourg ou Lorraine allemande. 

Bouzonville est un des points qui ont gardé les 
relations les plus constantes avec cette Lorraine 
démembrée de Sarrelouis. Une grande route 
conduit directement à la ville de Vauban en 
franchissant la frontière près de ce hameau de 
Schreckling où les premiers coups de feu furent 
échangés en 1870. Le chemin de fer passe plus 
au nord, suivant la Nied jusqu'auprès de son 
embouchure. 

Cette partie de la vallée de la Nied est la plus 
intéressante. La petite rivière se fraie un chemin 
tortueux au sein de hautes collines constituant 
parfois de grands paysages. Dès la sortie de Bou- 
zonville, elle commence ce cours accidenté. Pas- 
sant au pied du coteau où se campe fièrement 



424 LORRAINE 

Heckling, clic va longer Filstroff par un grand 
détour et se replie aussitôt pour venir frôler une 
côte raide couverte de bois, au pied de laquelle 
le chemin de fer est tracé. Des prés superbes, des 
pentes cultivées, parsemées d'arbres fruitiers, le 
ruban sinueux de la Nied, forment une succes- 
sion de sites aimables. Niedvelling et Guerstling, 
enfouis dans un véritable verger, marquent la fin 
de la Lorraine actuelle. La Sarre pénètre presque 
aussitôt dans le pays de Sarrelouis. Derrière la 
colline de Guerstling est un des villages admi- 
nistrés par la Prusse, Ihn, auquel la carte de 
Cassini donne le nom bien français de Loignon. 
La Nied, élargie par l'effet des barrages de 
moulins, dessine un curieux méandre, à partir 
de Nied-Altdorf, village régulièrement tracé. Le 
paysage s'agrandit, les collines se haussent, la 
vallée présente des contours géométriques que 
le chemin de fer est lui aussi obligé de décrire. 
Entre ces belles pentes semble dormir la Nied, 
souvent encombrée de joncs. Un joli site est 
celui d'Hemmersdorf, double village occupant 
chaque rive : à gauche, Gross-Hemmersdorf dans 
les vergers, à droite, Kerprich-Hemmersdorf, à 
l'entrée d'une gorge plantée de beaux novers. Sur 
la crête des collines sont ouvertes des carrières de 
castine pour les hauts fourneaux de la Sarre. 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 425 

Le paysage s'agrandit encore. Une haute col- 
line conique se dresse, surmontée de tours et 
de débris de remparts. C'est le Siersberg, reste 
d^ine des plus puissantes forteresses de Lorraine 
qui commandait la presqu'île formée par la Nied 
et la Sarre avant leur rencontre. Les déblais et 
les éboulis de carrières ont affaibi quelque peu 
la grande allure du site. 

Cette colline, complètement isolée, haute de 
3o8 mètres d'après la carte allemande, c'est-à- 
dire i3o mètres au-dessus des plaines de la 
Sarre, fut une position très forte ; elle était le 
siège de l'administration des ducs de Lorraine 
sur la région de Merzig et sur le Sargau qui 
correspond plus particulièrement aux environs 
de Sarrelouis. Le château fut détruit par le ma- 
réchal de La Ferté, pendant la brillante cam- 
pagne de Lorraine que conduisit cet émule de 
Condé, mais il demeura fictivement chef-lieu de 
la contrée. Dom Calmet, qui lui a consacré une 
brève mention, en fait le siège d'une prévôté 
royale . 

Au pied des pentes les plus raides, Siersdorf 
occupe les deux rives de la Nied, face à Biren, 
hameau dépendant d'Irdspach. 

Une colline isolée, de forme trapézoïdale, cou- 
verte de bois, domine ces villages; d'autres petits 



4 2 6 LORRAINE 

monts achèvent de décrire le bassin dans lequel 
se blottit Irdspach, au pied d'une humble église 
trapue enveloppée par le cimetière. 

Entre ces collines et le Siersberg, un col peu 
élevé donne accès à la vallée de la Sarre; route et 
voie ferrée l'empruntent. Dès qu'on l'a franchi, 
le paysage change, les horizons s'entr'ouvrent. 
Un large plan de prairies s'étale, parcouru par 
la Sarre devenue vraiment rivière. Le Siersberg, 
sur ce versant, tombe abrupt comme un glacis 
gigantesque; à sa base, Relling — chef-lieu d'un 
canton de l'arrondissement de Thionville, qui 
nous fut arraché avec Sarrelouis et Tholey en 
i8i5 — borde la rivière face à Becking, où le 
ruisseau deMuhlen atteint la Sarre au pied d'un 
monticule géométriquement arrondi. Becking 
dépend aussi de la Lorraine. 

Le cadre de la vallée est nettement dessiné à 
gauche; la rivière coule au pied de collines d'une 
extrême raideur, couvertes de bois dont le point 
culminant est occupé par le hameau d'Ober-Lim- 
berg. C'est un tableau saisissant, que cet âpre 
escarpement boisé tombant presque à pic sur la 
vallée aux verdoyantes prairies. 

Le calme de ce paysage, si agreste autrefois, 
est maintenant troublé. De noires fumées signa- 
lent Dilling; des chemins de fer réunis par des 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 42 7 

raccordements courent dans la vallée. Sur la 
rive droite où débouche la rivière de Brems 
(Prims), Patten et Dilling, simples villages sous 
la domination française, constituent une ville 
unique, populeuse, habitée surtout parles forge- 
rons de grandes usines. La vallée de Brems était 
française, elle aussi, puisqu'elle faisait partie 
du canton de Tholey — -jadis Tholoy — dont le 
chef-lieu est un bourg infime. 

A Dilling se détache vers le Rhin une impor- 
tante ligne d'une grande valeur militaire, condui- 
sant à Bingen par Kreuznach à travers la princi- 
pauté de Birkenfeld ; des embranchements vont 
de ce tronc principal dans le Hunsriick et le Pala- 
tinat. Une vaste gare construite en grès rouge 
dans le style allemand de la Renaissance et qui 
semblerait avoir été dessinée par Albert Durer, 
si le grand artiste avait prévu les chemins de 
fer, ouvre ses fenêtres ogivales à triple arcature 
sur de multiples quais où sans cesse viennent 
stationner des trains. 

Les principales usines de Dilling sont des éta- 
blissements métallurgiques produisant des tôles, 
tôles perforées et tôles blanches. A côté d'une 
société allemande au nom compliqué est une 
association au nom très français de Méguin, pre- 
mière apparition de ces noms du pays de Sarre- 



428 LORRAINE 

louis. Dilling a plusieurs tanneries, des fabri- 
ques de fromages, de nombreuses brasseries. 
Toutes ces manufactures lancent par leurs mul- 
tiples cheminées de noirs nuages de fumée se 
confondant avec celles de Vaudrevange, sur 
l'autre rive de la Sarre. Un admirable fond de 
prairies sépare les deux centres de fabriques. 

Une autre agglomération ouvrière est le pre- 
mier anneau de la chaîne de bourgs populeux 
qui entoure le grand bassin tourbeux dans le- 
quel Vauban plaça Sarrelouis. La ville apparaît 
au cœur du marais, signalée par le haut clocher 
à flèche de sa nouvelle église protestante. Plus 
loin, au bord de la Sarre, un grand faubourg 
industriel, le Fraulautern des Allemands, a rem- 
placé l'humble village français de Loutre. De 
longues rues ouvrières s'étoilent vers les cam- 
pagnes, des cheminées fument au-dessus de 
grandes manufactures. C'est encore la tôle que 
l'on travaille ici pour la fabrication des usten- 
siles de cuisine émaillés. Des fonderies de cuivre 
et une fabrique de faïence donnent également 
de l'activité à la ville, qui ])ossède le champ de 
manœuvres de Sarrelouis. 

Cette dernière est à plus d'iui kilomètre de la 
gare, mais un tramway à vapeur amène rapide- 
ment au pied des renqiarts d'un ouvrage avancé 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 429 

demeuré debout. La route est une splendide 
voûte de verdure formée par plusieurs rangées 
de peupliers. Sarrelouis, vu de cette chaussée, 
semble flotter dans un lac de verdure ; les rem- 
parts qui l'enceignaient sont tombés, mais quel- 
ques bastions encore debout font comprendre la 
force de cette création de Vauban. 

Aujourd'hui une situation semblable à celle de 
Sarrelouis semblerait bien singulière pour une 
place forte. Des hauteurs le canon plongerait 
sur les maisons ; mais quand le grand ingénieur 
de Louis XIV choisit ce marais pour y construire 
une ville et l'entourer de toutes les défenses que 
lui suggéra son génie, la portée des pièces était 
faible et ce débouché des routes royales de Metz 
et de Tliionville vers l'Allemagne offrait une po- 
sition inexpugnable. La ville, enfermée à demi 
dans une boucle de la Sarre, occupa le centre 
de vastes marais tourbeux difficiles à traverser 
en dehors des chaussées et pouvant être rapide- 
ment inondés. Les boulets et les bombes jetés 
par des batteries installées sur la terre ferme ne 
pouvaient arriver jusqu'aux murailles. Celles-ci, 
avec les fossés profonds d'une triple enceinte et 
les nombreux bastions, étaient donc inaborda- 
bles. Sarrelouis suffit à arrêter l'invasion en 1706; 
Villars s'appuya sur elle dans sa belle campagne 




D'aprèê !,i carTs fnmçaiM au 1\SOOOV. 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 43 1 

contre Marlborough. Jusqu'au jour où la portée 
de l'artillerie vint permettre le bombardement, 




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la c irte dit 



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la place fut considérée comme imprenable. Les 
Prussiens, qui l'avaient complétée après i84o 
par l'ouvrage de Roden au nord, le fort de Rauch 



432 LORRAINE 

au sud, la conservèrent même jusqu'en 1889; 
alors seulement le démantèlement fut entrepris. 

De beaux et pittoresques tronçons de murailles 
ont été réservés au bord de la Sarre : la tête de 
pont et l'entrée principale de la ville. La rivière 
coule entre les murailles plongeant dans ses eaux. 

Sarrelouis est plus considérable qu'on ne le 
supposerait; sur l'emplacement laissé libre par 
les démolitions de l'enceinte, sur les fossés com- 
blés et la contrescarpe, des quartiers dignes 
d'une grande ville sont nés. Des constructions 
dans le style allemand, mais témoignant de plus 
de goût que celles de Metz ou de Thionville, 
bordent de larges voies; la sobriété des lignes 
est une heureuse surprise ; elle s'allie au nom et 
à l'histoire ; on dirait que le souvenir de Vauban 
a inspiré les architectes et refréné leur amour 
pour les édifices tarabiscotés. D'élégants hôtels 
privés bordent la plus large avenue de la ville 
nouvelle, le Hohenzollernring, au fond duquel 
se dresse la haute façade d'un gymnasium, c'est- 
à-dire d'un lycée. Parmi les autres édifices mo- 
dernes, l'église évangélique, inaugurée en 1904, 
est un heureux pastiche de la Renaissance alle- 
mande; le clocher dominant de haut les toits de 
la ville donne une intéressante évocation de 
Francfort ou de Nuremberg. 



« 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 4^3 

La vieille ville n'a guère subi de transforma- 
tion, sauf la place centrale, où de grandes cons- 
tructions à plusieurs étages remplacent çà et là les 
maisons basses, parfois assez nobles d'allure, de 
la ville de Vauban. Les rues régulières, coupées 
à angle droit, aboutissant presque toutes à des 
casernes, ont gardé l'aspect d'il y a deux siècles. 
En les parcourant, on se croirait volontiers dans 
telle ville forte du Nord, le vieux Calais ou le 
vieux Dunkerque. 

Beaucoup de magasins; Sarrelouis est un cen- 
tre de commerce autant même que Sarrebruck. 
Sur les enseignes, beaucoup de noms français 
rappellent que la population vint surtout de l'in- 
térieur du royaume. Ayant eu la curiosité de 
feuilleter l'annuaire de la ville , j'ai retrouvé 
une foule de gens qui semblent devoir habiter 
quelque ville de Touraine ou de Picardie. Bour- 
cier, Charon, Didier et Marion sont peintres 
décorateurs; Paquet est architecte, Méguin ban- 
quier. Parmi les coiffeurs il y a Burette et Gérard. 
Donnevert et Leroy vendent des matériaux de 
construction. Dumont , bijoutier, voisine avec 
Mendelin, fabricant de billards. Si Durand est 
libraire, Mallet et Martin Fridolin sont relieurs. 
Parmi les épiciers je rencontre Donnevert, Albert. 
Obé, Pasquan et Servet. ,^, 

LORRAINE 28 



434 LORRAINE 

Ces noms — les Donnevert surtout — re- 
viennent encore clans les autres professions, où 
je les néglige pour signaler Brunet, confiseur; 
Paquet, directeur de scierie ; Fissabre, fabricant 
de pipes ; Hort, droguiste. Gentilhomme etMan- 
geot sont jardiniers; Mangin est plâtrier; Guit- 
lienne , marbrier ; Nation, pâtissier ; Jules Baltzer , 
marchand de fer; Damdé, agent de location. 

Bidart vend des étoffes, Cordier du cuir. Leroy 
est entrepreneur de loteries. A côté de Dève 
et Levacher, fabricants, voici Bertinchamps, 
marchand de modes. Les couturières se nomment 
Birette, Burette, Gauvillier, Fine, Garagnon et 
Grenier. On peut se fournir de parapluies chez 
Legrand, faire réparer des serrures chez Duron. 
Quant aux cordonniers, ils sont légion : neuf 
Servet, trois Pierron, puis Canné, Dennemart, 
Florange, Haine,- Malsac, Pompinon et Thirion. 
Peu de cabaretiers; il faut rendre justice aux 
descendants de Français, il n'y a guère de noms 
évoquant la France dans cette profession : les 
Allemands dominent. 

Je n'ai pu poursuivre le même travail sur les 
bourgs et villages de la banlieue, mais ils doivent 1 
être nombreux, les noms de France, puisqu'il y | 
a encore parmi ces faubourgs Piquart et Beau- 
marais. Piquart, cela vient du régiment de Picar- 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 435 

die, aujourd'hui i^"" d'infanterie, le plus vieux des 
corps de troupe réguliers de l'armée française, 
qui travailla aux fortifications sous les ordres de 
Vauban. Beaumarais doit être fils de l'ironie gau- 
loise. 

Cette banlieue de Sarrelouis, dont les fermes 
sont encore des censés^ est si populeuse, qu'un 
chemin de fer spécial a été construit pour la des- 
servir. Partant de Loutre (Fraulautern) il dessert 
Ensdorf (l'Enstroffde Cassini), Lisdorf (Listroff) 
et aboutit à Sarrelouis près de l'extrémité du 
Hohenzollernring. Rebroussant chemin, il con- 
tourne l'autre partie de la ville pour aller toucher 
Beaumarais et atteindre Vaudrevange, le Wal- 
devrange de Cassini devenu Wallerfangen. Tous 
ces villages furent témoins de l'enfance de Ney, 
le grand soldat de la Révolution, le lieutenant 
de Napoléon. Le futur maréchal naquit dans une 
des rues de Sarrelouis où son père était tonne- 
lier. Le jeune homme reçut quelque instruction, 
puisqu'il devint commis aux écritures à la fon- 
derie de Falck près de Hargarten-aux-Mines où 
je l'ai signalé. Hélas ! rien, dans sa ville natale, 
ne rappelle le souvenir du Brave des Braves, du 
duc d'Elchingen, du prince de la Moskowa, ni 
plaque sur la maison natale, ni buste. 

La plaine que parcourt le chemin de fer de 



436 LORRAINE 

Sarrelouis est un immense jardin potager soi- 
gneusement irrigué, entrecoupé de quelques 
champs de céréales. Toutes les villes indus- 
trielles voisines s'y alimentent de légumes. Plus 
haut, jusqu'à Bous, où finissait la Lorraine, où 
commençaient les Etats de Nassau-Sarrebruck, 
c'est une merveilleuse plaine de prairies en ce 
moment animée par les faneurs réunissant le foin 
en meules innombrables. 

Piquart, devenu Picard pour les Allemands, 
est un faubourg bordant la route de Metz au 
delà des marais ; le chemin de fer le laisse à 
l'écart. Beaumarais, longue rue bordant le ma- 
rais, garde la forme concave de la colline ; cette 
chaussée aboutit près de Vaudrevange, centre 
de production céramique dont un des fabricants 
se nomme Villeroy. 

La colline de Vaudrevange, qui va se rattacher 
au sommet du Scheidberg, haut de 385 mètres, 
est toute perforée de galeries de mines. On y 
exploitait jadis l'argent, le plomb et le cuivre. 
Mais les passages s'éboulent et s'obstruent. 

La vallée de la Sarre et ses marais sont bor- 
dés par une chaîne de hauteurs supportant l'étroit 
plateau sur lequel s'éleva le village de Bourg- 
Dauphin, humble centre composé d'une rue 
formée par la route de Saint-Avold. Ce nom si 



SARRELOUIS ET LE SARGAU 4^7 

français a fait place à celui de Neu-Forweiler, 
Neii ou Aea/'pour le distinguer de Forsweiler- 
sûus-Bérus devenu Alt (vieux) Forweiler. 

Au-dessus du plateau, une autre rangée de 
hauteurs s'escarpe, projetant de nombreux épe- 
rons. Là, dans un pli, est Filsberg, dans un 
autre .Alt-Forweiler. Sur une des pointes proje- 
tées par le plateau, Bérus occupe une situation 
dominatrice. Ce bourg, encore féodal d'aspect, 
fut le chef-lieu d'une des plus puissantes sei- 
gneuries lorraines ; sa position en faisait une 
forteresse naturelle. De là on découvre d'im- 
menses horizons : Sarrelouis au premier plan, 
la vallée de la Sarre, le Sargau, les bois sans fin 
du Warndt, les campagnes enfumées de Sarre- 
bruck et les terres prussiennes qui enveloppent 
la principauté oldenbourgeoise de Birkenfeld. 

Le territoire de Bérus confine à la Lorraine 
annexée en 1871 ; le plateau se prolonge par 
Sainte-Oraine , pèlerinage jadis très fréquenté, 
jusqu'à la route de Saint-Avold qui traverse le 
village de Tromborn, un des plus élevés de la 
Lorraine. 

Revenus de Bérus à Sarrelouis par le chemin 
de fer de Hargarten, qui possède une halte au 
pied des collines, non loin de Bisten, nous attei- 



438 LORRAINE 

gnons à la nuit la gare d^embranchement de 
Bous entourée de grandes usines flamboyant 
dans l'obscurité. Toute la vallée s'allume. Feux 
des forges, feux des mines, rougeoiement du gaz 
et de la lumière électrique au-dessus de la triple 
et colossale cité de Malstadt-Burbach, Sarre- 
bruck et Saint-Jean font un spectacle étrange. 

Combien nous étions loin de cette intensité 
de vie industrielle dans les petites rues du vieux 
Sarrelouis, où nous imaginions trouver les ombres 
glorieuses du maréchal de Vauban, du maréchal 
de Villars et du maréchal Ney, le fondateur de 
la ville, son défenseur et le plus illustre de ses 
enfants ! 

Mais une patrouille allemande est passée ; son 
pas pesant a dissipé notre songe et ramené la 
poignante réalité ! 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



DES NOMS DE LIEUX ET DES PRlXCiPALES CULTURES ET INDUSTRIES 



Les noms de lieux qui ont une orthographe française et une ortho- 
graphe allemande sont désignes d'abord par la forme fi-ançaise ; le 
terme allemand est, à la suite, en caractères italiques. 

Quand la forme allemande s'écarte de la forme française au point de 
ne pas pouvoir prendre place immédiatement dans le même ordre 
alphabétique, le mot allemand se retrouve dans l'ordre imposé par l'al- 
phabet. Ainsi| Strasshiirj reste à côté de Strasbourg, mais Guentrange 
est à plusieurs lignes au-dessous de Geiitringen. 

Pour faciliter les recherches, les noms des départements français et 
des provinces d'Alsace-Lorraine sont désignés par des lettres ma- 
juscules. 

Les noms de provinces, petits pays de l'ancienne France ou d'.Usace- 
Lorraine, régions naturelles et colonies sont en caractères gras. 

Les chiffres gras indiquent les parties du volume plus spécialement 
consacrées à la description des sites ou des centres d'habitatio?i. 

Les industries, les cultures, les passages consacrés à des personnages 
célèbres sont désignés par des lettres italiques. 

Toutes les autres indications, noms de lieux, de montagnes, de pays 
étrangers sont en caractères ordinaires. 



Abreschwiller (A/berscfuvei- 
ler), 8, 17, 26, 27 à 33, 36, 
38, 4o, 42, 43, 45> 5i, 57, 
66, 81. 

Abreschwiller (ruisseau et val- 
lée), 3o, 53, 55, 55. 

Achàtel, 248. 

Aciéries, 337. 

Adamcourt, 4o4' 

Aisne (ruisseau), 4o4. 

Albach (rivière), 371, 372. 



Albe (rivière), iSg, 185 à 

195, 196, 200, 201, 2o3, 

227, 25i, 208. 
Alberschweiler (voir Abvesch- 

wilipr). 
Albestroff {Albrsrlorf), 05, 

190, 196, 199 à 201. 
Albigeois, 212. 
Whm {Albing), ferme. 212. 
Algrange {Algringen), 359, 

360, 363. 
Allemagne, 296, 394. 
Allumettes, i52. 



44o 

Alpes, 12. 

Alsace, 9, 50 à 52, 78, 75, 

loi, io3, 119, 124, aSo, 263. 
Altdorf (voir Al/rq/J). 
Alte Glashiitte (voir Vieille- 
Verrerie^. 
Altevillc (chàtCcKi et ferme), 

214, 215. 
Alt-Forweiler (voir Forswci- 

ler-sous-Bériis). 
Altmûh! (moulin), 17. 
Altroff (.l/^/o/;/), 188. 
Altwiller (^//ii>«7e/'), 196, 197. 
Alzette (rivière), 353, 355. 
Amance (voir Insminff). 
Amanvillers [Amanweiler) , 

3o5, 3og, 3io, 3iC. 
Ambert (Puy-de-Dôme), 879. 
Amclécourt, 245. 
Amérique, 98. 
Amiens (Somme), 874. 
Amaéville, 333, 344- 
Ancy, 826, 827. 
Angleterre, 98. 
Angleur (Belgique), 354, 355. 
Angwiller (Angioeiler) [étangs 

d'], 221. 
Anseling (Ansrrlingen), 297, 

887, 888. 
Aoury, 898. 
Apach, 878. 

Argenchen (voir Arriance). 
Arijent (mine d'), 486. 
Armsdorf (voir Arruincouri). 
Arnaville (Meurthe-et-Moselle), 

804. 
Arraincourt (Armsdorf), 260. 
Arriance (Argenchen), 4o4- 
Arrv, 82G. 



INDEX ALPHABETIQUE 



Arschwiller (Arzweilev), 87. 
Ars-sur-Mosellc, 827. 
Artois, 260. 

Arzweiler (voir Arschwiller). 
Asperges, 828. 
Assenoncourt(£'ssesr/or/), 214, 

2l5. 

Aubigny (château d'), 297. 

Auboué (Meurthe-et-Moselle), 
3i2, 3i3, 342. 

Audun-le-Roman (Meurthe-et- 
Moselle), 342, 359. 

Audun-le-Tiche (Deutsch Oth), 
266, 35i, 353 à 355. 

Augny, 25o, 291. 

Aulnois-sur-Seille, 247. 

Aumetz, 342, 353, 356, 357. 

Auvergne, 12, 117. 

Avricourt (Meurthe-et-Moselle), 
59, 222. 

Azoudange, 212 à 214. 



Baccarat (Meurthe-et-Moselle), 

24. 
Bacliats (les), 211. 
Bœrenthal (Burenthal), io4, 

108, 112, 118. 
Bagnols-sur-Gèze (Gard), 294. 
Bàle (Suisse), 67. 
Ballerstein (montagne), 17. 
Bandages de roues, m, 112. 
Ban-de-la-Roche, 46. 

Baniistein, loO, 108, 112, 128. 
Ban-Saint-Martin, 288. 
Bapainne (Pas-de-Calais), 874. 
Baroncourt (Meurthe - et - Miv 
selie), 856. 



INDEX ALPHABETIQUE 



44i 



Baronville (Baroniveiler), 209. 

Barrés (^Maurice), 71, 21 5, 
218, 398. 

Bas - Hombourg (Xipf/erhoni- 
bui-g), 4 12. 

Basse - Ban-ille ( Unier-Bnr- 
viUe), Va, 42. 

Basse-Ham (Xief/er/iam), 369. 

Basse - Kontz {Niedevkonts), 
373. 

Basse de Saint-Léonard (ruis- 
seau et vallon), 48. 

Bassouipierre (Bettsfein), 358. 

Batilly (Meurthe-et- Moselle), 
307. 

Baudrecourt, 260. 

Bavière (royaume -de), 289. 

Bavière rhénane (A-oir Puluti- 
nat). 

Bayonville (Meurthe - et - Mo- 
selle), 293, 294. 

Beauce, 227. 

Beau marais (Lorraine prus- 
sienne), 434» 435, 436. 

Bébing, 62. 

Becking {Beckingen) [Lorraine 
prussienne], 423, 42O. 

Befey, 387. 

Beiern (voir Beyren). 

Belgique (royaume), 67, 338, 
340, 384. " 

Bellecroix (ferme de), 3oo. 

Bélier (ruisseau de), 35 1. 

Bellevue, 329. 

RéneslToS (Bensdorf), 67, 184 
à 186, 219, 227, 253. 

Bening-lès-Saint-Avold (Benin- 
ffen), i58, iGi, 171, 392, 
4i3. 



Bensdorf {Béneslroff), 184 à 

186. , 

Berg, 36g, 372. 
Berlin (Prusse), i5o. 
Berlingen, 83. 
Berthelming {Bertliflniinç/en) , 

67, 69, 2ig. 
Bérus (Lorraine prussienne), 

38o, 437. 
Besten (Lorraine prussienne), 

437. 
Bettembourg (Luxembourg), 

357, 368. 
Bettslein (voir Bassumpierre). 
Beyren {Beiern), 371. 
Biberbach (voir Bièure) [ri- 

^-ière]. 
Bibiche (fi/6/sc'A) [rivière], 33.j. 
Bibichc (Bibisch), 38o. 
Bieberskirch (Biberkirch), 23, 

26. 
Bièvre (Biberbach) [rivière], 

16, 17, 19, .20, 3i, 67. 
Bingen (voir Bionville). 
Bionville (Bingen), SgS. 
Bircn (Bùren) [Lorraine prus- 
sienne], 425. 
Birkenfeld (principauté de), 

422, 427, 437. 
Bischdorf (voir Bistroff). 
Bischwald (ancienne forêt), 

209. 
Bischwald (Bischweiher) [étang 

de], 258, 259. 
Bislen (rivière), 4i6 à 419. 
Bisten im Loch, 417. 
Bistroff (Bischdorf), 258. 
Bitche (pays de), i5, 89, 92, 

101, 106, 121, 123 à 138. 



442 



INDEX ALPHABETIQUE 



Bitche (Bitsch), 124, 126 à 

131, i34, i35. 
Bitche (forêt de) [voir Foréfs]. 
Bitsch (voir Bitche). 
Blàmont (Meiirthe-et-Mosellc), 

35. 
Blanche-Chaussée, 207. 
Blanche-Eglise ( Weisskirchen), 

223. 

Blanc-Rupt (rameau de la 

Sarre), 11, 27, 28, 34, 4o, 

45, 46 à 51. 
Biles (rivière), 127, i36, i38, 

139 à 155, 157. 
Bliesbrucken, i55. 
Blieschwejen, i54. 
Bliesgersweiler (voir Blies- 

ffiiers cliwiller). 
Bliesguerschwiller, i54. 
Bohème (royaume de), 99, 164. 
Bois (exploitation des), 30, 

31. 
Bois Royal, 4 16. 
Bois de Hollande, 100, 12G. 
Bois de Tincry (butte du), 

Boites en écorce, 4i7- 

Bolchcn (voir Boiilny). 

Boler (rivière), 366, 369, 371. 

Bollingen (voir Boiilunge). 

Bohviller (Bollweiler) [Haute- 
Alsace], 296. 

Bordeaux (Gironde), 116, 278. 

Bornes (montagne des), 54. 

Borny, 287, 297, 3oi, 374. 

Borny (champ de bataille de), 
297 à 301, 3i2, 4oi. 

Boucheporn (Baschborn), 4 16. 

Bnuillons (source des), 325. 



Boulange {Bollingen), 358. 
Boulay (Bolchen), 266, 382, 

393, 394, 395, 396. 
Bouligny (étang de), 260. 
Boulonnais, 384. 
Bourdonnaye, 223. 
Bourgaltroff {Burgaltrof), i84 
Bourg-Dauphin {Neu-Forwei- 

ler) [Lorraine prussienne], 

436. 
Bourgonce (La) [Vosges], 374. 
Bourguignon (le) [RlieinskopJ] 

(maison forestière), 49- 
Bous (Lorraine prussipnne), 

423, 435, 437. 
Boutons de bottines, i65. 
Bouzey (Vosges), 116. 
Bouzonville (BiisendorJ), 266, 

382, 389 à 391, 394, 423. 
Brainches (bois dcsj \_Hecken- 

wald], 209. 
Brccklange (Brecklingen), 394. 
Bréhain (Meurthe-et-Moselle), 

356. 
Breitenstein (le), 102. 
Brème d'Or (auberge), 177. 
Brems ou l'rims (rivière), 427. 
Brettenach, 391, 392. 
Bride et de Kœlving (forêt de) 

[voir Forets]. 
Bricy (Meurthe-et - ]\[oselle), 

356. 
Briquetuge de la Seille, 236, 

237. 
Broderie de perles, i5, 202, 

212. 
Broderie sur blanc, 33, 35 à 

36, 45, 202, 207. 
Bronvaux (vallon de), 33 1. 



INDEX ALPHABETIQUE 



443 



Briiat (l'amiral), 270. 
YiTuch{Bnische) [ruisseau], 84. 
Bruche (rivière), 12, 5i, 52, 

58. 
Buchwald (colline), i54. 
Burbach (Luxembounj), 362. 
Bûren (voir Biren). 
Burgaltrof (voir Bourgaltroff). 
Burlioncourt, 228. 
Burthécourt, 286, 24o, 241. 
Buschborn (voir Bnucheporn). 
Busendorf (voir Boazonville). 



Gadenbronn, Cadeborn ou Ca- 
derborn {Kadenbronn), i58. 

Calais (Pas-do-Calais), 268, 433. 

Cambrésis, i38. 

Camp d'instruction de Bitclie, 
126. 

Canal de flottage des Salines, 
238, 240. 

Canner (Kanner), rivière, 889, 
385, 386, 387, 396. 

Carling [Karling], kia, 4 16. 

Carrières, 161, 38 1. 

Carton laqué, 164 à 166. 

Gattenom (Katfe/t/iofen), 366, 
369. 

Céramique, 65, 142, 144 à 
148, 436. 

Chàlons (camp de) [Marne], 
126. 

Chambiére (voir I/e CJiain- 
hière^. 

Chambourg (pays de l'an- 
cienne Lorraine), 428. 

Chambrev, 240, 241. 



Ghamp-du-Feu (Hoc/ifelri), 02. 
Champenois (ferme), 809. 
Champignons, 294. 
Chantrenne (ferme de), 3i6. 
Chapeaux (fabrique de), 240. 
Chapeaux de paille, 64, 72, 

i34, 187, 194. 
Chapeaux de soie, 149, 150. 
Chapelets (fabrique de), 378, 

379. 
Charle ville, 894, 395, 896. 
Château-Rouge (Rothendorf), 

392. 
Château-Salins, 227, 228 à 

231, 240, 241, 242, 244, 

201, 253. 
Ghâtel-Saint-Gcrmain, 276. 
Ghàtel-Saint-Germain (ruisseau 

de), 275, 807. 
Chaude-Poêle, 5o. 
Chaume de Requival (monta- 
gne), 5o. 
Chaux (fours à), 407. 
Chaux-de-Fonds (La) [Suisse], 

98. 
Chazelles, 3o5. 
Chenau (ruisseau de la), 298. 
Chenicourt, 247. 
Chevauchée de la Mort, 819. 
Chine (empire de), 166. 
Ciment (fabritiue de), 87. 
Cimetière de la garnison (Ga/'- 

nison-Friedhof), 285 à 

288. 
Cirey (.Meurthc-et-Moscllc), 28, 

85, 47' 57. 
Cité Gargan, 174. 
Clouange-sur-Orne (Klningen), 

[bois de], 344. 



444 



INDEX ALPHABETIQUE 



Coblentz (Prusse), 338. 
Cocheren (Kocherri), i6o, i6i. 
CoJJres-forts (fabrique de), 

148, 149. 
Coin-sur-Scille, aSo. 
Coin-lès-Guviy, 25o. 
Colle forte, l\\o. 
Colmar (Haute-Alsace), SG3, 

270. 
Colombey, 399, 3oi. 
Colombey (château de), 3oi. 
Colonne de Bismarck, 3o6. 
Comtat Venaissin, 294. 
Comte de Hombourg (bois du), 

386, 388. 
Comte de Lobau (bois du), 

85. 
Comté de Sarrebriicfi (tmcicn), 

169. 
Condé (Contchen), 397. 
Condé-Northen, 397. 
Coaflans-Jarny (Meurlhe-et- 

Moselle), 809, 35o, 356. 
Conroy (ruisseau de), 3.')0, 358. 
Conserves, 292 à 296. 
Contchen (voir Condé). 
Couthil, 228, 253. 
Corny, 826. 
Côte de Delme, 244, 246 à 

248, 251, 252. 
Côte d'Hellimer ( Viori'sber;/), 

190, 191. 
Côte Mousa (colline), 323. 
Côte-Rourje (vallée) [Meurtlie- 

et-Moselle], 342. 
Côte Sainte-Geneviève (Meur- 
the-et-Moselle), 247. 
Côtes de Meuse, 210. 
Courccllcs-Chanssy ((jaro), 399. 



Courcelles-sur-Nied, 4oo, 402. 
Couronnes funéraires, 187. 
Couronnes en perles, 190. 
Crefeld (Prusse), 149. 
Gréhange (Kriechinf/rn), 385, 

4o5. 
Creil (Oise), i45. 
Greusière (grande et petite), 

207. 
Creuset (Le) [Saône-et-Loire], 

96. 
Creutzberg {Kreuzberg) [col- 
Une], 164. 
Creutzwald-la-Croix (Krruc- 

ivald), 416, 417. 
Croix (La) [A'/'e((rJ, 4'7- 
Croix (moulin de la) [/v/rur- 

mii/d], 23. 
Crusnes (rivière) [Meurlhe-et- 

Moselle], 342. 
Crusnes (Meurlhe-et-Moselle), 

352, 356. 
Cuba (île de), 11 G. 
Cuisses de grenouilles, 899. 
Cuivre (mines de), 4 16, l\'M^. 



Dabo (Diiijsbury), i, 7 à 16, 

17, 18, 19, 26, 47. -"^S/- 

Dambach (Basse-Alsace), 120. 
Dauphiné, 286, 256. 
Decempagi {Tarquinpol), 216. 
Dolme, 242, 244, 246, 247, 

260. 
Deltz (Lorraine prussienne), 

38o. 
Deuting (Deutingen), 898. 
Deutsch-Avricourt, 60. 



INDEX ALPHABETIQUE 



445 



Deutsch-Nied (voir Nied alle- 
mande). 

Deutsch-Oth (voir Audiin-le- 
Tiche). 

Deutsch-Oth-Berg, 354- 

Deux-Ponts(Zwez6ruc/ren)[Pa- 
latinat], i3i, i36, i5o, i55. 

Devant-Ies-Ponts, 268, 283. 

Dianne-Capelle (Dianen Rap- 
pel), 36, 207, 209. 

Diedenhofen (voir Thionville). 

Diedersdorf (voir Thicoiirt). 

Diefenbach bei Hellimer (voir 
DiJJembach) 

Diekcn (moulin de), 173. 

Diesdorf (voir Distroff). 

ZJ/e/r/cA (famille de), m, 120. 

Dieulouard (Meurthe-et-Mo- 
selle), 268. 

Dieuze, 182, 184, 193, 218, 
219, 222, 224 à 227, 228, 
23 1, 238. 

Diffembach {Diefenbach bei 
Hellimer), 191. 

Diyoin (Saône-et-Loire), i44> 
145. 

Dilling (Dillingen) [Lorraine 
prussienne], 422, 426, 427, 
429. 

Distroff (Diesdorf), 384. 

Dollbach (ruisseau), 370. 

Dolving {Dolvingen), 68. 

Dominique Guerre {Menicker- 
hoj), 212. 

Doncourt, 246, 247. 

Donon (montagne) [Basse-Al- 
sace], 6, II, 12, i3, i5, 16, 
27, 29, 34, 40, 46, 47, 49, 
50 à 53, 59, 62, 312. 



Dordal (ferme), i84. 
Dordal (ruisseau de), i83. 
Dornot, 291, 326, 327. 
Dorsweiler (voir Torcheville). 
Drcibrunncn (voir Troisfon- 

taines). 
Dreisbach (Lorraine prussienne), 

423. 
Drinec (côte de), 344- 
Drulingen (Basse- Alsace), 89. 
Dudelange (Luxembourg), 368. 
Dunkerque (Nord), 433. 
Dûsseldorf (Prusse), 280. 



Eaux minérales, igS. 

Ébènisterie, x52. 

Eberswiller (Ebersiveiler), 386. 

Ecole d'application de l'ar- 
tillerie et du génie (ancienne), 
271. 

Ecrins (fabrique d'), i52. 

Egelshardt ou Eguelsberg, i23, 
126. 

Eguisheim (Egisheim) [Haute- 
Alsace], 9, 387. 

Eichel (rivière), i36, i53. 

Eichmattbacli (ruisseau), 67. 

Eigenthal, 56. 

Emmerswiller (Emnierswei- 
1er), 174. 

Enchenberg, 137. 

Endorf, 386. 

Engrais, i52. 

Ensdorf (voir Ensfroff). 

Enstruff (Ensdorj) [Lorraine 
prussienne], 435. 

Ententhal (vallée), 17 



446 



INDEX ALPHABETIQUE 



Entrange {Eiitringeii), 365. 

En^ne (ferme de 1'), Sog. 

Epange (Epùiffen), BgC. 

Eperon de Spicheren {Roth- 
Berff), 176, 177 à 181. 

Épinal (Vosges), 35. 

Epingen (voir Epange). 

Ercfiinann-C/iatrian, 56, 81. 

Ermitage (1'), 56. 

Ersange {Ersingen), 062. 

Esch-sur-l'Alzette (grand-du- 
ché de Luxembourg), 353, 
354. 

Essesdorf (voir Assenoncoiirt). 

Essonnes (Seine-et-Oise), 102. 

Etangs (uulr au nom de c/ia- 
ciin d'eux). 

Evrange (Ewringen), 366. 

Exerzier-Platz, 179. 

Extrême-Orient, iô6. 



Fahert (le maréchal), 269, 

270, 347. 
Faïence, 65, 144 à 148. 
Falck, 419, 435. 
Falkenberg (voir Faulqae- 

mont). 
Falkenstein (ruines), 106, iig. 
Falivenstcinerbach (ruisseau), 

io3 à 107, 118 à 122, 123. 
Fameck, 362. 
Fareberswiller (ruisseau de), 

160. 
Fareberswiller (P/(/7'/r/jc/'s?/v/- 

ler), iSg, itio. 
Farschwiller (Far-sc/iwei/er), 

159. 



Farschwiller (forêt de) [Fafsch- 

weiler] (voir Forêts). 
Faulbach, 370. 
Faulguemont (Falkenberg), 

2o3, 406. 
Faux-en-Forèt, 4o4- 
Fclsberg (voir Fihberg). 
Fénétrange (Finsfingen), 70 

à 73. 
Fensch (rivière), 343, 347, 

359 à 363. 
Fentsch (voyez Fontoy). 
Fèves, 33o. 
Fibres de bois, 327. 
Ficking (Fickingen) [Lorraine 

prussienne], 423. 
Filsberg (Felsberg) [Lorraine 

allemande], 437. 
Filsberg (colline), 409. 
Filsdorf (voir Filstroff). 
Filstroff {Filsdorf), \ib,. 
Finslingen (voir Fénétrange). 
Fixcm, 370, 371. 
Flavigny, Sao, 32 1, 322. 
Florange {Florchingen), 363. 
Folie (ferme de la), 3o8. 
Folie (île de \a)[Tripolis-Insel), 

217. 
Folporswiller (Folpersiveiler), 

i54. 
Folschwillcr (Folsclaveiler), 

408. 
Fond de Rozérieulles, 3i8. 
Fonderie, 4i9- 
Fontoy [Fentsch), 353, 359. 
Forbach, 161, 162 à 166, 

172, 181. 
Forbach (forêt de) | voir Forêts], 
Forbach (ruisseau de), 173. 



INDEX ALPHABETIQUE 



447 



Forêt de Bitche, i24- 

— de Bride et de Kœking, 

182, 228. 

— du comte de Hombourg, 

386, 388. 

— de Farschwiller (Farsch- 

weiler), 407. 

— de Forbach ou Warndt, 

170. 

— de Gremecey, 245. 

— de Haye (^Nleurthe - et- 

Moselle), 210, 25 1. 

— de Kalenhoven, 379. 

— de la Houve, 417. A18. 

— de Longeville (Lubeln), 

4io. 

— des Quatre -Seigaeurs, 

379, 38o, 388. 

— de Réciiicourt, 61. 

— de Remilly, 260. 

— de Saint-Avold,4io,4i7. 

— de Saint-Ouirin, 29. 

— de Scheidwald, 90. 

— de Villers, 386, 387, 388, 

394. 

— de Voyer, 26. 

— de Waldeck, 119, i23. 

— de Walscheid, 26. 

— du Warndt ou Warendt, 

170, 175, 4io à 4i8. 

— de Zang, 4io. 
Forswciler-sous-Bérus (.4//- 

Foriveiler) [Lorraine prus- 
sienne], 437. 
Fort des Bordes ou Zastrow, 

299- 

— Gomte-Haeseler, 327. 

— Frédéric-Charles, 3o6. 

— de Guenlrange, 338. 



Fort Manstein, 307. 

— de Plappeville, 282, 3o6. 

— Prince Auguste de Wur- 

temberg, 328. 

— de Oueuleu ou Gœben, 

3oi. 

— Saint-Éloy ou Hindersin, 

329. 

— de Saint-Julien ou Man- 

teuffel, 3o). 

— de Saint-Quentin, 282,306. 
Fourneau neuf {Xeuschmelz), 

109, 118. 
Fraises (culture des), 295, 

3o6. 
Francfort-sur-le-Main (Allema- 
gne), 432. 
Franzôsische îvied (voir Xied 

française). 
Frauenberg,i53, i54. 
Fraulautern (voir Loutre). 
Freiburg (voir Fribourg). 
Freimingca (voir Freyviiny). 
Freistrofï (FreisdorJ), 389. 
Frescati (château de), 328. 
Fresnes-cn-Saulnois, 247. 
Freyming (Fremiinjen), l\\Z, 

414. 
Fribourg {Freiburg), 211. 
Frœschwiller (Frûschiveiler) 

[Basse- Alsace], 87, i3o, 178, 

3oo, 3o3. 
Frouard (Meurthe-et-Moselle), 

338. 



Gandrange (Gandringen), 344- 
Gants de fil, i34. 



448 



INDEX ALPHABETIQUE 



Garnison-Friedhof (voir Cime- 
tière de la garnison). 

Garsch, 368. 

Gaudrange, 363. 

Ga^nsse (Gaiiwies), 369. 

Gauwies (voir Gavisse). 

Gebling (voir Guébling). 

Geinslingen (voir Guinzeling). 

Geisfels (montagne), i^. 

Gelacourt (Gisseljingen), 223. 

Gélatine, 4io. 

Genève (Suisse), g8. 

Gentringen (voir Giientrange). 

Gerbéviller (Meurthe - et -Mo- 
selle), 23 1. 

Germingen (voir Giiermange). 

Geroldseck (ruines de), 73, 74. 

Gcrstlingen (voir Guersting). 

Getweiler Weiher (voir Gaet- 
willer). 

Gibraltar (Espagne), 129. 

Gifert-Wald (bois), 180. 

Gisselfingen (voir Gelacourt). 

Gi\Ticourt ou Givrycourt, 197. 

Gœlhe, 80. 

Goetzenbruck [Gôtzenbviick), 
97 à 99, i36. 

Goin, 249. 

Gondrcxangc, 82, 37, 38, 61, 
202 à 204. 

Gondresange (étang de), 30, 
61, 202 à 207. 

Gondrexange (ruisseau de 
l'étang de), 87. 

Gorze, 3n, 822, 323 à 325, 
326. 

Gorze (bois de), 322. 

Gosselming (Gosse/Ht/n^e/j),68. 

Grafenwciher, 120. 



Grande-Creusière, 207. 
Grande-Rosselle (Prusse) 

[Gross-Rosseln), 174. 
Grandes-Tapes (les), 329. 
Grand-Moyeu'VTe (voy. Moyeii- 

vre-la-Grande). 
Gravelotte, 287, 807, 3i2, 

317 à 319, 320, 325, 374. 
Gravelotte (champ de bataille 

de), 3oo, 307 à 324, 827. 
Grémecey (forêt de) [voir Fo- 

rêts\. 
Griesberg (colline), 336. 
Grigy, 299, 3oo. 
Grizières (ferme de) [Meurthe- 
et-Moselle], 821. 
Grosbliederstroff ( Grossblit - 

tersdorj), i55, 156. 
Gros-Bois (les), 824. 
Gros-Rcderching (Gross-Re- 

derchingen), i38. 
Gross-Hemmcrsdorf (Lorraine 

prussienne), 424- 
Gross - Hcttingen ( voir IJel- 

tange-Grande). 
Grossmann (montagne), i4, 18, 

80, 52, 53, 55, 212. 
Gross-Moyeuvrc (voir Moyeii- 

i<re-l a-Grande). 
Gross -Rosscln (voir Grande- 
Rosselle). 
Gros-Tcnguin (Grosstanchen), 

252, 258, 259. 
Grotte des Fées (la), 47- 
Gublingcn (voir Gnéblange). 
Guéblange (Giiblingen), 228. 
Guébling (Gebling), i83, 184. 
Guenlrange (Gentringen), 836, 

338. 



INDEX ALPHABETIQUE 



Guermange {Germingen), 211, 
217. 

Guerre de 18JO-1871, 173, 
176 à 181, 2g7à3oi, 307 
à 310, 314 à 324, 428. 

Guersling {Gerstlingen), li2l\. 

GuetwillerWeiher (é;ang), 197. 

Guinzeling {Geinslingen), 220. 

Gypse (carrières de), 191. 



Haarberg, 22. 

Habondange {Hnbudingen),22%. 
Habonville (Meurthe-et-Mo- 
selle), 3A. 
Hagendingen (voir Hagon- 

dange). 
Hagondangc {Hagendingen), 

332, 344, 363. 
Hambach, 196, 196. 
Hampont, 228. 
Ham-sous-Varsberg (Ham un- 

ter Varsberg), t\\']. 
Hanau (ancien comte de), 106. 
Hanau (étang de), 120. 
HaQgwillcr, 83, 84. 
Hanovre (ancien royaume), 267. 
Han-sur-Nied {llan an der 

Nied), 260. 
Hanwiller (Hannwei/er), 142. 
Haras (saline du), 192, 193. 
Harcholins (les), 46. 
Hardi (bois de la), 126. 
Hargarten-aux-Mines, 3gi, 892, 

4i3, 418, 435. 
Harzwiller (Harzweiler), 23. 
Haspelcheidt (Haspelscheid), 

126, l32. 



Hattigny, 82. 

Haut-Clocher(Zf7/e/-5f/o7'/), 68. 
Haut-du-Bon-Dieu (montagne), 

Haut-Hombourg (Oberhoni- 
biirg), 411, 412, 4i3, 4i4- 

Haute-Kontz (Ober-Kontz), 
372, 373. 

Haute-Yutz (Ober-Yatz), 882. 

Hayange (Hayingen), 169,170, 
172, 834, 341, 342, 347, 348, 
35o, 356, 361 à 363. 

Haye (forêt de) [Meurthe-et- 
Moselle] (voir Forêts). 

Hayingen (voir Hayange). 

Hazelbourg (Haselbiirg), 3, 
4 à 6. 

Heckenwald (voir Brainches 
[bois des]). 

Heckling (Hecklingen), t\2l\. 

Heiligenbronn (voir Sainte- 
Fontaine), 4i3. 

Hcinkingen (voir Hinckange). 

Hellering (Helleringen), 4i2. 

Hellocourt, 228. 

Heming, 87, 88, 61, 384. 

HenridorS (Heinrichsdorf), 86. 

Henrinlle (Ilerschweiler), 407. 

Herbitzheim (bois d'), 196. 

Herbitzheim, 192. 

Hermelangc (Hermelingen), 

34, 36. 
-Herny (Hernicoiirt), 4o4- 

Hcrschweiler (voir Henriville). 

Hesse (Hessen), 84, 38, 89, 62. 

Hêtres (bois des), 210. 

Hettange-Grande (Gross-Het- 
fingen), 865, 366. 

Heyersberg (voir Saint-Louis). 

29 



45o 



INDEX ALPHABETIQUE 



Hinckangc {Ileînkingen), 3y5. 

Hinsingen, iy6. 

Hoff {HoJ), 68. 

Hohvalscli (iiiontaçjne), 19. 

Holacourt, 260. 

Homboiirg-rÉvèque (voir Haut- 
Homboiirg). 

Hombourg-sur-la-Ca]iner(//o7»- 
biwg-Bidingen), 385. 

Homécourt (Meurthe-et-Mo- 
selle), 3i3, 35o. 

Homécourt-Jœiil' (gare) [Meur- 
the-et-Moselle], 35 1. 

H.jmcldange (flome/dingen), 
369. 

Hommert, 22. 

Honaux (prairies de la), 193. 

Hôpital (L') [Spiffe/], 415 à 
417. 

Hôpital-Neuschachl, /ii5. 

Hopstein, 17. 

Horimont (collines), 33o. 

Horn (rivière), 126, 128, i3i, 
132, 133. 

Houblon (cullurc du), 23i. 

Houille (mines de), i4o, iGg, 
170 à 176, 392,413,415 
à 417. 

lluuillères (eaiial des), 147, 192, 
199, 204, 206, 208, 220. 

Hou va (La) [Haf\, 417. 

Houve (forèl de la) [voir Fo- 
rêts]. 

Huf (voir Houve [la]). 

Hnningue (Hïuiingen) [Haule- 
Alsaee], 43, ii4, ii5, iiO. 

Hunskirich (Hanskircli), 197. 

Hunsniok (région d'Allemagne), 
427. 



Huntling [Haiidlingen), i58. 
Hussigny-Godbrange (Meurthe- 
et-Moselle), 352. 



Ibign}-, 82. 

Iche (Jsch) [rivière], 84. 

Ida et Amalia (mines), 356. 

Igney (Meurthe-et-Moselle), Bg, 
60"! 

Igney-Avricourt (gai-e) [Meur- 
the-et-Moselle], 60. 

Ile Chambière, 267, 276, 278, 
285. 

Illaiige (lllinge/i), 338. 

Illingen (voir lllange). 

Imgau (voir Partie décoii- 
rerte). 

Imling (Imlingen), 62, 67. 

Insming (I/ismiiigen, Amance), 
137, 190, 200. 

Ipling (Iplingen), i58. 

Irdspach (llsbacli) [Lorraine 
prussienne], 420, 426. 

Iscli (voir Iche). 

Isle (pays d'), 247. 

Ilzbaeh (voir Irdspach). 



Jœgerlhal (Jdgerthal) [Basse- 
Alsace], 120. 
Jamaille, 346. 
.lapon (empire du), 16G. 
Jarnisy, 3o3, 3i6, 356. 
.laumont, 281, 33i. 
Jauinonl (carrières de), 33i. 
Jérusalem (l'crnie de), 3ii. 



Jœuf (Meurthe-et-Moselle), 
3i3, 342, 347, 348, 35o, 
35 1. 

Jouy-aux-Arches, 326, 327. 

Juss\", 291, 3o4, 307. 

Juvelle (bois de), 264. 



Kadenbronn ( voir Caden- 

ht'o/ui). 
Kail (ruisseau de), Zo-]. 
Kalembourfj {Kalemburg), 38o. 
Kaleahoven (forêt de) [voir 

Forêts]. 
Kalliausen, 196. 
Kaltbach (rivière), 393. 
Kammern (voir La Chambre). 
Kaninchenberg (colline), 173. 
Kanner (rivière) [voir Canner]. 
Karliugen (voir Carling). 
Kattenhofen (voir Cattenom). 
Kedange (Kedingen), 385. 
Kerprich-lès-Dieuze (Kerprich 

bei Dieu se), 182. 
Kerprich-Hemmersdorf (Lor- 
raine prussienuic), 424- 
Kirsch, 377. 
Kirschberg (colline près Fixem), 

372. 
Kirschberg (colline de Sierck), 

377. 
Kissel (rivière), 365, 366, 869. 
Klausenberg (colline), 258. 
Kléber (le général), 271. 
Klein-Ebcrsweiler (voir Petit- 

Eberswiller). 
Klein - Moyeuvre (voir Moyeii- 

vre-la-Peli(e). 



INDEX ALPHABÉTIQUE 4^1 

Kleinmùhl (scierie-auberge), 

( voir Petife- 



Klcin-Rosseln 
Rosselle). 

Kluingen (voir Clouange). 

Knutange (Kneuttingen), 36 1. 

Kochem (voir Coc/ieren). 

Koenigsmacher (Kônigsma- 
chern), 339. 

Pvontz (voir Haute et Basse- 
Kontz), 

Kourtzerode {Kuvzerode), 85. 

Kreuz (voir Lacroix). 

Kreuzberg (voir Creuzberg). 

Kreuzmûhle (voir Croix [mou- 
lin de la]). 

Kreuzwald (voir Creutswald- 
la-Croix). 

Kjiechingen (voir Créhange). 

Kuntzich (Kuncig), 882. 

Kurzerode (voir Kourtzerode). 



La Chambre {Kanwiern), 4ii. 

Lacroix (Kreuz), 38o. 

Ladonchamp, 287, 297, 3o6, 
329. 

Ladonchamp (champ de ba- 
taille do), 329, 330. 

Lalrimbolle (Lascemborn), 46. 

Laiterie, 388. 

LaJouvesc (Ardèche), 879. 

Landbach (ruisseau), 68. 

Landon\'illers, 898. 

Landorf (voir LandroJ}"). 

l-.a.ndrcihx(] (Lauterjingen), 221 . 

Landroff (/^«/if/ory), 261. 

Laneuvcville-en-Saulnois, 247. 



452 



INDEX ALPHABETIQUE 



LaneuveTiUe-lès-Lorquin, 32, 

46. 
Langatte, 208. 
Langatte {Langdatte), 68. 
Langenberg, 368. 
Languimberg {Langenberg), 

210. 
Laquenexy, 899. 
Lascemborn (voirZ-ay>'//726o//e). 
Lasdorf (voir Lastroj[f). 
LasIrofF {LasdorJ'), 220. 
Latanier (voir Chapeaux de 

paille). 
Lauter (du Warndt), rivière, 

4i6. 
Lauterfingen ( voir Landre- 

f'ng). 
Lcipsick (ferme de), 3o8. 
Lelling (Lellingen), 407. 
Lemberg, 97, i36. 
Léning (Leningen), 188, 200. 
Lcrou\-ille (Meuse), 79. 
Lesse, 260. 
Lessy, 291, 295, 307. 
Létricourt, 247. 
Lettembach, 28, 42, 45, 57. 
Lcy, 287, 240. 
Lozey, 237. 
Liederscheidt (Liederscheid), 

l33. 

Lindel (ferme). 108. 

Lindre (étang de) [Linder 

Weiher), au, 214 à 218, 

226, 289, 253. 
Lindre-Bassc (Xieder-Linder), 

217. 
Lindre -Haute ( Ober-Linder), 

217. 
Linenbenj (montagne), 56. 



Liocourt, 25i. 
Lisdorf (voir Listroff). 
Listroff (Lisdorf) [Lorraine 

prussienne], 4^5. 
Lixheim, 84, 85. 
Lixing (Liœingen), i56, 407- 
Lobaii (voir Mouton, le maré- 
chal comte de). 
Locle (Le) [Suisse], 98. 
Londres (Angleterre), 98. 
Longeville (forêt de) [voir 

Forêts]. 
Longeville-lès-Metz, 283, 3o4. 
Longeville-Iès-Saint-Avold [Lu- 

beln), 408, 4io. 
Longwy (Meurthe-et-Moselle), 

341, 342, 364. 
Lôrchingen (voir Lorqain). 
Lorquin (Lôrchingen), 82, 33, 

34 à 36, 37, 46, 202. 
Lorraine française, 35. 
Lorni% 295, 3o6. 
Loupershausen (Lupershau- 

sen), iSg. 
Loutre (Fraulautern), 428, 

435. 
Louvigny, 248. 
Ludelangc (Liidelingen), 358. 
Luncville (Meiu-the-et-Moselle), 

208, 23l, 25l. 
Lupershausen (voir Loupers- 
hausen). 
Lultange (Liittingen), 38o. 
Lutzelbourg (Lûtzelburg). 1, 

2, i4, 29, 76, 86. 
Lutzelsleia (Basse - Alsace) 

[voir Petite-Pierre (La)]. 
Luxembourg (capitale du 

grand-duché), 353, 871. 



INDEX ALPHABETIQUE 



453 



Luxembourg (grand-duché de), 
67, 327, 338, 340, 341, 352 
à 355, 36o, 364, 365, 
367, 368, 371,373, 377, 
384- 

Luxembourg français, 
341. 

Lyon (Rhône), i5o. 

M 

Macarons, 394. 

Machines agricoles, 27. 

Mailly (camp de) [Aube], 126. 

Main du Prince (la), 121. 

Maisons-Rouges, 79. 

Maizières (près Dieuze), 223. 

Maizières-lès-Melz, 33 1, 332, 
363. 

Malancourt, 332. 

Malcôte (ferme), 5o. 

Malcôle (montagne), 29, 5i, 
54. 

Malgrange {Ma Igringen ) , 
365, 368. 

i^lalling (Mallingen), 30o. 

Malmaison (la), 817. 

Malstatt-Burbach (Prusse), 142, 
142, 438. 

Malzéville (plateau de) [Meur- 
the-et-Moselle], 201. 

Mance (ravin de la), 817, 327. 

Uanderen (Mandern), 877, 878, 

379- 
Marais salés, 240, 241. 
Marange (Maringen), 882. 
Marcairie (la), 52, 58. 
Marienau, 178. 
Marienbourg (source), 188. 



Marimont-la-Haute, i83, 199, 

212, 25l. 
Marlborough (le maréchal duc 

de), 378. 
Marly-sur-Scille, a5o. 
Marmoutiers (Mauersmiinster) 

[Basse-Alsace], 57. 
Marne au Rhin {Rhein- Marne 

Kanal), i à 6, 34, 61, 65, 

87, 147. ao3, 2o4, 223. 
Marsal, 226, 288, 234 à 237, 

291. 
Mars-la-Tour (Meurthe-et-Mo- 
selle), 821. 
Méditerranée (mer), 207. 
•Meije (montagne du Dauphiné), 

12. 
Meisenthal, 92, 93, 97, 98, 

loi, i36. 
Menickerhof (voir Dominique 

Guerre). 
Mensberg (château de), 878. 
Merle ou Mers (Merlenbach) 

[ruisseau], 4i3, 4i4- 
Merlebach (Merlenbach), 413, 

414, 4i5. 
Merten, 4i8. 

Merzig (Prusse), 422, 428, 420. 
Messin (pays), une grande 

partie du volume. 
Métallurgie, 109 à 114, 827, 

330 à 364. 
Metz, 84, 67, 88, 208, 244, 200, 

25i, 252, 262 à 304, 806, 

3i2, 828, 33o, 832,'38i, 887, 

4oi, 4-^2. 
Melzange (Metzingen), 388. 
Metzervisse ( Metzerwiese ) , 

882, 384, 385. 



454 



INDEX ALPHABETIQUE 



rMctzing {Metzingen), 228. 

Meules h aiguiser, 8a. 

MEURTHE (ancien départe- 
ment de la), 89. 

r^Ieurthe (rivière de la Lorraine 
française), 5i, 09. 

Meurthe (rivière), 25 1. 

MEURTHE - ET - MOSELLE 
(département), 36, 4/1 268, 
3o8, 338. 350 à 353, 355. 

MEUSE (département), 338. 

Mey, 299, 300. 

Micheville, 35i, 355. 

Mines de Jer, 330 à 364. 

Mirabelles (prunes dites), 292, 
294. 

Mirecourt (Vosges), 35. 

Mittersheim, 199, 219. 

Mittersheim (étang de), 218, 
219, 220, 221. 

-Nloder (rivière), 90. 

Moderbach (ruisseau), 159. 

Mogador (ferme de), 317, 3i8. 

Moince (ruisseau de), 248. 

Moines (étang des), 223. 

Molshcim (Basse-Alsace), 118. 

^lombronn (voir Montbrunn). 

Moncheux-la-Grande, 248. 

Mondorf (Luxembourg), 308, 
371, 37a. 

Monneren, 388. 

Mont, 399. 

Montbronn (Monibronn), 97. 

Montdidier, 186 à 188, 199, 
212, a5i. 

Montenach, 379. 

Montercau (Seine-et-Marne), 
i4G. 

Monligny, 283, 3o4, 328. 



Montmédj' (Meuse), 34 1. 

Montois-la-Monlagne, 3i2, 3i3. 

Mont-Perdu (Pyrénées), 12. 

Mont Saint-Blin, 324- 

Mont Saint-Jean (Meurthe-et- 
Moselle), 247. 

Mont Saint-Quentin, 274, 275, 
276, 3o3, 3o6. 

Mont Toulon (Meurthe-et-Mo- 
selle), 247. 

Montvaux (ruisseau de) [voir 
Rupt de Montvaux]. 

Montvaux-Thal (voir Rupt de 
Montvaux). 

Morhange (Môrchingen), i84, 
228. 252 à 259. 

Morville-Iès-Vic (Morville bei 
Vie), 232. 

Morville (modin de), 232, 
233. 

Moscou (ferme de), 317. 

^lOSELLE (ancien département 
de la), le volume (moins l'ar- 
rondissement de Sarrebourg). 

Moselle (rivière), 107, i47, 169, 
247, 262 à 304, 326 à 
339, 340,341, 368, 369, 
372 à 378. 

!Moulin-Neuf (étang du), 254- 

Moulins-lès-Metz, 3o3, 3o4, 3o5. 

Mousson (Meurthe-et-Moselle), 
247, 3a6. 

Mouterhouse ou Mouterhausen 
[Multerhausen), 107, 108 à 
118, i35. 

Mouton (le maréchal comte de 
Lobau), 80, 271. 

Movenvic, 226, 233, 236 à 
238. 



INDEX ALPHABETIQUE 



455 



^loyeuvre-la-Grande (Gross- 
Moyeuure), 172, 332, 34o, 
341, 342, 346 à 351, 358, 
36i, 363. 

MoyemTe- la -Petite (Klein- 
Moyeuvre), 35o, 358. 

Muhlen (ruisseau), 426. 

Mùhlenbach (Luxembourg), 
366. 

Muhhvald (bois), 221. 

Mulhouse (Haute- Alsace), 22, 
263. 

Munster, 190, 198, 199, 200, 

230. 

Munsthad-Saint-Louis {Mânz- 

thal), 93 à 101. 
Mur païen, 6, 127. 
Mutterliausen (voir Mouter- 

house). 
Mutge (étang de) [Mulscher 

]Veif)er], 258, 259. 
Mutscher Weiher (voir Étang 

de Mutge). 

N 

Xancy (Meurthe-et-Moselle), 
208, 23o. 247, 201, 252, 341. 

Nassau (bois de), 197. 

Xebing, 199. 

^eukhet (Xeiinhâiiser), 362. 

Neufinoulin, 37. 

XeuIVillage, 187, 188. 

Neu-Forwcilcr (voir Bourg- 
Dauphin). 

Xeu-Hornbach (Palatinat), 1 35 . 

îseunlàrch. (Xeunkirchen), 142, 
143, 154. 

Neuschmelz ( voir Fourneau 
neuf). 



Xeustadt ((juartier de Morhan- 

ge), 256. 
New-York (États-Unis), 98. 
Xey (le maréchal), 269, 283, 

419, 421, 435, 438. 
Nid-inge (Xiedingen), 396. 
Nied (rivière), 186, 246, 379, 

386, 388 à 391, 395, 

396, 397, 422. 
Nicd allemande (Z)eH^sc/<eJ\7er/), 

2o3, 254, 397, 4o4, 405 à 

407. 
Nied-Altdorf (XiedaltdorJ) 

[Lorraine prussienne], 424- 
Nied de .Marienthal , 407, 

408. 
Nied française (Framôsische 

Nied) [rivière], 2o3, 252, 

254, 259, a6o, 397, 398 à 

402. 
Xicdbrucken (voir Ponfigny). 
Niederbronn ( Basse - Alsace ) , 

108, 1.35. 
Niederham (voir Basse-Hani). 
Niederhof, 46. 
Xiederhombiu'g (voir Bas- 

Hombourg). 
Medcr-Kontz (voir Basse- 

Kontz), 373. 
Niedcr-Lindcr (voir Lindre- 

Basse). 
Niederstein (étang de), 220. 
Niederstiu-zel, 73. 
Nieder-Sulzen (Suisse-BasscJ, 

260. 
Niederwiller (Xiederweiler), 6, 

65. 
Nieder-Yutz (voir Yutz-Basse). 
Xiedingen (voir Xidanqe). 



456 INDEX ALPHABÉTIQUE 

{Xiedvellingen) , 



Niedvelling 

424. 
Nilvange {Nilvingen), 36o, 

361 à 363. 
Nitting, 34, 36, 38. 
Noisseville (ruisseau de), 275. 
Noisseville, 297. 
NoU (montagne), 52, 53. 
ÏNomeny (Mcurthc-ct-Moselle), 

247, 25l. 
Nonnenberg (montagne), 56. 
Normandie, 256. 
Nurro3"-le-Vcncur, 33o. 
Northen, 397. 
Nouilly, 299. 
Novéant, 326. 
Nuremberg (Allemagne), 432. 



Oberdorff {Oberdorf), 392. 

Obcrehnheim (voir Obernai). 

Obergailbach, i55. 

Oberhomburg (voir Haul- 
Hombourg). 

Ober-Kontz (voir Ihniie- 
Kontz). 

Obcr-Limberg (Lorraine prus- 
sienne), 426. 

Ober-Linder (voir Lindre- 
Haute). 

Obernai (Oberehnheim) [Basse- 
Alsace], 280. 

Ober-Sulzen (voir Suisse - 
Haute), 260. 

Ober-Yutz (voir llnutc-Yatz). 

Océan, 289. 

Odilien Kapelle (voir Sdinte- 
Odile) [chaiielle]. 



Œting (Œtingen), i6a. 
Oldenbourg (grand-duché d'), 

422. 
Olterbach (ruisseau), 67. 
Orgues d'église, 894. 
Oriocourt, 245. 
Orléans (Loiret), 874. 
Orne lorraine (rivière), 812, 

3i3, 333, 342 à 351, 358. 
Ottangc (Ottingen), Uq, 356, 

357, 368. 
Ottendorf (voir Ottonville). 
Ottingen (voir Ottange). 
Ottonville (Ottendorf), 898. 



Pagny-lès-Goin, 249. 

l'agny-sur-Moselle (Meurthe-et- 
Moselle), 290. 

Palatinat ou Bavière rhénane, 
i5, io4, 119, 121, 124, 127, 
182, i33, i34, i85, i36, 187, 
i54, i55, 168, 427. 

Palmier (chapeaux de) [v.iir 
Chapeaux de paille]. 

Panama (voir Chapeaux de 
//aille). 

Pange, 899. 

Partie couverte de Bitche, 
124. 

Partie découverte de Bit- 
che, 124, i34, 187. 

Pastourelles (les), 4oi. 

Patten (Pachten) [Lorraine 
prussienne], 427. 

Pays-Bas (royaume des) 100, 
127, 884. 

Peltre, 287. 



INDEX ALPHABETIQUE 



457 



Peluche de soie, 149 à 152. 
Pépinières, 296, 297. 
Pépin\ille, 333. 
Perl (Prusse), 377, 378. 
Perles (couronnes en), 190. 
Petersmiihle, 18. 
Petit-Blanc-Rupt, 5o. 
Pelit-Donon (montagne), 5i. 
Petit Eberswiller {Klein-Ebers- 

weiler), 4ii. 
Petite-Creusière, 207. 
Petite-Pierre (La) [LiUzelsfein] 

(Basse- Alsace), i5. 
Petite - Rosselle ( Klein - Ros- 

seln), i6i, 166, 167, 171, 174, 

347, 4i5. 
Petite-Seille, 228, 23i, 241, 

245, 201, 205. 

Petites-Tapes (les), 329. 
Petites Vosges, 7, i5, 6a, 

208. 
Petit-Mont, 49. 
Pétrange (Petringen), 3()5, 

396. 
Pétrole (source de), i33. 
Ptaffcn-Wald (bois), 180. 
Pialzburg (voir Phalsbourcj). 
Pfalzwiller (PJahweyer), 83. 
Phalsbourg {Pfalzhiircj), 65, 

75, 76, 77, 79 à 82, 84, 

89, 271. 
Philippsbourg (Philippsburg), 

io3, io4, 118. 
Piblangc {Pieblingen), 388. 
Picardie, 433. 
Pieblingen (voir Piblange). 
Pierrevillers, 332. 
Pierrot (bois), 319. 
Pinspcrme (ruisseau), 36o. 



Piquart (Lorraine allemande), 

434, 435, 436. 
Pirmasens (Palatinat), 121, 

i32, i34. 
Pisciculture, 42 à 44, 114 

à 118. 
Plaine d'Alsace, 124, 126. 
Planchette (La), 299. 
Planlières, 283, 296, 297, 

298. 
Plappeville ( fort de ) [ voir 

Forts]. 
Plappeville, 3o6, 307. 
Platinerie (la), lii^. 
Plesnois, 33o. 

Plomb (mines de), 44) 4^6. 
Poil de chameau, 82. 
Point-du-Jour (ferme du), 317, 

3i8. 
Pois (culture des), 293. 
Polissoir de Sainte-Glaire, .44' 
Pont -à- Mousson (Meurthe-et- 
Moselle), 1G4, 166, 321,337. 
Pontigny (Medbrucken), 398. 
Porcelette, 4i6. 
Portieux (Vosges), 23. 
Pournoy-la-Chétive, 25o. 
Pournoy-la-Grasse, 25o. 
Prancey (montagne), 02, 53. 
Prims (voir Brems). 
Produits chimiques, 225. 
Prusse (royaume), 29, i54, 156, 

169, 289, 373, 376 à 378, 

4i4, 4i8. 
Puits de Gargan, 171. 
Puits de Wcndel, 171. 
Puits Saint-Charles, 170, 170. 
Puits Saint- Joseph, 171. 
Puits Wuillcmin, 171. 



kôi 



INDEX ALPHABETIQUE 



PuttclaïKjc (^Piitlli/igen), i5o, 

i52, 159. 
Puttelange-lès-Rodcmack(/*û//- 

lingen), 371. 
Pyrénées, 12. 



Quatre -Seigneurs (forêt des) 

[voir Forêts]. 
Quenouille (la), 57. 
Queuleu, 288. 



Rabas, 887. 

Raiffeisen (caisse), 187. 

Ramesberg (Rômerberg) [bois 
de], 217. 

Ramstein (ruines), 118. 

Raon-sur-Plaine (Vosges), 16. 

Rapp (le général), 271. 

Rauch(for( de Sarrelouis), 43i. 

Ra ville [Rollingen), 897, 

Rech, 192, 196. 

Réchicourt-le-Chàteau (Rixin- 
gen), 59, 60, 61, 222, 288. 

Réchicourt (forêt de) [voir Fo- 
rêts]. 

Rédange (Redingen), 35i, 358, 
354. 

Réding (Riecling), 68, 88. 

Redingen (voir Rédange). 

Rehlingen (voir Relling). 

Relier {^Ferdinand), 267. 

Reicli (voir Ric/ie). 

Reichshoffen (voir Rcischoffen). 

Rcichersberg (voir Richement). 

Reischoffen (Reichshoffen) [Bas- 
se-Alsace], 108, 121. 



Relling (Rehlingen) [Lorraine 

prussienne], 426. 
Remesch, 388. 
RemiUy, 261, 402, 4o4. 
Remilly (forêt de) [voir Forêts]. 
Remisch (Luxembourg), 871. 
Rezonville, 3i8, 320. 
Rezonville (champ de bataille 

de), 318 à 322, 826. 
Rliein-Marne Kanal(voirJlfflr/ie 

au Rhin) [canal de]. 
Rheinskopf(voir5ou?'^u/^no/i). 
Rhin (Rhein) [fleuve], 90, 186, 

168, 271, 888. 
Rhodes (Rodt), 211. 
Ricarville, 49- 
Riche (Reich), 228. 
Richement (Reichersberg), 383. 
Rieding (voir Réding). 
Rilching (Rœlchingen), 142. 
fUxingen (voir Réchicourt). 
Roche du Diable (la), 67. 
Rocher de la Chambre, 90. 
Rochers de la Phraze, 3a6. 
Rodalbe (Rodalben), 227, 254- 
Rode (Rothbach), rivière, 191, 

192, 196, 197, 198, 199, 220. 
Rodemack (Rodemuchern), 

370, 371. 
Roden (ouvrage défensif de 

Sarrelouis), 481. 
Rodt (voir Rhodes). 
Rœlchingen (voir Rilching). 
Rohrbach, 124, 181, 187. 
Kolbing, 184. 
Rollingen (voir Ruville). 
Romb.is (Rombach), 882, 344 

à 346, 363. 
Romelflng (Romeljingen), 49- 



INDEX ALPHABETIQUE 



Romelstcin (montagne), 55. 
Rôinerberg (voir Rainesberg). 
Roinèsc, 388. 
Roncourt, 3i2, 3i3, 332. 
Roppwiller (Roppweiler), 126, 

l32. 

Rorbach (étang de), 217. 
Rorbach (ruisseau de), 217. 
Roses (ruisseau des) [Rosen- 

bach), 199. 
Rosselange (Rosslingen), 346, 

349. 
Rosse llc(/?osse//?) [rivière], 160, 

161, 162, i64, 411 à 414. 
Rothe Berg (voir Eperon de 

Spicheren). 
Rothen'dorf (voir Chàteau- 

Roiige). 
Rother Weiher (étang), 197. 
Rolhc Saar (voir Sarre-Rouge). 
Rotle (rivière), 254, 268, 259 

à 261. 
Rouergue, 212. 
Rozérieulles, 291, 307, 3i8. 
Rupt des Dames (ruisseau et 

vallon), 48. 
Rupt de Mad (ruisseau de Meur- 

the-ct-Mosclle), 3o4. 
Rupt de Montvaux (ruisseau), 

3o5, 307, 3o8, 3i8. 
Russange (Russingen), 35 1, 

352, 353. 
Russie (empire de), 16G, 296. 
Rustroff, 37O. 



Sa;ir (rivière) [voir Sarre]. 
Saaraltdorf (voir Sarraltrojf). 



Saarbrûcken (voir Sarre- 

hruck). 
Saarbiu-g (Prusse), 66. 
Saareinsberg (voir Sarrein- 

berg). 
Saareinsmingen (voir Sarreins- 

mlng). 
Saargemiind (voir Sarregue- 

mines). 
Saarland, 206. 
Saarlouis (voir Sarrelouis). 
Saar-L'aion (Saariinion), 64, 

66, i34, 137, 143, 193. 
Sablon, 283, 3o4. 
Sac de Pierre (le), 53. 
Saint-Ail (Mcurthe-ct-MosclIe), 

3i6. 
Saint -Arnual (Prusse), i56, 

179- 
Saint-Avold, 179,408 à 411, 

4i6. 
Saint-Avold (forêt de) [voir 

Forêts] . 
Saint-Bernard, 388. 
Saint-Cyr (école de), 3 18. 
Sainl-Dié (Vosges), 37. 
Sainte-Anne (chapelle), 202, 

203. 
Sainte-Catherine, 325. 
Sainte-Catherine (de Hombourg) 

[Sanfit Katharineri], 412. 
Sainte-Croix (chapelle), 164. 
Sainte-Fontaine, 4i3, 4i5. 
Sainte-Marguerite (Sankt Mur- 

gareth), 379, 388. 
Saintc-Marie-aux-Chènes, 3 10, 

311, 313 à 315, 33i. 
Sainte-Odile (chapelle) \^Odi- 

lien Kapelle], l^. 



46o 



INDEX ALPHABETIQUE 



Saintc-Odilc (Basse- Alsace), 6, 

127. 
Sainte-Oraine, 437. 
Sainle-Riifïine, 291, 807, 828. 
Saint-Evre ou Epvre, 260. 
Saint-François (Sank't Fram:), 

38o, 388. 
Saint-Hubert, 887. 
Saint-Hubert (ferme), 2i5. 
Saint-Jean (Prusse) [Sankf 

Johann), i38, 142, 179, 180, 

290. 
Saint-Jean (ruisseau de) [Sun/it 

Johannbach\ 245. 
Saint- Jean, 438. 
Saint-Jean-de-Bassel {Sankt 

Johann von Bassel), 220. 
Saint-Jean-Kourtzerode {Sankt 

Johann Kurzerode), 85. 
Saint-Julien, 288. 
Saint-Louis (Heyersberg), 86. 
Saint-Louis (voir Miinzlhal- 

Saint-Louis). 
Saint-Louis (cristallerie de), 

24, 93 à 101, 184, i36. 
Saint-Martin (chapelle), 194. 
Saint-Pierre, 286. 
Saint-Pierre (ruisseau de), 

275. 
Saint-Privat , 287, 3io, 811, 

312, 314, 3i8, 881, 882, 

374. 
Saint-Privat (champ de bataille 

de), 8o5, 310 à 315, 818. 
Saint-Quirin, 28, 44, 45. 
Sainl-Quirin (forèl de) [voir 

Forêts]. 
Saint-Quirin (ruisseau et vallée 

de), 1 1 , 27, 28, 29, 33, 42, 43. 



Saint-Sébastien (ancien fort), 
128. 

Saint-Symphorien (île), 276. 

Salées-Eaux, 240. 

Saline du Haras, 192, 198. 

Salines (canal des) [Saltnen 
Kanal], 188. 

Salines, 192, 198, 225 à 227, 
280, 240. 

Salivai, 232 à 234, 237. 

Salonnes, 286, a4i. 

Saltzbronn, 193, 194, 196. 

Sankt Johann (voir 5'(//«/-/e(/«). 

Sankt Katharinen (voir Sainte- 
Catherine). 

Sanon (rivière), 09, 222, 288, 

25l. 

Sargau, i56, 420 à 438. 

Sarralbe (Saaralben), 64, 60, 
67, i34, 187, i54, i5j, i86, 
192 à 195, 198, 196, 199, 
206. 

Sarraltroff (Saaraltdorf), 68. 

Sarre (rivière) [Saar], 8, 11, 
i5, 28, 27à74, 84, 86, 90, 
126, 139 à 153, i58, 169, 
160, 169, 179, 186, 192, 196, 
208, 4i3, 417, 418,420, 438. 

Sarre (bassin houiller de la), 

169, 170 à 176. 

Sarre - Blanche ( rivière ) [voir 

Blanc-Rupt]. 
Sarrehourg, 28, 28, 88, 89, 42, 

43, 62 à 67, 88, 190, 384. 
Sarrebruck (Saarbriïcken) 

[Pru6se], 88, 107, 188, i4o, 

142, 167, i58, 161, i65, 169, 

170, 179, 180, 181, 290, 
3 14, 345, 437. 



INDEX ALPHABETIQUE 



46 I 



Sarrebruck-Saint-Jean (voir ces 

deiix noms). 
Sarre-et-Moselle (mines de), 

i6i, 4i3. 
Sarreguemines {Saargemând), 

66, 67, i38, 139 à 153, 

i58, 164, 190, 266, 290, 

38i. 
Sarrcinberg ( Saareinsberg ) , 

lOI. 

Sarreinsming ( Saareinsmin - 
g en), i53. 

Sarre-Libre (nom révolution- 
naire de Sarrelouis), 422. 

Sarrelouis (Saarloiiis) [Lor- 
raine prussienne], 66, i56, 
389, 420, 422, 428 à 438. 

Sarre-Rougc [Rothe Saar] (ri- 
vière), II, 26, 28, 29, 3o, 33, 
34, 40, 5i, 52 à 58. 

Saulcj- (île du), 276. 

Saulnes (Meurthe-et-Moselle), 
352. 

Saulnois, 222 à 250, 3o6. 

Saulny, 296, 3o6. 

Saumur (Maine-et-Loire), 378. 

Saveme (Zabern) [Alsace], 75, 
263. 

Saveme (seuil ou col de), 87, 
81. 

Savonnièrcs (Meuse), 281. 

Saxe (royaume de), 289. 

Schœl'erhol' (Schdferhof), 6. 

Scharbach, 126, i33. 

Scheidberg ^colline), 436. 

Scheid-WalJ (voir Forêts). 

Schengen (Luxembourg), 377. 

Scheuerlcnhof (voir Schir/en- 
hoj). 



Schirlenhof (ferme de) [Scheuer- 

lenhof] (Basse-Alsace), 475. 
Schirmeck (Basse-Alsace), 16. 
Schlossberg (colline), 182. 
Schneckenbusch ( Schnecken- 

bush), 62, 2o3. 
Schneeberg (montagne), 14. 
Schœneck(5'c/idnec/r), 170, 176. 
Schreckling (Schrecklingen), 

423. 
Schrecklingen, 890. 
Scliremange {Schremingen), 

36i, 362. 
Schwalb (rivière), i34. 
Schwalbach (rivière), i36. 
Schwarzbach (ruisseau), 121. 
Schwcixingen (voir A'oHrt- 

xange). 
Scierie de Bailly, 5o. 
Scierie du Gros Sapin, 55. 
Scierie du Marquis, 49- 
Scierie du Pàquis (B3sse-.\1- 

sace), 5o, 5i. 
Scierie du Pécheur, 5o, 
Scieries, 82, 38. 
Scy, 291. 

Sébastopol (ferme de), 3oo. 
Seille (rivière), i5, 60, 186, 

212, 218, 224, 226 à 252, 

267, 276, 291, 298, 807, 827, 

328, 404. 
Seine (fleuve), i46. 
Semccourt, 33o. 
Semences, 248. 
Semoing (Sirningen), 870. 
Sentzich, 869. 
Servigny, 287, 297, 298. 
Sicrck (Sierk), 291, 889, 373 

à 376, 878, 879. 



462 



INDEX ALPHABETIQUE 



Sicrck (ruisseau de), 379. 
Sicrsberg (colline) [Lorraine 

prussienne], 420, 426. 
Siersdorf (Lorraine prussienne), 

425. 
Silex (cailloux de), i46. 
Silvange (Siluingen), 332. 
Simingen (voir Semoinc/). 
Sitifort, 22. 

Sœtrich (Sôtrich), 366. 
Soldatenthal, 29. 
Soldatenthal (vallée), 55, 56, 

81. 
Sologne bourbonnaise , 

223. 

Somme (fleuve), 146. 

Soucht (jadis Souche) [.S»c/i/], 

90 à 92, 97. 
Soude (fabrique de), 193, 23o, 

281. 
SoulIz-sous-Forêls (Su/!: iin- 

term Wald) [Basse-Alsace]. 
Sparsbrod, 3. 

Spicheren (Spic/iern),ib5, i58. 
Spicheren (champ de bataille 

de), i55, 157, i58, 162, 164, 

173, 176 à 181. 
Spicheren (éjieron de) [voir 

Éperon de], 
Spiegelbach (ruisseau), 90, 93. 
Spin (ruisseau) [S/nnbacfi], i83, 

218. 
Spiltel (voir Hôpital). . 
Spitzberg (montagne), i4. 
S t i r i n g-^V e n d e I [StieriiKjen 

Wendel), iG4, 167 à 172, 

i7r>, 176, 347. 
Stock (étang du), 36, 08, 208 

à 211, 218. 



Stock (tour du), 211. 
Strasbourg (Basse- Alsace) 

[S/rassbiirg], 34, 36, 82, 

195, 208, 263, 271, 274, 290. 
Strombcrg (colline), 873. 
Stûrzclbronn (abbaye de), 120, 

121, 122. 
Sucht (voir Soucht). 
Sui'tgen {Zoujftyen), 366. 
Suisse-Basse {Niedev-Su Ize/i), 

261. 
Suisse-Haute (Ober-Sulren), 

260. 
Sulz unterm Wald (voir Soultz- 

sous-Forêls). 



T h i a u c o u r t (Meurlhe-et-Mo- 
selle), 290, 3o5, 821 . 

Tliicourt {Diedersdoi'f), 260. 

Thil (Meurthe-et-Moselle), 352, 
355. 

Thionville (Diedenliofen), i52, 
169, 172, 25i, 266, 827, 33o, 
334 à 338, 363, 874, 38i, 

432. 

Tholey (Lorraine prussienne), 

422, 426, 427. 
Thuringe (région de), 267, 40"). 
Tiercelet (MeurIhe-et-Moselle), 

352, 356. 
Tincry (bois de), 252. 
Tôles, 427. 

Tomates (conserves do), 294. 
Torclieville {Dorswciler), 199. 
Toul (Meurthe-et-Moselle), 88. 
Touraine, 266, 433. 

Trêves (Prusse), 66, 421. 



INDEX ALPHABETIQUE 



46: 



Trêves (ancien éleclorat de), 

169, SyS. 
Trianon (palais de) [Seine-et- 

Oise], lit"]. 
Tripolis-Insel (voir La Folie) 

[île de]. 
TroiS-Évéchés (ancienne 

province), 421. 
Trois-Fontaines (Dreibrunne/i), 

22, 24, 26. 
Trombom, 437. 
Trouée de Tiercelet, 356. 
Trualbe (ruisseau), i33. 
Triijjfes, 294. 
Tuileries, i64. 
Turquestein (Tiirksfein), h'i- 

U 

Uckange {Uckinyen), 333, 

334. 
Ulirich (le général), 82. 
Unter-Barvillc (voii* Basse-Bar- 

ville). 
Urstein (rivière), 29. 
Ur\ille (château d'), 398, 399. 



Vahl, 219. 

Yal-Ebersing ( Wahlebersing), 

407, 409. 
Valette (ferme de), 26. 
Valette (ruisseau de), 34- 
V a 1 1 e r a n g e ( Wiilleringen), 

258. 
Vallérystal, 17, 20, 22 à 24, 

27, 28, 39, 66. 
Vallières, 3oo. 
Vallièrcs (ruisseau de), 298, 299. 



Valmont (Walnien), 4o8. 
Varize (Waibelskirchen), 397. 
Varsberg, 4i7- 
Vasper\'iller ( Wasperweiler), 

33, 34, 44. 
Vatimont (Walersberff), 260, 

404. 
Vauban (le maréchal de), 80, 

235, 421, 429, 438. 
Vaudon court ( Wieblingen), 

397- 
Vaudrevange ou Valdrevange 

{Wallerfangen) [Lorraine 

prussienne], 428, 435, 436. 
Vaux, 291, 328. 
Vémont (colUne), 33o. 
Verbach (ruisseau), i83, 218, 

219. 
Verchol (ruisseau), 326. 
Verdun (Meuse), 32 1. 
Vergaville, i83. 
Vernéville, 309, 3 16. 
Verny, 249, 260, 307. 
Verrerie, 22 à 24, 27, 90, 

91, 93 à 101, i34. 
Verrerie de Saint-Ouirin, 28, 

42, 44, 57. 
Verres de lunettes, 98. 
Verres de montres, 98. 
Vczouse (ri\"ière) []Meurthe-et- 

Moselle], 58. 
Viberswiller ( Wiebersiveiler), 

197. 198- 

Vichy (Allier), 194. 

Vic-sur-Seille, igS, 237, 238, 
244< 25i, 291. 

Videlange, 223. 

Vieille-Verrerie (Al te Glas- 
Initié), 171, 175. 



464 



INDEX ALPHABETIQUE 



Vienne (Autriche), i5o. 

Vigny, 248. 

Vigy, 297, 387. 

Villars (le maréchal de), 878, 

429, 438. 
Villers-Bettnach, 38o, 386, 

387, 396. 
Villers-Bettnach (bois et l'o- 

rêt de) [voir Forêts]. 
Villerupt ou Villerupt-Miche- 

A ille (Meiu-the - et - Moselle), 

342, 351 à 353, 355, 356. 
Ville-sur-Yron (Meurthe-et-Mo- 
selle), 321. 
Vilsberg, 82. 

Vin de Charnpagne, 292, 3.''4. 
Vionville, 320. 
Viticulture, 290 à 292, 

305, 306. 
Vilry-le-François (Marne), i44' 
Vitr3-siu'-0rne ( Wallingen), 

345. 
Vittoncourt, 4o4. 
Vivcrsberg (voir Côte d'Hel- 

litner). 
Voie romaine (à Gravelottc), 

307. 
Voimehaut (Voimhaiit), 4o4. 
Volmcrange (près Boulay), 897. 
Volme rang c-lès-Ent range 

(WoUmeringen), 366, 368. 
Volmunster (Vo/miinsfer), 124, 

i34, 135. 
Vosges, 1 à 58, 62, 67, 102 

à 138, 212, 258. 
VOSGES (département des), 

23. 

Voyer ( Wei/ier), 26, 36. 
Voyer (forêt de) [voir Forêts]. 



w 

Wadrineau (digue de), 275. 
\VaibeIskirchen (voir Varize). 
Waldeck (étang de), 120, 

123. 

^^^aldeck (forêt de) [voir Fo- 
rêts]. 
Waldeck (ruines), 128. 
Waldenburg (voir Waltein- 

bourg). 
Waldhausen, i33. 
Walersberg (voir Vatimont). 
Wallingen (voir Vitry-su r- 

Orne). 
Walmen (voir Valmonl). 
Walschbronn, i33. 
Walscheid, 18, 20, 21, 887. 
Walscheid (forêt de) [voir 

Forêts], 
Waltembourg ( Waldenburg), 

86, i3o. 
"Warndt ou Warendt, 170, 

175, 414 à 418, 435. 
Wasgau (ancien pays de), 

124, i3i, i32, i34, i35. 
Wasperweiler (voir Vasper- 

viller). 
Weidcsheim, i53. 
Weiher (voir Voyer). 
Weimeringen (voir Weyme- 

range). 
Wcissenburg (voir ]Vissem- 

bourg). 
Weisskirchen (voir Blunche- 

Église). 
Welferding ( Wôlferdingen), 

142, i58. 



INDEX ALPHABETIQUE 



465 



Wendel (famille de), 167 à 

172, 346. 
Weschheim, 83. 
Westphalie (province prus- 
sienne), 345. 
Weyerbach (ruisseau), 4i8. 
Weymerange ( Weimeringen), 

338. 
Wieblingen (voir Vuudon- 

court). 
Willerwald, ig5. 
Winterberg (colline de Prusse), 

i56, 17g. 
Wintersbourg ( Wintersbarg), 

83. 
Wisch (Basse-Alsace), 5i, 52. 
Wisscmbourg ( Weissenbarg) 

[Basse-Alsace], 87, i3o, 3oi, 

374. 
Wittringen, i53. 
Wôlferdiugen (voir Welfer- 

ding). 
Wœifling {Wôljlingen), Sga. 
Woerth( H'^ôr//()[ Basse-Alsace], 

178, 3o3. 

"Woëvre, 344. 

Woippy, agi, 2g5, 3o6. 
Wollmeringen (voir Vohne- 
range-lès-Entrange). 



Xouaxange (Schweixingen), 
36, 38, 62. 



Yutz-Basse (Xieder- Yatz), 338, 

382. 
Yutz-Haute (voir Haute- Yutz). 



Zabern (voir Saverne). 

Zang (forêt de) [voir Forêts]. 
i Zellen (île de), igi. 

Zellcn (ruisseau), igi. 

Zcmmingcn (voir Zommange). 

Zinsel (de Bitche) [rivière], io4, 
108 à 118, 127, i35, i36. 

Zinsel (du Graufthal) [rivière], 
76, 83. 

Zittersdorf(voir^Mu^-C/oc/<e/-). 

Zommange (Zemmingen), 217. 

Zorn (ri\ière), 1 à 6, i5, 16, 17, 
18, 2g, 3o, 56, 75, 74, 86, 87. 

Zornhof (Basse-Alsace), 3. 

ZoufTtgen (Suftgen), 366. 

Zweibrùcken (voir Deux- 
Ponts). 



LORRAINE 



30 



TABLE DES CARTES 



La Lorraine annexée (hors 
texte). 

Pays de Dabo, 4- 

Le massif du Donon d'après 
une carte postale, i3. 

De Lorquin à Abreschwiller, 24. 

Vallée du Blanc-Rupt, 4i- 

De Sarrebourg à Fénétrange, 
63. 

Le plateau de Phalsbourg, 77. 

La région des Verreries (pe- 
tites Vosges), 91. 

Mouterhouse et le Bœrenthal, 
io5. 

Environs de Bitche, laS. 

Environs de Sarreguemines, 
i4i. 

Forbach et le champ de ba- 
taille de Spichercn, i63. 

Croisement de voies ferrées à 
Bcncstroff (Bensdorf), i85. 

Le Saarland (pays de la Sarre), 
189. 



Étangs de Gondrexange et du 

Stock, 2o5. 
Dieuze et l'étang de Lindrc, 

2l3. 

Chàtcau-Salins, Vie et Marsal, 

229. 
De la Seiile à la Nied fran- 
çaise, 243. 
Metz et ses environs, 264-265. 
Champs de bataille de Rczoti- 

villc, Gravelotte et Sainl- 

Privat (hors texte). 
ThionviUe et Hayange, 335. 
Moyeuvre et la vallée de l'Orne, 

343. 
Environs de Thion ville, 367. 
Environs de Sierck, 376. 
De ThionviUe au Warndt, 383. 
Vallées des Nied, 4o3. 
Environs de Sarrelouis d'après 

la carie française, 43o. 
Environs de Sarrelouis d'après 

la carte allemande, 43 1. 



TABLE DES MATIERES 



I. — Le pays de Dabo 

Pagïs 
La Zorn à Lutzelbourg. — En remontant la vallée. — La chapelle 
de Sainte-Odile. — Hazelbourg et ses vestiges gallo-romains. 

— Schaeferhof. — Apparition du rocher de Dabo. — Dabo »t son 
comté autonome. — La ville disparue. — Ascension de la roche. 

— La chapelle et le panorama. — Personnalité des Vosges 
moj'ennes. — La grande forêt du Dabo. — De la Zorn à la Biè- 
vre. — La vallée d'Ententhal. — Les gorges de la Zorn. — Les 
rochers de Saiint-Léon i 

II. VaLLÉRYSTAL, ABRESCH^V1LLER ET LoROUIN 

La vallée de la Bièvre. — De Walscheid à Vallérystal. — La ver- 
rerie. — Trois-Fontadnes. — Dans les bois de Voyer. — Abresch- 
wUer. — Les scieries. — Les chemins de fer forestiers du Do- 
non. — L'exploitation des forêts de l'État. — La langue française 
dans le pays d'Abreschwiller. — Petits métiers de la forêt. — 
Descente de la Sarre Rouge. — Les vi\-iers de Basse-BarvLUe. — 
Lorquin. — La broderie sur blanc. — Sur la route d'Héming. — 
Hesse 21 

m. — La Sarre Blanche et la S.uvre Rouge 

VasperviUer. — Un établissement de pisciculture. — Saint-Ouirin. 

— La Sarre Blanche. — Le Meus Saraviis. — Le castel de Tiir- 
questein. — Les basses du Blanc-Rupt. — Le hameau du Petit- 
Mont. — Les scieries. — Passage en Alsace. — La route du 
Donon. — Vues sur la vallée française et la plaine, la vallée 
alsacienne de la Bruche. — Descente à la Sarre Rouge. — Le 
Haut du Narion. — La voie romaine de la Malcôte. — La Mar- 
cairerie. — Le labyrinthe de la Sarre Rouge. — Le ruisseau 
d'AbreschwUler. — Soldatenthal et Emile Chatrian. — La verre- 
rie de Saint-Quirin 4^ 



468 TABLE DES MATIERES 

IV. — Sarrebourg et Fénétrange 

Pages 
La frontière franco-allemande. — A^-^icou^t. — Réchicourl-le-Châ- 
teau. — La Sarre. — Sarrebourg. — Niederwiller et sa faïence- 
rie. — Les pays de la Sarre. — Les chemins de fer autour de 
Sarrebourg. — En descendant la Sarre. — De Berthelming à 
Fénétrange. — Fénétrange. — Une ■salle déchue. — Le vieux 
château 5g 

V. — Phalsbourg 

Le déClé de la Zorn. — Lutzelbourg. — Le chemin de fer de Phals- 
bourg. — Phalsbourg, le maréchal de Lobau et Erckmann-Cha- 
trian. — Remparts en ruine. — Les carrières. — Aux sources 
de la Zinsel. — Sur le plateau. — Lixheim la protestante. — Re- 
tour à la Zorn. — Le chemin de fer et le canal de la Marne au 
Rhin. — Villes avortées. — Les deux tunnels 75 

VI. — Les verreries des petites Vosges 

Dans les petites Vosges. — Soucht. — Meisenthal et sa verrerie. — 
La cristallerie de Saint-Louis. — Les origines, les phases d'exis- 
tence, situation actuelle. — Aspect du hameau. — Visite de 
l'usine. — Les artistes et les ouvriers. — Gœtzenbruck, fabri- 
que de verres de montres. — Le Breitenstein 89 

VII. — Les forges de jNIouterhouse 

Entrée en Lorraine par le Falkensteinerbach. — Le type des pe- 
tites Vosges gréseuses. — Philippsbourg. — Les forêts du pays 
de Bitche. — Leur rôle sur le développement du pays. — Les 
forges et les verreries d'autrefois. — Ruines féidales et ruines 
industrielles. — Bannstein. — Le chemin de fer de .Moutcrhouse 
— La vallée de la Zinsel. — Les étangs et l'usine de Moutcr- 
house. — La chapelle. — Les bois des maîtres de forge. — Les 
Dietrich. — Les usines en 1870. — Les bandages de roues. — 
La population 'ouvrière. — La pisciculture. — B-Tcrenthal, ses 
usines et ses forêts. — Les châteaux de Falkenstein et de Wal- 
deck. — Sliirzelbronn et son abbaye. — La Main du Prince. , . io3 



TABLE DES MATIÈRES ^69 

VIII. — ■ Le pays de Bitche 

Pages 
Egueisberg. — Le comté de Bitche ; partie couverte ; partie dé- 
couverte. — Bitche. — La ville et la forteresse. — Le siège de 
1870-1871. — Dans le Wasgau. — Haspeischeidt et le Schloss- 
berg. — Vallée de la Horn. — Walschbronn et sa source de pé- 
trole. — Le cantou de Volmunster. — Eu route pour Sarregue- 
mines. — Lemberg et Rohrbach. — La Blies 128 

IX. — Sarreglemses 

Sarreguemines. — La ville. — Visite à la faïencerie. — Importance 
de l'industrie. — L'art et le métier. — Les ateliers. — Les salles 
d'e.xpoiition. — Œuvres patronales. — Les carrelages cérami- 
ques. ^ La peluche pour chapeaux de soie. — Les coffres-forts 
Haffner. — Dans les campagnes. — La Sarre et la Blies. . . . iSg 

X. FORBACH ET StJRING-WeNDEL 

Le plateau de Cadenbronn. — Pultelange. — Le val de Fai'ebers- 
willer. — La gare de Bening-lès-Saint-AvoId. — Entrée dans le 
pays houiller. — Forbach. — La ville et ses usines. — La fabri- 
que de carton laqué. — Découverte de la houille. — Stiring- 
Wendel : grandeur et décadence d'une cité manufacturière. — 
La vaUée de la Rosselle. — Petite-Rosselle et ses mines. — A tra- 
vers la forêt. — Retour à Stiring. — Visite au champ de bataille 
de Spicheren 107 



XI. — La vallée de l'Albe 

Le vallon du Spin. — Vergaville et son abbaye. — La côte de Ma- 
rimont-la-Haute. — La gare de Bénestrotf. — • L'.\lbe et sa vallée. 
— ■ L'ne bastide lorraine : Montdidier. — Insming, ville déchue. — 
Helhmer et sa colline. — La source de Uiffembach. — Sarralbe, 
la ville et ses usines. — Les salines, la soudière. — De Sarralbe 
à Sarreguemines. — La vallée de la Rode. — Munster et son 
cgUse. — Albestroff. — Le paysage de Sainte-Aune 182 



470 TABLE DES MATIÈRES 

XII. — Les grands étangs de Lorraine 

Pages 
Gondrexange et son étang. — Le système des étangs. — Au long 
de l'étang de Gondrexange. — Les petits étangs. — Étang du 
Stock. — La pêche et l'assec. — De Dianne-Capelle à Rhodes. 
— Azoudange. — L'étang de Lindre. — La cuvette de l'étang en 
culture. — Le château d'Alteville et l'occultisme. — Tarquinpol. 202 

XIII. — Le Saulnois 

La vallée du Sanon. — D'Avricourt à Dieuze. — Dieuze. — Une 
<' petite garnison ». — Les salines. — La ville. — De Dieuze à 
Bénestroff. — Vue lointaine de .Morhange. — La vallée de la Pe- 
tite-SeiUe. — Chàteau-Salins. — Les salines. — L'ancienne ab- 
baye de Salivai. — Dans la vallée de la SeiUe. — Marsal. — Une 
forteresse abandonnée. — Le briquetage de la Seille. — Les sa- 
lines. — Moyenvic. — Le canal de flottage des salines. — Vie et 
ses marais salés 222 



XIV. — De la Seille a la Xied française 

Les chemins de fer stratégiques. — Ascension du plateau. — Delnie 
et sa côte. — En Saulnois. — Villages détruits. — Les bords de 
la SeLUe. — Le pays d'Isle. — Le canton de Verny. — Apparition 
de Metz. — Retour à la côte de Delme. — Le panorama. — Mor- 
hange et ses casernes. — Une ville militaire allemande. — Les 
champs de manœuvres et les stands. — L'étang de Bischwald. 
— Source de la Nied allemande. — Gros-Tenquin et ses campa- 
gnes. — La vallée de la Rotte. — A la Nied française 24^ 



XV. — Metz 

Origines gauloises de Metz. — La France et la cité messine. — Le 
paysage de Metz. — La germanisation des noms de lieux. — 
Entrée en ville. — Le vieux Metz, ses rues et ses monuments. — 
Ney. — Fabert. — La cathédrale. — Une église en verrières. — 
La campagne messine vue de la plate-forme. — La Moselle et 
ses aftluents messins. — La rue des Tanneurs. — Les iles. — La 
colonie italienne. — Le nouveau quartier allemand de la gare. 
— L'Esplanade 3C2 



TABLE DES MATIERES fi'] l 

XVI. — L'Industrie messine 

Pages 
Le cimetière militaire de Chambière. — Pèlerinage aux tombes 
françaises. — La garnison de Metz. — Son influence sur le com- 
merce. — Rôle économique de .Metz. — Les industries. — La cul- 
ture de la >igne. — Les crus du pays messin. — La mirabelle 
de Metz. — Les conserves de légumes et de fruits. — Visite à 
l'usine Moitrier. — Les pépinières de Plantières. — Le champ de 
bataille de Bomy 280 

XVII. — Saint-Priv.^t, Gh.welotte et Rezonville 

Les champs de bataille. — Exode de Messins vers une kermesse 
de France. — Le mont Saint-Quentin. — Dans le vignoble. — 
Les fraisiers de Saulny. — Au long du rupt de Montvaux. — 
r.hàlel-Sainl-Germain. — Amanvillers. — Le village pendant la 
bataille du 18 août. — Le ehemin de fer minier. — Saint-Privat- 
la-Montagne. — Souvenirs de la bataille. — Le tombeau de la 
Garde. — Les mines de fer. — Sainte-Marie-aux-Chénes et ses 
cités ouvrières. — Un coin de Meurthe-et-MoseUe : HabonvUle. — 
Vernév-ille. — La ferme de Mogador. — Gravelotte. — Le ravin 
de la Mance. — Le champ de bataille de Rezonville. — La che- 
vauchée de la mort. — Flavigny. — Vionville. — Descente à 
Gorze 3o2 

XVIII. Au LONG DE L.\ MoSELLE 

Gorze. — L'abbaye. — Descente à la Moselle. — Novéant. — Le 
vignoble de Dornol. — Jouy-aux-Arche s et son aqueduc. — Ars- 
sur-Moselle. — La Moselle et Metz. — Le champ de bataille de 
Ladonchamp. — Au pied des collines. — Maizières-lès-Metz et 
ses hauts fourneaux. — Les chemins de fer miniers. — Carrières 
de Jaumont. — Hagondange, les usines. — Au confluent de 
l'Orne. — Uckange. — Thionville. — Une future grande ville. — 
La Moselle de Thion\nlle à Sierck 323 

XIX. — Le pays du fer 

Le fer en Lorraine. — .autrefois et aujourd'hui. — Développements 
amenés par les procédés Thomas-Gilchrist. — La vallée de l'Orne 
lorraine. — Amné^■ille. — Les hauts fourneaux de Rombas. — 
Hosselange et Jamaille. — Moyeuvre-la-Grande. — Le maréchal 



l\'J2 TABLE DES MATIÈRES 

Pages 
Fabert maître de forges. — François de Wendel et sa lignée. — 
L'Orne vers Jœuf. — Rentrée en France à Villerupt. — Retour 
en Lorraine annexée à Audun-le-Tiche. — Aux sources de l'AI- 
zette. — Une ville manufacturière en ti'ois nationalités. — Pano- 
rama de la région métallurgique. — Le plateau et les mines 
d'Aumetz. — Ottange, ses mines, ses hauts fourneaux. — Bas- 
sompierre. — Aux sources de la Fensch. — Fontoy. — Le vallon 
d'Algrange, ses usines et ses mines. — Hayange, les usines et 
la ville 340 

XX. Aux CONFINS DU LUXEMBOURG 

La frontière luxembourgeoise. — Les jardins de Malgrange. — 
Hettange-Grande. — Volmerange et ses mines. — De Thionville 
à Mondorf. — Cattenom. — Rodemack et sa forteresse. — La 
vallée de l'Albach. — Mondorf-les-Bains. — De Fixem à Sierck. — 
Du haut du Kirchberg. — Haute-Koiitz et Basse-Kontz. — Tra- 
versée de la Moselle. — Le Stromberg. — Sierck et ses ruines. — 
A la frontière prussienne. — Le vallon de Manderen. — Le châ- 
teau de Malbrouk. — Une forêt essartée. — Les nouveaux vil- 
lages 304 

XXI. — Entre Moselle et Nied 

Le chemin de fer stratégique Thionville -Sarrebruck -Sarregue- 
mines. — La campagne de Thionville. — Le ruisseau de Bibiche. 

— Chaux hydrauliques et ciments. — Distroff et Metzerwisse. 

— La vallée de la Canner. — Hombourg-sur-la-Canner. — Vil- 
lers-Bettnacli, son abbaye et sa foret. — Le vallon de Piblange. 

— La vallée de la Nied. — Freistroff. — Bouzonville et son cloî- 
tre. — Les prendères victimes de la guerre. — Bretlenach. — 
Téterchen et sa gare. — Boulay. — Le ruisseau des Pastourelles. 

— Charleville. — L'ancienne forêt d'Épange. — En descendant 
la iS'ied. — Jonction de la Nied allemande et de la Nied fran- 
çaise. — Condé-Northen. — La transformation des noms fran- 
çais. — Le château d'Ur ville 38i 

XXI[. — Le Warndt 

Après Borny. — RemiUy. — Au long de la Nied française. — Le 
ruisseau d'.V.isne. — Recherche de la houille. — Créhange et son 
château. — Un comté souverain. — Faulquemont. — La chaux 



1 



TABLE DES MATIÈRES l\']^ 

Pages 
hydraulique de Val-Ebersing. — La >ied de Marienthal. — Les 
prairies de Valmont. — Saint-Avold. — Garnison et industries. 
— La vallée de la Rosselle. — Une %-ille féodale. — Hombourg- 
l'Évêque. — Entrée dans le pays des mines. — Freyming. — 
Merlebach et ses houillères. — Le vallon du Merle. — Les mines 
de L'Hôpital. — La forêt du Warndt. — Carling. — Le bassin de 
la Bisten 4oi 

XXIII. — La. première amputation — Sarrelouis 

ET LE SaRGAU 

Le Sargau et Sarrelouis. ^ Les origines du district. — La fonda- 
tion de Sarrelouis et l'annexion prussienne de i8i5. — La Xied 
au-dessous de BouzonviUe- — Le Siersberg et ses ruines. — Le 
bassin d'Irdspach. — La vallée de la Sarre. — Dilling la manu- 
facturière. — Apparition de Sarrelouis. — Loutre ou Kraulau- 
tern. — Sarrelouis, le démantèlement, restes des fortifications. — 
La ville, quartiers allemands modernes el cité française. — Les 
noms français à l'annuaire. — Autour de Sarrelouis. — Beau- 
marais, Piquart et Vaudrevange. — Bourg-Dauphin. — Dans le 
Scheidberg. — Bérus et son panorama 4^0 

Index ai,ph.\bétique ; 439 

Table des cartes 4^6 

Table des m.\tiéres 467 



Nancy, impr. lîcrger-Levraull et C" 



BERGER-LEVRAULT ET C'S LIBRAIRES-ÉDITEURS 

PARIS, 5, rue des Beaux-Arts — rue des Glacis, 18, NANCY 



Ardouin-Dumazet 




Description complète de la France, en 55 volumes, 
dont 50 consacrés à la Province et à rAIsace=Lorraine 
•nt parus et les autres consacrés à Paris sont en préparation. 

Volumes in-12 d'environ 4oo pages, avec cartes et croquis. 
Chaque volume, broché, 3fr. 50 — Elégamment relié, Atfr. 



La grande œuvre, désormais classique, de M. Ardouin-Dlmazet touche 
à sa un ; même on peut la considérer comme achevée aux yeux des 
l'arisiens, puisqu'elle comprend actuellement toute la France, sauf 
l'aris et sa banlieue immédiate. Les lecteurs de la première heure 
restant fidèles en dépit de l'énorme développement pris par le Voyage 
en France, les nouveaux lecteurs, dont le nombre croissant a néces- 
sité de fréquentes réimpressions, témoignent de la haute valeur de cet 
nsemble de livres sur notre France. Aucune littérature étrangère ne 
-aurait en olTrir l'équivalent. 

Dans l'ouvrage qu'il a poursuivi avec tant d'ardeur, de conscience 
et de patriotisme éclairé, M. Auuouin-Dumazet a tenu à faire ligurcr 
les provinces qui nous ont été arrachées. Trois volumes, dont les éié- 



racnts ont été recueillis en silence au cours de plusieurs voyages, et 
que nous n'avions pas cru devoir annoncer plus tôt, ont été écrits sur 
le plan des précédentes séries. 

Les voici achevés; ils paraissent avec un sous-titre spécial : Les 
Provinces perdues. 

Malgré la dure séparation imposée à ces terres si françaises par le 
cœur, nous avons tenu à donner rang dans l'ensemble du Voyage: 
en France à ces nouveaux volumes ; ils remplaceront dans l'ordre ■ 
d'énunièration les volumes d'abord annoncés sur Paris. La 48« série i 
est donc la Hadte-Alsace, la 49« série la Basse-Alsace, la 50" série 

la LOHPAINE. 

L'auteur du Voyage en France a entendu faire une œuvre de 
vulgarisation et non une œuvre de colère. 

Volontaire en 1870, gardant très vifs les souvenirs douloureux de 
l'année terrible, il a pour un moment oublié ces tristesses en s'effor- 
çant avant tout de faire connaître dans leur intimité les départements 
amputés. de la mére-patrie. On a beaucoup écrit sur l'Alsace et la 
Lorruine ; mais les autres écrivains ont cherché davantage à sonder 
l'âme de ce peuple arraché à la France ; on n'a pas assez étudié le 
pays dans sa physionomie matérielle. C'est, au contraire, à quoi s'est 
attaché M. AiiDOuiN-DUiMAZET. Et, en nous montrant la splendeur des 
sites, l'aspect des choses, la vie économique de l'Alsace et de la Lor- 
raine, il est parvenu à rendre plus sensibles encore les liens qui lesj 
unissent à la France et que les années n'ont pu affaiblir. 

Ces trois volumes sur Les Provinces perdues, tout imprégnés de" 
pieux souvenirs et de fraternelle alTeclion pour nos parents de l'est, 
feront mieux aimer et comprendre ces chers pays. L'auteur a saisi 
avec un rare bonheur d'expression les multiples aspects de ces 
paysages majestueux ou tranquilles. Grandes cités comme Strasbourg, 
Metz, Mulhouse ou Golmar; fières montagnes de granit des Hautes- 
Vosges, pittoresques Petites-Vosges, domaine du grès rouge revêtu de* 
sapins, plaine opulente, bourgs restés tels qu'ils furent dans les tempsj 
reculés, fleuve Rhin coulant dans la solitude de ses forêts bordiores' 
sont l'objet de pages dont l'intérêt ne se dément pas un instant. On 
pourra reconnaître la valeur de ces Lvres, en lisant plus loin le som- 
maire des chapitres. 

M. AuDOuiN-UuMAZET ne S3 borne pas à nous dire la poésie de^ 
paysages et à étudier la vie sociale du pays ; il a refait en pèlerin h 
visite aux champs tragiques de Frœschwiller et de ReiclisholTen, d€ 
Borny et de Gravelotti; ; il conduit le lecteur dans ces lambeaux de 
territoire entourant Landau et Sarrelouis et qu'une première auiputa-j 
tion, celle de ISl j, nous a enlevés. 

Ces trois livres Uautc-Alsucc, Ikisse-Alsaçe et lunaijie sont donc 
une suite naturelle de cette œuvre dont on a dit qu'elle était une 
« monumentale description de la France ». 

Ce n'est pas là une épithéte excessive. L'œuvre vraiment énorme 



de M. AuDOuiN-DcMAZET a été consacrée par de nombreuses distinc- 

tiOQS. 

Après VAca(lé))iie française et les sociétés de géographie, d'autres 
grandes associations ont tenu à couronner celte œuvre si considérable. 
Le Touiing-Club, dont ou sait l'immense influence et le rôle prépon- 
dérant dans le mouvement qui développe les voyages dans noire pays, 
avait pour la première fois à décerner, en 1904, un prix fondé par le 
Comité d'action pour favoriser les voyages en France; le conseil s'est 
unanimement prononcé pour attribuer cette distinction à M. Ârdouin- 
Dumazet. Le rapporteur a dit : Nul ne remplit mieux que lui les 
conditions indiquées par les fondateurs, et le véritable monument 
qu'il a élevé à notre pays le met en quelque sorte hors de pair. 

Dans l'assemblée générale, présidée par M. le présideut de la Répu- 
blique, le président du Touring-Club, M. Ballif, a ainsi annoncé la 
décision du conseil, que la réunion a approuvée par ses applaudis- 
sements : 

Votre Conseil a fixé son choix, pour le prix décerné à l'œuvre qui 
aura le plus contribué à développer le goîit du tourisme, sur ?iotre 
vieux c'àmarade, il. Ardouin-Dumazet , auteur du Voyage en 
France. 

Si quelqu'un peut dire avec justice : Exegi monumentum, c'est 
bien ce voyageur infatigable. Quarante et un volumes — déjà — 
témoignent de la conscience qu'il a mise à parcourir tout notre pays 
jusqu'en ses recoins les plus reculés, de la science, de la patriotique 
éloquence avec laquelle il a décrit ce qu'il a vu. 

Il disait à la télé de son dixième volume : « La grandeur de la 
« tdche était bien faite pour m'effrayer. Je me suis pris de passion 
« pour ces ejorls, j'en ai davantage aimé notre grande et chère 
« patrie, et je me suis promis d'achever de mettre en lumière et les 
• beautés naturelles du pays et les vertus domestiques de ses enfants. » 

Ce qu'il disait, il l'avait largement commencé, et il l'a courageu- 
sement fini. 

M. Ballif aurait pu ajouter que c'est là seulement une partie de 
l'énorme labeur de M. Ardouin-Dumazet; il a écrit bien d'autres livres, 
ayant trait surtout aux questious militaires et maritimes, et une étude 
sur les réseaux d'État de l'Europe centrale, produite par une cons- 
ciencieuse enquête à l'étranger. 

Mais le Voyage en France restera la partie capitale de cette 
œuvre patriotique. Entreprise colossale, menée cependant à bien, en 
quinze années d'efforts entravés par les nécessités de la tâche quo- 
tidienne dans la presse de Paris, où l'écrivain s'est fait une si solide 
situation. On a comparé ce voyage à celui d'Arthur Young vers 17S9 ; 
mais il est autremeut considérable, car Youug consacra seulementdeux 
volumes à la France et M. Ardouin-Dumazet en a déjà cinquante et 
terminera par plusieurs sur Paris. Young ne traite que de la France 
agricole ; l'écrivain moderne a étudié le pays sous toutes ses faces 



et donné le tableau le plas précis, le plus vivant et le plus coloré 
de la France au déclin du dix-neuvième siècle, au commencement du 
vingtième. 

L'agriculture tient aussi une large place dans ce Voyage en 
France, plus large et plus variée même que dans le livre d'Arthur 
Young; aussi la Société nationale d'agriculture a-t-elle tenu, à son 
tour, à récompenser l'auteur en lui accordant en 1904 sa médaille 
d'or. Le rapiiorteur, M. Bénard, a dit : 

Comme Arthur Young, en il 89, M. Ardouin-Dumazet sait voir et 
sait bien décrire ce qu'il a vu. En sa compagnie, on éprouve un 
plaisir extrême à parcourir toutes les provinces de la France. 

Les questieiis agricoles tiennent 'une grande place dans ses descrip- 
tions, si justes et si vivantes; ses informations sont puisées à des 
sources sûres qu'il a contrôlées lui-même. 

L'oeuvre de M. Ardouin-Dumazet est une géographie nalionale, 
vraiment di§ne de ce nom, autant sous le rapport des recherches 
nouvelles et inattendues que de la méthode d'exposition; c'est taie 
œuvre moderne qui constitue un des plus considérables labeurs de ce 
temps; le style est alerte, plei/i de couleur; c'est en même temps une 
couvre littéraire, puisque /'Académie française lui a décerné le prix 
Michaud, réservé à un ouvrage de littérature française. C'est surtout 
un manuel d'économie rurale, qui met en relief tous les travaux trop 
peu connus des améliorations du sol de la France, et qui étudie les 
conditions d'existence des habitants des villes et des campagnes. 

Permettez-moi de citer ce fait j^ tus éloquent que tous les rapports: 

Un pauvre aveugle se faisait lire par sa sœur le Voyage en 
France. Le jeune homme, qui n'a jamais vu et ne verra jamais un 
paysage, s'est épris de cet ouvrage : « Je connais mon pays, mainle- 
« nant, dit-il, je le vois! « Tous ceux qui lisent les ouvrages de M. Ar- 
douin-Dumazet pensent comme cet aveugle. 

M. Ardouin-Dumazet a accompli aujourd'hui sa tâche. 

« ... J'achève cette course de quinze années à travers la France... 
(I J'ai pu parcourir et décrire tous les rivages de nos mers et pénétrer 
u dans toutes leurs îles... Je suis monté par tous les monts, grandes 
« chaînes ou massifs modestes : j'ai suivi de leur source à leur embou- 
ti chure ou re?)ionté de l'embouchure à leur source tous nos fleuves, 
« foutes nos grandes rivières ; j'ai étudié le laboureur dans les vastes 
« plaines, le vigneron sur ses coteaux fortunés, le bûcheron dans les 
« sylves profondes... 

« ... Je l'ai fait sa/is lassitude, toujours plus épris de la terre lia- 
it taie, qu'il faut faire aimer par tous en disafit les écarts de ses 
« enfants pour la rendre plus féconde... » 

L'agriculture, dans l'œuvre de M. Ardouin-Dumazet, tient la place 
primordiale ; c'est un véritable traité d'économie rurale, c'est le 
cinématographe de l'agriculture dans les différentes parties de lu 
France. 



I 



Les autres distinctions ne furent pas moins (laiteuses. Voici comment 
s'exprimait à la Société de géographie commerciale le rapporteur qui 
annonçait la « médaille de France » accordée après le vingtième 
volume : 

Il y a donc encore des coins insuffisamment connus en France ? 
Posez cette question devant M. Ardouin-Dumazet ! Il vous répon- 
dra en vous montrant les volumes déjà parus de son Voyage en 
France, œuvre encore inachevée, sans doute ; mais /allait-il 
attendre encore, après vingt volumes, pour récompenser l'œuvre ? 
Aucun de nous ne l'a pensé. 

L'auteur nous entraîne de province en province, de ville en ville, 
d'usine en usine. C'est un tour de France, effectué avec le compagnon 
le plus aimable, le plus instruit, le plus débrouillard, le plus insa- 
liablement curieux qui se puisse imaginer. M. Ardouin-Dutnazet en- 
tend étudier de près, voir, toucher, comprendre ce qu'il décrit, ce 
qui fait qu'une fois en possession de son sujet, il l'expose avec une 
aisance extrême, avec le talent de se faire lire jusqu'au bout. 

La plume est alerte, sans préte?ition ; pas de phraséologie ; des 
monceaux défaits et de chifres, dressés pour l'édification du lecteur 
par les voies les plus courtes. Pays, mœurs, production industrielle, 
agriculture, conditions du travail, dans chaque localité, tout est passé 
en revue avec intelligence et sincérité. L'auteur nous appartient sur- 
tout par le côté économique et commercial . On sent que l'on a en lui 
sur ce terrain un guide à qui l'on peut se fier. 

L'un de nous a dit que l'œuvre de il. .irdouin-Dumazet était ce qui 
avait été publié de plus agréable et de plus complet en ce genre 
sur la France, depuis le célèbre voyage d'Arthur Young, à la fin du 
dix-huitième siècle. Les préoccupations de l'auteur moderne sont moins 
exclusivement agricoles que celles de so/i prédécesseur, et Arthur Young 
parcourait lentement nos campagnes sur une jument grise, tandis que 
M. Ardouin-Dumazet use de tous les moyens de locomotion. 

Notre auteur a été soldat avant d'être écrivain. Franc-tireur en 
1S70, il combattit à Dijon, à Nuits, à Vesoul; il s'engagea en iSTÎt 
dans un régiment de ligne, passa de là aux tirailleurs algériens, 
forma une Société de géographie à Tlemcen, fut élu membre de la 
Société de géographie de Bordeaux et membre correspondant de notre 
Société. Il était alors caporal. Le suivre dans les noinbreuses péri- 
péties de sa carrière m'entraînerait trop loin. Il s'est fait lui-même, 
il a été un écrivain d'une féco/idité extraordinaire, il a enfin composé 
une belle œuvre sur notre pays : nous lui avons donné la « médaille 
de France ». 

Ce que la Société de géographie commerciale a pensé du Voyage 
en France, la Société de géographie de Paris l'avait dit en lai atiri- 
buant le prix Félix Fournier. 

M. Ardouin-Dumazet s'efforça donc de faire une étude sérieuse, très 
documentée et très au courant, en s'appuyant non pas seulement sur 



— 6 — 

ce qui avait été écrit avant lui, mais en allant sur place, en consul- 
tant les itidustriels, les commerçants, les propriétaires, tous ceux, 
en un mot, qui étaient en état de lui fournir des renseignements 
vécus. On sent tout ce qu'il faut d'esprit critique et d'indépendance 
pour ne pas se laisser influencer, pour négliger les querelles locales, 
les amours-propres froissés et ne retenir de ces informations, souvent 
oiseuses et interminables, que le trait décisif et l'argument qui porte. 
Ce n'est plus ici le sec et fastidieux résumé d'un auteur qui abrège 
des documents officiels, c'est l'impartial exposé d'efforts personnels 
encore tout vibrants de la lutte, et cela donne au style, avec une 
trame solide, une intensité de vie, une propriété d'expression qui sont 
la caractéristique ?néme de cet otivragc. 

Dans le Journal de Genève, un éminent ccrivaiu, le regretté pro- 
fesseur Sabatier, a dit à propos du Voyage en France : 

M. Àrdouin-Dumazet est de la race des voyageurs ; il en a le génie, 
la méthode el le flair, et c'est la seconde raison des découvertes qu'il 
fait. D'abord, il ne voyage pas en chemin de fer ; il va à pied. Entre 
la grande route et le chemin de traverse, il n'hésite jamais ; il prend 
le sentier infréquenté, il grimpe sur toutes les hauteurs dominantes, 
interroge avec intelligence tous les hommes qui peuvent l'instruire, 
s'étonne de tout et veut tout voir et tout s'expliquer. A ces qualités 
qui font le voyageur, ajoutez iine profonde et chaude sympathie pour 
la vie rurale, une aptitude extraordi/iaire à pénétrer le secret d'une 
i idustrie, le genre d'existence d'une classe de travailleurs, comme à 
sentir et à interpréter i'dme d'un paysage. 

Le succès du Voyage en France est d'autant plus frappant 
que l'auteur, tout à son œuvre et à ses travaux spéciiux d'écrivain 
militaire, n'a pas recherché le bruit autour de sa remarquable créa- 
tion. Les distinctions et les encouragements dont elle a été l'objet lui 
sont venus sans qu'il les ail sollicités. Cet ensemble de livres consa- 
crés à un même sujet, qu'à bon droit on peut appeler une bibliothèque 
nationale et qui constitue un des plus considérables labeurs de ce 
temps, s'est imposé par sa seule valeur. 

Nous ne saurions trop iasister sur ce point. Ce n'est pas une 
Géographie, dans le seus étroit de ce mot. C'est aussi une œuvre 
littéraire et historiijue, d'une portée considérable. V Académie fran- 
çaise, appelée pour la seconde fois à couronner le Voyage en 
France, a tenu à bien marquer son sentiment à cet égard, eu lui 
attribuant le prix Karcisse-Michaut, qu'elle décerne tous les deux ans 
à l'auteur du meilleur ouvrage de littérature française. 



Voici les sommaires des cinquante volumes parus : 

Volumes parus : 

r« Série: LE MORVAN, LE VAL DE LOIRE, LE PERCHE. — Le flottage 
en Morvan — les bûclieroQs du Nivernais — au pays des nourrices — 
le iSivernais industriel — le Nivernais pastoral — une usine nationale 
(Gu6rigny) — Gien et la Puisaye — la Sologne — paysages solognots 

— les colons de Sologne — la Sologne berrichonne — le safran en 
Gâtinais — Orléans — les roses d'Olivet — les troglodytes du Vendô- 
mois — les vignes du val de Loire — la capitale des tanneurs — la 
Champagne tourangelle — Rabelais, guide en Touralne — la réglisse 

— la Touraine industrielle — Mettray — le Porche — le percheron en 
Amérique — le Grand-Perche — les forêts du Perche — la vallée de la 
Sarthe — ce que deviennent les hêtres — La Flèche et le pays fléchois. 

— 370 pages avec 1 9 cartes ou croquis. 

2« Série: DES ALPES MANCELLES A LA LOIRE MARITIME. — Les Alpes 
mancelles — le pavé de Paris — la Champagne mancelle — Sablé et 
ses marbres — Laval et Port-du-Salut — chez les Chouans — dans la 
Mayenne — l'agriculture dans le Bas-Maine — aiguilles et rpinglcs — 
le point d'Alençon — le camembert — Fiers — la Suisse normande — 
Angers et les ardoisières — ardoises et primeurs — le guignolet et le 
vin d'Anjou — Saumur — la bijouterie religieuse — le Bocage vendéen 

— sur la Loire, d'Angers à Nantes — Grand-Jouan — Ciisson et les 
lacs de l'Erdrc — le lac de Grand-Lieu — la Loire, de Nantes à Paim- 
bœuf. — 356 pages avec 24 cartes. 

{Ces deux volumes ont été couronnés par TAcadémie française, dès 
leur apparition; les 23 suivants ont obtenu une nouvelle et haute 
récompense.) 

3* SÉRIE : LES ILES DE L'ATLANTIQUE. — I. D'Arcachon à Belle-hle. 

— L'Ile aux Oiseaux — la Seudre et les lies de Marennes — l'Ile d'Ole- 
ron — lie d'Aix — lie Madame et Brouage — lie de Ré — lie d'Veu 

— Ile de Noirmouticr — de l'Ile de Bouin à Saint-Nazaire — archipel 
de la Grande-Brière — lie Dumet et la presqu'île du Groisic — Belle- 
Isle-en-Mer. — 318 pages avec 19 cartes. 

4" Série: LES ILES DE L'ATLANTIQUE. —II. D'Hoerfic à Oj^ma/^if. — Ile 
d'Houat — la charte des lies bretonnes — île d'Hoëdic — le Morbihan 
et la presqu'île de Rhuys — ile aux Moines — petites lies du Morbihan 

— Iles d'Ars et d'Uur — lie de Groix — lie Chevalier et lie Tudy — 
archipel des Glénans — la ville close de Goncarneau — ile de Sein 



— île do Molènc cl Ilots de l'archipel d'Ouessant — l'ile d'Ouessaat — 
îles de la rade de Brest. — 322 pages avec 25 cartes. 

5« Série : ILES FRANÇAISES DE LA MANCHE ET BRETAGNE PÉNINSULAIRE. 

— Les lies de l'Aber-Vrac'h — île de Siec — ; île de Batz — Morlaix et 
son archipel — les Sept-Ucs — île Grande (Énès Meur) et so.o archipel 

— archipel de Saint-Gildas — les îles d'Er — archipel de Bréhat — 
le Goëllo et le Penlhièvrc — au berceau de la Tour-d'Auvergne — en 
Cornouailles — au pays de Brizeux — Bretagne celtique, Bretagne 
française — Mi-Voie et Brocôliande — de Vitré au mont Saint-Michel — 
la Hollande de ^'ormandie — Saint-Malo, la Rance et Dinan — Gran- 
ville, les Chausey et les Minquiers. — 407 pages avec 29 cartes. 

60 Série: COTENTIN, BASSE-NORMANDIE, PAYS D'AUGE, HAUTE-NORMAN- 
DIE, PAYS DE CAUX. — Une ville de chaudronniers — les vaux de Vire 

— la Déroute et les lignes de Carentan — le duché de Coigny — la 
Hougue — Cherbourg et la Hague — Baveux et le Bessin — la campa- 
gne de Caen — la foire de Guibray — du Bocage à la mer — le lit- 
toral du Calvados — la vallée d'Auge — en Lieuvin — Trouville et la 
Côte-de-Gràce — le marais Vernier et la Risle — Évreux et le Saint- 
André — trainglots et enfants de troupe — les draps d'Elbeuf — de 
l'Avre à la Risle — de la Risle à l'Ândelle • — Rouen — le royaume 
d'Yvetot — le Mascaret — le Havre. — 455 pages avec 30 cartes. 

7« Sé«ie: LA RÉGION LYONNAISE: LYON, MONTS DU LYONNAIS ET DU 
FOREZ. — Lyon — rôle social de Lyon — à travers Lyon — la Croix- j 
Rousse et Vaise — du Gourguillon au mont d'Or — la plaine du Dau- 
phinè — Vienne et le pays des cerises — le mont Pilât — les monts] 
du Lyonnais — de Vichy à Thiers — de Thiers à Pierre-sur-Haute — j 
MonthrisoD, la plaine du Forez et Saint-Galmier — les monts de Tarare] 

— le col des Sauvages et Thizy — Cours et Roanne — le berceau dej 
Félix Faure — la diligence des Écharmeaux — le Beaujulais et la foire] 
de Montmerle — teinturiers et tireurs d'or. — 344 pages, 19 cartes. 

8" Série: LE RHONE, DU LÉMAN A LA MER : DOMBES, VALROMEY ETi 
BUGEY, BAS-DAUPHINÉ, SAVOIE RHODANIENNE, LA CAMARGUE. —En Dombesj 

— la Bresse et le Bugey — la corne et le celluloïd — Saint-Claudej 
et ses pipes — la Valserine et la perte du Rhône — le Valromey et! 
Belley — les lacs du Bas-Bugey — les Bal mes viennoises — l'Ile de] 
Créniieu — la Hollande du Dauphinô — du lac d'Aiguebeletle au lac 
du Bourget — le lac d'Annecy — Albertville et l'Arly — les horlogers 
de Cluses — le Rhône de Bellegarde à Seyssel — les défilés de' 
Pierre-Chàtel — Villebois et le saut du Rhône — le Rhône, de Lyon] 
à Valence — le Rhône, de Valence à la mer — en Camargue — lesj 



i 



Saintes-Maries-dc-Ia-Mer — les vignobles et les troupeaux. — 325 pages 
avec 22 cartes. 

9« Série: BAS-DAUPHINÉ : VIENNOIS, GRAISIVAUDAN, OISANS. DIOIS ET 
VALEN7IN0IS. — Le lac de Paladru et la iure — du Rl.ôae à la .Morge 

— la noix de Grenoble — Voiron et la Chartreuse — Grenoble — de 
Grenoble à la Mure — la Mateysine et Vizille — Uriage, le Pont-dc- 
ClaJx — rOisans — en Graisivaudan — le pays du gralia — Tournon, 
Tain et l'Ermilage — le Valentinois — Grest et la Drôme — le chemin 
de fer du col de Cabres — les premiers oliviers — Dieulefit et la forêt 
de Saou — le Vercors — le Royannais — les Quatre-Montagnes. — 
357 pages avec 23 cartes. 

10" SÉRIE : LES ALPES, DU LÉMAN A LA DURANCE. — Les chasseurs 
aJpins — en Tarentaise — en ilaurienne — dans les Bauges — le 
Genevois — le Léman français — da Faucigny en Chablais — des 
Dranses au mont Blanc — les alpages de Roselend — le poste des 
ChapieQx — la redoute ruinée du petit Saint-Bernard — au mont Iseran 

— au pied du «ont Cenis — une caravane militaire — le Briaaçonnais 

— du mont Genèvre au val de Névache — en Vallouise — le Queyras 

— les Barcelonnettes au Mexique — les défenses de l'Ubaye — Embrun 
et Cap — du Champsaur en Vaigodemard — en Dévoluy — du Trièvcs 
en Valbonnais. — 374 pages avec 25 cartes. 

II* Série: FOREZ, VIVARAIS, TRICASTIN ET COMTAT-VENAISSIN. — La 
vallée du Gier — lacets et cuirasses — les armuriers de Saint-Étienne 

— rubaniers et cyclopes — le pays des serruriers — la vallée de 
rOndaine — Annonay et la Déôme — le Meygal — la Genève du Viva- 
rais — du Rhône aux Boutières — sous les mûriers de Privas — de 
Viviers à Vais — le Pradcl et le Teil — en Tricastin — l'enclave de 
Valréas et les Baronnies — les dentelles de Gigondas — le Pont-Saint- 
Esprit — la principauté d'Orange — Garpentras — au mont Ventoux 

— en Avignon — la fontaine de Vaucluse — les melons de Cavaillon. 

— 362 pages avec 25 cartes. 

12» SÉRIE : ALPES DE PROVENCE ET ALPES MARITIMES. — Au pays de 
Tartarin — la foire de Beaucaire — Uzès et le pont du Gard — les 
huiles de Salon — Xoël chez Mistral — le félibrige et Saint-Remy-de- 
Provence — des Alpilles en Arles — d'Arles en Crau — au pied du 
Luberon — les pénitents des Mées — la vallée du Buecb — de Gap 
à Digne — les brignoles de Barrême — les amandiers de Valcn^ole 

— les faïences de Mousliers — le plateau du Var — Aii-en-Provênce 

— les champs de Pourrières — du Garami à l'Argens — de Draguignan 
à Grasse — les parfums de Grasse — de Menton aux Mille-Fourches 



— 10 — 

— la Yésubie — la Tinée — les gorges du Var — du Var à i'Ubaye. 

— 382 pages, 30 cartes, dont celle des Alpes hors texte, 

13« Série: LA PROVENCE MARITIME. — La petite mer de Berre — les 
Bourdigues de Garonto — de Roquefavour au Pilou-du-Roi — les mines 
de Fuveau — les câpriers de Roquevaire — à travers Marseille — les 
ports de Marseille — du vieux Marseille aux cabanons — de la Ciotal 
aux calanques — Toulon — la rade de Toulon — la batterie des Hommes 
sans peur — l'archipel des Embiez, les gorges d'Ollioules — les 
cerisaies de Solliès-Pont — Hyères et les Maurettes — les Isles d'Or : 
Giens et PorqueroUes, Bagaud, Port-Gros et le Levant — des Maures à 
Saint-Tropez — traversée nocturne des Maures — au pied de l'Estérel 

— Gannes et Àntibes — les îles de Lérins — Nice — Nice-Cosmopolis 

— Nice, camp retranché — de Nice à Monaco — Menton et la frontière. 

— 405 pages avec 28 cartes. 

14« SÉRIE : LA CORSE. — La Balagne — Galvi et la Balagne déserte 

— la Tartagine et Gorté — de Tavignano à Pentica — la Gravone et 
Ajaccio — autour d'Ajaccio — la Cinarca — une colonie grecque — les 
cédratiers des calanches — une vallée travailleuse (Porto) — dans la 
forêt corse — le Niolo — les gorges du Golo — Mariana et la Casinca 

— la Castagniccia — autour de Bastia — le cap Corse — de Marseille 
à Sartène — les bouches de Bonifacio — une vendetta (Porto-Vecchio) 

— le Fiumorbo — un essai de grande culture — l'immigration luc- 
quoise — la vallée du Tavignano — l'avenir de la Gorse. — 320 pages 
avec 27 cartes ou croquis, 7 vues et une planche hors texte. 

15« SÉRIE : LES CHARENTES ET LA PLAINE POITEVINE.— Le pays d'An- 
goumois — les papiers d'Angoulème — au pays des colporteurs — les 
merveilles de la Braconne — les sources de la Touvre — une usine 
nationale : Ruelle — de la Charente au Né — la Champagne de 
Cognac — le vignoble de Cognac — la fabrication du cognac — les Pays- 
Bas de Jarnac — dans les Fins-Bois — le Confolentais — de la Tardoire 
à la Dronne — la double Saintongeaise — la Charente maritime (de 
Saintes à Rochcfort) — La Rochelle — les vignes et les laiteries de 
l'Aunis — les bouchots à moules — Niort et la plaine iioitevine — 
l'école militaire de Saint-Maixent — les protestants du Poitou — les 
mulets de Melle. — 385 pages avec 26 cartes. 

IG» SÉiiiE : DE VENDÉE EN BEAUCE. — La vallée de la Yonne à Sanxay 

— de Lusignan à Poitiers — les armes blanches de Châtellerault — 
eu Mirebalais — Oiron et Thouars — la Vendée historique — les Alpes 
vendéennes — le Bocage vendéen — la forêt de Vouvant — les marais 
de la Sèvre niortaisc — le Marais vendéen — Luçon et soa'marais — 



— 11 — 

l'estuaire du Lay — la Vendée moderne — le pays d'Olonne — de la 
Loire à la Vie — de Bressuire en Gâtine — le Tiiouet et l'école de 
Saumur — au pays de Rabelais — de Tours au pays de Ronsard — 
la Beauce dunoise et Blois — les champs de bataille de la Beauce — 
la Deauce charlraine — Perche-Gouct, Thimerais et Drouais. — 388 pages 
avec 30 cartes. 

l?" SÉRIE : LITTORAL DU PAYS DE CAUX, VEXIN, BASSE-PICARDIE. — Les 
falaises de Gaux — Dieppe et la vallée de la Scie — de valleuse en 
valleuse — l'AIiermont — le pays de Bray — en Vexin — les table- 
tiers de Méfu — les èventaillistes au village — le pays de Thelle — 
Deauvais — les opticiens du Thérain — la vallée dorée — de la Brèche 
à la iSoye — les tourbières de Picardie — Amiens — dans les hortil- 
ionnages — les bonnetiers du Santerre — pendant les manœuvres — 
l'Amiénois et la vallée de la Bresie — les dernières falaises — les ser- 
ruriers de Vimeu — d'Escarbotin à la baie de Somme. — 398 pages 
avec 2-1 cartes. 

18« SÉRIE : FLANDRE ET LITTORAL DU NORD. — Roubaix — la forte- 
resse du collectivisme — Tourcoing et le Ferrain — le val de Lys — 
le vieux Lille — le nouveau Lille — mœurs lilloises — la Flandre 
guerrière — l'agriculture dans le Xord — les villes industrielles de la 
Lys — la Flandre flamingante — les monts de Flandres — les Moëres 

— Dunkerque et son port — la pèche à Islande — Fort-Mardyck et 
Gravelines — dans les wateringues — en Morinie — Langle, Bredenarde 
et Pays reconquis — la fabrication des tulles — en Boulonnais — Bou- 
logne et ses plumes métalliques — la côte boulonuaise — de la Canche 
à l'Âuthie — le Marquenterre et le Ponthieu — le cheval boulonnais. 

— 456 pages avec 30 cartes. 

19« SÉRIE : ARTOIS, CAMBRÉSIS ET HAINAUT. — Les sources de la 
Somme — le champ de bataille de Saint-Quentin — la vallée de l'Omi- 
gnon — de la Somme à l'Ancre — le pays des phosphates — la Nièvre 
picarde — le pays d'Ârras — Azincourt, Enguinegatte et Thérouanne 

— le pays noir de Béthune — l'armée au pays noir — Alleu, Weppes 
et ïiscrebieux — Bapaume et la source de l'Escaut — en Gambrésis 

— Caudry et le canton de Clary — Cambrai — la plus grande sucrerie 
du monde — en Ostrevent — de la Scarpe à l'Escaut — le pays noir 
d'Anzin — Valenciennes et le Hainaut — la vallée de la Sambre — 
la vallée de la Solre — fourmi»6 — la trouée de l'Oise. — 398 pages 
avec 28 cartes. 

20» SÉRIE : HAUTE-PICARDIE, CHAMPAGNE RÉMOISE ET ARDENNES. —.En 
Noyonnais — en Soissonnais — en Laonnais — les vanniers de la Thié- 



CARTE D'ENSEMBLE DES VOLUME 



\^oj/age en j^rance 



VOLUMES PARUS 

Slorvan, Val de Lolro et Perche. 
'. Iles Alpes mancellcs ù la Loire mnrilime. 

': KC8 lies de l'Atlantique : I. D'Arcaclio» à LtUe-Isle. 
1. — II. I/'/Joadic à One^atil. 

. lies de la Manche et lirclagne. 
>. C.otcntln, Normandie. 
'. lia lu^glon lyonn.iise. 

• Le llliône, du Léman à la mer. 
. lias-Uuupliiné. 

. Les Alpes, du Léman à la Durancc. 
. Forez, Vivarais, Trie istln, Coiiit-il-VenaissJn. -, 

• Alpes de Provence et Alpes ^Inritiiiies. 
. Uég'on marseillaise et Côl.? d'Azur. 
. La Corse. 
. Charentes et Plaine Poitevine. 

. De Vendée en Deauce. 

. Vex'n, Picardie et pays de Caux. 

. Nord : I. Hamdretl Littoral. 

■ Nord : II. Artoi», Cambrétis, Hainaut. 

■ llaute-Plcardle, Champagne rémoise et Ardennes 
. Hîiule-Champagne; Basse-Lorraine. 

. Plateau lorrain et Vosges. 
. Plaine Comtoise et Jura. 
. Haute-Bourgogne. 
. Basse-Baurgogne et Senonais. 
. Berry et Poitou oriental. 

Bourbonnais et Ilaute-Murclie. 

I.,lmousin. 
. liordelals et Pérlgord. 

Gascogne. 

. AgenîUs, Lomagne et Bns-Quercy. 
. Ilaut-Quercy et Haute-Auvergne. 
. Basse-Auvergne. 
. Velay, Vivarais méridional, Gé- 

vaudan. 
. Ilouergue et Albigeois. 
, Ce venues méridionales. 
> Golfe du Lion. 
. Haut-Languedoc. 
, Pyrénées, partie orientale. 
. Pyrénées centrales. 

Pyrénées, partie oacldcntulo. 




.C5%-'o>a LQl^ 1NF".«.. 



REGION PARISIENNE 
42. - I. J\'ord-£,,( ; Lu ValoiS. 

4.S. - u. E)t : La Brie. 

44. - m. nud ; GAtinais Irançals et 
Haute-Beauce. 

45. - IV. Sua-Ouest : Versailtes et le 
Hurepoix. 

46. - V. yord-ouesi : La Seine de 
Paris à la nier. Parisls et 
Ve.\in français. 

47. — VI. Ouett ; L'Yveline et le Man- 
tois. 

LES PROVINCES PERDUES 

48. Haute-.\lsace. 
■if. B!tsse-.\lsace. 
60. Lorraine. 

Volumes en préparatiOD : 
PARIS ET SA BANLIEOE 




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et buiYuuta. 



Région 





Parisienne 



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S.NE^-'AROENNES^L ^ 



MEUSE j.X^^'pi'rirf*»**' BASSE 



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/AOOS : EURE J «^V^, 7 

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(Voir 
le cartouche 
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Dragua gmn O 
P?"îx, RHÔNE-. VAR 





l CORSE ) 



— 14 — 

radie — le familistère de Guise — la vallée de l'Oise et Saint-Gobain 

— Coucy et le Tardenois — Reims — Épernay et le vignoble d'Ay — 
la Montagne de Reims et ses vins — le camp de Ghâlons — les 
Gliamps catalauniques — le Rethelois et le Porcien — entrée dans 
l'Ardeune — le royaume de la quincaillerie — la principauté de Chà- 
teau-Regnault — les Dames de Meuse — les Givets — Rocroi et le 
clieval ardennais — le champ de bataille de Sedan — Sedan industriel 
et ses annexes — De l'Àrgonne en Champagne Pouilleuse — la héron- 
nière du Grand-Écary — Vertus et le mont Aimé. — 40 1 pages, 22 cartes. 

21* SÉRIE : HAUTE-CHAMPAGNE, BASSE-LORRAINE. — La Brie champe- 
noise — la Champagne Pouilleuse — le Perthois et le Der — le val 
de l'Aube — le pays de Morvois — les bonnetiers de Troyes — le 
pays d'Othe — de Troyes à Clairvaux — en Bassigny — les couteliers 
de Nogent-le-Roi — la montagne d'Auberive — je plateau de Langres 

— du Bassigny en Ornois — le Vallage — la métallurgie en Cham- 
pagne — en Barrois — le Blois, la Yoide et le pays des Vaux — les 
opticiens de Ligny — Valmy et le Dormois — les défilés de l'Argonne 

— Varennes, le Glermontois et les Islettes — le Verdunois — Dom- 
remy et Yaucouleurs — les côtes de Meuse. — 419 pages avec 
27 cartes. 



22* Skkie : PLATEAU LORRAIN ET VOSGES. — Le Luxembourg fran- 
çais — le pays du fer — le Jarnisy et Briey — la Woëvre — le pays 
de Haye — l'École forestière de Naucy — Nancy — le Vermois et le 
Saulnois — le Xaintois — luthiers et dentelhères — dans les Fau- 
cilles — la Vôge — un pèlerinage à Roville — Épinal et l'industrie 
des Vosges — les images d'Épinal — de la Mortagne à la Vezouse — 
la Vologue — les lacs vosgiens — la principauté de Salm-Salm et 
Saint-Dié — le Val-d'Ajol et Plombières — la Haute-Moselle — les 
Vosges militaires — la Moselotte — le ballon de Servaace — au ballon 
d'Alsace. — 427 pages avec 27 cartes. 

23» SÉfliE : PLAINE COMTOISE ET JURA.— Les vanniers de Fays-Billot 

— le bailliage d'Amont — la Saône franc-comtoise — la vallée de 
rOgnon — les Vosges comtoises — Besançon et ses horlogers — le 
couloir du Doubs — le pays de Montbéliard — Belfort et le Su»dgau — 
Beaucourt et ses satellites — le Lomont — les fruitières jurassiennes 

— les sources de la Loue — le lac de Ghaillexon — le Saugeais et le 
Baroichage — le lac de Saint-Point — de Champaguole au val de Mièges 

— l'Ecosse du Jura — Morez — la vallée des Dappes et la Faucille — 
le pays de Gex — les lapidaires de Septraoncel et de Saint-Claude — 
Clairvaux et le Grandvaux — la Moyenne- Montagne. — 423 pages 
avec 25 cartes. 



— 15 — 

S-i» Série: HAUTE-30URG0BNE. — Dijon — dans les lioublonniùres 

— les pays bas de Bouigogne — le vignoble de la Côte-d'Or — la 
côte dijonaalse — la côte de Nuits et Cileaux — Beaune et sa côte — le 
finage et Dôle — la forêt de Chaux et le Val-d'Amour — le Bon-Pays — 
Chalon-sur-Saône et la Bresse chaloniiaise — Bresse bressane et Bever- 
mont — la Bresse louhanaise — la côte niâconnaise — au long de la 
Saône — de royaume en empire — au pays de Lamartine — la côte 
chalonnaise et Gluny — des Grosnes au Sornin — en Brionnais — 
Charolais et Gombrailles — la Loire bourguignonne. — 399 pages 
avec 30 cartes. 

25« SÉRIE : BASSE-BOURGOGNE ET SÉNONAIS. — Le seuil de Longpendu 

— la vallée de la céramique — le Greusot — Bibracte et Autan — le 
pays de l'huile — le Morvan bourguignon ' — en Auxois — autour 
d'Alésia — le vignoble des Biceys et l'Ource — Ghâtillonuais et Dues- 
mois — aux sources de la Seine — l'Avallonnais — la Gure et l'Tonne 

— en Auxerrois — le Tonnerrois — en Sénonais — la Puisaye — le 
Gàtinais français — le Gàtinais Orléanais — entre Sologne et Gâtinais. 

— 373 pages avec 24 cartes. 

26» SÉRIE : BERRY ET POITOU ORIENTAL. — Le Sancerrois et la Forêt 

— les Forêtins — les arsenaux de Bourges — le camp d'Avord et la 
Septaine — le canal du Berry — du Gher à l'Arnon — une colonie 
d'aliénés — porcelainiers et forgerons du Berry — Issoudun et Gliâ- 
teauroux — la Champagne berrichonne — la vallée du Nahon — les 
moutons du Berry — la basse vallée de l'Indre — en Brenne — de la 
Glaise à la Creuse — de Touraine en Acadie — les carrières du Poi- 
tou — la Beauce montmorillonnaise — entrée en Boischaut — les 
lingéres d'Argenton — 1» pays de George Sand — la Creuse et la Gar- 
gilesse. — 365 pages avec 25 cartes. 

27» SÉRIE : BOURBONNAIS ET HAUTE-MARCHE. — Nevers et le bec 
d'Ailier — Moulins et Souvigny — Sologne bourbonnaise — la vallée 
de la Besbre — monts de la Madeleine — Limagne bourbonnaise — 
le berceau des Bourbons — des côtes Matras à la Sioule — de la 
Sioule à la Bouble — houillères de Gommentry — la forêt de Tronçais et 
Montluçon — un tour en Berry — entrée dans la Marche — les maçons 
de la Creuse — la tapisserie d'Aubusson — au long de la Creuse — 
les Trois-Cornes et la Sedelle — aux sources de la Gartempe — du 
Taurion à la Maulde — le plateau de Gentioux. — 352 pages avec 
27 cartes. 

28® Série: LIMOUSIN. — La basse Marche — les montagnes de 
Blond — les monts d'Ambazac — Limoges — émaux et porcelaines 



— IG — 

— autour de Limoges — Saint-Juuien «t ses ganliiirs — aux confins 
du Périgord — la Chine du Limousin — Li liante vallée do la Vienne 

— Treignac et les Monédières — Sleymac et Ussel — le plateau de 
Willevaches — la Corrèze et Tulle — le château d'L'zerche — ardoises 
et primeurs — Sègur et l'Auvézère — de Pompadour à la Yézère — 
Brive-la-Gail larde — Noailles et Turcnne — la Dordogne limousine 

— entre Âigentat et Tulle. — 350 pages avec 21 cartes. 

29'' Skiue : BORDELAIS ET PÉRIGORD. — Le Libournais — les vins de 
Bordeaux — Bordeaux — l'activité bordelaise — navigation sur la Gi- 
ronde — le Mcdoc des grands vins — les landes du .Médoo — la 
pointe de Grave — la Gironde saintongeaise — Blayais et Bonrgeais — 
le Saint-Émilionnais — l'Entre-Deux-Mei-s — en Bazadais — la Dor- 
dogne eu Périgord — la Double — de la Dronne à la Nizonne — Pèri- 
gueux et ITsle — le pays du père Bugeaud — le Nontronaais — chez 
nos aïeux préhistoriques — les truffes du Sarladais. ^- i 1 1 pages 
avec 31 cartes. 

30' SÉRIE : GASCOGNE. — Le Bazadais — la conquête des Landes — 
les landes de Bordeaux — autour du bassin d'Arcachon — Arcachon 
et les dunes — le Captalat de Bach — le pays d'Albret — le Marsan 
et le Gabardan — de la Midouze à la Leyre — le pays de Born — les 
lièges de Marantin — de Dax au Vieux-Boucau — Cap-Breton et la Ma- 
rcmne — la Chalosse — la Bivière-Basse et le Tursan — le plateai; 
de Lanuemezan — le Pardiac et l'Astarac — l'Armagnac. — 3 iO pages 
avec 26 cartes. 

31« SÉRIE : AGENAIS, LOMAGNE ET BAS-QUERCY. — La plaine de la Ga- 
ronne — la vallée du Drot — les landes de Lot-et-Garonne — la capi- 
tale du Béarnais — les bouclionuiers de .Vézin — Lomagne, Gaure et 
Fezenzaguet — le Fezensac et l'Eauzau — le Condomols — le pays 
des prunes — les petits pois de Villeneuve — le llaut-Agenais — Agen 
et ses campagnes — le Bas-Quercy — Lomagne et Bivière-Verdun 

— la rivière muntalbanaise — les chapeaux de paille du Quercy — 
les gorges de l'Aveyrun — les cingles du Lot — le causse de Limogne 

— le Loi entre Bouergue et Quercy. — 302 pages avec 22 cartes. 

32" SÉRIE : HAUT-QUERCY ET HAUTE-AUVERGNE. — Le Celé et la Brauuhie 

— Gourdon et la Bouriaue — le causse de Martel — de César à Can- 
robert — le causse de Graniat — de Gapdenac au Ségala — les gorges 
de la Gère et Aurillac — la Gliàlaigneraie — Cauipuac et Viadène — 
dans l'Aubrae — en Carladès — Saint-Flour et la Planèze — Luguet 
et Cézallier — le Féniers et l'Artense — du sommet du puy Mary — 
les b'rufs de Salers. — 328 pages avec 21 cartes. 






— 17 — 

33« SÉRIE : BASSE-AUVERGNE. — Combrailles et Franc-Alleu — les 
liouillères de la Combrailles — la Limagae — le puy de la Poix — 
Glermont-Ferrand — au puy de Dôme — le reboisement dans le Puy- 
de-Dôme — le mont Dore — le camp de Bourg-Lastic — les orgues 
de Bort — le puy de Sancy et les lacs d'Auvergne — du mont Dore 
à l'Allier — du Velay à la Margeride — de Brioude à Issoire — Ger- 
govie — de l'Allier à la Dore — en Livradois — du Livradois en Forez 

— de la Loire aux Boutières. — 34 4 pages avec 24 cartes. 

34« SÉRIE : VELAY, ViVARAIS MÉRIDIONAL, GÉVAUDAN. — Le Lignon- 
Yellave — le pays d'Emblavés et le Puy — la dentelle du Puy — Po- 
lignac et le volcan de Bar — le mont Mézenc — à la source de la 
Loire — le lac d'Issarlès — le lac du Bouchot — entrée en pays cé- 
venol — de la Gère à l'Ardéclie — au long de l'Ardèche — ascension 
du mont Lozère — Monde et le Gévaudan — le plateau de la Marge- 
ride — le palais du roi — le causse de Sauveterre — les gorges du 
Tarn — autour du causse Méjean — entre causses et Cévennes — 
Bramabiau et l'Algoual. — 397 pages avec 27 caries. 

35« SÉRIE : ROUERGUE ET ALBIGEOIS. — La basse Marche du Rouergue 

— le bassin de Decazeville — la montagne qui brûle — Bodez et le 
causse du Gomtal — Espalion et le causse de Bozouls — le causse de 
Séverae — Millau — les brebis du Larzac — à travers le Larzac — 
les caves de Roquefort — le rougier de Gamarès — à travers le 
Sègala — entrée en Albigeois — le pays de Cocagne — Carmaux et 
ses mines — entre Tarn et Dadou — les vins de Gaillac — Castres et 
son causse — une page d'histoire industrielle — Mazaraet, la Mon- 
tagne-iNoire et le Thorè. — 359 pages avec 22 cartes. 

36« SÉRIE : CÉVENNES MÉRIDIONALES. — La Gardonnenque — le bassin 
d'Alais — le Guidon du Bouquet — entre Uzès et Anduze — la Salen- 
drenque — le Gardon de Mialet — la Vallée française — Bramabiau 
et l'Aigoual — la haute vallée de l'Hérault — la vallée de la Dourbie 

— de l'Hérault au Vidourle — Sommières et le Salavôs — les gorges 
de Saint-Guilhem — la vallée de la Lergue — Villeneuvette et Béda- 
rieux — l'Escandorgue et l'Espinouze — la Vernazobres et la Gesse 

— en Minervois. — 331 pages avec 26 cartes. 

37« SÉRIE : GOLFE DU LION. — ISlmes — le Nemauzès — les mazets 
des Garrigues — aux bords du petit Rhône — Aiguesmortes — le 
vignoble des Sables — la Vaunage et la Vidourlenque — Montpellier 

— la cité morte de Maguelonne — Cette — Agde et l'étang de Thau 

— le fleuve Hérault — Béziers et le Biterrois — Narbonne — le lac 
Rubrensis — La Nouvelle et Leucate — Rivesaltes et la Salanque — 



— 18 — 

les jardins de Perpignan — au pied des ÀJbères — Port-Vendres et 
Banyuls. — 355 pages avec 24 cartes. 

38« SÉRIE : LE HAUT-LANGUEDOC— Le Sidobre et Lacanne — les monts 
de Lacaune et l'Espinouzc — du Saumail en Cabardès — de Saint- 
Papoul à Sorèze — les rigoles du canal du Midi — en Lauragais — 
Carcassonne et le Carcasses — dans les Corbières — le Fenonillèdes 

— les défilés de Pierre-Lis — le Razcs — le Kercorbis — le Mirepoix 

— de l'Ariègc à la Garonne — Toulouse — le pays Toulousain — en 
Bas-Comminges et Nébouzan. — 331 pages avec 2Ô cartes. 

39» SÉRIE : PYRÉNÉES ORIENTALES. — Le bas Vallespir — les noise- 
lières de Géret — le haut Vallespir — le Gonflent — de Gonflent en 
Roussillon — le Fenouillet — le pays de Sauit — le Donézan — le 
Capcir — la Cerdagne française — l'enclave de Llivia et la Soulane — 
la vallée de Carol — Foix et la Darguillèrc — le Sabartbès — la mine 
aux mineurs de Rancié : le passé — la mine aux mineurs de Rancié : 
le présent — le Sérou et le Plantaurel. — 343 pages avec 23 cartes. 

10° SÉRIE : PYRÉNÉES CENTRALES. — Le Gouscrans — les vallées de 
Massât et d'Âulus — les ours d'Ustou — le Comminges pyrénéen — la 
vallée de Luchon — les fruitières de la Haute-Garonne — de Saint-Dèat 
au val d'Aran — dans les Quatrc-Valiées — Magnoac, Nestc et Barousse 

— la vallée d'Aure — les réservoirs de la Ncste — Tarbes — le clieval 
de Tarbes — le pays de Rustan — l'Âdour à Bagnères-de-Bigorre — 
Vaussenat et Nansouty — au pic du Midi de Bigorre — de l'Adour au 
Gave — Lourdes et le Lavedan — les sept vallées du Lavedan — la 
vallée de Saint-Savin (Gautercts) — la vallée de Barègcs — le cirque 
de Gavarnie. — 345 pages avec 23 cartes. 

41* Série: PYRÉNÉES OCCIDENTALES. — La barre de l'Adour — la 
côte des Basques — la Bidassoa et le peuple Basque — le pays de 
Labourd — Hasparren et l'Arberoue — la basse Navarre — une pointe 
dans le Yal-Garlos — le bas Adour et le pays de Bidache — de Mixc 
en Baïgorry — la Soûle — la vallée de Barétons — Oloron et ses gaves 

— la vallée d'Aspe — de la vallée d'Aspe à la vallée d'Ossau — la 
haute vallée d"Ossau — la basse vallée d'Ossau — le Josbaig et les 
vésiaus du Béarn — au long du gave de Pau — campagnes béarnaises 

— les vins de Jurançon et de Vic-Bilh — de Béarn en Bigorre. — 
351 pages avec 27 cartes. 

RÉGION PARISIENNE : 

42* SÉRIE : I. NORD-EST : LE VALOIS. — La Marne en Orxois — le pays 
d'Onois — entrée en Valois — la forôt de Villers-Cotteréts — autour 



— 19 — 

de Crépy-en-Valois — autour de Pierrefonds — en forêt de Compiègne 

— la vallée de l'Authonne — Compiègne et la navigatiou de l'Oise — 
la lieue arcliéologique — le pays des Sylvanectes — le désert d'Er- 
menonville — le Miiltien — la Gergogne et la Tliérouanne — enGoële 

— Chantilly et ses forêts — Mortefontaine et les étangs de la Tliève 

— les entraîneurs du Servois — l'Oise entre Creil et Pontoise — la 
petite France — la forêt de Carnelle. — 377 pages avec 21 cartes. 

43^ SÉRIE : II. EST : LA BRIE. — Au cœur du plateau briard — le 
Monlois — la Bassée — la falaise de Brie — Provins et la Voulzie — 
la Brie Pouilleuse — le champ de bataille de Champaubert — de Brie 
en Tardenois — les meules à moulin : agonie d'une grande indus- 
trie — microbes et corsets — méandres de Marne — les fromages de 
la Brie — la Brie meldoise — entre Meaux et Pomponne — la Brie fo- 
restière — le grand Morin des peintres — moutons de Brie — les 
papeteries du grand Morin — la vallée de l'Aubetin — Melun et le 
Châtelet. — 418 pages avec 23 cartes. 

44" SÉRIE : III. SUD : GATINAIS FRANÇAIS ET HAUTE-BEAUCE. — Le 
Bocage gàtinais — la vallée de l'Orvanne — Kemours et le Loing — 
navigation sur la Seine — la Seine de la Cave à Corbeil — Fontai- 
nebleau — l'École d'application de l'artillerie et du génie — la forêt 
de Fontainebleau — la forêt vers Barbizon — Marlotte et les gorges 
de Franchard — les espaliers de Thomery — la Seine et la forêt — 
le pays de Bière — le Gàtinais Beauceron — de l'École à l'Essonne — 
la Seine de Corbeil à Choisy-le-Roi — l'industrie à Essonnes — 
de l'Essonne à la Juine — l'Étampois — la Juine et la Chalouette — 
en remontant la Juine — la Beauce pituéraise — trois bourgades beau- 
ceronnes. — 428 pages avec 19 cartes. 

45" SÉRIE : IV. SUD-OUEST : VERSAILLES ET LE HUREPOIX. — La val- 
lée des Roses — la forêt de Sénart — autour de Longjumeau — au 
bord de la Bièvre — le Josas — Versailles, la ville — rôle social et 
économique de Versailles — Versailles, le château et le parc — Ver- 
sailles militaire et Saint-Gyr — Port-Royal-des-Champs — l'École d'aé- 
rostation de Ghalais — la vallée des Fraises — Marcoussis et Montlhéry 

— de l'Yvette à l'Orge — de l'Orge à la Juine — la capitale du Hure- 
poix — Chevreuse et les Vaux de Gernay — la vallée de la Remardc 

— vallée de la Renarde. — 359 pages avec 15 cartes. 

46" SÉRIE : V. NORD-OUEST : LA SEINE DE PARIS A LA MER. PARISIS ET 
VEXIN FRANÇAIS. — La vallée de Montmorency — le pays des poiriers 

— les collines du Parisis — la boucle d'Argenteuil — la plaine du 
Parisis — descente de la Seine, de Paris à lin d'Oise — la Seine de 



— 20 — 

Oïl d'Oise à l'Eure — à Rouen par la Seine — sur la Seine maritime, 
de Rouen à Duclair — la Seine maritime, de Duclair à Villequier — 
l'estuaire de la Seine — vergers de Gaillon et de Vernon — Chevrie et 
Madrie — les abricotiers de l'Hautie — à travers l'Hautie — en Vexin 
français — le pays d'Arthies — de l'Arthies au pays de Madrie. — 
366 pages avec 17 cartes. 

47« SÉiuE : VI. OUEST : L'YVELINE ET LE MANTOIS. — Rambouillet et 
ses enfants de troupe — en forêt Yveline, les étangs de Saint-Hubert 

— en Yveline, Monlfort-l'Amaury — les parfums et les volailles de 
Houdan — Épernon et la vallée de la Guesle — en Beauce chartraine 

— un chemin de fer militaire — la vallée de la Voise — en Drouais 

— l'École de Grignon — la vallée de la Maudre — de la Vaucouleurs 
à Meulan — les luthiers de Mantes — le Mantois — Poissy et le Pin- 
cerais — la forêt de Laye — la forêt de Marly — le royaume du 
pot-au-feu. — 351 pages avec 15 cartes. 



LES PROVINCES PERDUES : 

4S« SÉRIE : HAUTE-ALSACE. — La trouée de Belfort et la vallée de la 
Largue — le Jura alsacien — le Rhin — Mulhouse — le coton à Mul- 
house — industries mulhousiennes — les œuvres sociales de Mulhouse 

— Altkirch et l'ill — l'Ochsenfeld et la Doller — vallée de la Thur — 
la vallée de Saint-Amarin — Soultz et Guebwiller — le ballon de 
Guebwiller — le Mundat de Rouffach — d'Ensisheim à Colmar — 
.\euf-Brisacli et le Ried — Turckheim et les Trois-Épis — au Petit- 
Ballon (Kahlewasen) — l'Alsace romane — le val d'Orbey et les 
Haules-Clijaames — à travers le vignoble — Sainte-Marie-aux-Mines et 
sa vallée. — 444 pages avec 22 cartes. 

49" SÉRIE : BASSE-ALSACE. — Du Haut-Kœnigsbourg à Schlestadt — 
la Mésopotamie d'Alsace — Strasbourg — Strasbourg : la cathédrale, 
la vie économique — autour de Strasbourg — la vallée de la Bruche 

— Scliirmeck et le Douon — Je Ban-de-la-Roche — le Champ-du-Feu 
et les schlitteurs — du val de Ville à Barr — Sainte-Odile — de l'Ehn 
à la Mossig — le Kochersberg — un coin de France au delà du Rhin 

— les houbloniiières de Haguenau — autour de la Forèt-Saiiite — 
les lignes de Wissembourg — l'Alsace bavaroise — Reiclishollen, 
Frncschwiller et Wrerth — autour de .Mederbronn — l'ancien comlé 
de Hanau — autour de Saverne — entre la Sarre et l'Eichel — les 
chapeliers de Saar-Union. — 492 pages avec 28 cartes. 

50* SÉRIE : LORRAINE. — Le pays de Dabo. — Vallérystal, Abresch- 
willer et Lorquiu — la Sarre Blanche et la Sarre Rouge — Sarrebourg 



— 21 — 

et Fénétrange — Plialsbourg — les verreries des Petites-Vosges — 
Jes forges de Mouterliouse — le pays de Bitche — Sarreguemines — 
Forbach et Stiring-Wendel — la vallée de l'Albe — les grands étangs 
de Lorraine — le Saulnois — de la Seille à la Nied française — Metz 

— l'industrie messine — Saint-Privat, Gravelotte et Rezonville — au 
long de la Moselle — le pays du fer — aux confins du Luxembourg 

— entre Moselle et JSied — Warndt — la première amputation : Sar- 
relouis et le Sargau. — 468 pages avec 27 cartes. 



En préparation : 

La 5t* SÉRIE et les suivantes seront consacrées à PARIS et à la 
BANLIEUE DE PARIS. 

Plusieurs volumes dont nous ferons bientôt connaître les sommaires 
sont en préparation. Voici les chapitres de la 51® Série actuellement 
sous presse : 

51* SÉRIE : L'ANCIEN PARIS. — Paris dans le Voyage en France 

— la Seine en amont de la cité — la Seine en aval de la cité — les 
îles de la Seine : la Cité et l'Ile Saint-Louis — les collines parisiennes 

— descente dans Paris — le boulevard et les boulevards : de la porte 
Montmartre à la Bastille — les grandes artères — le Louvre et le 
Palais-Royal — de la place Vendôme à la Bourse — autour de l'Hôtel- 
de-ville — le Marais et le Temple — le quartier des Halles — le quar- 
tier latin — la montagne Sainte-Geneviève — autour du Luxembourg 

— autour de Tlnslitut — le ruisseau de la rue du Bac — le noble 
faubourg — les Invalides — du haut de la tour Eiffel. 

Septembre 1007. Les Éditeun, 

BERGER-LEVRAULT & C^^ 



— 22 — 



Répartition des volumes par Départements 



DESIGNATION DÉSIGNATION 

des 
DES DSP^BTKUENTs volumes coDcerDaiil 

LK DÉPIKTBUKNT 



Ain 8. 

Aisne 19, 20, 42, 43- 

Allier 27. 

Alpes (Basses-) 10,12. 

Alpes (Hautes-) 10. 

Alpes-Marilimes .... 12, i3. 

Ai-iièche 8, 11,34. 

Ardennes 20, 21. 

Ariège 38, 89, 40. 

Aube 21, 43. 

Aude 37, 38, 39. 

Aveyron 82, 35. 

Bouclies-du-Rhône ... 8, 12, i3. 

Calvados 6, 46. 

Cantal 32. 

Chai-ente i5, 28. 

GLareute-Inférieure. . . 3, i5, 29. 

Cher I, 26, 27. 

Corrèze 28, 82, 33. 

Corse i4- 

Côle-d'Or 24, 25. 

Côles-du-Nord 5. 

Creuse 27, 33. 

Dordognc 29. 

Doubs 28. 

Drôiuc 9t II- 

Eure 6, 17, 46. 

Eure-et-Loir 6, 16, 44» 4?- 

Finistère 4> 5. 

Gard 8, 34, 36, 87. 

Garonne (Haute-) . . . . 3i, 38, 4o. 

Gers 80, 3i, 38. 

Gironde 20, 3o. 

Hérault 35, 36, 87, 88. 

lUe-cl-Vilaine 2, 5. 

Indre 26, 27. 

Indre-et-Loire i, 16, 26. 

Isère 8, 9, 10. 

Jura 8, 23, 2». 

Landes 3o, 3i. 

Loir-et-Cher i, .6, 26. 

Loire 7, II. 

Loire (Haute) 11, 33, 34. 

Loire-Inférieure a, 3. 16. 

Loiret i,25, 44i4C- 

Lot 3i, 3u. 

Lot-et-Garonne 81. 

Ijizèrc 32, 34. 



DESIGNATION DESIGNATION 

des 
DE9 dspàetements volumes coDcemant 

LE DÉPlKTElilNT 

Maine-et-Loire a, 16. 

Manche 4. 6. 

Marne 20, 21, 43. 

Marne (Haute-) 21,22. 

Mayenne 2, 6. 

Meurthe-et-Moselle , . .22. 

Meuse 21, 22. 

Morbihan 4. 5. 

Moselle (ancienne), voir 

Lorraine annexée. 

Nièvre i. 

Nord 18, 19. 

Oise 17, 42- 

Orne i, 2, 6. 

Pas-de-Calais 18, 19. 

Puy-de-Dôme 7. 27. 38. 

Pyrénées (Basses-) . . . 4'- 
Pyrénées (Hautes-) . . . 3i, 4o. 
Pyrénées-Orientales . . 87, 3j. 
Rliin (Bas-) [ancien], voir 

Basse- Alsace. 
Rhin (Haut-) [Belfort] . . 22, 28. 
Rhin (Haut-)[ancien],y(5(>' 

Haute-Alsace. 

Rhône 7. 

Saône (Haute-) 28. 

Saône-et-Luire 24, 26. 

Sarthe i. 

Savoie 8, 10. 

Savoie (Haute-) 8. 10. 

Seine 47. 5i et suivants. 

Seine-Inférieure . . . . C, 17, 46- 

Seine-et-Marne 21,25,42,43,45. 

Seine-et-Oise 4ai 45, 4'*i 47- 

Sèvres (Deux-) i5, 16. 

Somme 17, 18, 19. 

Tarn 35,38. 

Tarn-et-Garoune .... 81, 85. 

Var 12, i3. 

Vauc-iuse 8, II, 12. 

Vendée 2, 6. 

Vienne 16, a6, a8. 

Vienne (Haute-) aS. 

Vosges aa. 

Yonne aS. 

Hasso-.\lsace 48. 

Haute-Alsace 4o- 

Lorraine annexée . . . . 5o. 



— 23 — 



Répartition des volumes par Provinces 



DÉSIGNATION DESIGNATION 

des 
DES paoTiKci9 volumes conceruaDl 

Alsace 23, 48, 49- 

An^oumois i5. 

Anjou a, i6. 

Artois 18,19. 

Aunis 3, i5. 

Auvergne 7, 32, 33. 

Barrois ai. 

Basques (Pays) 4i- 

Béarn 4i. 3o. 

Berri 1,26,27. 

Boulonnais et Calaisis. . 18. 

Bourbonnais 7, 27, 33. 

Bourgogne 8, a4, 25. 

Bresse et Bugey .... 8, 23. 

Bretagne 2, 4, 5. 

Champagne 20, 21, 25, 43. 

Comtal-Venaissin. . . . 8, 11, 12. 

Corse i4- 

Uauphiné 7, 8,9, lo, 11. 

Flandre 18, 19. 

Fuix (Comté de) 38, 4o. 

Forez 7, 11, 27. 

Frauche-Comlé 8, 23, 24. 

Gascogue 3o, 3i,38, 40. 

Gex(paysdf) 8,23. 

Guyenne 29, 3o, 3i, 3a, 35. 



DESIGNATION 



DÉSIGNATION 
des 
DK8 paoviNcis volumes concernaDt 

LA PROVINCE 



Hainaut 19. 

Ile-de-France 17, 42 à 47. 5i et 

suivants. 

Languedoc 8, 11, 12, 3i, 34, 

35, 36, 37, 38, 
39, 40. 

Limousin 28. 

Lorraine 21, 22, 5o. 

Lyonnais 7. 

Maine 1,2. 

Marche 27, 28. 

Nice (comté de) 12, i3. 

Nivernais i, 27. 

Normandie 6, 17, 46. 

Orléanais i, 16, 25, 44. 47- 

Perche I, 2, 6. 

Picardie '7. '9. 20, 42- 

Poitou 3, i5, 16, 26. 

Provence 8, 10, 12, i3. 

Roussillon 37, 39. 

Sainloage 3, i5, 29. 

Savoie, 8, 10. 

Trois-Évêchés (Toul-Ver- 

duu) de Lorraine ... 21, 22. 

Touraiue i, 16, 26. 



Par grandes Régions naturelles 



Alpes 8, 9, 10, II, 12, i3. 

Uiissin de Paris 17,20,21,25,42 a 

47, 5i et suiv. 

Uôaucc 1,16,44.45,47- 

i^évcunes 7,11,34,36,37. 

J ma 8, 23, 2^. 

Landes 29,30,81. 

LilUiral et îles de l'O- 
céan a, 3, 4. 5, i5, 16, 

29, 3o, 4i. 



Littoral et îles de la 

Manche 5, 6, 17, 18, 46. 

Lillorul et iles de la Mc- 

dilerrauée 8, i3, 14, 87. 

.Massif cenlral 28, 32, 33, 34, 

35. 

Pyrénées 37, 89, 40, 4'- 

Sologne 1, 25. 

Vosges 2a, 23, 48, 49. 5o. 



Kaacj, imp. Bcrger-Levraull frl Cit 






Kaiserslautem 






■*■ = -F /'/ 

'Thiitteiihstm/ . / 



^^=^ 



MolsheimS 



■"»■■ •■; 
t.NeiilèhàIca 



>j-N. •UTI' =«"<;■" "e -_;• •» -T , '.jkkiaafy /' r-- 
o jJr > ■■ -' rbs^f^'^-/£'<'/'i:t\:,.,,-'l\jr £r,stein! 






&^ii 



"^osa.i/st^ 









Jhsis/ierm , 



.laalr (^ ^ 












— ..^ 1.- 

AuAirch' 

^^-^ o. 







'JJI 






-W 



Les Provinces i'eiiuues : Haute-Alsace, Basse-Alsace, Lorraine. 



ANNEXE 



Adresses utiles 



(T' 



^ 



NOTA. — L'Auteur du Voyage en France 
est complètement étranger à cette annexe 
au présent volume. 



PÂTÉS DE FOIES GRAS 

aux Truffes du Périgord 



Aug. MICHEL^ «^ 

STRASBOURG 

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Vis-à-vis de la Catiiédrale 



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TERRINES 

de foie gras 
PÂTÉS 

EN CR OUTE 

PARFAITS 

de foie gras 




SUPRÊMES 

de foie gras 

ASPICS 

DE FOIE GRAS 

CONSERVES 

de foie gras 



40 DIPLOMES D'HONNEUR 

Médailles d'Or et Premières Récompenses aux Expositions 



HORS CONCOURS 

Membre du Jury, Exposition universelle Paris 1900 

La labricalion du pâté de Strasbourg est décrite dans le chapitre IV du rulume Basse-Alsace. 

LORRAIXE 3 1 



BARR (dans les Vosges) 

Bains et Chalet de Buhl 

Dans l'un des plus beaux sites des Vosges 

Maison de famille et de touristes, très recoinmandce. 

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de table de S. A. le Prince Hermana de Hchenlolie-Langenburg, Slatthaller 
impérial d'Alsace-Lorraine. 

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urinaires. Se trouve chez tous les pharmaciens et drotpistes. Installation 
modèle pour la mise en bouteilles, permettant l'expédition de looooo bou- 
teilles par jour. Rinçage des bouteilles avec l'eau de la source même. Pro- 
duction des sources C40 litres à la miiuite. 

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PRIX MODÉRÉS 

Prière de vculoir bien s'adresser à la maison ci-dessus 
Téléphone 230. 

"^^^ Grand Hôtel 

Ci=devant Hôtel de l'Europe 

MAISON DE PREMIER ORDRE ET D'ANCIENNE RENOMMÉE 

Au centre de la ville 

ASCENSEUR LUMIÈ;RE ÉLECTRIQUE CHAUFFAGE CENTRAL 

ADTO-GARAGE - GRAND RESTAURANT — TERRASSE 

Propriétaire : Guido HAFEN, 

FOURNISSEUR DE LA COUR 

METZ 

Hôtel Terminus 

RESTAURANX DE: PREIMIER ORDRE 

Ascenseur — Lumière électrique — Chauffage central— Bains 
Cuisine française supérieure — Cave renommée 

Pschorrbrâu de Munich — Pilsen d'origine — Fiirstenberg-Brâu 

Direction : L. HEISER. 

METZ 

Café=Restaurant de premier ordre 

KAISERPAVILLON 

A L'ESPLANADE, près de la Moselle 

Restaurant avec jardin ad.niira"blem.ent situé 

Vive magnifique sur la vallée de la Moselle, 

les localités environnantes, les forts, etc. 



METZ 

Hôtel=Restaurant Moitrier 

CUISINE FRANÇAISE RENOMMÉE 

DÉJEÏÏlîERS ET DINEES A LA CARTE ET A PEIX EIXE 
Chambres confortables — Garage d'automobiles 

Voir chapitre XVI du présent volume 

Photographie PRILLOT 

PHOTO -HALL -METZ 
2, Avenue Serpenoise, 2 

Spécialités pour Amateurs : 
CARTES ET VUES DE METZ 



METZ 

Grand Hôtel de Metz 

Rue des Prêtres, 3 

MAISON DE PREMIER ORDRE ET D'ANCIENNE RENOMMÉE 

Déjeuner à la fourchette : 11 heures. Diner : 1 heure et demie et 7 heures 

Omnibus à tous les treiins - Chauffage à basse pression - Bains dans l'hôtel 

jp:rx:5c 3vior>Éiî.És 

Téléphone 48. Alex. STUMPF-ARMBRUSTER. 



METZ 



A la Lune 



HOTEL - CAFÉ — RESTAURANT 
Vis-à-vis la Cathédrale 

Ancienne maison française de premier ordre ; genre messin 
Complètement reinise à neuf 

Paul VAUTRIN, propriétaire 

Successeur de Louis METZGER 



MULHOUSE (Alsace) Près de la gare 

Hôtel de l'Europe 

(Europâischer Hof) 

Déjeuner, 0,80 nik. - Dîner, 1,50 et 2 mk. - Souper, 1,60 mk. 

Chambre confortable à partir de 2 mk. 

CH,A.UFFA.GE CE>sXRAI^ — ÉLECTRICITÉ 

Téléphone 62. Charles MÉON, propriétaire. 

Grand Hôtel Munster 

MAISON DE PREMIER ORDRE INSTALLATION MODERNE 

Grands salons pour Sociétés. — Vaste jardin. 

BIÈRES DE MUNICH ET DE PILSEN 

Lumière électri([iie. — Voitures à l'hôtel. 

A. RECHT, propriétaire. 

NIEDERBRONN-LES-BAINS (Alsace) 

Hôtel Matthis 

BAINS — PENSION - ORCHESTRE 

Vérandas - 75 Lits - Beau Parc 
CUISINE FRANÇAISE — SÉJOUR AGRÉABLE 

Téléphone 10. Ch. MATTHIS, j)ropriétaire. 

SAINTE-MARIE-AUX-MINES 

Grand Hôtel (^^^D 

màisox de premier ordre 
Au centre de la ville et à proximité des bains municipaux 

CHAMBRES BIEN AÉRÉES — BONNE CUISINE — VINS FINS 

Vue magnifique. — Auto-Garage. — Omnibus à la Gare 

Grande salle pour sociétés. — Café. — Billard 

Téléphone 19. J. FRANTZ. 



TRAMWAY 
ÉLECTRIQUE 

MUNSTER -LA SCHLUCHT 
à crémaillère et à adhérence 



COMMUNICATION DIKECTE 



ENTRE LE 



chemin de fer COLMAR=MUNSTER 



ET LE 



tramway GÉRARDMER= 

RETOURNEMER = LA SCHLUCHT 



SAINTE-MARIE-AUX-MINES (Alsace) 

Hôtel du Commerce 

Hôtel de bonne renommée, situé à proximité de la Gare 

EXCELLENTE CUISINE — BONNE CAVE 

Chambres confortables — Grande salle pour Sociétés — Garage 

Recommandé par le Teurin^-Club de France 
Téléphone 58. Tenu par V^^ E. JOCHEM. 

SAVERNE 

Hôtel de la Qare ''Mûnchner Kind'l" 

EKT F.A-CE Xj^A. GA-K-E 

Nouvellement et complètement réinstallé à neuf avec tout le confort 

SALLE A MANGER SÉPARÉE- SALLE DE CORRESPONDANCE 

Table d'hôte à midi et demi — Sovper à 7 heures 

BAINS DANS L'HOTEL— GRANd' JARDIN OMBRAGÉ — DOMESTIQUE A LA GARE 
Bières de Municli et de Pilsen tirées au tonneau 

Téléphone 19. Ernest ZIMMERMANN. 

SOULTZ (Haut-Rhin) 

Restaurant de la Qare 

Tout près de la gare 

BIERES DE MUNICH ET D'ALSACE 
Salles pour Sociétés — Chambres de voyageurs 
PRIX MODÉRÉS 
Emile SCHWENDEMANN, propriétaire. 

STRASBOURG 

Brasserie=Restaurant z. Rômer 

CHARLES DRION 

Centre tle la ville, in'è^^ de la Place Tvlél)er 

MEILLEUR RESTAURANT BOURGEOIS 
Dîners et Soupers à tcute heure et à la Carte 

PRIX MODÉRÉS On parle le français 



STRASBOURG LUXHOF 

RESTAURANT D'ANCIENNE RENOMIVIÉE 

Possède comme curiosité la Scille historique de l'Empereur Sigismond 

Prés du Broglie, à proximité du Palais impérial et du Théâtrj 

BIÈRE DE MUNICH (Bur^crbrau) - Pilsen original 

Vins du paj's nature, de table et en bouteilles 

DÉJEUNERS, DINERS, SOUPERS, A TOUTE HEURE ET A LA CARTE 

fris: 3vcor)ÉE,És — j-a^pudikt rï'ÉTÉ 

Téléphone 175. Tenu par M^^ Auguste ALBERT. 

STRASBOURG 

Restaurant Adelshoffen 

Place des Étudiants (Au centre de la ville) 

A proximité du Broglie 

RENDEZ-VOUS DU MONDE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE 

Cuisine française renommée - Vins français et d'Alsace 

Déjeuners à midi de 1,50 à 2 Jlk et à la carte 

Spécialité: Choucroute garnie — Bière de Strasbourg/, le^ ordre {Munster brâu) 

Téléphone 211. Eugène DRION. 

STRASBOURG 

Café= Restaurant de la Mauresse 

VIEUX-MARCHÉ-AUX-POISSONS 

Centre de la ville, non loin de la Cathédrale 

DINERS ET SOUPERS A LA CARTE ET A TOUTE HEURE 

PLATS DU JOUR 

Vins d'Alsace — Bières diverses 

PRIX MODÉRÉS Eug. HEITZ. 

STRASBOURG 

Qermania Restaurant de 1'' rang 
Place de l'Université a ^mmdi du i>aiais impérial) 

DÉJEUNERS ET DINERS A TOUTE HEURE ET A LA CARTE 

Grand choix de vins du pays de table et en bouteilles 

BIÈRES DIVERSES — PRIX MODÉRÉS 

Tenu par H. HERRMANN. 



STRASBOURG 

Restaurant de la Maison Kammerzell 

STIFTSKELLER 

la plus Ancienne Maison Alsacienne, datant du xv^ siècle 
PLACE DE LA CATHÉDRALE 

DÎQcrs et Soupers à toute heure depuis 2 fr. 50 et h la Carte 

Vins du pays et autres — Cuisine soignée — PRIX MODÉRÉS 

Tenu par E. JAENGER. 

STRASBOURG 

^ Hôtel Union ^ 

Gel hôtel, de construction toute récente, situé au centre de la ville, dans un 
quartier bien tranquille, avec une très belle vue, offre aux familles et à JIM. les 
voyageurs un séjour fort agréable. — Grandes et belles chambres claires et 
bien aérées, avec tout le confort moderne, à prix modérés. — Bonnes caves et 
cuisine. — Salon pour sociétés. — Salle de lecture et de correspondance. — 
Salle d'exposition. — Ascenseur. — Omnibus à la gare. — Bière de Schûtzen- 
bcrger-Strasbourg. — Bières de Munich et de Pilsen. 

Tbéâti-c d'été joint à l'Hôtel. Aug. KRENCKER, propriétaire 

STRASBOURG 

Hôtel = Restaurant Romann 

Anciennement " MONOPOLE " 

Riiie Kiihii (non loin de la Gare) 

Chambres depuis 2 fr. - Éclairage électrique - Chauffage central 

Dîners et Soupers à toute heure — Plats du jour 

FR.I3S: IvI03DÉIÎ.ÉS 

Vins d'Alsace naturels — Bière de Strasbourg et de Munich 
STRASBOURG 

Hôtel Schermuly 

Rue Kiihn, 13 

A PROXIMITÉ DE LA GARE CENTRALE 

Maison boiuujeoise — Prijc modi'rés 

A. SCHERMULY, propriétaire. 



TROIS-ÉPIS 

Hôtel et Villa Notre=Dame 

Maison d'ancienne réputation 
considérablement agrandie depuis son origine. 

Pension complète de i<='' ordre, 5 à 7 mk. (6 fr. 25 à 8 fr. 75) 
chambre comprise. 

GRAND CONFORT — BAINS A L'HOTEL — VASTE PARC 

A. MULLER, propriétaire. 

TROIS-ÉPIS 

Hôtel Bellevue 

Situé à la lisière de la forêt 

Deujc vérandas couvertes, avec vue splendide. 

45 chambres avec ôo lits. — Bains. — Lumière électrique. 

Vins naturels. — Pensions depuis 4, 50 mk (5 fr. 65) 

Excellente cuisine française. 

Téléphone 21. W. SCHMIDT, propriétaire. 

TURCKHEIM 

Hôtel des Vosges 

Station de départ du tramway des Trois-Épis 

NOUVELLEMENT AGRANDI ET RESTAL'RÉ INSTALLATION MODERNE 

Grands salons pour Sociétés. — Vaste jardin ombragé. 
Lumière électrique. — Vins naturels garantis. — Bonne cuisine. 

Prix modérés. — Garage et poste de secours pour automobiles. 
Téléphone Colinar 399, Emile LŒFFLER, propriétaire. 

U RM ATT, Station sur la ligne de la vallée de la Bruche 

Hôtel de la Poste 

Magnifique et saine situation dans la charmante vallée de la Bruche 
auprès de belles forêts de sapins séculaires, entre les ruines des châ- 
teaux de Guirbadea et de Xideck. 

Bains cfeaii courante. — Lumière électrique. — Grand confort. 

PENSION — CUISINE ET CAVES RENOMMÉES — TRUITES EN TOUTE SAISON 

Grands salons de sociétés — Voiture à l'Hôtel 

Téléphone 3. A. RISS, propriétaire. 



Hôtel Wangenbourg A. Q. 

Ci-devant HOTEL WEYER (A 4éo mètres d'altitude) 
OUVERTURE LE 19 MAI 

Cure d'air de premier ordre. — Magnifique villégiature d'été 

PHINCIPAL ÉTABLISSEMENT DE L'ENDBOIT — PENSION A FOEFAIT 

Bains et Douches - Lawn-Tennis - Auto-Garage - Voitures à Tbôtel 

iruis courriers postaux par jour depuis la gare de Romanswilier 

ENVOI FRANCO DU PROSPECTUS 

Pour les renseignements, s'adresser à la direction de l'hôtel. 
Téléphone ?. V^« B. WEYER. 

WINTZENHEIM-près-COLMAR 

Hôtel Meyer 

Propriétaire de vignobles. Ancienne et bonne maison recom- 
mandée pour ses bons vins et sa cuisine soignée. 

TURCKHEIM Hôtcl MCyCr (Deux Clefs) 

MAISON DU XIII^ SIÈCLE — CURIOSITÉ 

Excellente cuisine et cave renommée. 

CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANEE 



Billets d'aller et retour individuels ou collectifs 

pour toutes les stations thermales du réseau P.-L-M. 



NOTAMMENT 



Aix-les-Bains, — Cliâtelguyon (Riom'. — Évian-les-Bains, — Genève, 
-^ Menlhon (lac d'Annecy), — Uriafje (Grenoble), — Royat (Clermout- 
Ferrand), — Thonon-les-Bains, — Vichy, etc. 



1° Billets d'aller et retour individuels de l", 2^ et 3« classes, valables 
10 jours, aveo faculté de prolongation, délivrés du l^r mai au 31 octobre, dans 
toutes les gares du réseau ; réduction do 25 o/o en 1" classe et de 20 », o en 2'" et 
3c classes. 

2'^ Billets d'aller et retour de famille valables 33 jours, avec faculté de 
prolongation, délivrés du l"' mai .iu 1.5 octobre, dans toutes les gares du réseau, 
sous condition deticctuer un parcours simple minimum de 150 kilomètres, aux 
familles d'au moins trois personnes voyageant ensemble. 

Le prix s'obtient en ajoutant au prix de quatre billets simples ordinaires 
ipour les deux premières personnes; le prix d'un billet simple pour la troisième 
personne, la moitié de ce prix pour la quatrième et chacune des suivantes. 

Arrêts tacultatifs. — Faire la demande de billets (individuels ou collectifs) 
quatre jours au moins à l'avance, à la gare de départ. 

NOT.4. — Il peut être délivré, à un ou plusieurs des voyageurs inscrits ^u^ 
un billet collectif de stations thermales et en même temps que ce billot, une 
carie d'idontité sur la présentation de laquelle le titulaire sera admis ;\ voyager 
isolément (sans arrêt) à, moitié prix du tarif général, pendant la durée de la vil- 
légiature de la famille, outre le point de départ et le lieu de destination men- 
tionné sur le billet collectif. 



CHEMINS DE FER DE L'EST 



BILLETS D'ALLE!^ ET RETOUR DE FAMILLE 



I — Villes d'Ea,ux et Vallée de la Meuse 

Il est délivré, du 15 mai an 15 septembre, dans les gares da réseau de l'Est, 
aux familles d'au moins trois pei'sonnes payant place entière et voyageant en- 
semble, des billets d'aller et retour collectifs de !'<;, i» et 3« classes pour Bains, 
Botirbonne-lesBains, Bussang, Contrexéville, Gérardmer, Givet(vallée 
de la Meuse,. Luxeuil-les-Bains, Martigny-les-Bains, Plombières-les- 
Bains, Sermaize-les-Bains et Vittel. — Parcours minimum : 300 kilomètres 
l'aller et retour compris) ou payant pour cette distance. — Durée de validité : 
33 joars, avec faculté de prolongation moyennant supplément. 

II — Vacances 

Il est délivré, ans familles d'au moins trois per.sonnes, des billets d'aller et 
retour collectifs de vacances, de l^e, 2? et 3' classes, de toutes gares Est à toutes 
gares Est, sous condition d'effectuer un parcours d'au moins 600 kilomètres 
(aller et retour compris) ou de payer pour cette distance : 

l» Du samedi, veille des Rameaux, au lundi de Pâques inclus. — Durée de 
validité : 33 jours, avec faculté de prolongation moyennant supplément. 

2° Du l'r juillet au 15 septembre. — Validité : jusqu'au 1er novembre inclus. 



EXTRAIT DES CONDITIONS DES BILLETS D'ALLER ET RETOUR DE FAMILLE 

Itinéraires. — Les billets sont établis pour l'itinéraire à la convenance 
des voyageurs, à l'aller et au retour, et donnent droit de s'arrêter à toutes les 
gares desservies par les trains et situées am- l'itinéraire. 

Prix. — Le prix total du billet collectif s'obtient en ajoutant au prix de quatre 
billets simples ordinaires au tarif plein, pour les deux premières personnes, 
le prix d'un de ces billets pour la troisième personne et la moitié de ce prix 
pour la quatrième personne et chacune des suivantes. 

Lorsque l'itinéraire n'est pas le même à l'aller et au retour, le prix total du 
billet s'obtient en calculant, au tarif ordinaire des Vjillets simples, les prix des 
trajets aller et retour des deux premières personnes ; le quart de la somme ainsi 
obtenue représente le prix à percevoir pour la troisième personne, et le huitième 
de cette^omme, le prix à percevoir pour la quatrième personne et chacune des 
suivantes. 

Cartes d'idenlilé. — Il peut être délivré au chef de famille titulaire d'un 
billet de famille, et en même temps que ce billet, une carte d'identité sur la 
présentation de laquelle il sera admis à voyager isolément à moitié prix du tarif 
général, pendant la durée de la villégiature de la famille, entre le lieu de départ 
et le lieu de destination mentionnés sur le billet. ■ — L'itinéraire à suivre pour 
ces voyages sera l'itinéraire inscrit sur le billet de famille ou un itinéraire plus 
court sans arrêt en cours de route. 

NOTA. — Du samedi veille de la fête des Rameaux au 31 octobre, les che- 
mins de fer de l'État, du Midi, d'Orléans, de l'Ouest et de P.-L.-M. délivrent 
également aux familles d'au moins quatre personnes, payant place entière, se 
rendant aux stations du réseau de l'Est désignées au paragraphe I, des billets 
d'aller et retour valables 33 jours, susceptibles de prolongations. — Le prix 
s'obtient en ajoutant au prix de six billets simples ordinaires le prix d'un de tes 
billets pour chaque membre ae la famille en plus de trois. — Le chef de famille 
peut obtenir, eu même temps que le billet, une carte d'identité lui donnant droit 
de voyager à moitié prix du tarif général, pendant la durée de la villégiature de 
la famille, entre le lieu de départ et le lieu de destination mentionnés sur le billet. 

Les billets d'aller et retour de vacances peuvent être établis pour la première 
gare d'Alsace-Lorraine située au delà de la frontière. — L'enregistrement des 
bagages peut avoir lieu de la gare française de départ jusqu'à la gare de desti- 
nation réelle des réseaux d'Alsace-Lorraine poui'\u que cette dernière gare soit 
en relations de trafic direct avec la gare française. 



CHEMINS DE FER DE L'EST 



Excursions en Alsace et en Lorraine 



Les vovageurs désireux d'excursionner aux pays annexés peuvent se procurer 
dans toutes les gares du réseau de l'Est, en les demandant à l'avance, des livrets 
internationaux de coupons combinés, à prix réduits, leur permettant de com- 
poser à leur gré des vo3-ages d'aller et retour ou circulaires comportant des par- 
cours sur le réseau français et sur les chemins d'Alsaee-Lorraine. Il est exigé 
un minimum de parcours de 600 kilomètres et l'itinéraire doit ramener le voya- 
geur à son point de départ. La durée de validité n'est pas inférieure à 60 jours. 

Le prix d'un livret établi, par exemple, pour l'itinéraire Paris, Nancy, Pagny- 
sur-Moselle, Metz, Sarrebruck, Strasbourg, Colmar, Munster {*), Crérardmer, 
Nancy, Paris serait de 112 fr. 90 en 1"; classe, de 80 fr. 5» eu 2' classe et de 
55 fr. 45 en 3= classe. Ces prix comportent une réduction d'environ 20 °/o sur 
les prix des billets simples. 

(*) Les coupons de parcours Jlunster à la Scblucht, au Hohneck et Gérardmer ne peuvent 
entrer dans le li\ret que pendant la période d"été. 

Voyages circulaires et Excursions 

VOYAGES CmCULAlRES A PRIX RÉDUITS pour yisiter les VOSGES et BELFORT 

Ave3 arrêts facultatifs à toutes les stations du parcours 
BILLETS INDIVIDUELS 

a) De Paris à Paris — b) De Laon à Laon 

Prix des billets, valables pendant 33 jours: 1" classe, 85 fr. ; 2' classe, 62 fr.; 
3c classe, 44 fr. — Délivrance des billets : du i^r mai au 15 octobre inclus. 

c) De Nancy à Nancy 
7tr itinéraire, via Nancy, Toul, Pagny-stxr-Moselle, NeuJchâteau (*). 

— Durée du voyage : 33 jours. — li • cl., 33 fr. ; 2' cl.. 25 fr. ; 3^ cl., 18 fr. 
2e iftnerajî-e. Via Nancy, Cliarines,Épinal(*). — Durée du voyage : 33 jours. 

— 1" cl., 24 fr. ; 2'= cl., 18 fr.; 3= cl.. 13 fr. 

VOYAGES D'EXCURSION POUR VISITER LES VOSGES 

Aye2 arrêts facultatifs à toutes les stations du parcours 

Prix des billets, valables pendant 5 Joî( ri : Ire cl., 11 fr. ; 2» cl., 8 fr.; 3'' cl., 
6 fr. — Délivrance des billets : du 1"^ mai au 15 octobre inclus, à toutes les gares 
du parcours. 

Itinéraire. — Épinal, Arches, Gérardmer, Fraiize, Saint-Dié et retour 
par Arches et vice versa. 

Les voyageurs ont droit au transport gratuit de 30 kilogrammes de bagages. 
Les enfants de trois à sept ans payent demi-place et ont droit au transport gra- 
tuit de 20 kilogrammes de bagages. 

BILLETS COLLECTIFS POUR VISITER LES VOSGES 

Il est délivré également des billets collectifs aux familles d'au moins quatre 
personnes payant place entière et voyageant ensemble. 

Le prix s'obtient en ajoutant, au prix de trois billets individuels, la moitié du 
prix d'un de ces billets pour chaque membre de la famille eu plus de trois. 

Nota. — Pour tous autres renseignements, consulter le Livret des Voyages 
circulaires et Excursions, que la Compagnie des chemins de fer do l'Est envoie 
gratuitement aux personnes qai en fout la demande. 



(*) Toutes les garcn du réseau de l'Est délivrent conjointement avec les billets circulains 
de Nancy à Nancy (individuels et collectifs) des 1" et 2° itinéraires, des billets d'aller et 
retour individuels entre le point de départ et l'une des gares des billets circulaires aux prix 
et conditions du tarif spécial G. V. n* 2, sauf que la validité est portée à 33 jours et peut 
être prolongée de moitié. 

Toutes les gares du réseau du Nord délivrent des billets d'aller et retour pour Pagny-sur- 
Ucuse ou Frouard conjointement avec les billets circulaires du 1" itinéraire et pour Nam'y 
avec ceux du 2* itinéraire. 



BERGER-LEVRAULT & C'«, LIBRAIRES-EDITEURS 

PARIS, S, rue des Beaux-Arts — rue des Glacis, 18, NANCY 



L'Europe centrale et ses réseaux d'État. Belgique. Hollande. Alsace- 
Lorraine. Allemagne du Sud. Prusse. Danemark. Suisse. Autriche-Hongrie, 
par .\[\iioL'i>-Du.MAZET. 190H. Un volume in-12 de 348 pages, broché. 3 fr. 50 

Histoire de Nancy, par C.h. Pfister, professeur d'histoire de l'Est de la 
France à l'université de Nancy. Tome I : Depuis fes orujmes jusqu'à la niurt 
du duc René II en i5o8. njoa. i volume grand in-8 Jésus de 77.5 pages, illustré 
de i.')3 gravures dans le texte, .3o illustrations hors le.\te, 3 planclies dont 

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des Pères Blancs (1860-1901), d'après su correspondance. Avec une 
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sace, la Lorraine, la Franche-Comté, l'Artois, la Flandre, la Picardie, la 
Champagne. Revue trimestrielle publiée sous la direction des facultés des 
letti'es de Nancy et de Lille, paraissant par livraisons de 10 feuilles grand 
in-8. — 3' année, igoy. — Prix [)ar an : France et Union postale. . . 12 fr. 
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les dix-huit années des Annales d.- l'Est, 1887-1904 (18 volumes de 640 pages. 

brochés), soit 108 fr. au lien de 216 fr. — et les deux années parues des 

Annales de l'Est et du Xord (deux volumes de O40 pages), soit 12 fr. au lieu de 

24 fr. — Le prix des années isolées reste llxé à 12 fr. 

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publiée par fascicules trimestriels sous la direction de Ch. Sadoul, formant 
chaque année un beau volume d'environ aôo pages, format grand in-8 raisin, 
imprimé sur papier fabri(jué spécialement. Chaque volume contient environ 
200 gravures dans le texte et environ 20 planches hors texte, en noir ou en 
couleurs (eaux- fortes, gravures sur bois, phototypies, héliogravures). — 
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Revue alsacienne, organe des intérêts alsaciens et lorrains. Littérature, his- 
toire, sciences, poésie, beaux-arts. Publication mensuelle. 1877-1890. i3 forts 
volumes grand m-8, avec illustrations. Chaque volume, broché ... 10 fr. 

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Crocpiis lorrains, par Louis Madeux. Préface de Maurice Barrés, de l'Ac;*- 
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.\ndré Thelriet. Vosges, par L. Jouve et le Dr Liétard. Meurthe, p.n 
Edgar Augcin. Introduction historique par .\ug. Prost. 1886. Un magnifiqu. 
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Récits lorrains. Histoire des ducs de Lorraine et de Bar, par Ernest Mourin, 
recteur honoraire de l'Académie de Nancy. 1890. Un volume in-ia de 4o5 pa- 
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Les Institutions judiciaires dans la cité de Metz, par Auguste Prost, 
membre de rAcadéinie de Metz et de la Société nationale des antiquaires de 
France. i8y3. Un volume grand in-8, broché 7 fr. 50 

Récits et Légendes d'Alsace-Lorraine En pays messin, par Paul et tiene- 
viève Lanzy. ii,»o3. L'n volume in-8, avec 18 illustrations, broché. . 3 fr. 5J 

Notice s\xr les pays de la Sarre et en particnlier sur Sarreguemines et ses 
environs, par N. Box, ancien principal du collège de Sarreguemines. Deux 
volumes in-8 de i .")54 pages, avec 4i planches et le portrait de Tauleur, 
brochés 25 fr. 

Les Marais salés de la vallée de la Seille (Lorraine) au point de vue 
botanique, par (Camille Bruxotte, professeur à l'Ecole supérieure de phar- 
macie de Nancy. 1896. Brochure in-8. avec une carie 1 fr. 25 

La Limite de la langue française et de la langue allemande en Al- 
sace-Lorraine. Considérations historiques, par C.h. Pfister. professeur à 
la Faculté des lettres de Nancy. i8<)0- ln-8. broché 1 fr. 50 

Soldats de Lorraine. Chevert, Oudinot, Exelmans, Lataye, Margue- 
ritte, etc., par Paul Despioles, agrégé d'histoire, professeur au lycée de 
Reims. Préface de Paul et Victor Margueritte. i8i)f). [^n volume in 8 de 
824 pages, avec .33 illustrations, broché sous couverture illustrée ... 5 fr. 
ReUé en percaline gauTrée. tète dorée 6 fr. 50 

Souvenirs militaires (1807-1818), par A'- Thirion, de Metz. 1892. Un vo- 
lume in-12, broché 4 fr. 

Journal d'un officier de l'armée du Rliin, par le général Fay. 5' édition, 
revue et augmentée. iii\f>. \'n volume in-8 de 4io pages, avec une carte des 
opé rations, broché 5 fr. 

Les Verreries du comté de Bitche. Essai historique (xv<--xviii« siècles), 
par Ad. Marcus, membre des .Académies de Metz et de Stanislas, ancien 
administrateur de la compagnie des cristalleries de Sainl-Louis. 1887. Un 
volume grand in-8 de 887 pages, avec 12 planches et une carte. Tirage à 
200 exemplaires sur papier de Hollande. Broché 30 fr. 

Le Fer en Lorraine, par E. Gréau, directeur de la Banque de France 
à Nancy. Un volume grand in-8, avec illustrations, tableaux et cartes. 

(Sons presse) 
Le Sel en Lorraine, par E. Gréât, directeur de la Banque de France à 

Nancy, l'n vol. gr. iii-8. avec ilhislration><, tableaux et cartes. (Sotis presse/ 

Cinquantenaire de la Chambre de commerce de Meurthe-et-Moselle. 

Revue des industries du de/mrte/neni. iffi'). Un volume in-8 de 121) pages, 
avec .38 planches en phototypie rt 8 planches lithographiques en couleurs. 

broché 5 fr. 

(Publications de la Chambre de commerce de Meurthe-et-Moselle.) 

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1. Morvan, Val de Loire et 
Ferche. 

2. Des Alpes màncelles à la 
Loire ni:irillme. 

3. Les Iles de rAtl»ntique : 

I. DArcnrIton à BeUe-I^U. 

4. — II. DHoédic à On 

5. lies de la Manche et Bretagne. 

6. Cotentin, Normandie. 

7. La Hénlon lyonnaise. 

8. Le HliOne, du Léman à la mer. 

9. lias-Uaiiphiné 

10. Les Alpes, du Liîman h la Durance. 

11. Forez, Vlvarais, Tricastln, Comtut-Venaissin. 
1.!. Alpes de Provence et Alpes Mitrltlmes. 
13. négion marseillaise et Côte d'Azur, 
u. La Corse. 

15. Charentes et Plaine Poitevine. 

16. De Vendi-e en Heauee. 

17. Vexln, Picardie et pays de Caux. 

IS. Nord ; I. Flandre cl Lîllural. 

19. Nord : II- ArtoiH. CnmhrtHiH. fTainanl. 

20. H"-Plcardle,Cliampanne rémoise et ,\rdennes. 

21. Haute-Cliaiiipa(|ne ; Basse- Lorraine. 

22. Plateau lorrain et Vosfjes. 

23. Plaine t^ointoise et Jura. 

24. Haute-Hournofine. 

25. Hasse-Boiirçjoçine et Senonais. 

26. Berry et PoHou orienlal. 

27. Bourbonnais et Haute-MarcUe. 

28. Limousin. ' 

29. Bordelais et Périjjord. 

30. Gasconne- 

31. Afienals, Lomaçincct Bns-Quercy. 

32. Ilaut-Uuercy et Haute-Auvergne. 

33. Basse-Auvergne. 

34. Velay, Vlvarais méridional, Gévaudan. 
''^\VÉ 3*- Kouérgue et Alldgeois. 
i*5'V\ se. CéveniiBs méridionales. 
~,K^^^ 37. Golfe ilu Lion. 

■^'' '' 38. Haut-Languedoc. 

30. Pyrénées," partie orientale. 

40. Pvrénées centrales. 

41. Pyrénées, partie occidentale. 

RÉGION PARISIENNE: 

42. — I. .Vo>-</-K<» .■ Le Valois. 
^, .in^i 43. — II. K>i : La Brie. 

-^' ;?li! 44. — ni. .suiJ .- GAtlnals français et Il'*-Beauce. 
■•'À'^fVi **■ ~ '^- Aud-oue.f ; Versailles et le Hurepolx. 
/Ab'n <6. — V. Norrt-dutut : \a Selno dc Paris à la 
i^SfW mer. Parlsis et Vexln français. 

Jfl^wJ 47. _ VI. Outtt : L'Yveline et le Mantuls. 




^ — ^Uunktrqut 

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J o S'Pi/eiw / /'"'ires I, , 
.EIHE INF".« iT^iy^-^ "^rriilMSNE 





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'■^VmTRÉRÉES ORiî» 

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VOLUMES EN PREPARATION '. 
SI et snivants : Parlstel s:i Banlieue. 



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